‹ Études historiques sur les clercs de la BazocheChapitre 16 sur 44 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pourquoi les clercs firenl des comëdios. — Singuliers ouvrages de. jurisprudence. — La procédure et les poêles. — Leurs (cstamcnls, leurs pUidoyers. — Les causes grasses, leur influence. — BMOchien» célèbres. — Martial d'Auvergne. — Bouehet. — André de la Vigne. — Villon. — Pierre Blanchet, son épilaphe. — Franfois Habert. — Clément IKsrot, ses cpilaplics , ses ballades baiocbiennes. — Auteurs et joueurs de farces. — JeaA de Serre. — Le comte de Salles, son épîtaphe et sa complainte. — Gringore Hère-Sotte , suppôt de lu Bazoclic. — Jean d'Abundtuce , notaire , auteur baiochien. — La poésie et le barreau au seiiième siècle.

L'organisation de la société de ta Bazoche , les travaux auxquels les membres de cette communauté se livraient au Palais et dans les études des procureurs , les conférences qu'ils suivaient pour se familiariser avec le langage du droit, jeur caractère, leur âge, leur fréquentation avec les poètes de l'époque , les traditions universitaires , tout concourait merveilleusement à leur inspirer le goût de la satire et des spectacles.

Le drame hiératique vînt provoquer leurs heureuses dispositions. Avant les représentations thêdtrales, le Parlement et le Palais de justice, les bailliages, les prëvAtés, les sénéchaussées, étaient, pour ainsi dire, le rendezvous de toutes les personnes inoccupées, qui, par récréation et curiosité, assistaient aux scènes émouvantes de la plaidoirie. Les luttes oratoires du Palais étaient , en quelque sorte , des spectacles populaires, et déjà l'éloquence dos avocats passionnait l'esprit public.

AprCs la translation de la papauté à Avignon , les jurisconsultes et praticiens de l'Italie s'empressèrent de composer, pour l'instruction du barreau, des ouvrages élémentaires, dans lesquels la procédure était présentée dans tous ses détours et sous toutes ses faces.

Pour rendre cette étude plus attrayante ils imaginèrent des sortes de procès entre les grands personnages de l'antiquité , qui s'attaquaient , se défendaient par le ministère de procureurs et d'avocats , développant aux yeux du lecteur toutes les ressources des discussions judiciaires. Puis ils prirent dans la Bible et dans l'Évangile des plaideurs et des sujets de contestations. Telle fut l'origine de ces traités singuliers qui parurent de 1300 & 1350, oti l'on voit aux prises Satan et Lucifer, Dieu le père, Jésus-Christ, la Sainte Vierge, les prophètes et les apâtrcs, tantôt demandeurs, tantôt défendeurs, tantôt avocats, tantôt procureurs, juges ou greffiers , se donnant des citations , se repoussant par des exceptions , provoquant des enquêtes et des interrogatoires sur faits et articles , signifiant des écritures , rendant des arrêts, faisant la police de l'audience, la

troublant au besoin , et se faisant rappeler h l'ordre (1). Il n'est pas besoin d'insister sur la coïncidence que l'on trouve entre l'apparition de ces ouvrages et la représentation des mystères, imagines aussi pour l'édification et l'instruction du peuple. Cette analogie est frappante ; il suffit de la signaler comme une tendance générale chez les écrivons de l'époque. Cette tendance , du reste , existait encore au seizième siècle. En voici un des témoignages les moins équivoques : c'est le Formulaire fort récréatif de tous les contracU, donations, testaments, codicilles et attitrés actes qui sont faicts et ^passez pardevant notaires et témoings, faict par Bredin le cocu, notaire rural, etc.

Ces mifns contrats, dit-il dans sa préface, pourrant instruire el édifier un jeuoe Dotaire , sortant tout Traicberaent de la première partie de la graminaire , et n'ayant pour toute théorique qu'un morceau de cire au poing , de dresser son style en toutes sortes de conlralâ....

Hais, au fond, ces modèles du Notaire rural ne sont que des comédies, dont la lecture est plus divertissante qu'instructive. Dans la pièce la Ratification on trouve le sujet de la fable de La Fontaine : la Goutte et l'Araignée. Le

lole , atinl pour llln : Barlliall d taxa ferralo Jurijcimfiidl Permiai ■uiu 5iilaiug contra D. flrvlnai ccrani JwtlH yen. procèi de Bfllil k l'enconlr» d« Jéiiu-CIirltl , qui eut va inccèi prodl-

Compromis et Sentence arbitrale lui a fourni l'idée du conte intitulé le Bât (i).

Ces drôleries convenaient parfaitement k l'esprit na!f de nos aïeux. Les fantaisies de ces jurisconsultes avaient été provoquées par les poètes, qui affectaient dans leurs écrits d'employer les formules judiciaires. Ainsi, nous voyons les troubadours porter devant les cours d'amour leurs poésies et leurs débals. Ces cours rendaient des arrêts. Jean de Heung, le continuateur du Roman de la Rose, laisse un long testament en due forme ; François Villon , le paoure escholier, formule aussi son grand Testament et son petit Testament , dans lesquels il fait plusieurs legs ft différentes personnes, legs gracieux ou satiriques, suivant qu'il avait à se louer ou à se plaindre des personnes qu'il désigne :

Item donne i mon idvocat Haistre GuitlBume Chumiu , (Quoy qu'il muchande ou ait csltl).

Hon briDr (2) ; je me Uys du fourreau :

Il »ur> Rvec ce ung re*u En change ; affin que sa bourse enfle , Prins sur la chauasëe et carreau De la pvid riosture du temple.

Item mon procureur Foumier Aura pour toutes ses corvées

(I) H.FMcand ittrUne irK ralHn «llTrei BcnolldaTroney, conlrAIrur dei domaion dn Hol «t Kcrflaira de It Tille d« Lyon. Il tat Inprlmé poir li première toli «a leiQ.

(Simple Beroit de l'etpergnerj En nu bourse quatre hivées (I) , Cir maintes caum m'a saulvées , Justes limi que Jénu-ChrUt m'ayde , Comme elle! ont été trourées , Hais bon droit a bon meatier d'ayde.

D'autres poètes encore avaient adopté ces formules de procédure. Ainsi, Jean Le Fevre (2) , avocat en la Cour de Parlement , avait composé un poëme philosophique , auquel U avait donné la forme d'une ordonnance , et qui commençait ainsi :

A toui ceux qui ce dit orront, Saint ; sachent t«us qn'ila morronl ,

Et se terminait par ces vers, en forme de conclusions :

Si ne requers pas droit , mais grâce , Et dilacioD et espace .

De tous mes meffûs amender.

Que quant mon créditeur mander, Hc vouidra devant lui compère , Si que ma deple ne compère , Je veuil bien avoir mes despen i , Etf

Le Fevre avait dédié son poeroe , qui est assez médio-

tm LES CLERCS

cre, à tous ses amis et à tous ceux qui fréquentaient le PaJais :

Sociis suis dilcctîs la rhethorica prorectù.

Optantibus soltciuro , PwUius PalUtiiun Régale frequentantîbus , Se reeommendst onmibus.

Avant lui , Gaston Phœbus, comte de Foix , dans son Livre des Dédûh , dont la seconde partie est en vers , simule une contestation entre plusieurs personnages, dont les uns plaident en faveur des oiseaux , et les autres en faveur des chiens. Raison, qui est une des personnes allégoriques de cette pièce, conclut qu'on doit chérir également les chiens de chasse et les oiseaux de proie, et prononce un arrêt en forme , où les dires des parties sont énumérés sommùrement et par ordre.

On se rappelle cette pièce de Charles d'Orléans , ob il parodie d'une manière si ingénieuse le langage de la chancellerie et des édîts royaux ft propos de lettres patentes qu'il est censé recevoir :

Savoir faisons que le duc d'Orléans , Nommé Charles, i présent jeune d'ans.

Nous retenons pour l'un dp nos servans.

Par ces présentes, ctc

Parmi les poésies de Guillaume Coquillart, officiai de l'église de Reims, se trouve le Débat entre la simple et la rnsée, dans lequel, A pro))os de deux femmes qui

DE LA BAZOCIIE. 183

se disputent un amant , le poète nous fait assister aux plaidoiries de M* Simon pour la simple , et de M* Ollivier pour la rusée , plaidoirie longue et passablement immorale quant aux détails , suivie d'une enquête et d'un jugement. Enfin, qu'on lise les arrêts d'amour de Martial d'Auvergne , procureur au Parlement de Paris. Ils traitent presque toutes les questions de droit sous une apparence futile , et lui fiirent inspirés certainement par la lecture des arrêts des cours d'amour.

Ces poésies, unsi que ces ouvrages des jurisconsultes, offraient des espèces de scènes comiques, qui pouvaient, jusqu'à un certain point, se représenter sur le théAtre. La lecture de ces productions littéraires, si toutefois elles méritent ce nom , et celjc des conteurs , qui étaient nombreux alors , excitaient les clercs de la Bazoche à mettre en scène les passages satiriques ett plaisants qu'ils trou- ' vaicnt, soit dans leurs récits , soit dans les ^liaux.

Il ne faut pas oublier une autre raison déterminante : l'influence qu'exerçaient sur ces jeunes gens les montres et les plantations du mai , souvenirs joyeux des fêtes de FAne. Ces montres, toujours accompagnées d'une certaine mise en scène et d'une grande pompe de costumes , suivies de danses , composaient une sorte de spectacle public auquel ils avaient habitué les habitants de Paris. Il y avait encore là une prédisposition aux productions sci'niqucs. Enfin, comme dernier élément, il importe de faire figurer la cause solennelle qui se plaidait le jour de carême prenant.

Parmi les attributions des trésoriers de la Bazoche était celle de présenter, aussitôt après la Saint-Martin d'hiver,

le sujet de la cause solennelle; ils devaient niËme faiiv les Tniis de sa première répétition. Le sujet de la cause grasse, ainsi qu'on l'a appelée depuis, était toujours un sujet facétieux, qui rappelait les circonstances d'une aventure comique ou désagréable, arrivée soit & un clerc de la Bazocbe, soit & un avocat, soit k un procureur, soit à une personne connue. Ainsi, dans le cinquanledeuxième arrêt d'amour, attribué ft Martial d'Auvergne , il est parlé de plaidoiries faites devant la Bazoche, dans lesquelles deux maris, ayant chasam ta femme de son compaignon , s'étaient rencontrés derrière le palais de justice, la nuit, alors qu'ils cherchaient un endroit favorable pour se tromper mutuellement. Voici dans quels termes Martial d' Auvergne expose le fait :

Et à ccste Cm employant ce (]ui en (ut dernièrement playdé ù la Buache , louchant deux marys , qui s'cntrclrouvcrent un jour qui passa après souper en Barrant delîct et présent meflaict derrière les degrés de la Chambre des comptes , ayant cbucim la femme de son compaignon ; et advint ce ùta pour avoir auparavant mené et entrelenu 1* femme l'un de l'aulre, en l'ile du Palais , après souper, et en retournant sur la brune , se pcnsoyent bien les deux premiers eslre égarés ; mais les deux autres, qui pareillement ne les chcrcboyent pas, mais se vouloyent pareillement resjouyr, se vindrent mnsscr au dit lieu, où les premiers jouoyGnl des coustcauK ; comme plus à plein est contenu au dirt plaidoyé , qu'ils produysoîcnt à crst^^ lin.

Nous avons dit déjà que l'insuffisance des affaires sérieuses fi plaider devant la Bazoche obligeait les clercs d'en imaginer pour entretenir l'exercice de la juridiction ot Ke foiTiier à la plaidoirie. Voici ce que dit ft ce sujet

DE LA B.VZOCHE, 1^3

l'avocat Dai'eau dans son article bur la fiazoche (i) :

11 est comme de fondation à Ib Baiochc du Piliis d'y plaider tous lea ans uoe cause solennelle un des jours gns , depuis neuf heures Jusqu'à nùdi , et c'est pour cei» qu'on l'appelle la came graat. Le sujet est inventé. Il porte ordinairement sur un fait de séduction ou sur le mécontentement d'un mari. La pudeur y était trcB-pm ménagée ancieDDement. H. le premier président de LamoigDOD donna des ordres pour qu'on y mit phis de déceoec , et, depuis ce tempS'li, on y a plaidé ces sortes de eauHS avec plus de circonspection.

L'usage de plaider des causes grasses s'était introduit dans les bailliages et dans les cours souveraines. Ces causes étaient alors sérieuses. Brillon rapporte dans son Dictionnaire qu'on trouve au registre d'un plaidoyer, fait au Parlement de Paris le 6 mars 1469, que le Roi de la Bazoche demanda par un avocat le renvoi d'une cause grasse dcvairt sa cour.

On trouve un exemple de ces causes dans un des plaidoyers de Henrys , avocat du Roi au bailliage de Montbrison. Il s'agissait dans celle-ci de l'Ëtat d'un en^t, né d'une femme qui, sous prétexte de l'impuissance de sou mari , avait fait déclarer son mariage non valablement contracté, et qui, cependant, était enceinte lors de la séparation.

Le président Expilly, quand il était avocat général au Parlement de Grenoble , porta lu parole en celte qualité dans une cause plaidée le mardi gras 1C05. La question tétait de savoir si un enfant né six mois aprt's le mariage

consommé devait eire tenu pour lâgitime. Ce n disait : On ne doit pas blâmer l'usage de ces sortes de causes, car l'antiquité fournit des exemples de délassements semblables.

Dans un des registres de la Bazoche du Châteict de Paris on trouve une sentence, du G décembre lfi94, par laquelle il fut ordonné qu'un enfant serait séquestré et conduit avec sa nourrice en la maison (fun clerc, officier de la Bazocke, lequel, par provision, serait tenu de payer cent vingt-cinq livres par quartier pour la nourriture de la nourrice et de f enfant, sauf à faire droit en di'finitive (1).

Les plaidoiries de la cause solennelle attiraient un grand concours d'auditeurs ; elles se faisaient avec un certmn apparat; la Cour bazochiale siégeait en son costume habituel, les avocats portaient la robe, les rôles du demandeur et du défendeur étaient confiés aux clercs les plus spirituels et les plus faconds; les magistrats du Parlement y assistaient quelquefois. C'était, ce jouMà, comme un rendez-vous général de toutes les personnes attachées par leur profession au senice de la justice.

La cause grasse était donc une véritable comédie judiciaire. Il n'en est plus de même de nos jours , quoique les tribunaux correctionnels et les cours d'assises nous offrent souvent des drames dont la hideuse réalité dépasse toutes les effroyables péripéties qu'enfante la fiction. Dans nos justices de paix, dans nos tribunaux civils, comme dans le cabinet de l'avoué et de l'avocat, que de

sujets de comëdies pour un observateur! C'est à cette école qu'il faut apprendre ce que vaut l'honime. Les bazochiens ne pouvaient manquer d'acquérir dans leur fréqu£ntation du Palais et des plaideurs la mCme expérience du cœur humain.

Les clercs de la Bazoche ne produisaient pas seulement des acteurs et des auteurs dramatiques : un avocat plaidant devant le Parlement protestait de son respect pour la Bazoche , quia illi debetur htmor, disait-il , et aussi parce qu'il y a en la Cour de céans infini nombre de noblis personnages qui sont venus de la Bazoche et de seJi suppôts.

En effet , bien des personnages éminents ont commencé leur carriËre judiciaire dans ta société de la Bazoche. Les citer tous serait entreprendre l'histoire des procureurs et des avocats , et, par conséquent, ce serait sortir du cadre étroit dans lequel cette élude doit se restreindre; mais, sans parler de Jean-Baptiste Vemier, procureur du duc d'Orléans, qui fut nommé par le Parlement tuteur des princesses, ses Mes, de Jean-Baptislc Maupassant, procureur au Parlement, un des conseillers de la tutelle du prince de Condë, et de bien d'autres encore, disons un mot de ceux qui se sont plus spécialement attachés à la culture des lettres (1). Ainsi Martial, de Paris, dit d'Auvei^e, a jeté le plus grand éclat sur la compagnie à laquelle il appartenait. Né vers 1440, il exerça pendant cinquante ans la chaîne de procureur au Parlement. Ses ouvrages

•pparlraa (nrc^iornl

I8H LES CLSRCS

consislciit en ses Arrits d'amoar, au nombre de cinquanle-un. Mais l'œuvre qui a ^t sa réputation est son poème historique de Charles VII , intitulé les Vigiles de la mort <bt Roi Cfuirles VU. Cet ouvrage , ob sont classés , année par année , les faits mémorables de la vie de ce prince , contient des tableaux très-animés et des portraits frappants de ressemblance. Son style n'est pas toujours riche, il est parfois obscur, mais on y trouve certiuns passages qui brillent par une grande invention et par une imagination vive et abondante.

Si les poêles et les écrivains des ordres reli^eux attaquaient avec une certaine vivacité les hommes de loi , avocats, procureurs ou magistrats, Martial d'Auvei^c le leur rendait avec usure , et sa satire sur les gens d'église du quinzième siècle peut être considérée comme une des plus acerbes qui ait été dirigée contre eux.

Martial a fait précéder ses Arrêts (Camoiir d'une pièce de vers servant d'introduction , qui mérite d'èlrc rapportée:

Environ la fin de sepUmbrc ,

Que raillent violettes et fleurs ,

Je me trouvay en la Grand'ChamLi'r

Du noblr Parlement d'amours,

F.t avint si bien qu'on rouloit

Les derniers areU pronuncer ;

El que à eeslc bcurc on appelloil

Le greffier pour les ci

Si esloyenl illee bien ,

,\ les rapporter et avoir.

An meilliru dcsquclz je m

DE La BAZOCae.

Pour en fiire comme ruli dcbvoir.

Le presideot tout de drap d'or, Avoit robbe fourrée d'ermiiies , Et sur le col oog cunail d'or.

Tout couvert d'esmeraudcs fines.

Les adgnenn Itis , pour vestcment , AvoyeDt robbci de vermeil , Frangées pu hault de dyunuis , Reluyuns comuie le soleil.

Lta anltres conseilliers deglise , EslayeDt vegta de vclonrs pers, A grand fueillage de Venisse , Bordei ■ l'endroit et lenvers.

Dessus )y avoyeut Icnrs manteaux , Tant de grosses perles barrez , Fennani a mouit riches fcrmeaui ; Et puis leurs chappenins [aurrcz.

Après y avoit les déesses , En moult grant triumphe et hoUDcur.

Toutes légistes et cUrgesses, Qui scavoyent le décret par cueur.

Toutes estoyent vcstues de verd , Fourres de penne de leliases.

Et Bvoycnt leur col tout couvert De colliers d'or, gents et propices.

Puis portoyent attours a ces fins . Houll excellens et precieul> :

Qui estoyent û déliez et fins.

Que on vcoit leurs beaulx cheveulx.

Leurs habitz senti^-cnt le cyprès.

Et le muAi si haiwndanunent , Que l'on neuat seeu cslrr au pht! prc'i .

Sans esleniuer tnrKemenl.

(hilti'c plus en lira d'herbe \mi .

Quon a accDUstumc dcapendrc ,

Tout le |iarquct rstoît couvert

Dr romaHns et de lavande.

Plusieurs amuns et nmoureUK

[IJec viiidrciil de divers liewi ,

Bt damans courroucci , joyeul».

Par derrière les bancz jen vis

Qui lesdlti arcstz escoutayent.

Dont leurs cueurs estoyent tant ratis.

Qu'ils ne scavoycnt ou ils esloyent.

Les ungz de paour scrroycnt leurs dens ,

Les aultres esmeui et ardans ,

Tremblant camme la feuille en larbre.

Nul n'est si saige ne parfaict ,

Que, quand il oyt sou jugement.

Qu'il ue soyt a moylic delTaicI .

Et trouble a l'entendement.

Je laisseray ceste matière ,

Car de cela peu me ehaloit ,

Comme le président parlolt ; Et tout ainsi et au plus près , Que les aresti luy ouy dire ; Je les ay escriptz ey après , F.n la forme que les arrri dire .

Sans y adjouler quelijue chose .

Ausi retenir ne oster; El les prononça tous en prose, Comme vous orrez reciter.

Comme description, celte pièce de vers esl cbarmanle. Les poésies de Martial d'Auvergne contiennent de ti*s-

DE LA BAZOCHE. I!t1

belles pensées, et expriment parfois des sentimenls d'une grandeur et d'une noblesse rares à l'époque oti il vivait. Son respect et son attachement éclatent dans les adieux suivants qu'il fait au roi Charles Vil après sa mort:

Adiru, 1c Roy vaillant et vertueux , Charles seplième cl juste et stcourable:

Adiru, le Roy bénin, victorieux, liumbic , courtois, gracieux, aimable; Adieu , le Prince aimé et agréable Qui honora les nobles Heurs de lys.

Adieu, bon Roy, û Dieu soit l'Ame, adieu '.

On se laisse entraîner & parler longuement de Martial d'Auvergne; il méritait quelques lignes de plus que tout auire comme procureur, comme bon citoyen, aimant son paj^ et son prince , comme philosophe indulgent , sachant allier à un jugement sain une critique sage, un peu vive , mais toujours juste, des vices de son époque. Terminons, toutefois, par une dernière citation : ce sont les regrets du poêle sur le temps passé. Celle piùce fut composée api-ès la mort de Charles AH. Elle a pour litre le. Bon temps, et donne une idée de l'élat de la France à celte époque :

Chacun vivoit joyeusement , Selon son estât et ménage; L'on pouviiil partout seuremenl Labuurcr eu son héritage.

Juslier avuit autorité :

\^r2 I.ËS CLEHCS

Le pauvre eatoit «uttnt porte Que le riche plein de monnoyc :

Blei et vins eroissoicnt à pltnlé.

Hé ! quidei'Vous qu'il (aisoit bon Ed ces beiux prés à Ubie ronde , F.t avoir le hctu gras jambon , L'écuelle de poreauK profonde .

Deviser de Margot la blonde , Et puis danser smis la saussaye , Bt n'eloit d'autre joie au monde.

Hélas! le bon temps quej'avois.

Du temps du Roi très passé.

Ne doulois brigans un testu ; Je fusse passe, repassé.

Mal habillé ou bien vestu , Qu'on ne m'eut pas dit d'où viens -tu? Ni demande que je porloye; Chemin était de gens battu ; llélas 1 le bon temps que j'avnje.

On ne lira pas sans intérôt ces poésies, peu connues aujourd'hui , cl qui sont d'autant plus remarquables . qu'elles furent composées vers la fin du quiiiziËme siècle, alors que Mai^t n'avait pas encore paru sur la scènf littéraire. Martial était contemporain de Villon; il mourut le Itl mai 1.508, comme nous l'apprend son épitaphe :

Cj' devant gist en sépulture Maistre Martial , d'Aurci^c surnonimé , Né de Paris, et lut plein de droieture; Pour sel vertus d'un chaeun bien aymé:

F.ii Parlement procureur r

DE LA BAZOCHE. l'Jô

l'ir cinquante hdi exerça Ib pratique ; Avec 9el père et im're est inhumé , Les hoaorinl coronie Gla catholique; Sous Jésus-Chrial eu bon sens paciRque Patlenunent rendit son esperit, En may treize , ce jour-là suis réplique , Qu'on disoit lors mile cinq cent et huit.

Mais Martial d'Auvergne n'est pas le seul procureur qui ail cultivé les lettres. Il en est un autre, plus connu, pcut-éire , et son contemporain : nous voulons parler de Jean Bouchei , l'auteur des Annaies d'Aquitaine et d'ime foule d'autres ouvrages en vers et en prose , qui ne sont pas moins recherchés aujourd'hui qu'ils le furent de son temps. Fils de Pierre Bouchet , procureur à Poiliers , qui liit empoisonné par la femme d'un de ses amis , Jean Bouchet embrassa la profession de son père. Sans entrer dans l'énumération de ses œuvres , nous nous bornerons à quelques extraits de ses poésies, en faisant remarquer qu'il allema, te premier, dans ses vers, les rimes masculines et féminines.

Bouchet élait porté A la satire et n'épargnait personne ; c'était une habitude qu'il avait sans doute contractée dans la société des clercs de la Bazoche. La ballade suivante est curieuse comme émanant d'un procureur. Elle roule sur le Bon Temps , comme colle de Martial , mais l'cspiit en est fort différent :

Quiuiil justiciers par équilê Sans faveur procKi jnt;rronl , Quand en pure rralilé

LES CLERCS tes avocats conseilleront; Quind procureurs ne nienliroiit Et ({lie chacun sa (ai tiendra.

Quand pauvres gens ne pUùdcroiil , Alors le bon temps reviendra.

Quand prestres sans iniquité En l'église Dieu serviront , Quand en spiritualité Simonie plus ne feront ; Quand béncGee ils n'auront, Fors comme il leur apptrliendrsi .

Quand plus ne se déguiseront , Alors le bon temps reviendra.

Quand ceux qui ont autorité Leurs sujets plus ne pilleront , Quand nobles sans ciiidélité El sans guerres en pai» vivront; Quand les mtrehinds ne tromperont Et que le juste on soutiendra , Quand larrons au gibet iront, Alors le bon temps reviendra.

3 n est pas moins jtiste que vive , mais oti reste confondu à la lecture de ces hardiesses quand on songe que le poëte les envoyait au Roi : •

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