‹ Études historiques sur le droit de JustinienChapitre 203 sur 242 · LES TRAVAUX DES III ET IV" SIECLES · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX DES III ET IV" SIECLES

ouvrages ont dû avoir plus de succès que ces courts compendiums où le praticien, peu instruit et indolent, s'imaginait trouver toute la science, la science classique et la science du jour tout ensemble?

IV. — Si les opuscules dont il vient d'être question ne sortent pas de l'École de Beyrouth, en revanche, peut-être des traces de l'activité des maîtres beyrouthins exerçant dans la période antérieure aux « maîtres œcuméniques » sont-elles encore saisissables.

Ces vestiges se rencontreraient dans les altérations de caractère didactique et d'âge postclassique (gloses, scolies ou interpolations), dont les œuvres classiques ont été émaillécs au iv" siècle et qui ont été signalées plus haut, lors de notre enquête sur le programme des études avant le v* siècle '.

Faute d'informations suffisantes, l'origine beyrouthine de ces retouches ne saurait être affirmée. Il est toutefois probable que certaines, ou un assez grand nombre, dérivent de V Interpretatio des professeurs de Phénicie, dont la valeur a été au moins égale à celle de leurs contemporains d'Orient ou d'Occident, le succès de l'École maintenu au iv^ siècle en fait foi. Étant donné, d'ailleurs, les étroites relations entre les deux parties de l'Empire et la communauté de vues des juristes des deux « mondes » romains sur quelques théories nouvelles (telle, la théorie de Vuniversitas^), étant donné aussi qu'au iv" siècle encore l'enseignement de Beyrouth se donnait en latin*, il se pourrait que les altérations, même quand on les rencontre dans des œuvres occidentales, eussent pris naissance en Orient et, spécialement, dans l'École déjà

i.. Suprà, p. 221.

2. Rotondi, op. cit., t. I, p. 440; mais l'auteur (t. I, p. 296) reconnaît, comme nous, qu'il ne faut pas exagérer la communauté de vues en Occident et en Orient.

la plus célèbre, Beyrouth. Ce serait le cas, par exemple, pour les Fragmenta Vaticana^.

1. La critique des Fr. Vat. commence à peine. J'ai démontré à mes Conférences d'Agrégation (1922) que le § 76 n'appartenait pas au lib. 17 ad Sab. d'Ulpien. Ce morceau est une interpretatio postclassique du passage original dUlpien qui le précède, § 75. L'origine de V interpretatio est-elle occidentale ou orientale, la question prête naturellement à discussion. Mais on constate aisément qu'une partie de V interpretatio {Fr. Vat. 76) a passé dans le Dig. 7, 1, 1, 2. Cette constatation fournit la preuve que le manuscrit des Libri ad Sabijium d'Ulpien, qui a servi aux commissaires du Digeste, contenait des altérations analogues à celles du manuscrit de la même œuvre, découpé dans les Fr. Vat. Or, le manuscrit utilisé par les commissaires était incontestablement de provenance orientale. On conclura donc que les altérations des Libri ad Sab. d'Ulpien, révélées par l'examen critique des Fr. Vat., peuvent très bien sortir d'une école orientale, Beyrouth (•?).

SECTION II

Les œuvres sorties de l'enseignement des « maîtres œcuméniques » ou de leur travail de cabinet sont très mal connues. Les rares débris qui en subsistent sont constitués par les extraits qu'en ont fait les auteurs des •ommentaires du vi° siècle, dont des morceaux forment les Scolies anciennes des Basiliques.

Nous commencerons (§ 1) par relever dans ces scolies les données propres à nous éclairer sur la nature des productions des maîtres de Beyrouth ' ; si elles ne sont pas très nombreuses, elles ont, du moins, le mérite d'être des données sûres, puisqu'elles sont tirées des scolies où se trouvent inscrits, soit les titres généraux des professeurs, soit les noms individuels des professeurs-. Elles nous font connaître avec certitude quelles œuvres des jurisconsultes classiques, quelles constitutions ont été commentées par eux. Le plus souvent, en effet, les maîtres de Beyrouth, comme tous leurs collègues du Bas- Empire en Orient ou en Occident, ont travaillé sur les livres anciens des jurisconsultes et sur les Codes, en suivant la méthode propre au génie des basses époques, le procédé de la scolie. Ils n'ont écrit qu'exceptionnellement

1. Cf. p. Krueger, op. cit., p. 362, n. 8 (trad. fran?., p. 427, n. 6).

2. Ces scolies ont été toutes relevé^ et utilisées au Ghap. IV, p. 125, 131, 133, 138, 139, 140, 141, 153.

des ouvrages indépendants analogues aux ouvrages didactiques des jurisconsultes anciens et aux ouvrages modernes.

Nous examinerons ensuite la question, plus difficile, de savoir si d'autres textes ne pourraient pas être rattachés à la production de la grande École du v*' siècle.

A cette fin, dans les sources préjustiniennes, qu'il faudra examiner une par une, nous tenterons de faire le départ entre les œuvres dont les maîtres beyrouthins nous paraissent avoir été les auteurs (§ II) et les œuvres qui, très probablement, ne leur appartiennent pas (§ III).

Dans les sources contemporaines de Justinien, ou postérieures à lui, nous chercherons à reconnaître des traces, probables aussi, des travaux perdus des professeurs beyrouthins (§ IV).

§ I. — Les Œuvres sûrement attribuables aux « maîtres œcuméniques ».

Sauf un seul ouvrage connu, Y'Wb'^.^-q'^.x twv osçiv'twv de Cyrille*, tous les travaux qui proviennent, ou sûrement ou à peu près certainement, des « maîtres œcuméniques » étaient, de toute évidence, en relation directe avec les matières mêmes qui constituaient le programme de leur enseignement. C'étaient des commentaires sur les traités classiques et les constitutions, dont l'examen servait de base aux éludes dans les cinq années de cours ou de répétitions. Mais dans quelle forme étaient conçus les commentaires beyrouthins?

Les méthodes d'enseignement reconnaissables dans les productions du Bas-Enipire étaient la paraphrase et la scolie.

Les professeurs de Beyrouth ne paraissent pas avoir

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