Cf. Suprà, p
des juges et, grâce à leur science des lois iscientes leges), sont appelés à surveiller les provinces, auxquelles sont envoyées les ordonnances impériales '.
Les viri docti du texte doivent s'entendre des'( savants » formés à titre d'élèves par l'École de Beyrouth. Leurs fonctions mises ici en relief sont uniquement celles d'assesseurs auprès des juges ordinaires. Ce que le géographe en dit ne peut nous surprendre. Au début du m' siècle, le jurisconsulte PauP constatait déjà que les magistrats, connaissant des procès menés dans les formes de la procédure extraordinaire \ faisaient appel au concours d'assesseurs choisis parmi les h/ris studiosi. Le sens de cette expression est très étendu. Il s'applique non seulement aux étudiants en droit, mais plus fréquemment à tous ceux qui, ayant achevé leurs études, embrassent des carrières juridiques : avocats, assesseurs, notaires, professeurs, hommes de loi donnant des conseils aux particuliers pour la rédaction des contrats ou des testaments, c'est-à-dire tous les praticiens ou jurisconsultes dans leurs multiples tâches *. A la fin du iv" siècle, Libanius enregistrait la persistance du rôle des assesseurs ^ Les juges, en parti-
1. Nous avons supposé ailleurs [Syria, 1924, n" 4) peut-être trop audacieusement que orientes leges désignaient une classe de juristes, les conservateurs du déj."i des lois qui, sans doute, exista à Beyrouth.
2. Dig. 1, 22, i (Paulus libro singulari de officio adsessorum) : Omne officium adsessoris, quo iuris studiosi partibus suis funguntur, in his fera causis constat : in cognitionibus postulationibus libellis edictis decretis epistulis.
3. Hitzig, op. cit., p. 99-114, commente longuement les termes qui, au Dig. 1, 22, 1, désignent les applications diverses de la compétence des assesseurs. Sans entrer ici dans leur discussion, nous croyons qu'ils se rapportent tous à la procédure extraordinaire, même le terme postulatio (IvT'jyi'a'^ qui, selon nous, s'entend normalement dans cette procédure de toutes conclusions prises par l'avocat (ou la partie) à l'audience.
4. Hitzig, op. cit., p. 76-78; pour la Gaule, G. Jullian, Hist. de la Gaule, t. IV, p. 420, n. 6; t. VI, p. 124, n. 5 in fine.
5. Libanius, orat. LI, /.otTà tojv TipoasSpEuo'vTwv toî; apyouai, c. 26, t. IV, p. 18 Foîrster (t. II, p. 198 Morel).
culier les gouverneurs des provinces, sont le plus souvent des hommes politiques : ils ont besoin d'être assistés de viri docti, de savants ès-lois, qui les conseillent et les guident dans la partie technique de leur activité judiciaire.
Par le § 25 de V Expositio est, en résumé, attestée l'excellence de l'enseignement de Beyrouth qui peuple tout l'Empire de juristes distingués.
Mais à quelle phase de l'histoire de l'Ecole de Droit se rapporte le texte? Suivant l'opinion commune acceptée par tous les éditeurs et annotateurs de ÏEjrpos^ln) totius miindi depuis Grodefroy, le premier éditeur du ms. A [V Apograjihon Juretï)^ V Expositio a été rédigée vers 350. Le double rôle considérable joué par l'Ecole, — la stabilité assurée à la justice des Romains, la formation de savants juristes employés comme assesseurs des juges — , reviendrait donc aux professeurs du milieu du iv" siècle, à Domninus et à ses collègues inconnus.
Nous pensons plutôt que, si le premier passage du § 25 appartient bien au milieu du iv* siècle et met en évidence l'éclat de l'Ecole à cette date, le second passage, au contraire [inde enim — legum ordmationes), se réfère à une phase postérieure, au v'' siècle seulement, et pourrait avoir été écrit sous l'influence des brillants succès dûs aux « maîtres œcuméniques ».
En eiiet, ce second passage nous apparaît comme une addition du ms. A, une véritable interpolation insérée durant la seconde moitié du v* siècle (au plus tôt) dans une œuvre du milieu du iv' siècle. C'est ce qu'indiquent les crochets droits [ ] ajoutés par nous à la restitution de Sinko.
L'interpolation semble, d'ailleurs, pouvoir se démontrer par un argument direct.
L' Expositio totius mundi ou Descriptio orbis terrae existe dans deux versions : l'une [k) fournie par le manuscrit perdu de Juret {VApographon Jureti) publié par Godefroy,
166 CHAPITRK QUATRIÈME.
l'autre (B) connue par le Cod. Cavensis édité par Mai et le Cod. Par. 7418 collationné par Mueller. L'étude critique de M. Th. Sinko établit, entre autres résultats, que la version B, tout en n'appartenant pas à l'Antiquité et provenant seulement du Moyen Age, a néanmoins une certaine valeur, parce qu'elle représente Tarrang-ement d'un manuscrit antique indépendant de A et parce qu'elle ne renferme pas les interpolations de A déterminées par ses recherches.
Les remarques générales du critique trouvent leur application — et une application nouvelle qu'il n'a pas aperçue — au passage en cause du § 25. Le § 25 se présente d'une façon toute différente dans les deux versions. D'une part, B contient au complet la phrase jiost ipsam Berytns — Romanorum slave videfititr que X avait laissée inachevée, en omettant les mots sfare vidpiitur. Ces mots proviennent de B comme le montrent les crochets brisés. C'est la confirmation du fait que B suit la leçon d'un manuscrit indépendant. D'autre part, ajouterons-nous personnellement, B ne renferme pas le passage qui constitue dans A la seconde phrase, Inde enim — legwn ordinatùmes, celle qui a précisément pour sujet les viri docti. C'est là la preuve que cette seconde phrase est une interpolation de A'.
Au reste, l'origine plus récente dans ÏExpositio totins miindi de cette phrase ne diminue en rien la valeur du témoignage que l'opuscule géographique apporte comme appoint à la connaissance de l'activité des maîtres de Beyrouth.
l. L'interpolation peut se démontrer encore par des arguments de forme : 1° « inde enim », annonçant le développement d'une idée antérieure,
rentre bien dans les termes de liaison familiers aux scoliastes ;
2» « legum ordinationes » rappelle l'expression ordinatio legi.t qui,
d'après Dirksen, Man. latinit. font. iur. civ. Roman., h. v., se trouve
une seule fois dans les sources : Interpretatio sur Cod. Theod., III, 1, 6.
L' Interpretatio visigothique du Code Théodosien date du v« siècle.
§ V. — Le Sens probable de la dénomination
01 T-?!? olxou|jiévY); StÔâaxaXot.
I. — Le sens de oi t^ç clxcjiAévr,? ctoacxaXci que je traduis par « les Maîtres œcuméniques » ou « universels » s'éclaire, semble-t-il, par le parallélisme qu'on découvre, dans la terminologie ecclésiastique des v" et vi'' siècles, avec le Patriarche œcuménique'.
Les adjectifs iiniversalis ou oty.cjfisvr/iç et le génitif corcespondant universae orbis terrae sont accolés aux titres d'Archiepiscopus et de Patriarcha assez fréquemment pendant ces deux siècles. Sans entrer dans les détails, nous rappellerons que l'épithète iiniversalis apparaît pour la première fois auprès du titre A' Archiepiscopus au brigandage d'Ephèse (449) où Olympius, évèque d'Evaza, désigne ainsi le président du pseudosynode, Dioscore, archiepiscopus d'Alexandrie. Deux ans après, au Concile de Chalcédoine (451). Olympius rétractait d'ailleurs publiquement sa flatterie inconsidérée. Nous retiendrons aussi que l'épithète œcuménique s'est adjointe aux titres A" Archiepiscopus et de Patriarcha en faveur de plusieurs Papes, Léon I" (451), Hormisdas (517), Agapet (vers 535). Enfin nous la trouvons employée, plus souvent encore, à l'égard des évêques de Constantinople avec le titre de Patriarche, Jean II (518-520), Épiphane (520-535), Anthime (535-536) et Menas (536-552), soit dans des lettres, soit dans des procès verbaux de conciles, soit dans des lois ou des novelles de Justinien. Quel est le sens d'œcuménique dans ses applications aux hauts dignitaires de l'Église?
1. La meilleure étude sur le sujet est celle du P. Siméon Vailhé, Le Titre de Patriarche œcuménique avant saint Grégoire le Grand, dans les Échos d'Orient, t. XI, 1908, p. 65-69. Je dois à l'aimable obligeance de Mgr Pierre Batiffol la suggestion de cette incursion dans un domaine où sa compétence est hors de pair.
168 CHAPITRK QUATRIÈME.
Ilinschius ' pensait que le mot qui en constitue la racine, (yf)) cîy.:j[j.£vrp « la terre habitée », pouvait lui faire attribuer deux sens diôérents : ou le sens général et canonique de « Chrétien « ou le sens politique de « Romain ». V'^oulant expliquer les protestations des Papes Pelage il et Grégoire P"^ contre l'usage de l'épithète œcuménique par les évêques de Constantinople, Hinschius imaginait que les Papes avaient dû, de propos délibéré, ignorer le premier sens, le plus général, pour ne s'attacher qu'au second qui faisait apparaître plus directement l'usurpation, l'atteinte illégitime aux prérogatives du Pontife romain, une véritable concurrence déloyale, dirions-nous volontiers, ou, tout au moins, une menace de concurrence déloyale.
Aucun des deux sens prêtés à l'épithète œcuménique par Hinschius ne peut nous satisfaire. Le sens de « Chrétien » n'est confirmé par aucun texte. Le sens de « Romain » n'est pas plus exact, car ce sens ne pourrait s'accorder avec les exemples les plus anciens du mot qui le montrent, on l'a vu, employé pour Alexandrie et Constantinople comme pour Rome. Au reste, la base qu 'Hinschius assignait aux protestations des Papes contre le port du titre œcuménique par les évêques de Constantinople est certainement insuffisante.
Le P. Siméon Vailhé, étudiant la lutte de saint Grégoire le Grand contre le titre de patriarche œcuménique % pris par Jean le Jeûneur, a tiré de la correspondance même du Pontife la preuve que, si saint Grégoire le Grand évoque bien l'usurpation d'un titre qu'il croit à tort avoir été attribué aux Papes par le Concile de Ghalcédoine, il évoque encore d'autres motifs dont le principal