DES CLERCS DES PROCVREVRS
Car pour parler au vray de tous ces misérables ,
En vérité, Messieurs , leurs Maistres sont semblables ,
En ce que quand ils prennent un Clerc de pension ,
11 ne peut au Bureau prendre possession
Sans l'advis d'une femme , en Clercs fort difficile ,
Qui n'en veut point chez soy que des fils de famille,
Qui soient de bonne mine, et le visage doux.
Sans craindre qu'un mary trop bon en soit jaloux.
Elle en connoist l'humeur , et la jeune coquette ,
En toutes assemblées des pauvres Clercs caquette;
Soit qu'elle aille en visite ou en quelques autres lieux.
Apres qu'elle a disnô , passer une heure ou deux
Chez quelques Frocureuses, oU cinq ou six ensemble.
Chacune de ses Clercs dit ce que bon luy semble :
L'une dit qu'ils en ont qui ont l'esprit fort bon ,
Une autre se plaindra que le sien est fripon,
L'autre dit que le leur fait la charge des Aydes,
Quand son mary est pris de gouttes, chaudes ou froides.
Une autre moins discrète , après tout ces caquets ,
Dit qu'elle fait des siens comme de ses lacquais,
Leur fait à chaque jour faire tout son ménage ,
Bref , les Clercs en effet sont mulets de bagage ;
Encore n'est-ce pas-là leur plus cruel destin ,
On les fait coucher tard , lever de grand matin ,
Eslourdis mille fois plus que n'est un Gcnsd'arme.
Qu'une trompette éveille en sonnant une allarme ,
La sonnette pendue & leur lit en sursaut
Les éveille au matin , et leur donne l'assaut I
O ! qu'il est mal-heureux qui est en servitude ,
A demv endormis ils devaient A l'Estude ,
3«fi I.A UKKHi;
N'ayant pas seulemenl loisir de s'habiller, (Uin de prompicment se mettre & travailler, 0(1 Monsieur est muny de pantoufles de iiatli- , D'une robe fouR-e, d'un bonnet d'écarlatte.
Qui écrit, qui manie quantité de papiers, Et rechine aussi fort comme font des Fripiei-s Qui n'auroient rien vendu le long d'une joumét: , Ainsi en travaillant passent la maliniV- , Sans que pour déjeuner on leur tire du vin , Nj qu'ils osent manger un tant soit jieu de pain ; Car en plusieurs maisons la Dame Procui-enso L'enfi'rnie sous la clef, action aussi gueuse Qu'au st<>gc de Pans on y ait jamais fuit.
Venant sur les dix heures ils s'en vont au Pidais , D'où jusqucs ft midy, soit pour chaud, pour froidun On n'oseroit bouger, quelque mal qu'on endure ; Et puis midy sonn6 retournent ù la maison , LA oU ils sont traitez de mets pour la saison : Car si c'est un jour gras , on leur fait du jtotagf . Qui semble proju-emenl d'écueilles le lavage : On y void du pain dur cpii a trois mois traisnë. Du reste dis enfans qu'ils ont tout masclioimé : Car la Dame qui faii îa bonnf ménagère , S'ils n'ont du pain rassis envoyé chez sa niere En emprunte quelqu'un , ou bien chez son cousin. Ou sinon pour un tendre en prend chez son vnisiii. Certes cette prudence un petit mëchanique Mente toutesfois d'estre dans la Chronique, Et son inary vraynuK nt de se plaindre , en effet , Aiu'oit ton en voyant l'i'spargne qu'elle fait.
DE-; ti.ERrs nEs pRiicvREvns. 3S7
N'y a piis jusqu'au noir qu'il faille qu'un Clerc |)ay<* , ( Et si tous leurs souliers la servanic en nettoyé), Dcscroloires , vergettes aussi pareillement, Puis on les met dehors pour leur remboursement. Mais, las ! si d'un costé quelque chose elle espargne. Dedans la volupté d'autre son cœur se baignf , Les jupes de satiii , les perles et diamans , Ilongrclines de soye , poinct coup^ , passempiis . Les mulles de velours, et cette braverie Mené un pauvre mary droit & la gueuserie :
Puis quand tout est mang6 elle a pour sa raison , Uue pain tendre et bois veid ruinent une maison. Pour à quoy obvier elle veut que l'on donne Toujours du pain moisi pour rendre leur voix bonne, Comme le vray moyen pour faire chanter clair. Si du vin n'est pas bon, ce sera pour tin Clerc, Ils ont demy septier à petites mesures , Où l'on met moitié d'eau, afin que plus il dure. Encore souventesfois , Monsieur (|ui joué au fin Va taster à leur pot une goutte de vin , Pour voir si ce n'est point du sien que la ser\-ante Leur tire par pitié de leur mal di}plaisante , Bien que fort rarement il s'en trouve en ces lieux Remplis de volonté charitable pour eux :
Car la Maistresse veut que ces gueuses commandent, Tellement que les Clercs sans cesse elles gourmandent , Sous ombre d'épargner du bien qui n'est perdu. La salière d'étain où le sol est fondu , Crasseux , gras et sans pied est bien souvent leur verre , Le pot oii l'on mel l'eau une cruche de terre ,