P. Krueger, op. cit., p. 362 (trad. franc., p
œuvres des « maîtres œcuméniques » que ceux-là? Un argument à priori porte à le croire. Les rédacteurs des œuvres dispersées dans les Scolies des Basiliques, les professeurs du vi" siècle, s'avouent eux-mêmes les disciples des maîtres illustres de Beyrouth : comment se seraient-ils bornés à leur emprunter quelques rares parcelles de leur science? Comment ces emprunts se seraient-ils concentrés dans les Commentaires sur le Gode? Comment les commentaires grecs sur le Digeste ne renfermeraient-ils que les quelques lignes de Stéphane tirées des scolies beyrouthines sur les libri des classiques dont les fragments constituent le Digeste?
La vérité est qu il est très difficile de reconnaître les passages d'origine beyrouthine, en dehors de ceux qui portent la marque patente de leur origine. En matière de critique de provenance des sources, la difficulté est toujours la même : trouver le critérium qui permette de séparer le fonds ancien du fonds nouveau. Le critère est clair dans les cas sus-indiqués. En existe-t-il un autre qui conduirait à augmenter la masse beyrouthine?
A côté du critère « personnel », nous apercevons un critère « réel », si l'on peut dire, un critère déterminé, non plus par le nom des maîtres de Beyrouth, mais par la nature des institutions qu'ils ont commentées. Il est historiquement incontestable, dans Tordre critique, que tous les passages des Scolies des Basiliques qui se réfèrent à des institutions effacées de la codification de Justinien ne peuvent appartenir aux contemporains de Justinien. Ces passages, les professeurs du vi* siècle n'ont fait que les emprunter à des ouvrages antérieurs; leurs véritables auteurs sont ceux qui ont commenté les textes classiques où ces institutions, abolies par Justinien, figuraient encore ; ce sont les maîtres de Beyrouth du v° siècle.
En conséquence, nous n'hésitons pas à adjoindre aux scolies beyrouthines certaines to^us les passages des Scolies des Basiliques qui visent des institutions préjusti-
niennes non adoptées par la codification. Nous ne citerons qu'un exemple : le fameux passage de la scolie MaOwv* de Stéphane (ou Etienne) concernant la structure des formules (je ne dis pas : de l'action) praescriptis verbis ou, mieux encore, des formules avec praescripta verba, à l'existence desquelles je m'obstine à croire, malg-ré l'école radicale. Il est bien clair que Stéphane ne connaît la composition de telles formules que par la tradition des « maîtres œcuméniques » qui, eux, les rencontraient dans les œuvres classiques qu'ils commentaient.
Certains passages des Scolies des Basiliques, on le sait, permettent de reconstituer dans leur état originaire des textes du Digeste et du Code. Il est assez naturel de penser que les commentateurs du Digeste et du Code auraient été incapables de donner des références aux leçons pures de ces textes s'ils ne s'étaient servis de commentaires plus anciens établis d'après les originaux mêmes. Aussi l'idée que les contemporains de Justinien ont utilisé, dans leurs œuvres, des sources du v'' siècle provenant des maîtres de Beyrouth a-t-elle été émise déjà- et nous l'approuvons sans réserve. Exprimée formellement ou sous-entendue, cette idée est à la base des travaux dans lesquels les auteurs, et spécialement Alibrandi', Riccobono ^ et P. Krueger% ont montré comment on pouvait employer les Scolies des Basiliques (et d'autres traités juridiques byzantins plus récents) à la reconstitution des versions pures des