‹ Études historiques sur le droit de JustinienChapitre 27 sur 242 · Liban, ep. 1125 W (= add. 123 S · texte numérisé non relu

Liban, ep. 1125 W (= add. 123 S

3. Cette œuvre de Libanius est visée par Godefroy (chez Mueller, Geogr. gr. min. II, p. 517) sous le titre « Libanii... Orat. 26 apologeticà, p. 595 » {de l'éd. Morellius] ; Strauch, c. iv, n<'21 [p. 45]; Schemmel, loc. cit., p. 447; Lammens, p. 7.

4. Liban, or. LXII, c. 21-23; t. III, p. 441-442 Reiske; t. IV, p. 356-358 Foerster. — La traduction reproduite ici est empruntée à un ouvrage inédit d'Emile Monnier, AiSaviou sxXâ/.-oi Xô-^O'., Libanius, Discours choisis, p. 121- 123, ouvrage dont les bonnes feuilles existent à la Bibliothèque de l'Université de Paris {Réserve 322 in-8°); la fin de l'ouvrage et la partie qui devait ■contenir les notes manquent.

de se créer des moyens d'existence, allaient en Phénicie pour y apprendre les lois; les fils de grande maison, qui étaient d'un sang illustre, qui avaient de la fortune, dont les ancêtres avaient exercé les charges municipales, restaient dans nos écoles'. Il semblait qu'apprendre les lois fût la marque d'un état nécessiteux, que pouvoir s'en dispenser, au contraire, fût le signe d'une condition privilégiée. Aujourd'hui il n'en est plus de même : on se précipite de toutes parts à l'étude des lois. Des jeunes gens qui savent parler et qui sont capables de remuer un auditoire courent à Béryte dans l'espoir de cumuler des connaissances nouvelles avec celles qu'ils possèdent. Mais ils se trompent : ils ne cumulent pas, ils ne font qu'un échange. Ce n'est pas un nouvel apport qui s'ajoute au premier, c'est un fonds nouveau qui se substitue à l'ancien. L'esprit n'est pas assez fort pour suffire à cette double tâche, acquérir une science et en retenir une autre. Ceux qui reviennent sur ce qu'ils ont appris laissent échapper ce qu'ils ont commencé d'apprendre; en sorte qu'il leur serait plus avantageux de donner tout leur temps aux lois que d'en perdre la plus grande partie dans ces retours inutiles. Quant à ceux qui se consacrent sans partage à l'étude des lois, la jugeant plus utile, ont-ils raison? C'est ce que je n'examinerai pas. 11 ne s'agit pas, en effet, d'ouvrir ici un débat entre l'éloquence et le droit. C'est assez pour moi d'avoir montré que tout le fruit des premières éludes se montre nécessairement détruit par les secondes, que celles-ci prennent le dessus, et que le savoir antérieurement acquis se perd complètement pour les uns, notablement pour les autres ».

Le même Libanius montre, dans un autre de ses discours, « Contre ceux qui l'avaient qualifié de fâcheux >>, Ilpbç Tcùç ^xpb'i àu-bv y.aXéaavTotç (prononcé en 381 ou 381- 382), que l'enseignement du droit à Beyrouth se donnait

1. [C'est-à-dire, entre autres, à Nicomédie ou à Antioche] (note de P. Collinet).

encore en latin à la fin du iv' siècle. La traduction du passage mérite aussi d'être reproduite' : « On le regarde aujourd'hui, cet art de bien dire, on la regarde aujourd'hui cette langue grecque, comme un rocher stérile, sur lequel est bien fou qui va semer, car rien n'y lève, et la semence même est perdue. C'est un autre terrain qui porte les moissons, c'est la langue des Italiens, ô Minerve, ma divine maîtresse! c'est la science des lois. Et quel rang tenaient-ils autrefois ces habiles qui savent les lois? Leurs textes à la main, debout, les yeux fixés sur l'avocat, ils attendaient qu'il leur dît « Toi, qui es là, lis ».

Enfin, dans son discours Upoç -y;v gouAv^v, prononcé après 388, Libanius revient encore sur le succès de l'École de Beyrouth et apostrophe les sénateurs d'Antiochc en ces termes : « Vous ne vous indignez pas de voir chaque printemps les enfants des sénateurs ou des anciens sénateurs navigant les uns vers Beyrouth, les autres vers Rome... » ^. Ceux qui voguent vers Beyrouth y vont évidemment pour entreprendre les études juridiques, qui avaient fait, depuis le m" siècle au moins, la réputation de la ville.

10. — La plupart des auteurs qui retracent l'histoire de l'École de Droit de Beyrouth rangent parmi les sources du iv" siècle le passage de VExpositio totius mundi ou Descriptio orbis terrae (§ '25) * qui, d'après

1. Liban, or. II, c. 44; t. 1, p. 185-186 Reiske; t. I, p. 253 Foerster. — Trad. Monnier, op. cit., p. 221. — Libanius ne nomme pas expressément l'École de Beyrouth; mais en rapprochant ce discours du discours « Contre ses détracteurs » cité plus haut, il est permis de conjecturer qu'il a dans l'esprit l'enseignement des lois donné dans la cité phénicienne. C'est aussi l'avis de Lammens, p. 7.

2. Liban, or. XLVIII, c. 11; t. II, p. 537 Reiske; t. III, p. 438-43'.» Foerster. — Cf. Sievers, op. cit., p. 103; Schemmel, Hhil. Woch., 1923, col. 240.

3. Le passage est connu de Godefroy qui a publié l'Apographon Jureti de VExpositio (voy. Mueller, Geogr. gr. min., II, p. 517, où sont rééditées précisément sous le §25 de VExpositio les références de Godefroy aux sources concernant l'École de Beyrouth); il est cité aussi par Hase, p. 50,

son dernier éditeur, M. Th. Sinko ', doit se restituer ainsi : post ipsam {se. Tyrum) Berytus, civitas valde deiiciosa et auditoria legum habens, per quam omnia iudicia Romanoram <stare videntur>. [inde enim viri doeti in omnem orbem terrarum adsedent iudicibus et scientes leges custodiunt provincias, quibus mittuntur leguni ordinationes].

Nous reviendrons plus loin^ sur ce texte célèbre et, en en faisant la critique, nous espérons démontrer que la première partie seule date du iv* siècle (vers 350), la seconde partie représentant une interpolation du v* siècle. Quel que soit le sort voué à notre conjecture, il n'en demeure pas moins acquis que le géographe du iv* siècle avait cru bon d'attirer l'attention de ses lecteurs sur l'existence à Beyrouth des « auditoires de droit >>, parce que les maîtres qui y enseignaient possédaient une science exceptionnelle ^

11. — Après les textes littéraires du iv" siècle, qui nous apportent des informations assez précises sur l'Ecole de Droit de Beyrouth, il est utile de mentionner deux documents papyrologiques où les éditeurs ont cru trouver une allusion à l'enseignement du droit à Beyrouth.

Deux papyrus de Berlin (P. Berol. 10559, 10558) ^ con-

p. 69-70; Strauch, c. iv, n" 16 [p. 43]; Krueger, p. 153, n. 86 (trad. franc, p. 186, n. 7); p. 393, n. 6 (p. 465, n. 2); Benzinger, loc. cit., col. 322; Hitzig, op. cit., p. 74-75; Schemmel, p. 448; Laborde, p. 46; Huvelin- Jalkh, p. 13; Kuebler, loc. cit., col. 398.

1. Th. Sinko dans Arch. f. latein. Lexikogr., t. XIII, 1904, p. 549-550.

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