Cité ci-dessus, p. 167, n
s'agit d'Alexandrie; de l'Église byzantine, s'il s'agit de Coastantiaople ». Cette interprétation est tout à fait admissible. Mais il en est une autre que !e P. Vailhé a aperçue sans la mettre suffisamment en relief et sur laquelle il nous faut insister.
Théodoret, évêqae de Cyr, écrit, dans deux passages conçus en termes identiques ' , que Nestorius, par le suffrage de ceux qui fréquentaient le Palais et les sièges épiscopaux et de celui qui tenait alors le sceptre du monde {-f,: ='.x.ou;j.Évri; -x "/.f,~-po^), obtint le gouvernement de l'Église catholique des orthodoxes et partant du monde entier
(xr.v -posop-av -f,: c'.y.;j;j.sv^ç xr.xzr,:"^). Théodoret entend
par ces derniers mots que Nestorius, en devenant évêque de Constantinople, devint le premier évêque, non de l'univers catholique, mais de l'Orient. Ce sens est confirmé par l'acception que prend, chez Théodoret, le mot c'.y.oj[A£vr, dans la périphrase du même passage « Celui qui tient le sceptre du monde », c'est-à-dire l'Empereur d'Orient.
Quant à l'adjectif c'.y.cjy.sv'.y.r,, Théodoret l'emploie avec le même sens d'Oriental dans son Histoire ecclesiasti([ue% en l'appliquant au synode de Constantinople de 381 où ne furent convoqués par Théodose, Empereur d'Orient, que les évêques de l'Orient.
1. Libellus contra Nestorium dans Migne, P. G., t. LXXXIII, col. 1156 et Haereticarum fabularum vompendium, 1. IV, n° 12 dans Migne, P. (?., t. LXXXIII, col. 433.
2. ... y.<x\ NcCTTcJp'.o;, (J/vjow twv 7:£f;\ ^à SaaîXs'.a zal -où; Ôcovou;, xai aùroC» -ojv TriV-x-aÏTa xfj; 0'.-/.Oi>ti£'vT); "à a-/.^--oa O'.s'-ovxo;, -r;v xaià Kwv5TavT'.voj-oXtv Tôiv &p0ooo'$wv xaOoXixfjî 'Ex/ÀrjOiaç -cosSpi'av -laxsûîta'., où^Èv oï r,xjDV xai xfj; o'.xoujAc'vr); a-aoT)? (Nestorius eorum qui in palatio sedibusque pontificalibus versabantur, et ipsius qui orbis terrarum sceptra tune regebat, suffragio, catholicae orthodoxorumConstantinopolitanae Ecclesiae, orbisque adeo universi principatum adipiscitur). — Le P. Vailhé, en ne reproduisant que la seconde partie de la phrase, s'est privé de l'argument précieux qui se tire de la première partie.
3. Théodoret, Eccl. Bist., 1. V, c. 9 dans Migne, P. G., t. LXXXII, col. 1216-1217 : ... xa\ xw zs'puaiv Èv Kojvaxavx'.vou-o'Àe; -y.ç,x xr,; oi/ou[/îvix^;
ÈxxEÔEvxi auvo'Sou ^et eum [se. tomusl qui superiore anno Gonstantino-
poli a synodo universali est editus).
Ainsi, les termes c'.y.cujjivy;, cty.cuij.£viyiç, se rapportent tous deux à rKmpire d'Orient. L^'épithète o'v/.oD\).zyiY.ôz a donc deux sens : un sens étroit quand elle désigne une grande Église (Rome, Alexandrie ou Constantinople), un sens large quand elle désigne l'Empire d'Orient tout entier; mais jamais elle n'a le sens général qui couvrirait à la fois l'Occident et l'Orient'.
Dans les œuvres des Pères de l'Église, l'expression •^ otxou[jivY] a tantôt le sens général et commun « d'univers », tantôt un sens large encore, mais plus restreint^ dont la précision sera nécessaire.
Le sens d' « univers » se rencontre chez saint Grégoire de Nazianze - et saint Jean Chrysostome ^
Dans d'autres passages y; o\Y.c'j\j.v>ri désigne, d'après le contexte, non pas tout l'Empire romain ni toute la « terre habitée », mais, comme dans Théodoret, une moitié de
1. Les expressions t) 0'.zou[j.£V7), ûty.ou[j.£vr/o;, avaient eu, au contraire, le sens général, dans les inscriptions ou les papyrus qui émanaient des collèges grecs d'artistes dionysiaques, d'athlètes ou d'artisans [P. Foucart, art. Dionysiaci artifices du Dict. des Antiq. grecques et romaines de Daremberg-Saglio-Pottier-Lafaye et surtout l'ouvrage de Fr. Poland, Geschichle des Griechischen Vereinswesens, Leipzig, 1909, in-4o, p. 143, 148, 150, 151 (i^o -T,; o'.y.ouuivTi;), 125, 149, 170, 171 (oi/.ouixsvi/o;)]; dans ces textes, elles s'étendaient au monde tout entier, à tout l'Empire, car « Vorbis terrarum », « la terre » ou « l'univers », signifie, aux yeux des historiens de l'Empire, la même chose que le i)euple romain ou son Empire [textes très nombreux de Polybe, Tite-Live et Florus (G. JuUian, Histoire de la Gaule, t. IV, p. 7-8); pour Auguste, l'autel de Xarbonne [G. I. L., t. XII, 4333) parle de Vimperium orbis terrarum, de orbi terrarum rectorcm (Jullian, t. IV, p. 226, n. 4; 228, n. 1; cf. t. IV, p. 404, n. 1, où le même savant évoque la compagnie dionysiaque d'artistes ambulants embrassant « toute la terre » et dont le dieu patron était l'Empereur « nouveau Bacchus » ) J (Communication de M. Jules Lafaye, qui a droit à nos remerciements).
2. Greg. Naz., Carm. de vila sua, vers 562-567 (Cf. P. Batifl'ol, Le Siège apostolique, Paris, 1924, p. 135, n. 2).
3. Saint Jean Chrysostome, Hom. in laudem eor., IV, 3, appelle saint Pierre le pécheur du monde, iX-.sûaa; Tr]v oizoufAEvriv (Migne, P. (?., t. LVI, col. 123) (Cf. P. Batiffol, op. cit., p. 313, n. 2).
l'Empire. Toutefois cette moitié se trouve être tantôt les parles Occidenlis, tantôt les partes Orientis.
Pour l'Occident, l'interprétation de l'expression ne souffre aucun doute dans deux lettres de saint Basile, adressées l'une aux Occidentaux', l'autre aux Evêques d'Italie €t de Gaule ^
Pour l'Orient, la limitation de sens de l'expression n'est pas moins certaine, d'après une troisième lettre de saint Basile où il considère Antioche comme la tête des autres Églises de Vc •.-/.: j'^.vrr, ^ Le mot a ici le sens non pas d' « univers », mais seulement de la partie du monde que gouverne Valens, c'est-à-dire l'Orient \ Dans la même acception, l'Empire d'Orient, doit se prendre le terme z'.v.zj\).hri quand saint Grégoire de Nazianze déclare que l'Empereur Valens a pour lui « les fonctionnaires de V o'.-/.oj\).vrr, placée sous son gouvernement »^.
il. — 11 nous est maintenant plus facile de comprendre le titre que portent les professeurs de droit de Beyrouth au v"' siècle. Leur titre grec, s-, r^; olY,zj't).vrr,:; zioùt/.x'koi, se précise par le sens même que possède r;'.y.:j;x£VY;, dans la langue de Théodoret et des Pères : « l'Empire d'Orient ». Les maîtres de Beyrouth, les « maîtres œcuméniques », sont les «Docteurs de l'Orient » ou de « l'Empire d'Orient».
1. Saint Basile, ep. CCXLII, c. 1 (Migne, P. G., t. XXXII, col. 900) : w; xai TÛv -spa-wv Iç'.xé'aOai ttj; xaô' fjijia; (corr. yjxà;) oîy.oujJLs'vr,; (ut ad Testri etiam orbis terminos pervenerint). — La correction est commandée par la lettre CCXLIII (à la note suivante).
2. Saint Basile, ep. CCXLIII, c. 1 (Migne, P. G., t. XXXII, col. 904) : y.ai aùtw Toj -/.paTOùv-t -fj; zab' jjjLâ; o'./.o-j[j.î'vr,;(ipsi quoque orbis vestri imperatori).
3. Saint Basile, ep. LXVI, c. 2 (Migne, P. G., t. XXXII, col. 425) : T'' o"av "^ivoi'o Taî; xatà Tr;v oîxou[i.£VT)v 'ExxXr)(Ttaiç xf,; 'Avtioy^sîa; cTiixa'.ptw- Tspov* (quid autem habeant orbis terrarum Ecclesiae, quod praeferendum sit Antiochae? )