S8K I.A MISERE
Et ont pour leur cousleau celuy dont voloiitieni
La servanle souvent décrotte les souliers :
La vaisselle souvent que l'on sert sur la table
Fait connoislre à un Clerc qu'il est bien misérable ,
Jamais on ne l'écurc afin de ne l'user,
Et toujours la servante on en veut accuser :
La viande qu'on leur sert est comme glace froide.
Et si pour la manger il ne leur faut point d'aide :
Car ce que l'on leur donne est toujours si petit ,
Qu'ils demeurent souvent dessus leur appétit.
Ainsi par ce moyen il font peu de dëpence.
Et puis du Médecin ils gardent l'Ordonnance ,
(Qui dit que trop manger engendre des humeurs).
Ce qui est observé chez tous les Procureurs.
La nappe, les serviettes, un peu plus honestes,
Leur servent quinze jours sans comprendre les Fe&les,
Et si l'on tait présent à Monsieur d'un pasté,
Les Clercs n'en mangent point qu'il ne soit tout gasté ,
Ce qui est sans mentir une vraye vilenie,
Que leur fait faire aussi quelque mauvais génie ,
Et pendant le disner, Madame tous les jours
Ne tient à son mary sinon que ce discours :
Mon cœur, veux-tu sçavoir combien valent les vivres?
Unze pièces de bœuf me coustent quatre livres,
Avecque seulement la fressure d'un veau ,
Sçavoir quatre aloyaux et six ronds de trumeau :
Le pain est hors de prix , et la viande si chère
Qu'il n'y a plus moyen de faire bonne chère;
Sans mentir j'ai sujet de beaucoup m'aflliger,
Car nous aurions besoin de jamais ne manger.
DES CLERCS DES PR0CVHEVR5. tiH\i
Las ! si le bon Adam ii'eust point gofllé des pommes , Nous ne nous verrions pas en la peine oii nous sommes. Je vous laisse à penser s'ils font un bon repas, Oyant plaindre le bien qu'ils gagnent de leurs bras ! Mais quand ils ne tiendroient ces paroles picquanles , Assez d'invenlions leur avarice invente ; On les fait asseoir bas sur un vieil escabeau. Selle, placel ou banc, chaire ou méchant trëleau . Seulement élevé de demy pied de terre , Rompu, A qui les vers et les miltes font guerre, Ainsi que leurs mentons touchent à leurs genoux , Qui les fait étouffer avant boire deux coups. Et si un peu de bruit à leur table on discerne , On leur demandera s'ils sont h la taverne , Car ils ne veulent pas les entendre souffler, Disant que plus haut qu'eux on les entend parler. Encore s'ils sont à table bien une demie heure, Madame à qui déplaist celte longue demeure De peur qu'ils mangent trop envoyé quelqu'un heurter Aux portes du logis pour les faire haster.
Mais tout cela pourtant n'est encore que des roses, J'ai à vous reciter de bien plus sottes choses; Car si c'est les jours maigres, on ne manque jamais A servir tous les jours de tous semblables mct^ ; A sçavoir la molue, des navets, des carrottes , Ou bien de l'estuvée de quelques caipes mortes. Or si c'est le Caresme on leur donne des pois, Des sèches, des chervis, ou deux harancs à trois, Des pois qui sont si durs qu'avec les assiettes Ils en jniient k la paulme en forme de raquettes ,
Souvent dus choux au laict , que Madame tout haut Dit qu'il porte son beurre , ou <|ue peu il en faut : Quelquefois ils auront d'une puante raye, Des tripes de moines , d'une anguille qui fi^ye , Si bien assaisonnez que l'eau et le verjus Ne peut faire tiger le beurre qui est dessus , Ou bien si le poisson dedans le beurre s'allège , C'est du beurre ù tigiion , qui est blanc comme neige. Encore de ces mets ils n'en ont qu'à disner Seulement un ou deux, car au soir faut jeûner: Si la collation le soir on leur fait faire , Ils auront des pruneaux qui leur donnent la foire , N'en déplaise à Messieurs , c'est afin d'alléger Leur ventre, que les vents ne cessent d'aflligei'. Comme on voit sur la mer les postillons d'Eole Agiter un vaisseau qui sur les ondes vole, Encore quand ils ont celte incommodité, Ils n'ont bassin ny pot pour leur commodité.
Contraints d'aller en court pour faire leur déjiesche, Car d'aller au privé un sujet les empesche, De peur qu'ils n'aillent voir les servantes les nuits, Au bas de leurs degrez ils fout faire des huys Dont ils prennent les clefs, et gelé à pierre fendre. Ils font dedans la court, n'ayant loisir d'attendre, Et dés le poinct du jour ils achettcnt un balei Pour nettoyer la place et rendre le lieu net , De peur que la servante , une grosse carogiie , La maliei'e trouvant après eux elle ne gi-ogne. Mais les pruneaux fniis , les soii's dedans un plat On leur sert douze noix, nu six liisnes de chat.
DKs CI-EllCS nES PROfVRKVRS. ."iOI
El n'y a qualrc-Temps, jour d'Aposlre ou Disciple ,
Ny dp quHqu'auliv SainI que le jeûne ne soil triple ,
Kt bien que l'Alaianach n'en marque nullement,
Cela est observé inviolablemeni.
Au soir, du pain , du vin en l'Estude on apporte ,
Et sont malgré leurs dente traitez de cette sorte.
Combien qu'en celte jeAne ils n'out mérite aucun ,
Car un bien fait fui-cë h Dieu est importun.
Mais si c'est la saison des jours maigres après Pasques ,
Lors que les harangcres ont tout vuidé leurs caques ,
On les traite un peu mieux, car en cette saison
Les œufs durs valent mieux que n'est pas le poisson ,
Deux coupez par quartiers avec force ozeille ,
Fait paroistrc le plat cstre ptain à merveille :
Tellement que les Clercs de nature altérez,
Croyent, voyant ce plat, qu'ils seront restaurez;
Mais ils sont abusez, car d'œufs l'herbe est couverte.
Et ne trouvent sinon que de la sauce verte.
Ou ils saussent leur pain , maudissant leur malheur,
El ceux qui les ont mis avec un Procureur.
El quand se vient au temps de manger des citrouilles ,
Des cardes de poirées, l'omelette aux ciboules,
Des fèves d'haricot, et des toupinambaui-s ,
Du pourpier sans huile, on leur en sert lofljours,
Des concombres aussi et de la chicorée ,
Qu'on fait ù l'éluvéc avec de la poii-ée
Dans un grand vieux chaudron, ou bien eiUre deux plats,
Oii l'eau , le poivre et le sel on n'y espargne pas ,
Ce qu'un enfant bien né liouvc étrangement rude ;
Mais quand ils ont disné ils l'eloiunenl i) l'Eslude.