CINQUIÈME ÉPOQUE
François Ier naquit à Cognac, de Charles d'Orléans et de Louise de Savoie , qui , surprise par les douleurs de l'enfantement, en revenant de se promener dans le parc , accoucha sous un arbre
long-temps fameux dans la contrée sous le nom d'Ormefille*. Près du même emplacement, alors que, revenant sur le passé, chaque localité commença à revendiquer la gloire de ses grands hommes, on éleva en 1818 un petit monument mémoratif, dont l'architecture est bien au-dessous de l'importance du nom qu'on y a gravé.
Sur la fin du XVe siècle , la famille des Valois tenait le plus souvent sa cour dans le château de Cognac, bâti parles anciens seigneurs, et prodigieusement augmenté sous la domination des Lusignan , et achevé par le Comte Jean. D'après la description que nous en ont laissée les Anciens, cet édifice immense était digne d'attirer l'attention (1). Rien n'y rappelle aujourd'hui le souvenir de cette cour somptueuse où Louise de Savoie réunissait les hommes les plus distingués de la Noblesse , et les poètes de l'époque , qui préludaient au siècle de Louis XIV par une poésie douce d'inspirations, mais dont le rythme incertain annonçait encore l'enfance de L'art. Le château de Cognac a eu le sort de beaucoup d'autres édifices : dédaigné par ses maîtres, il cessa de retentir du bruit des fêtes royales; et, envahi
par le peuple, ennemi du passé, il s'est écroulé sous la main dévastatrice de l'irritation des principes politiques. Bientôt il n'en restera plus de traces, tant notre siècle met d'empressement à faire disparaître les vestiges des générations d'un autre temps ! Ses tours sont abattues; ses croisées en ogives sont fermées ; la lumière ne pénètre plus que faiblement sous les voûtes gothiques , dont l'écho réveille dans l'imagination de l'historien et de l'antiquaire des pensées d'amour , de poésie, de malheur et de gloire. En vain chercherait-on le nom d'un Roi sur ces vieilles murailles à l'aspect lugubre ; le commerce a envahi les souvenirs de l'histoire , et l'ambition de la fortune fait ses calculs et étale ses produits sur le berceau d'un Prince. Si le génie national, si la pensée des grandes actions ne s'étaient pas conservés , à défaut des monuments , dans les souvenirs du peuple , par un nom qui résume une partie du passé, l'étranger ne saurait plus le lieu où naquit le vainqueur de Marignan. Pourquoi faut-il que la civilisation actuelle, empreinte de tant d'égoïsme , jette sans cesse aux vents des passions politiques les croyances et les débris des vieux siècles !
Jeune encore à la mort de son père, François Ier
grandit sous la tutelle de sa mère, jusqu'à 1 avènement de Louis XII au trône de France. Il habita long-temps le château de Cognac, où il eut pour compagnons des jeux de son enfance sa soeur Marguerite de Valois, un peu plus âgée que lui (2), Mélin-de Saint-Gclais (5), fils naturel dOctaviende Saint-Gelais, évêque d'Angoulêmc (4) , et le jeune Louis-Prévôt-De-Sansac, qui devait bientôt prendre une des premières places dans les fastes de notre gloire nationale. François Ier pouvait-il ne pas aimer plus tard les belles -lettres et les favoriser, en vivant ainsi avec les hommes de cette époque qui se distinguèrent par leur instruction et par leurs poésies ? Pouvait-i! ne pas être porté à la galanterie, en assistant aux conversations licencieuses d'Octavien-de Saint-Gelais, nommé à l'évêché d'Angoulême par le Pape Alexandre VI, et dont toute la vie fut livrée aux plaisirs qui avaient déjà énervé son corps et abattu ses forces morales, avant sa nomination à Fépiscopat ? Le fils de cet évêque surpassa son père dans la poésie, et fut surnommé l'Ovide Français. Il avait, en effet, quelque ressemblance avec le poète latin par la facilité du style; mais son esprit était trop porté à la raillerie , défaut dominant de la plupart des écrivains de cette époque, que nous allons essayer de faire connaître.
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Depuis Philippe-le-Bel jusqu'à François Ier , c'est-à-dire, depuis moins de deux siècles, le despotisme s'est partagé entre la Noblesse et les prêtres. Du haut des donjons féodaux , ou du fond des cloîtres , il règne , fort de ses antiques privilèges et de l'appui que lui donne l'Église , parce qu'il s'est donné à elle ; mais , au milieu des passions auxquelles elle s'est associée en exerçant un pouvoir temporel, la religion a jusqu'à ce jour gardé quelques empreintes des mœurs dissolues du clergé, dont l'ambition a oublié les préceptes les plus saints , les préceptes qui , dans les premiers siècles , apprirent à l'esclave à briser ses fers. Ainsi, cette croyance divine , née des besoins d'une autre époque , qui releva l'homme à la dignité que lui avaient fait perdre l'ignorance et les désordres des dernières années de l'Empire Pvomain , qui avait ébranlé la puissance des tyrans , en disant aux peuples qu'ils naissent libres , frères et égaux devant Dieu , avait oublié le langage qui calme la souffrance de lame et les passions du cœur.
La loi humaine avait suivi les mêmes pas rétrogrades. Née de la corruption, imposée à un
* Concile de Paris , en 1432.
peuple esclave , elle fut injuste , exceptionnelle , tyrannique enfin. Tout précepte de morale semblait effacé du code des sociétés humaines. La foi religieuse , dépouillée de son caractère de vérité , parce qu'elle s'était mise en contact avec le despotisme , n'avait que de légères punitions pour le prêtre , et des tortures pour le laïque ; l'adultère de l'homme d'église était puni par la retenue d'une partie de ses revenus , tandis que le malheureux , qui n'avait pas de biens à perdre , subissait une peine corporelle *. Le souvenir des droits de conquête n'était pas effacé ; c'était encore l'application de la loi Romaine aux esclaves. Prêtres, nobles, bourgeois et manants , tous se disputaient la fortune : le prêtre en vendant les cérémonies du culte ; le noble en ruinant ses vassaux ; le bourgeois en s'enrichissant adroitement au profit du seigneur dont il était le mandataire , premier privilégié d'une aristocratie puissante, tandis que le serf, traînant sa chaîne, méditait la ruine des trois pouvoirs pour s'enrichir de leurs débris. Jusqu'alors la société était, pour ainsi dire, restée dans la prostration des idées , et n'avait vécu qu'avec des mœurs grossières. Tel était l'état de l'Angoumois et de toute la France, quand François 1er monta sur le trône. La religion n'avait
plus de convictions; mais la politique, par la réaction des moeurs aux idées, allait ouvrir une voie de progrès à la morale des peuples , qui devait s'épurer en passant à travers les orages. La pensée humaine , par la plus grande des révolutions sociales , s'ouvrit une vaste carrière de gloire et de liberté , en prêchant de nouvelles doctrines. Luther , ce hardi réformateur des temps modernes , consacre la liberté religieuse ; et ses propositions , voisines des pensées républicaines , soulèvent en leur faveur des populations d'autant plus avides de changements que les préjugés et les privilèges de castes avaient perdu de leur autorité. Cette lutte, qui fut d'abord dirigée contre le despotisme des cloîtres , devait enfanter bien des révolutions , causer l'assassinat du dernier des Valois, et consacrer la ruine de la branche aînée des Bourbons ; car au fond dune question religieuse , il y a toujours une question politique.
Par un concours de circonstances, telles que l'historien peut les observer dans toutes les révolutions, de grands personnages, pour qui le despotisme était avantageux, en consacrant pour eux le maintien des privilèges au détriment du plus grand nombre , entraînés , les uns par l'am-
bition, les autres par un sentiment de conviction, adoptèrent la réforme religieuse. Ils soutinrent, au prix de leur fortune, et même de leur vie, les principes de Luther. Les prêtres eux-mêmes , honteux de la corruption introduite dans le sanctuaire , n'osant plus se proclamer les défenseurs de cet ordre de choses , adoptèrent la réforme qui, quoique mal formulée et divisée en plusieurs sectes , couvrit bientôt toutes les parties de l'Europe. Les Rois, las de se courber sous le joug de Piome , et désireux de reprendre les vastes domaines que le clergé avait obtenus depuis les premiers siècles du Moyen-Age, se laissèrent entraîner par le torrent des nouvelles idées. L'Angoumois ne resta pas étranger à ce mouvement des esprits ; mais cette étonnante révolution devait y faire couler des flots de sang. Ce pays devait aussi donner le jour à un Prince qui le premier persécuta la foi nouvelle avec un acharnement que devaient encore surpasser ses successeurs, qui choisirent pour le théâtre de leurs haines fanatiques les champs voisins du berceau de leur aïeul.
Au milieu de la préoccupation des esprits, un terrible fléau vint ravager TAngoumois et porter partout la désolation : la peste, ou toute autre
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maladie , fit de nombreuses victimes , surtout dans les villes ; celle d'Angoulême eut sa part de malheurs. La plupart des maisons étaient abandonnées; les habitants se réfugiaient dans les campagnes ; les prêtres eux-mêmes prirent la fuite; l'évêquc, Octavien de Saint-Gelais, se retira à Vars dans une maison de campagne, et les chanoines de la cathédrale * furent reçus dans la ville de Manies.
Pendant la minorité de son fils , Louise de Savoie administra le comté d'Angoulême, et continua d'habiter la ville de Cognac, près de laquelle existe encore un chemin que le peuple appelle Chemin de la Reine , parce que , sans doute , elle s'y promenait souvent. Par une ordonnance rendue à Amboise , elle confirma les privilèges que Charles d'Espagne avait accordés aux habitants de Cognac (5). Lorsque François Ier fut monté sur le trône, les mêmes privilèges furent encore confirmés par une ordonnance rendue à Paris ** , et le comté d'Angoulême fut laissé à Louise de Savoie qui, pendant quelque temps, continua de tenir sa cour à Cognac.
* lb02.
L'Angoumois fut toujours pour ce Prince une terre de prédilection. Il y fit faire d'importantes réparations pour faciliter la navigation de la Charente. Devenu le protecteur des Lettres (6) , il accorda à Angoulême un droit d'université *, et érigea ce comté en duché-pairie, de même que la baronnie de La Rochefoucauld. Cette dernière ville paraît n'avoir été désignée primitivement que sous le nom de La Roche : en effet, son château est bâti sur un rocher qui domine la ville. On admire , sous les belles galeries de cet édifice, de magnifiques festons ciselés sur la pierre , tels que les a produits l'architecture renouvelée de l'antique, et dite de la renaissance; les contours en sont légers et gracieux; tout y respire le beau idéal de l'art. Ce monument, digne d'être observé, fut commencé et terminé sous le règne de François Ier. Les voûtes, d'une hardiesse élégante, sont presque toutes en ogives, et les vastes cavités qui se trouvent dessous servirent souvent dasyle aux Protestants (7). Dès les premiers siècles du Moyen-Age, un autre
* Au mois de décembre 1518. On trouve encore dans les archives de la Mairie de Cognac les copies des Vidimus de plusieurs ordonnances de Louis XII , de Louise de Savoie , de François Ier et de François II, toutes ralatives aux réparations faites au pont et aux murailles de cette ville.
« hutcau existait à la même place, comme l'indique la vieille tour dont il a été question ; peut-cire les anciennes constructions furent-elles abattues, parce qu'elles tombaient de vétusté , ou qu'elles n'étaient plus dans le goût de l'époque. Alors, on ne conserva que la tour carrée, comme pour lier les temps passés aux temps modernes. Dans les chroniques du pays, il est souvent fait mention des seigneurs de La Rochefoucauld,, premiers vassaux du Comte d'Angoulême, dont ils égalaient la puissance par leurs vastes possessions. La ville porta le nom de La Roche jusqu'au temps où Tun de ses seigneurs , appelé Foucauld , fils d'Esmerin De Lusignan , à qui son père Hugues Ier avait donné cette seigneurie*, s'étant fait une grande réputation par ses exploits militaires et par ses vertus, ses successeurs ajoutèrent ce nom de famille à celui de leur terre.
Selon la coutume du Moyen-Age , les rangs de la société étant distincts, soit par d'antiques titres de noblesse , soit par des droits nouveaux, les maisons nobles gardaient jusqu'à la tombe les privilèges de leur aristocratie, et choisissaient
pour leur dernier asyle une chapelle élevée à leurs frais, ou une portion de l'église commune. Ainsi, leurs mausolées étaient toujours sous la protection de la religion, qui, aux jours des grandes fêtes, avait pour eux des prières, et le peuple une grande vénération. Le lieu de la sépulture des seigneurs de La Rochefoucauld était l'église de Saint-Pierre, qui est au-dessous du château, vieux monument aujourd'hui délaissé , et veuf des tombeaux de ses maîtres. Les murs existent encore, mutilés par le temps et par les hommes. Quand la révolution de 93 eût soulevé les passions politiques , la population de cette ville ne respecta pas la demeure des morts ; elle ouvrit les tombeaux de cette illustre famille , en livra les ossements à toute espèce de profanations , croyant effacer toute idée du passé par l'inutile vengeance du moment.
La maison de La Rochefoucauld possédait aussi la belle terre de Verteuil , qu'elle habitait de préférence à toute autre. Le château, reconstruit de nos jours par le gendre de M. De Peyronnet, fut bâti dans le même genre d'architecture que celui de La Rochefoucauld. Lorsque François Ier permit à l'Empereur Charles-Quint de traverser la France pour se rendre dans les Pays-Bas, Anne
Do Polignac , veuve de François II, Comte de La Rochefoucauld, y reçut si bien le vainqueur de Pavie, que ce Prince dit hautement n'avoir jamais été en maison qui sentît mieux sa grande vertu, honnêteté et seigneurie que celle-là. La Châtellenie de Manies appartenait à la même famille, qui la donna au chapitre de l'église cathédrale d'Angouléme , de même que la seigneurie de Barbezieux, qui passa dans cette maison par le mariage d'un des enfants de la maison de La Rochefoucauld avec une fille des anciens seigneurs de cette terre. La ville de Barbezieux avait autrefois, comme toutes les villes nobles du Moyen- Age , des fossés et des remparts. Ses premiers seigneurs s'appelaient Ithier, et appartenaient à la même famille que ceux de Cognac. La ville porta primitivement le nom de Barbezile , Barbesillum. Ce dernier nom se lisait encore dans le seizième siècle sur les vitraux de l'église de Saint- Janvier, dont deux aigles, disaiton, venaient nettoyer le sanctuaire la veille de la fête du Saint. Un couvent de Cordeliers existait aussi dans cette ville. Une ancienne tradition rapporte qu'il fut fondé par Ithier et par Saint- François, chef et patron de cet Ordre *.
* Mechin. — De la Sauvagère , Antiquités de la Sainlonge.
Quoique François Ier ait vu le jour dans l'Angoumois , nous n'entreprendrons point de dire ici ses succès et ses revers; l'histoire de France réclame un tel récit, et nous ne suivrons le vainqueur de Marignan que dans les champs de l'Angoumois. Mais une autre gloire du pays réclame une place dans nos annales. Un guerrier célèbre pour son siècle , naquit à Cognac * , quelques années avant le Prince dont il partagea la fortune sur les champs de bataille. Louis- Prévôt-de-Sansac, maréchal de camp, sut, dès sa jeunesse, inspirer de l'intérêt à Guillaume-de- Montmorenci, qui le plaça auprès de son fils Anne, depuis Connétable. François 1er se plut aussi à favoriser son jeune compatriote , comme étant né dans la même ville que lui. Sansac, après avoir enseigné léquitation à l'héritier des Montmorenci, l'accompagna à la défense de Mézières; il obtint ensuite de François Ier le commandement d'un corps de seize mille hommes , qu'il conduisit dans le Milanais , et prit part aux divers combats de cette époque. Il se trouva à l'assaut de Novarre, au combat de Vigevano, a l'attaque du Pas-de-Suze , à la retraite
de Rebec * ; enfin on le vit à Pavie, où, intrépide comme son Prince , il donna les plus grandes preuves de bravoure. Comme lui, il fut fait prisonnier ; mais étant parvenu à se sauver et à rentrer en France , il fut chargé de la correspondance de Louise de Savoie avec son fils, qui le plaça ensuite parmi les gouverneurs de ses enfants. On le vit, plus tard, se distinguer encore par sa glorieuse défense de la Mirandole, en Italie ; et , pour la première fois, à l'âge de soixanteseize ans , il reçut une blessure à la bataille de Dreux **. Après avoir assisté à quinze sièges et à onze batailles rangées, il mourut à Cognac ***; et tel a été l'indifférent souvenir de ses concitoyens, qu'ils ignorent aujourd'hui où reposent ses restes. Faut-il le dire ? Son nom est presque inconnu dans cette ville, et sa mémoire oubliée. François Ier, qui se rappelait toujours avec plaisir la contrée qui le vit naître, disait souvent, en parlant des Braves de son armée : « Nous sommes » quatre gentilshommes de la Guyenne qui cou- » rons la bague contre tous allants et venants
*** 1566. — Biographie universelle
» de la France , moi, Sansae, d'Esse et Chatai- » gneraie. »
François Ier avait vu mettre un terme à sa captivité de Madrid ; mais , cette liberté , il l'avait achetée au détriment de la France. A peine de retour dans sa patrie , il se rendit au château de Cognac , comme si la vue des lieux théâtre des jeux de son enfance eût pu adoucir ses chagrins et lui faire oublier les malheurs de Pavie. Il y arriva avec la belle Duchesse d'Etampes , que la Reine-mère , comme le dit naïvement un historien, lui avait amenée exprès pour le divertir de ses longs ennuis *. Il y demeura un mois et cinq jours , se livrant à toutes sortes de plaisirs , lorsque les ambassadeurs de Charles-Ouint vinrent l'y trouver pour le presser d'exécuter le traité de Madrid. Alors , il y convoqua les États pour soumettre à leur acceptation ce traité et recevoir leurs remontrances. On y vit arriver dans le même temps les ambassadeurs de plusieurs États Européens, pour former contre Charles-Quint une ligue , dans laquelle entrèrent le Pape Clément VII , le Roi d'Angleterre et les Vénitiens. La décla-
*.Mézerai.
ration clos puissances liguées fut alors, publiée à Cognac *. On sait quel fut le résultat de ces deux actes politiques. François Ier vint ensuite à Vngoulcme. La population se porta au-devant de lui , ayant à sa tête le Maire, Laurent-Journeau , qui lui présenta les clefs de la ville. Le Prince visita les remparts, et fit réparer la partie voisine de la place de Beaulieu , où furent placées les armes de Louise de Savoie , dont on voit encore quelques traces. Il accorda dans la même ville une audience aux députés de La Rochelle , qui lui rendirent compte des troubles survenus dans leurs murs contre le seigneur de Jarnac , qui en avait le commandement **.
Partout le peuple de TAngoumois accourait sur son passage ; mais les acclamations de joie qu'il faisait entendre étaient plutôt l'expression de ses besoins pour l'avenir que de la satisfaction du présent ; car alors, tous les privilèges étaient encore pour les nobles ; le peuple se courbait encore sous le poids des lois du Moyen-Age. Ce même Prince , que l'histoire a peut-être trop
v 28 juin 1526.
** Histoire de La Rochelle.
vanté,, a£pit , par une ordonnance, défendu la chasse aux roturiers , sous des peines plus que sévères * , alors que les seigneurs avaient le droit de poursuivre le gibier même sur les terres dont ils n'étaient pas possesseurs **. En applaudissant au retour de François Ier , le peuple de FAngoumois espérait peut-être que ce Prince ne jouerait plus sur les champs de bataille la fortune de la France , et que le restaurateur des Lettres donnerait à la nation un peu de liberté.
Louise de Savoie garda seize ans le comté d'Angoulême. Heureuse la France, si cette Princesse n'eût jamais quitté le château de Cognac , et n'eût pas porté à la cour de son fils son avidité fastueuse et sa galanterie vindicative ! La France aurait eu un traître de moins, et l'étranger n'aurait pas envahi nos provinces. A la mort de la Reine-mère, le duché fut donné au Duc d'Orléans, second fils du Roi; alors, plusieurs personnages de cette province se firent remarquer dans les faits politiques du même règne ; l'un d'eux , Charles de La Rochefoucauld , sei-
* Ordonnance de 1553.
** Coutumes d Ànaoumois.