Monnier et Platon, .Y. R. H., t. XXXVII, 1913, p
En vérité, en son état actuel, le texte passe sous silence l'École de Droit de Beyrouth. Mais cela peut s'expliquer. Le texte, tel qu'il se présente au Gode de Justinien, n'est que le dispositif de la constitution. Comme justification de la concession octroyée, le texte se borne à la courte phrase « propter multas iustasque causas ». L'on peut être sûr que cette phrase n'appartient pas à la version originale. Elle forme, d'une part, un considérant trop incolore à la concession d'une dignité aussi pompeuse que celle de métropole; elle est, d'autre part, un motif trop vag-ue qui ne cadre guère avec le style diffus et amphigourique de la Chancellerie du Bas-Empire. C'est une interpolation des commissaires du Code. Vraisemblablement dans la version originale le dispositif commençait par « propterea », à l'exemple d'autres constitutions. Et avant « propterea », figurait l'énumération complaisante de ces multae histaeque causac dans des considérants que le Code s'est dispensé de reproduire pour une raison inconnue.
Parmi ces causae, n'est-il pas légitime de supposer que l'éclat de l'Ecole de Droit de la pulcherrima civiias n'était pas oublié? Des témoignages concordants prouvent que la célébrité de Beyrouth venait en grande partie de l'importance de son École; c'était à elle que la cité avait dû, avant de recevoir la dignité métropolitaine, de porter la qualification de vi[j.o)v [j-ôtyjp (jiutrix legum dira Justinien). La version originale de la constitution, si elle a parlé, comme nous le pensons, de l'École de Droit, a pu renfermer une phrase admirative pour les professeurs, faire état de leur activité et les honorer d'éloges correspondant à leur titre de « maîtres œcuméniques ».
Ces considérations purement logiques, si l'on peut dire, trouveraient d'ailleurs un appui dans les faits. Nous connaissons exactement les circonstances dans lesquelles a été promulguée la loi de Théodose érigeant Beyrouth en
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métropole \ Le 20 octobre 451, le Concile de Chalcédoine eut à juger l'aflaire qui divisait Photius, évêque de Tyr, et Eustathe, évêque de Beyrouth, au sujet de cette question môme '. L'Eglise de Tyr avait été de tout temps la métropole de la 1" Phénicie.
(' Eustathe de Beryte qui avoit, ce semble, dit Tillemont, fait bâtir une nouvelle église dans sa ville et une nouvelle maison episcopale obtint par le moyen de quelques personnes qui le favorisoient une loi de Theodose II et les expéditions nécessaires des grands officiers pour ériger Beryte en métropole »^
Photius protesta contre la loi de l'Empereur. Le Concile lui donna raison au nom des canons. Cependant Marcien, successeur de Théodose 11, ne fit aucune loi pour confirmer la promesse des évêques*, et, dans la suite, Beyrouth est toujours demeurée métropole honoraire ^
Tillemont semble établir une relation entre la construction par Eustathe d'une nouvelle église (l'Anastasie) et d'un nouvel évêché, d'une part, et l'érection de l'Eglise de Beyrouth en métropole, de l'autre. Les grands travaux accomplis sous ses auspices, ajouteronsnous, desquels évidemment l'évêque n'avait pas manqué
1. Le Nain de Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, etc., t. XV, Paris, 1711, p. 672 et suiv. ; Hefele, trad.Leclercq, t. II, p. 713-715.
2. Labbe, Concilia, t. IV, col. 539; Mansi, t. VII. col. 85-98.
3. Tillemont, t. XV, p. 672, assigne à la loi une date postérieure au jugement d'Ibas (commencement de l'année 449), « parce qu'Eustathe y cède toujours à Photius le premier rang, soit à Beryte, soit à Tyr, et Photius se qualifiant Evesque de la métropole de Tyr, Eustathe se contente d'appeler Beryte la belle ville ».