Hesseling, op. cit., chap. II, p. 71 et s
l'hellénisme soit combattu énergiquement dans son foyer primitif par Justinien qui supprime les écoles d'Athènes suspectes d'entretenir le paganisme, quoique le mot « Hellènes » soit devenu, comme nous l'avons déjà dit, synonyme de païen, l'hellénisme répandu en Orient depuis des siècles acquiert sous d'autres noms après le IV* siècle un regain de puissance immense, grâce surtout aux progrès de l'Église chrétienne dont le grec est la langue'.
Ce développement de l'hellénisme au détriment du romanisme est depuis longtemps reconnu pour quelquesunes des branches les plus représentatives de la culture byzantine, celles dans lesquelles le fait était le plus facile à constater, comme la langue, la littérature ou la politique.
Mais dans les matières plus complexes, comme l'art, l'étude de la question aura coûté plus d'efïorts. Sa solution toute récente a cependant pour nous le grand mérite de fournir d'utiles points de comparaison, parce que, mieux que les idées générales indiquées plus haut, les vues particulières des spécialistes précisent nettement et sûrement les origines orientales de l'art byzantin, partant celles du byzantinisme en général desquelles on parle toujours en termes si vagues.
Il va de soi qu'il ne s'agit point de rééditer ici, même de la façon la plus sommaire, les pages des Manuels d'archéologie et d'art consacrées à la question; il suffira de leur emprunter quelques idées maîtresses.
Les plus notables représentants de l'histoire de l'art byzantin ou de l'archéologie chrétienne^ se sont ralliés,
1. Diehl. Justinien. p. 551-564; Hesseling, op. cit., p. 13-14, 22, 37 et s.
2. Je ne cite naturellement ici que les études ou ouvrages d'ensemble sur la question : G. Millet, L'art byzantin (dans A. Michel, Histoire de l'Art, t. I, Paris. 1905, p. 127-301); Dom H. Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, 2 vol., Paris, 1907 ; le même, art. Art byzantin (dans Dom Cabrol,
avec quelques réserves, aux idées générales qui peuvent se résumer ainsi. Le rôle de l'art romain a été singulièrement exagéré quand on Ta représenté conquérant l'Orient, s'y implantant, y remplaçant la vieille culture hellénistique et y devenant la base de l'art byzantin. Ce n'est pas à Rome qu'il faut aller chercher les origines de l'art byzantine Cet art procède du grand mouvement qui, durant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, se développa dans les grandes villes hellénistiques d'Egypte, de Syrie et d'Asie Mineure, Alexandrie, Antioche et Ephèse, mouvement combiné avec un autre déterminé par la réaction produite sur les pays jadis hellénisés par l'esprit oriental venu de l'arrière-pays au contact de la Perse sassanide^ Mais dans la formation de l'art byzantin, il faut également faire sa part à la capitale de l'Empire oriental, à Constantinople. Si, au début et durant tout le cours du iv" siècle, les provinces asiatiques avec leur long passé de civilisation l'emportèrent en importance sur la nouvelle ville impériale, pourtant, dès le v^ siècle, le nouveau centre qui grandissait dans la capitale commença à prendre la direction dans les choses d'art. Et cela s'explique aisément, dit M. Diehl. « Admirablement située au point où l'Europe et l'Asie se rencontrent, la ville de Constantin, par le magnifique développement de son commerce, se trouvait en relations avec tous les peuples de l'univers. Cité neuve, sans traditions séculaires, elle était toute prête à accueillir tout ce que lui apportaient les civilisations les plus diverses. Capitale de la monarchie, centre de l'orthodoxie et de l'hellénisme,
Dictionnaire d'archéologie chrétienne, t. II, Paris, 1909) et surtout Ch. Diehl, Manuel d'art byzantin, Paris, 1910. 11 convient cependant de citer au moins les noms des deux spécialistes qui ont réagi vigoureusement contre l'hypothèse des « romanistes », Aïnalof dans ses Origines hellénistiques de l'art byzantin (russe, 1900) et Strzygowsky « dans un ouvrage retentissant,, intitulé de façon significative, Orient oder Rom » (1901).