SÛTES
» noistra la nourriture qu'il a reçue du feu Roy et de vous .
» se vantant de m'arrester d'un lien de fer ; et pour ce, Sire ,
» qu'il monstreroit au point que toujours j'ai pourchassé. Je
» vous supplie très-humblement qu'il vous plaise de donner
n camp , en endroit de vostre royaume , à toute outrance ,
» pour combattre nos différends , ou permission de l'appeler
» en austre part. »
Signé DE "VI VON E.
Ce placet devant conseil près du Roy estant ce qu'il s'en suit escrit au pied du placet :
« H a esté ordonné que cette présente sera moustrée et signi- » fiée audict Chabot par un hérault d'armes du Roy , pour à » iscelle respondre, ou dire ce que bon lui semblera. Au conseil » privé du Roy , tenu à l'Isle-Adam , 21 avril 1547. »
Signé DE L'AUBESPINE.
Tout soudain l'expédition faite du placet , le tout fut fait a la diligence , poursuite et sollicitation du sieur de La Chataigneraye, entre les mains de Guiene , hérault d'armes du Roy , pour estre signifié au sieur de Jarnac , ce qui fut fait avecque le procès-verbal.
» Le jour de S'-Marc , 2o avril 1347 , en vertu de l'or- » donnance ci-dessus transcrite au pied du placet présenté au « Roy par Jean de Vivone contre Guy-Chabot , touchant le n différend d'honneur entr'eux, moi Guiene, hérault d'ar- » mes dudict sieur , à la requeste dudict "Vivone , suis parti ) d'auprès l'Isle-Adam , où estoit iscelui , pour trouver au lieu » de Limours ledict Chabot, afin de lui faire signifier et faire ' entendre le contenu au placet et ordonnance , et pour ce
NOTES. i-lT,
■> faire , passant par le village de S'-Cloud , qui estoit mon » chemin pour parvenir à Limours. Ayant entendu que ledict » sieur Chabot y estoit arrivé et séjourné jusque sur les qua- » tre heures après midi dudict jour; attendant iscelui Chabot, » sur lesquelles, voyant que ledict Chabot ne venoit point, » que l'heure, pour parvenir à Limours , se passoit , je suis » parti de S'-Cloud , et accompagné d'un mien compagnon , » appelé Bourgogne , suis parvenu avecque lui audict lieu de » Limours , environ sur les six heures du soir ; duquel lieu » estant entré en la cour du château , où , après m'estre a- » dressé à une femme que j'avois rencontrée dans ladicle cour » pour sçavoir si ledict Chabot estoit audict lieu , et pour n'y » avoir pu rien sçavoir d'isceux , me suis finalement adressé » au sieur Dupin , enfant de Mme. la Duchesse , lequel j'ai » supplié me dire si ledict Chabot estoit au château , et de » me faire parler à lui; lequel m'a fait response qu'il n'y estoit » pas , mais que mademoiselle de Jarnac , sa femme , y estoit » bien , me disant encore si je ne venois pas pour le cartel ; à » quoy j'ai fait response que j'avois à faire entendre audict « Chabot chose qu'il lui importoit ; que je voudrois parvenir » à sa connoissance ou avoir pour lui faire et entendre , si je » ne pouvois parler à lui. A l'instant desquels propos seroient » survenus plusieurs gentilshommes et austres de ladicte mai- » son , et par spécial , l'un nommé Grellier , et un nommé » Deville , lesquels, ayant entendu que je venois pour trouver » ledict Chabot, m'ont aussy dict et fait response qu'il n'y es- » toit pas , ni personne de ses gens : disant , l'un d'isceux , » qu'il estoit parti l'avant jourd'hui pour aller à la cour'et au- » dict S'-Cloud , voir la compagnie qui y estoit : me deman- » dant , ledict Deville , si je voulois pas bien montrer ce que » j'avois à signifier audict Chabot , et en donner copie ; ce
» que j'ai accordé tellement , qu'ils ont tous entendu la cause » de ma venue audict lieu , par la lecture faite dudict placet » et ordonnance , comme dict est. En intention qu'il pourroit » parvenir aincy à la connoissance dudict Chabot , et ai baillé 5j audict Deville une copie ; ce que voyant , ledict sieur à ce » que je ne faudisse que par pareille copie donnée audict De- » ville qui l'y parvienne aulcune connoissance audict Chabot , » et que ce n'estoit pas son domicile que ledict Limours , à » quoy ne lui ai fait aulcune response , sinon que je les appe- » lois à témoings que je faisois pendant l'expédition de ma dicte » charge , et ai fait sans en tenir aulcun propos , ai pris tous » deux pour les retourner à la cour dudict sieur Roy , pour » rendre ce compte d'iscelle , selon et aincy qu'il est contenu » ci-dessus. Toutes lesquelles choses aincy par moi faites et » exploitées en présence dudict Bourgogne , hérault d'armes » dudict sieur, je certifie estrc vrai et avoir esté par moi aincy >' faites les jour et an que dessus. »
Signé GUIENE.
« Et le 27 dudict mois, moi, hérault d'armes, estant
» averti que ledict sieur Chabot estoit au lieu de Saint-Cloud,
» me suis de rechef transporté audict lieu, sur l'heure de
» huit heures du matin, où j'ai trouvé iscelui Chabot à l'is-
» sue de son logis , auquel , en la présence d'Anguien ,
» compagnon, hérault du titre d'Orléans, et avoir présenté
» mesme adresse audict Chabot, et parlant à sa personne,
» lui ai dict et fait entendre que j'avois charge expresse
» de lui monstrer et signifier certain placet présenté audict
» sieur Roy par Jean de Vivone , touchant le différend
» d'honneur venu entr'eux; il m'a dict que j'estois le très-
» bien venu , et que je fisse ce qui m' estoit commandé de
» la part du Roy ou de son conseil ; et à l'instant , tenant » ledict placet et ordonnance dans ma main , après lui en n avoir fait lecture ensemble de ce placet , et la diligence » que j'avois faite , ci-dessus mentionnée , lui ai signifié les- » dicts placet et ordonnance , pour à isceux faire response , et » dire ce que bon lui semble ; à quoy ledict Chabot m'a » dict et respondu, que comme le très-humble et très-obéissant » serviteur du Roy, son souverain et naturel seigneur , il a délibéreroit son entier exprès avecque lui, pour après avoir » reçu cette response qu'il devoit en cette affaire , afin de » satisfaire à son honneur et devoir , à contentement et vou- » lonté dudict sieur , auquel il estoit bien affectionné et oblia gé. Semblableraent qu'à l'intention de ses prédécesseurs , » il ne voudroit pas faire moins pour son seigneur que s'il r> employoit non seulement ses biens , aussy sa personne et » aussy son cœur 5 que pour son honneur , en seroit ce qui » plairoit au créateur en quelque sorte que ce fût lui com- » mander , en désirant toujours faire reconnoître l'honneur » et nourriture qu'il a reçus du feu Roy , son père , et de » lui , jusques à la dernière goutte de son sang et de sa » viej qu'il n'épargneroit rien pour faire le devoir d'homme » de bien. Et , est la voulonté dudict sieur , qu'il dési- » roit sur toute chose accomplir 5 ce dict et fait , après avoir » mis et rédigé par escrit ce que dict est , et la response » aincy à moi faite, fait lecture à la requeste dudict Chabot, » en présence des sieurs de Changery, Laroche , Pouzay, » Fontenelle , maistre-d'hostel dudict feu Roy , et de plu- » sieurs austres , j'ai ensemble laissé placet , ordonnance , » exploit , diligence faite audict lieu de Limours pour trouver » ledict Chabot , toutes les copies , selon et aincy qu'elles » sont ci-dessus transcrites , et lesquelles je certifie estre
» vraies , el aincy par moi estre faites , lesdicts jour et an
» que dessus. »
Signé GUIENE.
Le procès-verbal est rapporté au conseil privé du Roy. Sa Majesté scéante iscelui à S'-Germain-en-Laye , où assistaient plusieurs Princes , les sieurs Connestable , maréchaux de France, et austres seigneurs et capitaines , non sans advisement de la précédente response du sieur de Jarnac , laquelle lue, aulcun du conseil invitoil à l'octroi du combat ; mais le Roy , qui toujours avoit favorisé La Chataigneraye, fort de l'opinion de ceux qui y à les faire combattre; tellement qu'il fut arresté que les formes des patentes de camp seroient expédiées , ce qui fut fait comme s'en suit.
« Henry , par la grâce de Dieu , Roy de France , à tous » ceux qui ces présentes verront, salut.
« Comme ci-devant, Jean de Vivone , seigneur de La Cha-
» taigneraye, et Guy-Chabot, sieur de Montlieu , seroient
» entrés en différend sur certaines paroles importantes et
» touchant grandement l'honneur de l'un et de l'austre ;
» lequel différend a esté , par ordonnance , mis en déli-
» bération devant les Princes estant près de ma personne,
» et nos très-chers et très-amés cousins , les sieurs de
» Montmorency , Connestable , les sieurs de Sedan et Saint-
» André , maréchaux de France , et austres seigneurs , che-
» valiers , capitaines , et grands personnages , estant en mes
» suites , pour la justification de son honneur ; lesquels ,
» après avoir tout considéré , nous ont fait entendre que
» la cause et le différend estoient hors de preuve , au
» moyen de quoy la vérité n'en peut être sans l'innocence d'un
» d'eux justifie de son honneur par les armes. Sçavoir faisons, » que nous sommes protecteur des gentilshommes de nostre » royaume; désirant , pour cette cause, que les advertis- » sements dudict différend soyent entendus à la décharge » d'iscelui d'entr'eux qu'il appartiendra ; et après avoir » pris sur ce l'advis et conseil desdicts Princes et personnes » âgées ci-dessus, avons permis et octroyé, permettons et » octroyons par ces présentes, voulons, et nous plaist , » pour vider entre ledict sieur de Vivone, comme attaquan't » sur le différend, que dans quarante jours de la signi- » ficationde ces présentes, ils se tiennent en personne* là » partout où nous serons, pour là, en nostre présence où » d'isceux qu'à ce faire commettre , et se combattent l'un » et l'auslre à toute outrance, en champ clos; et défaire » preuve de leurs personnes , l'un en monstre de l'austre » pour la satisfaction d'iscelui auquel la victoire demeurera , » sous peine d'estre représenté non noble , lui et sa pos- » térité, à jamais privé de droits prédominants, privilesges » et prérogatives dont jouissent et ont accoustumé jouir les > nobles de nostre royaume. Mes présentes permission , ' vouloir et intention ils entretiennent , gardant et obser- » vant, faisant garder, entretenir et observer de point en » point , sans aucunement les frauder ; car s'il est nostre » plaisir : en témoignage de ce , nous avons signé ces pré- » sentes de nostre main, et à iscclles fait mettre et apposer » nostre scel. »
« Donné à S'-Germain-en-Laye , le 2 i' jour de juin IM7 , » et de nostre règne le premier. »
Signe HENRY.
Et sur le repli :
Par le Roy ,