‹ Etudes historiques sur l'AngoumoisChapitre 16 sur 19 · DE L'AUBESPINE · texte numérisé non relu

DE L'AUBESPINE

« Suivant le mandement contenu dans cette présente et

» iscelle délivrées à Bretagne , Hérault d'armes de France,

» il m'a fait la signification au sieur de Jarnac et de La

» Chataigneraye , joint le procès-verbal de lundi 25' jour

» de juin io47. En vertu de la patente de camp attachée

» à moi Bretagne , hérault-d' armes de France , présent pour

n signifier , aincy qu'il m'est mandé , au sieur de La Cha-

» taigneraye et à Guy-Chabot, sieur de Montlieu. Donné à

» S'-Germain 7 le 21e jour de ce mois, estant signé de la

» main du Roy, et contre-signe sur le repli : par le Roy,

» de l'aubesplne 5 et scellée en placard de cire rouge du

» scel de France ; me suis transporté à la rue Sl-Honoré ,

» où j'ai trouvé le sieur de Montlieu en son logis, accom-

» pagné des capitaines Cese , Giroges , de Ben , Regnaud ,

» d'André-Clauzau, de Cosnac , auquel, en la présence

» d'isceux , en parlant à sa personne , lui ai signifié et lu

» ces présentes mot-à-mot , suivant le contenu mentionné

» en iscelles ; et après lecture faite , et par lui entendue ,

r> m'a demandé : avez- vous d'austre chose à me dire ? A

» mesrae instant lui ai baillé et délaissé un cartel et fait

» lecture d'iscelui à moi baillé par Jean de Vivone , sieur

» de La Chataigneraye, qui m'avoit pris et requis bailler au-

» dict Chabot, et qu'il n'entendoit plus d'y bailler dans

a cette affaire. Bien entendu par ledict Chabot , m'a fait

» response : Je remercie le Roy très-humblement de l'hon-

» ncur qu'il lui plaist me faire , s'il faut que par une

tierce personne presvenu il ait este' , j'ai présente à Sa » Majesté' austre chose qui a déshonneur d'un homme de » bien, ce dont je me justifierai, ni épargnerai ma vie ; » acceptant la patente et le cartel du bon plaisir du Roy, » avecque intention de ne mettre en rien préjudice à mes » droits et choses de querelles. Et ai fait , lu et baillé » copie de la patente , tant l'original que le cartel, en cette »> présente signification , laquelle , et tout ce que dessus je » certifié au Roy , mon souverain seigneur , à messieurs » les Princes , messieurs les Connestable , Mareschaux de » France, et austres à qui il appartiendra , avoir aincy par » moi esté faite en présence du hérault-d'armes de Picar- » die, Jean d'Encaile, Clause- M orégie , et Guillaume de » Costou, les jour et an que dessus. »

Signé BRETAGNE.

Et n'ayant ledict hérault donné l'original , ni les copies mentionnées ci-dessus , y retourne pour cet effet comme il appert.

« Et le lendemain , jour de mardi , en suivant à une heure

>) après midi , me suis transporté par devant le sieur de Mont-

) lieu , auquel j'ai baillé et délaissé l'original du cartel , et

» copie des patentes ci-dessus mentionnées 5 ensemble mon

» procès-verbal que le jour d'hier lui avois signifié , et iscelles

» pièces rapportées pour en faire des copies 5 ensemble mon

» procès-verbal pour lui servir et valoir , lequel sieur de

" Montlieu m'a respondu et fait contestation que le tems ne

» courroit que de cette présente heure et jour. »

« Fait audict jour et an comme dessus. »

Signé BRETAGNE.

éô-2 NOTES.

Le cartel envoyé par La Chataigneraye à JarnaC) lors de la signification des présentes.

« Guy-Chabot , je vous envoyé la patente du camp qu'il a

» plu au Roy nous octroyer , dedans lequel je veux vous

» prover avecque les armes offensives que vous me baillerez ,

» mais qu'elles soyent d'un gentilhomme d'honneur , que

» vous m'avez dict que vous avez couché avecque vostre belle-

» mère ; j'entends que vous me fassiez sçavoir , dans quatre

» jours , à Paris , aux Tournelles , où je serai , ou tout austrc

» pour moi , de quoy je me dois pourvoir , en témoing de

» quoy la présente de ma main , en présence de Monseigneur

» soussigné , le 12 juin lo47. »

Et plus bas est escrit : a certifié ce que dessus estre vrai , » nous François de Lorraine , ayant esté présent à ce que » dessus. »

Le sieur de Jarnac , qui n'attendoit que l'opportunité de faire ce qui est d'un défendeur, soutenant qu'il avoit expressément option , exercice aux armes pour combattre à pied ou à cheval , estant à lui d'en faire élection et forme , comme à l'assaillant de choisir le camp ; il fait cette liste des armes qu'il envoya par Bretagne , hérault d'armes du Roy , à La Chataigneraye.

« Jean Yivone, pourvoyez- vous des armes que devez porter » au jour qui sera député. »

« i°. Pourvoyez-vous d'un coursier , d'un turc , d'un genêt » et d'un courlauld. »

« Item, pour armes de vostre coursier, d'une scelle de » guerre, d'une scelle de jouste, et d'une scelle qui soit à deux

NOTES. 4->r.

» doigts de haut et l'arçon de devant ; mais qu'elle ait deux » bourrelets derrière , et d'une scelle qui n'ait point d'arçon » derrière. »

» Item , que les deux chevaux soyent fournis des scelles » spécifiées comme l'on dit au davantage , une scelle à la ge- » nette et une à la cacimard , et le turc j une scelle à la tur- » coise et une scelle à la françoise, avecque deux doigts d'arçon » derrière , et l'arçon bas devant, o

« Item, que le courtauld ait davantage une scelle à la » françoise et une austre scelle sans arçon derrière et sans » hanches derrière; mais l'arçon devant avecque la rencontre à » demi-cuisse. »

« Item, que lesdicts chevaux se puissent armer avecque bardes » d'armes de toutes pièces , comme charnfrein de fer , poi- » trine de fer , foucart de courpieds de fer , un charnfrein » atourné de fer. »

« Item, que pour les quatre chevaux soyent pourvus d'ar- » mes de toutes pièces d'acier et de bardes , de cuir et de » caparaçon de maille , et les reiniers couverts de lames , et » les mettre en point comme si vouliez entrer au jour d'une » bataille, et vous en pourvoyant avecque telles armes que vous » pourrez combattre en jouste. »

a Item , vous pourvoyez pour vous armes de toutes les » pièces qu'il faut armer un homme d'armes , aux pièces » doubles et simples des jointes et sans jointes. »

« Item , d'un harnais à la lègue de toutes pièces. »

« Item , de toutes sortes d'armes de maille qui se peuvent » porter. »

« Item, d'une épée , d'une salade à la gonette. »

« Item , d'un targle à Valbanoise et du bouclier étargé , 7) de toutes sortes que l'on se puisse aider à pied et à » cheval. »

« Item , de toutes sortes de gants de fer , de maille , de » lames d'acier. •

n Tant des doigts que du demeurant de la main , de » prise et sans prise. »

• Item , de vos armes , vous et vos chevaux , de toutes » sortes de façons qu'il est possible qui sont accoustume'es » en guerre, jouste, en débat et en champ clos. »

a Item , des armes qui ne sont accoustumées en guerre,

» en jouste , en débat et en champ clos. Je les porteroi tou-

» jours pour vous et pour moi , me réservant toujours de

» croistre ou diminuer , de clouer ou desclouer , d'oster ou

» mettre dedans le camp à mon plaisir, ou de mettre et

» chemise , ou mains , selon qu'il me semblera. Fait à

» Paris , le 16° jour de juin , l'an 1547. »

Ainsi Signé GUY-CHABOT.

Le hérault signifie cette liste avecque le procès-verbal.

« Aujourd'hui 16 juin 1547, estant en la ville de Paris, » à la requeste de Chabot, sieur de Montlieu , je Guiene, » hérault-d'armes du Roy , me suis transporté par-devant » et à la personne de Jean de "Vivone , sieur de La Cha- » taigneraye , lequel j'ai trouvé en la rue Sl-Antoine , » en la maison Simone-des- Ruches , veuve de feu Jean Des- » prés, valet de chambre , en son vivant , du défunt Roy ,

a environ les sept heures du soir, avant le soleil couché,

d auquel j'ai baillé les articles signés dudict Chabot , dont

». copie est ci-dessus contenue , et collationnée par moi au

» propre original , suit et entre où est détail ce dont ledict

» Vivone se doit pourvoir , au jour député pour couibat-

» tre de différend entr'eux , ainsy qu'il a esté ordonné par

» le Roy; lequel Vivone m'a fait response de ses droits;

» il accepte le contenu des articles ci-dessus transcrits ,

» desquels lui en ai fait lecture, ce, mot-à-mot, en présence

» de monseigneur , Baron de Courton , et plusieurs auslres

» gentilshommes , et spécialement de Guillaume Payen et

» Jean Trouvé, notaires royaux , à Paris. Fait les jour et

» an que dessus, par moi hérault susdict Guiene, et lec-

» lure faite de la liste , La Chataigneraye dict : il veut

» combattre mon esprit et ma bourse ! »

Après ce que dessus , et l'insinuation faite à l'assaillant et à l'assailli , suivant les patentes de camp pour combattre le quatrième jour. Après la signification desquels iscelui estant jà expiré, restoit à prendre et à s'accorder austre jour, ce qui fut fait au 10° juillet prochain. En ayant donc averti Charles-Chabot , père de Guy , et en sa résolution de son fils , monstrant qu'il avoit plus son honneur en recommandation que sa propre vie , dit à un de ses amis : « que son fils aîné n'eût pas accepté le combat ; que • sans avoir égard à son âge , lui-mesme eût combattu sur » cette juste querelle. . Ce qui augmenta encore le courage du jeune Jarnac , qui ne fait faute , comme aussy La Chataigneraye, assaillant, monsieur le Connestable d'Aumale et le jeune Jarnac , assailli , monsieur de Boissy , grandescuyer, au lieu de S'-Germain-cn-Laye, où le Roy estoit,

,-q NOTES.

et le camp dressé près du Parc , suivant l'ordre qu'il avoit esté avisé pour le combat par messeigneurs les Connestable, Marescbaux et Amiral de France, qui estoient avecque le Roy, qui ordonna qu'il seroit ouvert aux deux combattants dudict camp pour les héraults-d'armes , au matin , sur le soleil levant , en présence de tous les assistants , ce qui s'ensuit.

« Aujourd'hui dixième de ce présent mois de juillet , le

B Roy, mon souverain seigneur, a permis et octroyé le camp

» libre pour à toute outrance à Jean Vivone , sieur de

» La Chataigneraye , assaillant, et à Guy-Chabot, sieur de

» Montlieu, défendant d'honneur , dont entr'eux est question :

» par quoy je fais sçavoir à tous et pour ceci qu'il n'ait à

» empêcher l'effet du présent combat , n'aide ou nuise à

» l'un ou à l'austre des combattants , sous peine de la vie. 0

Le ban et publication faits par le hérault Guiene , les apprêts faits , advint l'assaillant de son logis , qui auroit esté conduit par son parrain et ceux de sa compagnie de trois cents hommes accoustrés de ses couleurs , qui estoient blanc et incarnat , jusqu'au camp , trompettes et tambouriers sonnants ; lequel , après avoir honoré iscelui camp par dehors , avoit esté rendre , en son pavillon fait et dressé près la porte par où il devoit entrer , qui estoit au côté droit, duquel il ne seroit parti jusqu'à ce qu'il entrât au camp.

C'est après avoir esté aussy avertir l'assailli , ou défendant , par son parrain et ceux de sa compagnie qui estoient de six vingts hommes accoustrés de blanc et noir ; après avoir aussy honoré le camp , pour le dehors , avoit esté advenu en son pavillon dont il ne seroit semblablement sorti, jusqu'à son entrée dans le camp ; et est ce fait avoir esté procédé par

leurs parrains et leurs confidents à l'accord du camp, des armes défensives , et du confident qui seroit baillé dune part et d'austre pour diviser avecque chacun des combattants de la manière qui s'ensuit. Sur l'heure de six heures du matin , en présence de messieurs les Connestable et Mareschaux , et des héraults d'armes , fut accordé par les parrains , et sitôt qu'il estoit sans croître ni diminuer et du surplus qu'il seroit procédé à l'accord des armes , en faisant apparoître en procuration.

C'est après le camp accordé , fut fourni des procurations expresses en cas qui auroit esté restant par chacun des parrains et prises aux greffes par-devant les héraults, l'un desquels parrains , à scavoir monsieur d'Aumale , fut requis de procéder à raccordement des armes ; ce qui fut fait et y procédant en premier lieu , fut accordé que s'il se romproit des armes offensives : quant aux épées , il leur en seroit baillé une seulement.

Ce fait avoit esté fourni par le sieur d'Aumale , et confident pour le sieur de La Chataigneraye , des sieurs Sarclât , Montluc , et du Comte de Brissac.

Les confidents de la part du sieur grand escuyer avoient esté fournis par le sieur de Montlieu ; les sieurs de Chenaud , Chatelnau seroient allés au pavillon de chacun des combattants.

Et venant sur les sept heures et demie , seigneur Comte d'Aumale protesta , en la présence des sieurs Connestable et Mareschaux et des héraults d'armes de France , que le teins d'apporter des armes pour en accorder fût au préjudice du

sieur de Mo'ntlieu, qu'il a son intérest , attendu qu'il estoit tenu

de procédex" à cet accord.

Et tôt après , fut apporté par le sieur Bruimareilh , accompagné de sieurs Baron de Lagarde , de Saint- Julien , trompettes et tambouriers sonnants , une cotte de maille pardevant l'échafaud du Roy, desdicts sieurs Connestable et Mareschaux, laquelle fut accordée et acceptée par ledict sieur d'Aumale , qui visite , et laquelle fut mesurée , et une austre par le sieur d'Aumale , pour servir à La Chataigneraye.

Et après , fut apporté audict lieu , en mesme présence , par le sieur de Lavauguyon , accompagné des sieurs Baron de Lagarde , et Saint-Julien , un gantelet de fer pour la main droite , qui fut accordé et accepté par le sieur d'Aumale , sans préjudice des armes non visitées , sans estre rendu de semblables pour lui. Comme il voit que la perte du tems qui pouvoit estre faite en discords qui fût au préjudice dudict sieur de Mondieu, comme il en auroit toujours protesté : iscelle présentation et protestation faites sur dix heures du matin auquel respondit le sieur de Lagarde , dit qu'il restoit encore six heures du jour au sieur de Jarnac , après qu'il auroit eu la victoire sur son ennemi.

Et après, fut apporté au mesme lieu, en présence des susdicts , par les sieurs de Brion et de Lévis, accompagnés du sieur d'Ourse , Baron de Lagarde , et de Saint-Julien , deux brassards pour le bras gauche , et isceux présentés audict sieur d'Aumale , pour prendre celui qui lui plairoit pour servir à La Chataigneraye ; lequel sieur d'Aumale visita et remontra aux sieurs Connestable et Mareschaux , s'appuyant sur la protestation par lui faite , à quoy, de la part des sieurs d'Ourse ,

?vOTES. 43g

de Lagarde et Saint-Julien , fut respondu et soutenu au contraire , en disant que c'étoit armes usitées : et encore qu'elles ne le fussent , il ne pouvoit ou devoit les refuser , sur quoy lesdicts brassards furent mis es mains desdicts sieurs Connestable et Mareschaux pour en juger, et après avoir esté vus par eux , la liste des articles envoyés par le sieur de Montlieu audict de La Chataigneraye pour le pourvoir des armes offensives , auroient ordonné que ledict d'Aumale les fit porter en la tente de La Cbataigneraye pour prendre avecque lui lequel lui estoit le plus propre 5 ce qui auroit esté fait et fut pris par La Chataigneraye l'un d'eux , et faustre fut rapporté au sieur de Montlieu.

Puis après, fut apporté, par le fils du sieur d'Ourse , deux épaulettes pour le bras gaucbe , accompagné que dessus 5 accordé ; et l'instant après fut apporté au mesme lieu des susdicts présents par le sieur de Saint -Vayon , accompagné de sieurs Baron de Lagarde et de Saint-Julien , et trompettes et tambouriers sonnants , un grand bouclier d'acier à ce que La Chataigneraye fût pourvu d'un pareil , suivant la liste des articles , à quoy auroit esté débattu par le sieur d'Aumale 5 disant que celui dont La Chataigneraye estoit pourvu n'estoit tel , ni semblable à celui de Jarnac. Ce différend fut fourni par-devant les Connestable et Mareschaux qui auroient ordonné que ledict La Chataigneraye se pourvoiroit , suivant la liste des susdicts articles , ou se serviroit de celui qu'il avoit: sus auroit néanmoins esté par ledict sieur de Montlieu fourni un bouclier à La Chataigneraye , semblable au sien , prévoyant que le combat pourroit estre retardé pour n'en estre fourni , ce que le sieur d'Aumale accepta.

Et aussitôt après , fut apporté par le sieur de l'Ourse <,

accompagné comme dict , un gantelet de fer de la main gauche, qui fut accordé, accepté par le sieur d'Aumale $ et incontinent après , fut apporté par le sieur Duquitinie, accompagné desdicts sieurs Baron de Lagarde, et Saint- Julien, trompettes et tambouriers sonnants, et susdicts lieux et desdicts présents, un jacquet de maille qui auroit esté accordé , accepté sans difficulté.

Plus , furent apportés par le sieur de Beaumont , accompagné comme dict est , deux momons , l'un desquels fut accordé, et pris par le sieur d'Aumale.

Toutes lesquelles armes défensives aincy accordées , fut ordonné que l'un des presvosts feroitle ban , et est ce qui s'ensuit.

« De par le Roy, je fais exprès commandement à tous

» qu'aussitôt que les combattants seront au combat, chacun

» des assistants ait à faire silence, ni parler, ni tousser ,

» ni cracher , et ne faire aulcun signe , ni de pied , ni de

» main , ou d'austre qui puisse aider ou nuire, ni préjudi-

■ cier ni à l'un ni à l'austre desdicts combattants; et da-

» vantage je fais exprès commandement de par le Roy ,

» à tous de quelle qualité et grandeur qu'ils soyent, pen-

» dant et durant le combat, il n'y ait à entrer dans le camp,

» ni à survenir ni à l'un ni à l'austre des combattants pour

» quelque occasion que ce soit , sans permission des sieurs

» Connestable, Mareschaux de France , à peine de la vie. »

Et ce dict , furent amenés les combattants , à sçavoir l'assaillant le premier , mené par le sieur D'Aumale , son parrain , et accompagné de ceux de sa compagnie , et armé de ses dictes armes.

Et l'assailli , par le sieur le grand cscuyer , son parrain , accompagné de ceux de sa compagnie , armé des susdictes armes , et faisant porter devant lui ses armes offensives , à sçavoir quatre épées par lesdicts sieurs d'Orfé , et sieur Baron de Lagarde , et ses quatre daguetles , avecque deux grandes , deux petites, par les sieurs de Saint- Vandry et de Beaumont.

Lesquels combattants , après avoir honoré le camp par le dedans , l'un après l'austre , avecque leurs parrains , les héraults , trompettes et tambouriers sonnants , auroient, l'un après l'austre , en passant près l'échafaud du Roy , fait les serments sur le saint évangile , estant sur le carreau de victoire, et drap d'or traînant jusqu'à terre, que leur auroit fait faire monsieur le Connestable , en présence du Roy , des Princes de son sang, et d'austres seigneurs, estant près de lui en la manière qui suit.

Serment de V assaillant .

« Moi , Jean de "Vivone , jure sur les saints évangiles de » Dieu , sur la vraie croix de nostre seigneur , et sur la foi » du baptesme que je tiens de lui , qu'à bonne et juste » cause , je suis venu en ce camp pour combattre Guy- » Chabot, lequel a mauvaise et juste cause de se défendre » contre , et aussy que je n'ai sur moi , ni en mes armes, » paroles , en grever mon ennemi , et desquels je me veuille » aider contre lui , mais seulement en Dieu et mon bon » droit , en la force de mon corps et de mon ame. »

Serment de l'assailli.

« Moi, Guy-Chabot, jure sur les saints évangiles de Dieu,

» sur la vraie croix de nostre seigneur et sur la vraie foi

» de nostre baptesme que je tiens de lui , que j'ai bonne

» et juste cause de me défendre contre François de Vi-

» vone, et outre que je n'ai sur moi et mes armes aulcu-

» ne parole charmée , ni intention desquelles j'ai espérance

» de gêner mon ennemi, et desquelles je me veuille aider

» contre lui , mais seulement à Dieu , en bon droit , en la

» force de mon corps et en mes armes. »

Et ce fait, ayant esté admis les combattants chacun en son siège , vis-à-vis l'un de l'austre , avoient procédé à l'accord des armes offensives , en la présence du Roy , des sieurs Connestable et Mareschaux de France, qui estoit une épée commune et portative , tant à pied qu'à cheval ; la garde d'iscelle faite en une croisée , en quatre daguettes épointées , deux pour chacun des combattants , et encore deux austres pareilles épées , en provision , mises entre les mains de monsieur le Connestable pour en pourvoir celui à qui l'épée défailleroit.

Et les armes prises d'un côté et d'austre, auroient esté mises les épées es mains de chacun des combattants, et les daguettes attachées; soyent les plus grandes sur la cuisse droite, avecque aiguillettes , et entrant en dedans les bottines, et les plus petites mises à la jambe gauche , entre la bottine et la jambe , sans estre attachées.

Et aussy arrivé et équipé estant au pied pareil de toutes armes , estant le hérault d'armes de Normandie au milieu d'entr'eux , après que l'un dict : « Prends ! » le hérault prend congé d'eux , et iscelui recommander à expérience en leur vertu , avoit esté crié par trois fois :

a Laissez-les aller les braves combattants ! »

Sur quoy seroient "venus l'un contre l'austre , furieusement et dextrement et à l'abordée 5 l'un et l'austre se seroient rués plusieurs grands coups tant d'estoc et de taille, l'un desquels de la part de Montlieu auroit atteint la jambe gauche de La Chataigneraye, en jetant une estocade audict de Montlieu , lequel derechef donna un austre coup sur le mesme jarret ; au moyen desquels coups , il auroit commencé à s'ébranler; quoy voyant, ledict Montlieu se seroit démarché , apercevant La Chataigneraye, qui tout sousdain seroit tombé par terre, et le voyant de tel que sa vie estoit à sa discrétion , lui auroit dict : « rends-moi mon honneur , et crie à Dieu merci » et au Roy de V offense que tu as faite ; rends mon hon- » neur ! » et ce reconnaissant ledict de Montlieu que La Chataigneraye ne pouvoit se lever, l'auroit laissé sans lui rien faire ne dire austre chose , et s'en seroit allé droit devers le Roy , qui estoit sur son échafaud , et lui adressant la parole et mettant un genou en terre , lui auroit dict :

a Sire , je vous supplie que je sois si heureux que vous » m'estimiez homme de bien. Je vous donne La Chataigne- » raye 5 prenez-le , Sire ; que mon honneur me soit rendu , » ce ne sont que nos jeunesses , Sire , qui sont cause de tout » ceci , qu'il n'en soit rien imputé aux sieurs ni à lui aussy » pour sa faute ; car je vous le donne. »

A quoy le Roy ne lui auroit rendu aulcune response, et sur ce , auroit retourné vers La Chataigneraye , qu'il doutoit se pouvoir relever; et le voyant encore au mesme lieu, se seroit vers lui sousdain jeté à deux genoux , levant les mains et le visage au ciel , disant : « Domine, non sum dignus.

Ce n'est pas de moi, ô Dieu, je te rends grâce ! » en frappant contre son estomac de son gantelet de fer : et ce fait, s'en seroit venu à La Chataigneraye , l'avisant , et l'admonestant encore de reconnoistre : sur quoy voyant ledict de La Chataigneraye que Montlieu réussit, ce qui estoit indubitable, plus le voyant en ce lieu, se seroit levé sur ses genoux, et étend encore son épée et le bouclier, se seroit efforcé de ruer contre le sieur de Montlieu , lequel s'approchant de lui, tenant son épée, lui auroit dict : « ne te bouge, » je te tuerai. » Et ainsi que ledict La Chataigneraye se seroit efforcé derechef de se lever , lui disant : « tue-moi » donc ! » seroit encore retombé de côté ; ce que voyant , le sieur de Montlieu, sans lui faire, ni dire austre chose, s'en seroit retourné au Roy, lui disant :

« Sire , je vous supplie que je vous le donne , et le pren- » dre pour l'amour que vous l'avez nourri, et que vous » m'estimiez homme de bien; il me suffit que mon hon- » neur me soit rendu et que je demeure vostre ; et si jamais » vous avez bataille à faire , et que j'y sois employé , ou » en quelque austre lieu , vous n'avez gentilhomme qui de » meilleur cœur vous fasse service; car je vous proteste » ma foi que je vous aime , et désire mériter la nourriture » que j'ai reçue du feu Roy, vostre père, et de vous; et » pour ce, Sire , prenez-le. »

A quoy le Roy ne lui respondit encore rien, et sur ce, le sieur de Montlieu retourna derechef vers La Chataigneraye qui estoit couché de son long, et d'un côté estoit son épée hors de sa main, auquel il dict :

« Chataigneraye, mon ancien compagnon, reconnois ton » créateur, et que nous soyons amis. » Voyant qu'il se

uiouvoit encore pour se tourner vers lui , se seroit approché de lui , et que la charité lui comniandoit d'oublier l'inimitié , la prudence le conseilloit aussy en le différant encore, auroit du bout de son épée tiré celle de La Chataigneraye et l'une de ses daguettes , qui estoit sortie de son fourreau; et les ayant amassées et puis s'en retournant vers le Roy , les auroit baillées à Angoulème , hérault d'armes , et s'adressant encore au Roy , en connaissant La Chataigneraye estre fort mal de sa personne , et l'abondance de sang respandu, lui auroit dict derechef : « Sire, je vous supplie , » je vous le donne , pour l'amour de Dieu , puisqu'autre- » ment ne le voulez prendre. » Sur quoy , monsieur de Vendôme auroit supplié le Roy , lui disant : « Sire , prenez-le , » puisqu'il vous le donne. » Comme auroit fait monsieur le Connestable, qui estoit retourné avecque ledict de Wontlieu, du lieu où estoit La Chataigneraye, et duquel lieu tant lesdicls sieurs Connestable, Mareschaux et Amiral de France n'avoient bougé, pour ce devoir de tous offices, disant au Roy : « Sire, regardez, car il le faut ôter. » Pendant lesquels propos , le sieur de IMontlieu , jetant sa vue sur les échafauds où estoient les dames , dict, lors s'adressant à quelque grande dame qu'on disoit estre madame Marguerite, sœur du Roy : « madame, vous me l'avez toujours bien dict.» Et sur ce , le Roy , mû de pitié , s'adressa au sieur de Montlieu : « me le donnez-vous ? » A quoy lui respondit, mettant un genou en terre : « oui, Siœ; suis-je pas homme » de bien ? Je vous le donne pour l'amour de Dieu et pour » l'amour de vous. » Sur quoy le Roy dict : « vous avez » fait vostre devoir, et vous est vostre honneur rendu. »

Et s'adressant le Roy a monsieur le Connestable , lui dict :

« qu'on ôte La Chataigneraye , » et pour ce faire, les héraults d'armes furent tous sousdain , et voulant le désarmer pour le soulager, auroient esté regardés mieux de sa personne: suivant l'ordonnan ce, auroit esté emporté hors du camp , en l'état qu'il estoit , par les héraults et quatre gentilshommes de sa compagnie qu'on avoit, pour ce faire, fait entrer, et fut porté et mis en sa tente ; et cependant estant toujours le sieur de Montlieu avecque le Roy, seroit venu son parrain, monsieur le grand escuyer , qui l'auroit embrassé et baisé ; et voyant lesdicts Connestable , Mareschaux et Amiral de France qu'il falloit que Montlieu eût le triomphe à lui dû j derechef monsieur le Connestable dict au Roy : « il faut qii 'il soit amené » en triomphe par tous ceux de sa compagnie avec les hé- » raults d'armes, trompettes et tambourins sonnants; t à quoy résiste le sieur de Boissy , grand escuyer , disant : « Sire , il » n'aura d'austre triomphe ; il suffit de ce qu'il a reçu et qu'il » est en vostre bonne grâce. » Et semblablement le sieur de Montlieu refusant le triomphe auroit dict : « il me suffit bien , » Sire , je ne demande point cela ; tout ce que je désire est » d'estre à vostre service. » Quoy voyant le Roy l'auroit appelé et fait monter avecque le sieur grand escuyer , son parrain , et ledict Montlieu, qui seroient ensemble monsieur le Connestable allés vers le Roy, après , toutefois, que monsieur le Connestable eût assuré le sieur de Montlieu que La Chataigneraye estoit hors du camp, et celui-ci, monté et venu devant le Roy , l'embrassa , lui disant : wvous avez combattu en César , et » parlé en Aristote. » Duquel honneur le sieur de Montlieu l'ayant humblement remercié , le suppliant de le tenir toujours pour son service , ce que le Roy lui auroit promis : sur ce auroit pris congé de Sa Majesté, et s'en retourna dans sa tente, de là au logis du grand escuyer avecque grand honneur et repu-

latiou , non seulement de la part du Roy , mais aussy de tous les Princes , grands seigneurs , gentilshommes et austres qui auroient vu le combat ci-dessus , tant pour avoir eu affaire à un tel homme que La Chataigneraye , qui estoit estimé , et de fait fort hardi et adroit , que pour avoir usé avecque lui de telle grâce , et auquel honneur est bien tenu le sieur de Montlieu au sieur grand escuyer , pour lui avoir assisté comme ami et père après Dieu ; lequel, pour les causes qui sont à lui réservées seulement , faisant les choses selon ses jugements incompréhensibles , voire tout au contraire le plus souvent de l'opinion des hommes , pour leur apprendre qu'il est Dieu et qu'ils ne sont rien.

Mémorables journées des Français, tome 11, Paris, 1662. —Histoire du Calvinisme par Maimbourg , Paris , 1662. — Selon ce dernier , le Duc d'Anjou entra le même soir à Jarnac, et coucha dans le château , dans un appartement contigu à celui où reposait le cadavre de Condé.

Plusieurs écrivains citent ces quatre vers , faits au sujet de l'horrible vengeance du Duc d'Anjou :

L'an mil cinq cent soixante-neuf , Entre Jarnac et Chàteauneuf , Fut porté mort sur une ànesse , Le grand ennemi de la messe.

Voici l'inscription qu'on lisait sur le monument élevé à la mémoire de Condé :

hic infandâ nece occubuit, anno MDLXIX cetatis XXXIX, Ludovicus Borbonius Condœus , qui in omnibus belli pacisque arlibus nulli secundus virlute , ingenio , solertid , natalium splendorem cequavit vir meliore exitu dignus.

La ville de Cognac conserve encore les traces des divers sièges qu'elle a soutenus à diverses époques ; mais il n'est pas facile de dire si ces dégradations furent le résultat de tel siège ou de tel autre ; il y a incertitude de temps. Une partie de l'église , quelques maisons voisines , d'autres , aujourd'hui au centre de la ville , offrent d'une manière bien distincte l'empreinte des boulets de canons. On voit aussi les mêmes traces sur les deux tours placées à la tête du pont, et sur un des côtés du château.

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Je visitais , au mois d'octobre 1855 , les ruines du château de Bouteville , tout occupé d'interroger les souvenirs de l'histoire ; je contemplais ces murs garnis de créneaux et de meur-

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