‹ Études historiques sur le droit de JustinienChapitre 164 sur 242 · Cf. God. lust. 5, 28, 8 (429; = Nov. Theod · texte numérisé non relu

Cf. God. lust. 5, 28, 8 (429; = Nov. Theod

5. Sievers cite J. Lydus, De Magist. pop. rom., p. 177, 178, 185, 261 (éd. Bekker, Bonn, 1837). Les références aux p. 185 (Lydus, II, 20) et 261- 262 (Lydus, III, 68) sont en dehors de notre sujet.

6. Lydus, II, 12 (p. 177-178, Bekker) = III. 42 (p. 235, Bekker).

romaine. Or, Cyrus fut préfet du prétoire d'Orient sous Théodose le Jeune, de 439 à 442'. Le mouvement qui entraînait l'Empire d'Orient vers l'emploi prépondérant du grec se manifestait donc, à Constantinople aussi, à l'époque même oii nous constatons le phénomène à l'École de Beyrouth.

III. — Sous quelles influences se produisit la substitution du grec au latin dans l'enseignement du droit à Beyrouth entre 381-382 et 410-420, l'histoire générale de l'Empire pendant l'intervalle de temps qui sépare ces deux dates, et peut-être aussi l'histoire particulière de l'Ecole de Beyrouth, nous permettent de nous en rendre compte.

Au Haut- Empire, Béryte formait, selon la très juste remarque de Mommsen, une « sorte d'île latine perdue au milieu de l'Océan de rhellénisme oriental » ^ Les élèves des diverses provinces grecques de l'Orient ou de l'Occident qui, comme on l'a vu, affluaient dans cette capitale intellectuelle, après avoir reçu de rhéteurs grecs leur éducation secondaire, acceptaient de recevoir l'enseignement du droit en latin, parce qu'ils se destinaient aux mêmes carrières administratives ou libérales que ceux qui allaient étudier à Rome, et qu'ils se proposaient d'exercer aussi bien à Home même et dans les provinces de langue latine que dans les provinces de langue grecque ^ Après la fondation de Constantinople, l'étude du droit en latin demeurait une nécessité aussi impérieuse, puisque le latin devait rester, malgré le changement d'axe de l'Empire, la langue officielle de Constantin et de ses successeurs. Et c'est longtemps encore après la mort de Constantin le Grand que Libanius

1. Borghesi, op. cit., t. X, p. 327-333 [adde, p. 787-788), n» lxmi.

2. Th. Mommsen, Hist. rom., trad. franc, de Gagnât et Toutain, t. XI, Paris, 1889, p. 19.

3. Cf. Sievers, op. cit., p. 162; L. Hahn, loc. cit., p. 699.

LES LANGUES DE l'eNSEIGNEMENT. 215

exhale son amertume devant les progrès que font en Orient le latin, le droit romain et la tachygraphie au détriment de la rhétorique grecque'.

Pourtant, sous le vernis latin et romaiiî, la civilisation grecque continuait d'exister en Syrie et à Beyrouth même. En Syrie, tous les hommes cultivés parlaient le grec comme les commerçants; les v2[j,oi importées par les conquérants macédoniens avaient survécu^; et, précisément, M. Bernard Haussoullier vient d'établir que ces lois forment le fond de certains des éléments non romains des Leges saeculares ou Goutumier syro-romain^

A Beyrouth même, îlot latin, Léon Renier, étudiant une inscription latine inédite provenant de cette ville*, a fait ressortir judicieusement la persistance de l'hellénisme qui, dans ce texte, si banal en apparence, se manifeste de deux façons caractéristiques. D'une part, la langue grecque y gardait au Haut-Empire assez de puissance pour maintenir, en conformité avec leur origine et par différence avec l'usage de Rome, le genre et la déclinaison de mots latins empruntés au grec : AETOMATE, dans l'inscription, est un mot neutre comme en grec et non féminin comme autre part ; la forme de l'ablatif toute proche du grec remplace Pablatif ordinaire latin aeioma. « On conçoit du reste, écrit à ce propos Léon Renier, que, dans une ville comme Berytus, où le grec était parlé au moins

1. Suprà, p. 38-39. — On lira avec intérêt les réflexions que le sujet inspire à son historien, E. Monnier, Histoire de Libanius (déjà citée), p. 86 et suiv.; cet ouvrage, moins célèbre que celui de Sievers, abonde cependant en vues générales.

2. Cf. Th. Reinach, V Hellénisme en Syrie, dans L' H ellénisation du monde antique, Paris, 1914, p. 341.

3. B. Haussoullier, Une loi grecque inédite sur les successions « ab intestat », dans R. H. D., 1923, p. 515-553. L'auteur donne un commentaire très complet du parchemin de Sàlihiyeh (Bibl. nat., suppl. grec 1354, 3) contenant la loi grecque (du iv siècle av. J.-C.) en question et étudie ses rapports avec les passages similaires des Leges saeculares.

4. L. Renier, Inscription inédite de Beyrouth, dans Bibl. de l'École des Hautes-Études, t. XXXV, 1878, p. 299-303.

autant que le latin, on ait cru devoir revenir, pour le mot dont il s'agit, à l'orthog-raphe régulière »•. D'autre part, l'org-anisation politique grecque avait persisté dans la Béryte romaine comme le prouve la mention delà TRIGEN- SIMA = tpiay.iç, à laquelle appartient le dédiant, subdivision de la tribu dans les villes grecques et groupement de trente familles. « Il n'y a pas lieu de s'étonner, continue l'éditeur, que cette ville ait conservé cette partie de son ancienne constitution, lorsqu'elle avait été faite colonie romaine; on pourrait citer beaucoup d'exemples analogues, surtout dans les colonies de date aussi ancienne n ^.

Le recul du latin dans l'enseignement du droit au ranginférieur de langue auxiliaire et le progrès du grec s'expliquent, sans doute, à la fin du iv® siècle ou au début du v° siècle, par un faisceau de circonstances agissant dans le même sens. En histoire, les transformations sont plus souvent la résultante de causes multiples que l'effet d'une cause unique. L'événement nouveau se produit quand l'atmosphère, comme on dit aujourd'hui, est créée.

En premier lieu, la désaffection des professeurs de Phénicie à l'égard du latin a pu n'être qu'une conséquence, qu'un aspect du phénomène général qui s'accentue dans tout l'Orient, à l'époque du Bas-Empire : la renaissance des nationalités quelques siècles étouffées, mais non détruites, sous l'impérialisme unificateur (en apparence) du Haut-Empire^

Il est probable aussi que, à l'époque où se place le changement de langue, les étudiants qui avaient obtenu leurs diplômes à Beyrouth ne se sentaient plus attirés vers Rome et l'Occident aussi fortement que l'avaient été leurs devanciers du Haut-Empire ou du iv^ siècle. La séparation des deux Empires accomplie en 395 les a, très

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