LES MATIÈRES DE L'ENSEIGNEMENT OU LE PROGRAMME DES ÉTUDES
Quelles étaient à Beyrouth les matières de l'enseignement, quelle était la durée des études et comment les œuvres commentées dans les leçons se répartissaient-elles entre les difTérentes années de cours, — ces questions peuvent recevoir des réponses dont le degré de certitude varie avec chacune des trois périodes entre lesquelles se divise l'histoire de l'École. — Dans la troisième et dernière période, celle qui suit la réforme des études juridiques par la Const. Omnem (16 décembre 533), aucune incertitude. — Dans la seconde période, qui s'étend depuis l'ouverture de l'ère des « maîtres œcuméniques » (vers 410-420) jusqu'à la Const. Omnem, la certitude n'est pas absolue, mais les textes existants, encore que trop rares, se combinent assez heureusement pour ne laisser à la controverse qu'une prise minime. — Dans la première période, au contraire, qui va des origines de l'École (ii^ siècle) à l'apparition des « maîtres œcuméniques », aucun texte ne nous renseigne ni sur la composition du programme, ni sur la durée des études ; l'incertitude est totale; le champ est ouvert à toutes les hypothèses.
§ I. — Le Programme des Études avant le V* siècle.
Aux h", ni' et iv^ siècles, alors que l'Ecole de Beyrouth est déjà célèbre, il nous est malheureusement impos-
sil)lc de savoir quels étaient le programme et la durée des études. Il est seulement évident que, pendant les années de début, le programme tracé par la Const. Omnem,% 1, pour la période antérieure à .lustinien* n'a pas pu être appliqué, puisque ce programme comportait l'examen de certaines œuvres d'Ulpien, de Papinien et de Paul, et que ces jurisconsultes ne les composèrent que dans le premier tiers du m* siècle.
Pendant plus d'un siècle peut-être, les professeurs beyrouthins ont dû suivre la manière des maîtres romains^ et donner à la fois « l'instruction casuistique » ot l'enseignement dogmatique. La première {«z/£/2>e) consistait à faire participer les auditeurs à la délivrance des consultations et à la discussion des « cas ». Le second comprenait un exposé élémentaire du droit privé en vigueur [instituere), probablement aussi déjà des explications du ius civile et de I Édit, enfin des dispulaliones publiques ou privées, c'est-à-dire réservées aux élèves.
Mais, dans la suite, après la publication des grandes œuvres de synthèse dues à Ulpien, à Papinien et à Paul, les professeurs ont pu changer leur programme et leur méthode. Nous serions assez porté à croire que c'est à une date avancée du ni" siècle ou peut-être seulement au cours du IV' siècle, qu'il faut faire remonter la fixation du programme antéjustinien dans lequel figurent, avec les Institutiones de Gains, les Libri ad Sabinum et les Libri ad Edictum d'Ulpien, les Responsa de Papinien et de Paul. A la même époque, se serait introduit un nouveau procédé didactique, Vinterpretatio. En d'autres termes, il ne faut pas s'arrêter à Ihypothèse que ce programme, certainement suivi par les « maîtres œcuméniques »^ aurait été ima-
1. Sur ce programme, tel que nous le reconstituons, voy. Infrà, p. 223 et suiv.
2. Krueger, p. 151 (trad. franc., p. 184-185); Kuebler, loc. cit., col. 395-