CHAPITRE
Le Roi de I* BaziKhe. — Sîngtiliei's privîlcge$ des Razoches d'Orléins et de Chartres. — Les béjsunes. — Origine d'un proverbe. — La montre générale des Clercs. — La montre des Officiers du Chitelet. — Canetère de ces cérémomes. — Les baiochiens soldats. — Expédition de UCuyenne. — LePréaui Qn^is. — Les clerc* cl les moines de l' Abbaye de St-^jennain. — Leurs querelles et leurs batailles. — Armoiries de la Baioche. — Les plantatious du mai. — Curieuses foDctJoas des Ircsoricrs de la Baiociie. — ^singulier procès. — Arr*l du Parlement ilu It juillet 1538. — Monnaie de la Baioehe,
Le chef suprême de Tassociation des cleixs s'appelait le Roi de la Bazoche , de même qu'on appelait le Roi des Merciers celui qui avait autorité siu- les merciers, Roi des Ribauds celui qui avait la connaissance sur les ribauds et mauvais garçons, Roi des ArtKiIëtriers , Bm^iers, Arpenteurs, Armuriers, Archers, etc., itex ArbaieitraT^trvm , R&t ATmoTv.in,, Rex Arcarioram, etc.
Tous les clercs obéissaient à leur Roi , dit Félibien dans son Histoire de Paris :
Tous sont sous la puissance du Roi de la Bazoche , seul chef souverain de tous les suppôts de son Roy*uinc, c'ett-i-dirc des
clerci el praticiens de la Cour de P*r1cment et autres jiiridietinns d« ressort de cette Cour.
Le Roi de la Bazoche portail la toque , à l'imitation df sa Majesté; le chancelier portail seulement le bonnet ei la robe.
Pour être bazochien il fallait Ctre célibataire, et n'ôtnf pourvu d'aucun titre, soit d'avocat, soit de procureur. Cependant il y avait dans le royaume, des artisans attachés spécialement ft la Ba^xiclie. L'historien anonyme nous en donne les noms; c'étaient : un barbier ordinaire, un chirurgien, un médecin, un peintre, un rdtisseur, un orfèvre, un pfltissier, un cuisinier, un huissier buvetier, un papetier, un gantier, et quantité d'autres, qui étaient obligés de mettre pour enseigne à leur maison les armes de la Bazoche.
Philippe-le-Bel donna à la Bazoche te pouvoir d'établir des juridictions bazochiales inférieures dans les sièges royaux du Pariomenl de Paris, a condition que les prévôts de ces juridictions rendraient foi et hommage au Roi de la Bazoche, et obéiraient à ses mandements, cl que l'appel de leurs jugements serait porté devant lui ou son chancelier.
11 existait des sociétés de la Bazoche à Lyon , à Poitiers , à Chaumont , à Loches , à Vemeuil , à Moulins , â Oriéans , à Chartres et Toulouse ; il y en avait dans presque toutes les principales villes de France, avec des prérogatives diverses. Ainsi la Bazoche d'Orléans avait la coutume de percevoir une somme de douze livres seize sous sur tous les officiers qui se mariaient dnns l'étendue du bailliage
d'Orléaiis. Ce droil s'appelait droit de ban. Lorsqu'il survenait quelques contestations à ce sujet, le présidial en litail juge en dernier ressort.
La Bazoche de Chartres percevait trente sous pour chaque lettre de bec-jaune accordée piu* le présidial il tous les clercs nouvellement reçus et travaillant chez les procureurs en l'Éleciion. Elle obligeait chaque suppôt de la Bazoche, suivant l'ordre de sa réception, d'offrir un pain JL bénir ft la messe qui se disait au Palais le premier dimanche de chaque mois. La Bazoche de cette ville avait encore l'habitude de percevoir cinq livres quatorze sous à chaque mariage des persomtes notables ou roturières dont les bans se publiaient dans l'une des paroisses de la ville, à l'exceplion, néanmoins, des personnes appartenant au corps des marchands. Elle avait sept places franches à tous les spectacles de la ville pour le président et les autres officiers de la Bazoche. Enfin, elle avait coutume de faire lu publication de tous les traités de pwx, sous les drapeaux et à la tète des fourriers et gardes de la ville, avec les instruments ordinaires en pareille cérémonie. Elle portait les drapeaux devant le corps de l'hôtel de ville lorsqu'il assistait au Te Deum chanté en action de grâces de quelques heureux événements.
On pourrait multiplier les citations des coutumes et prérogatives bizarres dont les sociétés de clercs étaient en possession dans les diverses villes de province; mais il en est une qui paraît avoir été générale dans toutes les associations de ce genre : nous voulons parier du droit (le réception que les clercs payaient à leur entrée dans la société de la Bazoche.
A Paris , une des fondions les plus importantes des trésoriers était de recevoir les becs-jaunes, et de leur faire payer ta bienvenue accoutumée , qui était d'un lésion de roi pour l'ordinaire , et le double pour les nobles, & cause de leur qualité plus relevée (1). C'est de là qu'est venu ce provertw, qui est encore d'usage dans le langage familier : a Payer son bec-jaune ou sa bienvenue. » Les clercs de la Bazocbe appelaient bec-jaune tout solliciteur ou récipiendaire qui demandait à entrer dans la communauté. Cette métaphore s'explique par ce fait: que les jeunes oiseaux, avant de prendre des plumes et de chanter, ont, en général, le bec jaune.
L'initi^on aux usages et aux coutumes de la Bazocbe était considérée comme une éducation hors de laquelle il n'y avait qu'ignorance et ténèbres. Un clerc, reçu bazochien, était digne de voler de ses propres ailes ; c'était un po^onnage, un homme bit ; l'écolier bec-jaune était bien au-dessous de lui : il ne méritait aucune considération.
Sommes- nous bcjaune«
Ou conurts (1)? Où cuidci-TOUS estreî
dit le juge dans la farcede CAvocai Pathelin; c'est-à-dire : sommes-nous des niais, des inibéciles?Nous prenez-vous pour des enfants ? Cette importance , qu'on trouvera puérile aujourd'hui, était très-sérieuse , à ce point que tous
pili l'Acn pin f*ti jsiiiB'k troli Uira. Vcn la mlllen du dli-HpUèmr itèrte et droll til nppilDié.
(I) ConurI DO conirl rcnl dire ul. Il y tvilt i Rauin ont Société de tnrûirlt ; «lia éuit t peu prèa WDililitilc k «Un dn Enfanb Suu-Snocl , d« Piris, pl 1 ctlli de 11 M»rr.F<illr, ou Hin-SDlIr, de Dijol.
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les t)U (le famille, les nobles mêmes, teiiaieni ik Taire partie de cette cèlëbre compagnie , d'oti sonirent les plus hauts dignitaires de la magistrature et les célébrités du
Cette coutume de percevoir un droit de bienvenue s'est perpétuée fort longtemps. « Anciennement , dit Brillon , « dans son Dictionnaire desArretsàu Parlemetttde France, « nul n'était reçu clerc, ni praticien, qu'il n'eût piis lettre " du Roi delà Bazoche». La taxe était d'un Écu. Ce droit devint plus tard, entre les mains des officiers de la Bazoche, une exigence telle, que le Parlement fui obligé d'intervenir. Ainsi , les bazochiens vouldent assujettir à ce droit les parties qui plaidaient, les solliciteurs et les clercs des conseillers. Un arrêt du 3 juin 153G leur fit défense, sous peine d'être privés de l'entrée du Palais, d'exiger de l'argent des uns ni des autres. Ces défenses furent réitérées le 3 mars 1533 , sur les plaidoiries de la cause du procureur Ségalas, qui, ù l'occasion de cette prétention , avait donné un soufflet au Roi de la Bazoche.
Le droit d'entrée ou bienvenue varia suivant les époques. Nous devons àl'obligeancedeM. Le Roux de Lincy la communication d'un document très-curieux, relatif à la perception de ce droit ; c'est l'original d'une quittance délivrée à un clerc par les trésoriers du Royaume de la Bazoche. Elle est ainsi conçue:
Nous , trésoriers , recepveurs gcnmulx du Royiulmc de la Bazocbe, certifions «voir eu et reru de Jehan Lemaistrr, clerc de U' Hiebei de Scrtcs , procureur nu Ptrleiiieot, sna draict d'outrée ri bienveaue *udit Roy*ulnie , doat nous le quiUons. TesnwinKs im,* <eeiii|p ry mU. .\ l'nri* , le einiillie«iiir jour de dërembre mil
«ix eenl vingt-huit , et de notre règne le perpétuel. Signé Baudal.
Bieard , Dcmallevaud , Leréburc.
MalheureusGmGnt cette quittance n'indique pas la somme qui était perçue alors pour droit d'entrée.
Les ordonnances de Philippe-le-Bel , qui instituaient le Royaume de la Bazoche, obligèrent, s'il faut en croire tes historiens, les grands fonctionnaires de cette sociËté de faire faire, chaque année, à Paris, la montre de tous les clercs du Palais. Cette montre se faisait en forme de cai^ rousel , sur les mandements du Roi de la Bazoche , envoyés à ses princes et sujets, avec ordre de se trouver k Paris, sous peine de grosses amendes.
Sur son invitation , les clercs et suppôts se rendaient à Paris, se divisaient par compagnies de cent hommes, choisissaient un colonel, un capitaine, des lieutenants, des porte-élendards, et parcouraient la ville à la suite de tous les officiers de la Bazoche, à cheval, revêtus de costumes magnifiques, précédés de tambours et de hautbois; les fêtes se terminaient par des danses, des jeux (i), et, plus tard , par des comédies que jouaient les sociétaires. Il est â remarquer que chaque capitaine ou chef de bande adoptait un costume dont les membres de sa conh pagnie étaient tenus de se revêtir.
La montre des sujets du roi de la Bazoche attirait, de coutume, un si grand concours de population, que François 1" manda au Parlement qu'il se rendrait un certain
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DE LA BAZOCHE. il
jour dans la ville de Paris pour voir cette cérémonie. Le Roi de la Bazoche en ayant eu avis, fit demander par son avocat général à la Cour qu'il lui plût de vaquer les deux jours suivants, ce qui fiil ordonné par arrfit du 35 juin 1540(1).
11 peut paraître aujourd'hui singulier que Philippe-le-
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Bel ait obligé les clercs à faire , tous les ans , la montre générale des membres de leur société, et que le Parlement ait cru devoir rendre des arrêts pour les contraindre h remplir ce qu'il considérait comme une obligation. On pourrait penser que cette manifestation était plutôt une fantaisie des clercs, jaloux de faire parade de leur magnificence et de la puissance de leur association. A cet égard, le champ des suppositions est ouvert , mais il faut croire que c'était tout simplement pour ser\'ir de spectacle au peuple que ces montres étaient ordonnées. Du reste, elles devaient être tolérées chez ces jernies gens, puisque, de temps immémorial, et jusqu'à la révolution de 89 , nous voyons les officiers du Châtelel eux-mûmes [larcourîr la ville en grande pompe.
Cette cérémonie du Chittelet s'accomplissait toujours le lundi après le dimanche de la Trinité. Ce jour-là, le cortège allait rendre visite au chancelier de France , au premier président du Pariement , au procureur général et au prévôt de Paris. La marche était ouverte par une musique guerriÈrc, que suivaient des individus portant les attributs d'une justice militaire: casque, cuirasse, gantelet, bftlon do commandement et la main do justice. Venaient ensuite quatre-vingts huissiers à cheval, cent quatre-vingts sei^nts à vei^, tous en habits courts, de diverses couleurs , puis cent vingt huissiers priseurs ■ vingt huissiers audienciers, couverts de leur robe de Palais , douze commissaires au ChAtelet, en robe de soie noire', un des avocats du Roi , un des lieutenants particuliers et le lieutenant civil, tous en robe rouge. Le cortège était fermé par les greffiers et quelques huissiers.
DE LA BAZOCUE. 4-'l
Il ue faut voir dans cette pompe extérieure que des coutumes du moyen Age et des vestiges de la Téodalilë , sortes de manifestations publiques, par lesquelles les associations signalaient leur existence. Toutes les corporations, alors, tâchaient de cacher, sous des dehors éclatants, sous des titres pompeux, la faiblesse de l'oi^nisation de la plupart d'entre elles et le peu d'importance de leurs prérogatives. Cependant la Bazoche du Parlement avait, comme société, une importance réelle, tirée de sa force numérique, du caractère entreprenant de ses affiliés et de l'utilité de son organisation. Au fond, il y avait aussi, delà part des magistrats , un certain amour-propre et un peu de vanité dans ces sortes de processions. Le Parlement n'était pas fâché de produire au grand jour cette espèce d'année , composée de jeunes gens hardis , entreprenants et belliqueux, qu'il tenait à sa disposition , et sur laquelle il aurait pu s'appuyer, au besoin, comme les rois de France s'appuyaient sur la magistrature.
Les cérémonies et coutumes des corporations de clercs dans toute la France sont donc aussi <t ce point de vue très -intéressantes pour l'étude de cette époque. Le tiers -état, ou plutAt la troisième classe de la société, qui n'était rien alors , saisissait toutes les occasions pour manifester son existence par des pompes et des cérémonies édaianles. Outre les fêtes religieuses , auxquelles il était toujours associé, telles que les fétcs d'Epiphanie, des innocents, la fêle de l'Ane, et même ta fêle des Fous, les cérémonies de la Fête-Dieu, ù Aix, les processions du Dragon Bailla, & Reims, de la Gargouille , à Rouen , de la Tarnxque , k Tarascon , oulrc
les fêtes patronales Dukasses ei Kermessea , il y avait encore les solennités des confréries militaires de l'Arquebuse, des Archers, des Arbalétriers. Les corporations avaient leurs cérémonies , qui prenaient le nom de Serments, Métiers, Devoirs, Confréries. Parmi les fêles de corps el de communauté des écoliers et des universités, on peut citer le Lendit, la feie du Mai, la Saint-Charlemagne, la Saint-Nicolas, laSainle-Calherinc, et, pour le Parlement, ]a Baillée aux Roses. Mais les fêtes des clercs de la Bazoche tenaient une large place dans cène nomenclature des réjouissances publiques. A leur plantation de mai , montres et jeux , il faut rattacher la fête des Badins, Turlupins, Enfants Sans-Souci, la fête des Conarts ou Cornarts , de Rouen , celle de la Mère-SolW , de Dijon, celle de l'Abbé de Maugouveme, à Poitiers, de l'Empereur de la Jeunesse, à Lille, de l'Abbé de Liesse, ft Arras, etc.
Les associations de clercs fi Paris avaient une espèce d'organisation militaire. Plusieurs fois , elles eurent occasion de prendre les armes pour la défense de la pairie et de la royauté.
Ainsi, en 1548, le peupledelaGuyenne se souleva, indigné qu'il était des exactions commises dans la perception des droits nouveaux que les gabeleurs et fermiers du sel leur avaient imposés. Henri II envoya dans celle province le connétable de Montmorency avec une puissante armée. Les clercs de ta Bazoche prirent pari à celle expédition. Voici comment est rapporté ce fait imporlanl par rtiisloricn anonyme ;
Lr Itny île la Bucclu' cl ses suppiisis cl Rssislaiis. -.fi âul>jH<.
IIË LA B-^ZOCIIi:. 4j
s'offrirent *u Roy Jusqurs à six mil hommes , Irsqucis hircnl acrcplei , firent si bien pu* leur valeur et courage qu'il ne demeura i|ue foK peu de ces audacieux, en telle sorte que nous fusmes et demeurumes les maistres ; el , estant de retour, le Roy ne srschant par quel moyen recompenser la valeur et le courage des Roys de la Baioche et ses supposts et subjets , il leur demanda quelle récompenee ils désiroient. Ils Grent responre qu'ils n'm demandoient aucunes et qu'ils esloient encore prcsis pour le service de Sa Majesté où et en quelle part elle voudra les commander. Le Hoy voyant la bonté de ces bazochiens, illeurfitde grandes récompences, et, entre autres, un lieu de promenade contenant cent arpens de pré en une pièce, appellcc le Pré de la Seine, assis sur le bord de la rivière de Seine, qui sentit dé$or~ mais appelléc le Pré aux Clercs, et permit de faire coupper, dans l'un de ses bois , tels ariiies qu'ils voudroient choisir , en présence du substitut de son procureur général aux Eaux et Foresls, pour la cerimonie du plan du Uay , qu'ils avoicnt accouslumé de faire tous les ans , le dernier samedy du mois de may , au son des troropelles et tambours du Roy , dans 1* cour du Palais, devant le grand perron , «t , pour Toumir aux frais , leur aurait accordé une somme du revenu de son royaume par an , qui est assignée sur les amendes adjugées au Roy , tant au Parlement que en la Cour des Aydes et Requcsles du Palais , et qu'il smiit expédié gratis, en sa chancellerie, une lettre aux trcsorirrs et receveurs du domaine de la Baioche , de tel prix qu'ils la trouveroient et gratuitement , et , outre re, qu'ils porteroient leur annoyric , el que , sur les arrests qui seroient rendus en la Butorhr , seroit expédié commission en sa cbancellcric , gratuitement, portant timbre , casque et morion , pour marque de souveraineté du Royaume , dont auroil esté à l'instant expédié lettres de dom , confirmée par arresl de la Cour en ladite année 1548.
La prairie de cent arjwnts, appelée te Pn!- dp la Seine,
(]onn6c par Henri II, n'est autre chose que le terrain sur lequel les bazochieus avaient la coutume de faire leurs jeux , et qui est désigné sous le nom de Saulsaye dans l'airët du Parlement du 35 juin 1540, déjà cîtf.
Quant aux secours en ai^nt que le Royaume de la Bazochc recevait de la chancellerie, Miraulmont s'exprime ainsi :
La chancGlIrrie donne au Royaume , une fois l'an , gratis , une lettre du plus hault pris que peult monter le sreBu qui leur est présentée par les trésorier et procureur général , avec les gants et livrées du Royaume , qui sont de taffetas jaulne el bleu. Ce qu'aussi ont accoustumé faire tous tes ans tes Cours de Parlement , des Aydes et autres Justices de l'enelos du Palais ; et ee , comme j'csiime , pour fournir aui frais qu'il leur convient faire pour l'enereice de leur justice, n'ayans moyens de la mainlC' nir d'ailleurs en prenans argent des parties , espices ny aucuns autres droicts accoustumcz eslre pris es autres jurisdictions pour jugements de procès.
On ne trouve nulle pan la preuve de l'intervenUon de la Bazoche comme force militaire dans les troubles de la Guyenne ; il faut donc laisser à l'historien anonyme toute la responsabilité de ses allégations relativement k cette expédition et à la cession de terrain faite ù la Bazoche par Henri II , après l'apaisement de l'insurrection.
Toutefois , Gaslier semble croire que le Pré aux Clercs avait été donné par Henri II aux écoliers, à la suite de l'expédition du connétable de Montmorency (1).
DE LA DAZOCHE. 4/
Ucsmcs nos aociei» hittcriens franfoU rcroariiucnt rn laurs rbraaiipKl que cette gnmde prairEe qu[ est vis à vis du coui's de !■ Reyne, de l'iutre càtc de la rivière, fiist dotuice aux t^vrci en récompense du service qu'ils renilîronl à llcDri sg' cood, lorsque le payi Bonlclois et la Xainlonge furent remis en l'obéissaDce de ce Roy, en l'onncr. 1548, par le connétiJile de Montmorency , conducteur d'une armée eomposéc en partie de clercs et d'écoliers ; c'est pourquoi cette promenade est encore appelée le Pré aux Clercs.
Nous avons vainement cherché la preuve du concours militaire donné par les bazochiens à Henri il , et , nous devons le dire, les historiens ne sont point aussi aflirmatifs que Gaslicr. Nous croyons même qu'il commet une erreur facile à rectifier.
L'année 1 548 fut , en effet, signalée à la fois parla révolte de la Guyenne et par les séditions des écoliers, qui , le 4 juillet, se portèrent en armes contre l'abbaye de Saint- Gerrnain-des-Prés, assiégèrent les moines, firent des brèches aux murailles du grand clos et des jardins, brisërcnl les ariires fruitiers, arrachèrent les vignes et mirent le feu à plusieurs maisons. Les tentatives de répression faites par le prévAt ne firent qu'accroître l'exaspération dos écoliers contre les religieuse ; les dévastations continuèrent; le Parlement fut obligé d'intervenir.
Les clercs de la Bazoche jouèrent un rôle important dans cette sédition.
Voici en quels termes est raconté le (lût dans VHistoirf de rVniversUé de Paris, d'Egasse-Du-Boulay :
Tumultus scboluticus in Prato Clericonim.
Hic t julii, in Prato Clericorum , vehemens ortu.^ Psl tumullui
al) cicdnn scholaslicoram, musâ mali, fiindus universiUlis <cdiliciis et vinetis oceupitua, monnchis snn. Gennuio pralensibiu , viàque publîc alii drtorli. Scholastici armalû manu monachw dcjidunti viles cvellunt, ilomos diniunt. Monachi se suosqur armanl, vint vi repellunt. Hîdc indè cœdes ; qui de re sUUm «dmonita Curia Parisiensi» mandat r«cU>ri ut in Taclum inquiral. Hector, qui tiimeratU. Joan. Rosp.eldeni die et sequenlibus cddvoeat collcgiorum primarios, qui; maDdala Tuerant cxponit; in reos inquirit, velat que ne ullus scholastkus ad prahun se confcrat.
A la suile de cet exposé, Du Boulay donne in extenso l'arrêt rendu par te Parlement le 10 juillet de la même année. Nous demandons au lecteur la permission de l'analyser ; il y est question des clercs de la Bazoche.
Les moines de l'abbaye de Saint-Germain avoisinaîent le Pré aux Clercs; ils s'y livraient à des empiétements qui donnaient lieu de la part des Écoliers h des représailles qui se terminaient par des meurtres et des incendies. Ainsi, en Iifl3, une discussion de cette nature s'était élevée entre les moines de Saint-Gemiain et les écoliers ; elle fut déférée au concile de Tours , qui donna gain de cause aux moines. En 1192, les écoliers, qui regardaient toujours ce pré comme leur propriété, y commirent divers excès ; une bataille s'ensuivit avec les habitants du bourg St-Germain ; un écolier y fut tué ; les deux parties en i-éférèrenl au Pape, qui ne se prononça pas. En 1315, un règlement trancha la question de propriété en ces termes : « Quant au Pré de Si-Germain, autrement dit le Pré aux Clercs , il restera aux écoliers dans l'élat qu'il leur a élé adjugé, n
On le voit, la querelle était ancienne, et, pap cela môme, passionnait davantage les Écoliers. La sédition du 4 juillet I5i8 avait été provoquée par les faits suivants : quelques écoliers jouaient au Pré aux Clercs, lorsque des charretiers et tomberelliers, conduisant sur les bords de la Seine les inunondices de la ville de Paris, vinrent à traverser le Pré aux Clercs ; les écoliers voulurent s'y opposer ; les charretiers prétendirent que , les moines ayant intercepté les autres chemins, ils ne pouvaient pas accéder autrement au fleuve sur les bords duquel ils déposaient les immondices. Les clercs repoussèrent les charretiers, qui portèrent plainte aux moines de l'abbaye. Le lendemain, le lieutenant criminel, avec ses sergents, et le prévôt Genlon, avec ses archers, vinrent surprendre les Écoliers pendant qu'ils jouaient au Pré aux Clercs, s'emparèrent de leurs vêtements, les maltraitèrent, les poursuivirent les armes à la main et coupèrent même le poignet k l'un d'eux. Il n'en Tallait pas davantage pour réveiller l'irrascible rancune des écoliers contre les moines de Si-Germaiii. Ils s'assemblèrent en masse et commirent dans l'abbaye les dégâts que nous avons racontés.
L'affaire vint au Parlement , sur la plainte des moines de St-Germain.
Les clercs articulèrent contre eux plusieurs griefs : ils se plaignaient d'abord de ce que les moines avaient fait construire des bAtiments sur le terrain dépendant du grand et du petit Pré aux Clercs, usurpation qui avait eu pour résultat le rétrécissement de l'espace consacré h leurs plaisirs ; ils demandaient que les anciennes voies et chemins qui conduisaient au Pré aux Clercs fussent réia-
"lO LES CLERCS
blis; que les jours et fenêtres pratiquées dans les tourelles et créneaux de l'abbaye fussent esloupez; que défenses fussent faites aux charretiers et toniberelliers di; traverser le Pré aux Clercs pour le service de la voirie, permission que les moines n'avaient pas le droit d'accorder ; que défenses fussent encore faites aux maquignons de tenir dans le Pré aux Clercs leurs marchés aux chevaux, usurpation autorisée encore par les moines de l'abbaye; enfm, ils demandaient l'élargissement des clercs et écoliers et la restitution de leurs manteaux.
A cette époque , l'abbé de Sl-Germain-des-Prés était le cardinal de Toumon. L'avocat Rocbefort plaidait poui' lui. Après avoir longuement exposé que son client ne voulait en aucune façon s'emparer des biens de l'Université, qu'au contraire il avait donné des preuves nombreuses de son amour des lettres , il ajoutait avec naïveté :
Et poiir monstrer sa bonne ilTfclian envers les bonnes études, il ■ laissé deux enseignes inunorlellcs , car il a fait basiir et doter k Tournon deux eolléges les plus beaux qui soient en ce royaume, qui lui ont cousié chacun plus de trente et quarante mil escus . dejquels sont sortis et sortent de jour en jour, lanqitàm ex eipiii livjano, grand nombre de gens doctes et savants.
Il concluait à la nomination d'arbitres chargés de rt'gler le différend et de délimiter le Pré aux Clercs.
L'avocat Ryant plaidait pour le recteur et l'I'niversité. Il exposa les griefs des écoliers , et dit ;
tju'il trouve que rl'niïersitc de Paris a clé instituée par Cliarleniagne. Roi de Frnnee et Empereur des Romains, leiguel à l'in^lilulion voulu doter el a dolé in fitiam primogmitom . La liol iii'
DE LA DAZOCItE. 51
(ut pu graiiJc, rar tlle consiste en ctrlaiiu pririlcges qu'il donna pour attirer les eseholîm en laditr' Université , et en deux pièces de pré donnéci par Cbarlemagne à sa première fille t'Universllé pour laut son domaine , qui est bien loin de vingt-cinq ou trente mil livres de rente ou revenu que ont les religieux et couvents de St-Germain. Or ces deux prés furent dunnez par Charlemigne, sachant qu'il faut que les escholiers, après avoir longuement estudié , voisrnt quelquefois eux esbattrc et spicier a l'air. Toolefols , CCS deux prés ont esté ci-devant en grande envie aux religieux de St-tiermaîn , avec lesquels l'Université de Paris ■ eu antique et invétérée riote. Tellement, que en l'an mil deux cent soixante et dix-buit , sur une contestation qui advint entre les dits reli^eux et les cseboliers de l'Université de Paris , d'autant que les religieux ayant au mur de leur cidturc une poterne ou porte donnant issue aux champs, voulnîent faire avec cette poterne ou porte lieux toumotles ayant fenestre pour voir les escholiers quand iU se esbattoient en leurs prés, et, par avanture , pour les eonvicier et mocquer coiorae il est vraisemblable qu'ils faisoicnt i car les escholiers eurent telles contestations avec les dits religieux qu'il y eut quelques homicides commis d'aucuns escbolirrs par 1rs dits religieux dont sourdit grandes naiscs et tumulte , de manière que, pour eobiber sa force, furent envoyés les officiers du Roy et de la ville de Paijs. Et le Roy, qui estoit Philippe-le-Hardi, averti du cas, estant lors à Poissy, uocnuif ad le qaotdam imatorrt hujHi lenalût quîbui mandavït negolium fxpedimdiim
L'avocat Ryant rappelle alors que le Parlemenl condamna les moines de St-Gcrmsin à fonder deux chapelles expiatoires, dont l'une, prës de l'abbaye, était appeli^c chapelle de Saint-Martin-de-IIordeLs, cl l'autre est connue sous le nom d'église de Saint&Otherine-du-Val-des-Écoliers; et, de plus, à payer aux pères des écoliers tués
5i LES CLEHCS
(les soniiiics importantes, M à dûmolir les tourelles, portes el fenêtres.
L'avocat invoque encore un an*t rendu en 1292, ordonnant au\ moines de St-Germain, qui avaient construit des remparts et créneaux pour prendre la vue sur les prés des écoliers , ifestouper ces créneaux et vues.
Marlac , |>our le procureur général du Roi, prit la parole dans l'intértt de IX'niversitû :
Mais quBDd il parle de l'Universil^ , il rnlend et se doit on- Icndri! Ùfs bons escholicrs el étudiants bienfaisant leurs devoirs il IVstude , et non de ces fuilifs et simulés escholiers dont à lirésent l'Universilc est pl«ini> (qui , i vrai dire , sont plus disrholps , brigueurs et fainéants que escholiers) , car ils ne font que de nuit et de jour porter espces avec rondelles et autres basions iiiiisiblcs, vaguer et rauder parmi les rues , f<Hit querelles, detials et noises , détroussent ceux qu'ils rencontrent par leur chemin , ne bougent des tavernes, cabarets et jeux de paulmes, liabillei r 11 habits non pas de vrais escholiers, mais déguisez comme capes b l'espagnol , manteaux et auti'es vestcments insolents el dcsehiquelcz par les chausses et autrement, de manière que on les jugera, ù tes voir de prime face , cstrc quelques avanluriers ou souldarts de guerre , par lesquels les bons scandalisée soni , el croit que tout le mal d'aujourd'hui procède de lels malheureux.
Marlac termine en engageant les Principaux dos collèges de l'Universilé à puiser i'I'niversité de lels gens. 11 est d'avis que défenses soient failes aux toraberelliers de traverser le Pré aux Clercs , el il croit que, sur dix-huit clercs prisonniers, il n'y en a que trois ou quatre de vrais escholiers, le reste étani rufians ri brigueurs.
Après les plaidoiries des avocats, io Paiieiiieiil pi-u- HOiiça son arrOt :
Il nomme Martin Rusé cl liicques Leroux, eonjcillcrs, |iour jirocédcr â des infonnitioDS et enqueslcs sur les meurtres commis , pour être statué uILcrieurement après les conclusions (hi procureur génénJ du Roy ; ordonne rclai^sscment des cscholiers , k la charge par le recleur de les rcpréscnler à première rciiuisilian. Quant i ceux qui ne seront pas escholiers , ordonne au prevosi de Paris de faire leur procès dans la huitaine ; dit que les religieux seront tenus de fouiniT un cliemin sur lequel sera lait la voirie , loingtiin des grands et petits Prés aux Clrrcs; dit qu'ils fourniront un emplacement aux maquignon^ pour le marché aux chevaux, loin des mesmes prés-, fait défenees aux tomberclliers et maquignons d'aller et entrer Buxdit« prés à peine de coniiscalion de chevaux et montures; ordonne le rétablissement des chemins ; dit que les vues et fcnestres seront estoupécs et remises en l'aiicicn estât, soît de la pari des propriétaires, soit de la part des religieux; donne pouvoir aux me»nes conseillers de fnire démolir tout ce qui auioil été basti sur l'emplacement du grand et du petit Prc; de façon ■]ue la spaliation que les escholiers doivent avoir en leur grand rt petit Pré soit rétablie ; quant aux garnisons logées en l' Abbaye ■'I aux environs , ordonne qu'elles les videront tnconlincnt sous peine de la hart ; fait défenses aux sergents du Chalelet et aux gens du prévôl Centon de molester les escholiers et de leur empêcher de prmdre leurs esbats i a ordonne et ordonne i)Ue l'I'nivcrsite jouira des deux prés petit cl grand , ensemble des deux arpenis donnés à ladite rniversîté par le rlianoine d'Evreux , librement cl sans aucune charge ; fait inhibition cl défenses nn thaneelier de la Ba^oclie cl à loin le* cfrreii du Falai», sur peine de la hart. de faire aucunes assemblées illicili'et piiris d'armes et île procé<lcr par voies de fait en auriiin'
."ti LES CLKHfS
inanièrr mi l'aluï^ uu uu ili.'linr& ; aussi (■lijaini;! *u dit cliuiceliiT udmlnistrcr Irniaîiis et nommor les clercs ifui ont fait cxcrs iiii dit procureur grnPral du Roi , pour être ouï par les dessus dits commissaires dedans liuy ; pour ce fait être proeédé contre les dcliaquiDls, veues les charges et informalions et conclusion» du dil procureui' général, auigurl elles seront communiquées ainsi qu'il appartiendra. Par raison semblable , injoncLon fait la dite Cour aux parties adverses des dits clercs du Palais , et leur fait défense de procéder par voies de fait , sur peine de la hart ; ains administrent témoins au dit procureur général pour informer si le? dits clercs du Palais ont commencé et fait exploits et vindlealions.
L'aiTÔt du Parlement, on le voit, est on iie peut plus clair. Au mois de juillet \5iS, il reconnaissait que l'Université et les écoliers étaient propriétaires du grand et du petit Pré aux Clercs. L'expédition de la Guyenne se faisait à peu pi-ts & la môme époque , et c'est au mois d'octobre que le connétable de Montmorency enirait à Bordeaux à la têlc d'une puissante armée, et sévissait d'une manière alroce contre les habitants de celle malheureuse ville. Il faut donc croire que les historiens ont confondu le soulèvement de la Guyenne avec les révoltes des écoliers qui se passaient en même temps. L'autorité royale et le Parlement avaient assez à faire de contenir les écoliers de l'Université , au milieu des- (|uels se mêlaient des gens sans aveu, soudoya par l'étranger, qui fomentaient des discordes et des séditions interminables. Leur indiscipline ne dut pas permettre à Henri 11 de recourir h eux ; s'il le fil, ce ne fut que pour faire tnuriier au pii>lit de l'onln- et de la rnyaulé leur hu-
DE LA DAZaCIIE. .),)
meur querelteusc. En I5i9, enl550, lesdûvaslalionscuiitinuèrcnt; le II octobre 1552, les rassemblemenls se formèrent de nouveau, et, vainement, le Parlement fit planter quatre potences dans le faubourg Saint-Marcel ; rien ne put apaiser l'élan de cette jeunesse turbulente.
Ce fut inutilement que le Parlement, par son arrêt de mars 1552, défendit fttous les habitants, varlets de boutiques, clercs du Palais et du Châtelet, pages et laquais et à tous gens de métiers, de porter basions, espées, pistolets, courtes dûgues, poignards, à peine de punitions corporelles, les désordres allèrent croissant.
La Cour rendit encore, le 7 mars 1554, contre les clercs de procureurs, palefreniers, laquais et autres serviteurs, un arrêt qui leur défendit de s'attrouper, de porter des armes, sous peine de la hart, et ordonna au bailli de faire planter deux potences dans la cour du Palais, où les contrevenants seraient pendus sans figure de procès.
Les attroupements et les séditions d'écoliers se manifestèrent encore en 1555; des plaintes furent portées au Pariemcnt ; les moines de l'abbaye de Saint-Germain se plaignaient que les attroupements étaient tolérés par les juges. En 1557, les prétentions des écoliers et les moyens qu'ils employèrent prirent un caractère plus sérieux. Le 12 mai, ils affichèrent des placards invitant aux attroupements; ils se rendirent en armes au Préaux Clercs, mirent le feu à trois maisons voisines du pn"; et tuèrent un sergent qui se pW'senlait pour les contenir. Enfm, le 26 mai, arriva au Parlement une lettre du Roi , datée de Villers-Colteret. leltif menaçante, dans
laquelle Ilfiiii II uiiiioiiçait qu'il fuisiiit avancer des ti-uupos , dix enseignes de gens de pied et deux cents hommes d'armes poui' soumetire les clercs et leurs complices; il Était enjoint au Parlement de faire publier, dans les carrefours de Paris, que défense était faite aux clercs , écoliers, régents et martinets (1), de quelque nation qu'ils fussent, de se rendre au Pi'é aux Clercs , « lequel « pré, portent ces lettres, de notre plmc puissance nous « avons pris et mis, prenons et mettons en notre main, « pour, après, en faire et disposer ainsi que bon nous •t semblera. »
Bientôt après, le Roi Ht clore de murailles le Pré aux Clercs, et, les 31 mai et 12 juin, il fit mettre en libcrtÈ les écoliers prisonniers. Il est probi^leque, plus tard, Henri II rendit aux clercs de la Bazoehe et à l'Université cette propriété qui avait été, pendant plusieurs siècles, une cause de discorde et de tumultes. Nous le répétons : nous n'avons trouvé nulle part des traces d'une donation faite par ce monarque à la suite de l'expédition de la Guyenne. Le Pré aux Clercs a été l'occasion, de la part de cette jeunesse brutale et indisciplinée, de mouvements séditieux si nombreux qu'il serait presque impossible de les mentionner tous , car ils ne cessèrent que sous Louis XIV.
La dignité de Itoi de la Bazochc fut révoquée pai' Henri III. Il parait que le monarque bazochien prenait trop au sérieux sa puissance, et qu'il avait coutume de se faire suivre par des gardes , comme un roi de France
UE LA BAZOCHE. .l7
se promenant dans sa bonne ville de Paris. A l'occasion des otrsëques d'un Roi de la Bazoche, le nombre des supp&ls ou sujets , convoqués à ses funérailles , s'ôlail élevé à près de dix mille hommes. Henri III s'Était ému de cette puissance ; il déclara qu'il ne devait y avoir qu'un roi en France ; il abolit cette royauté de convention, tout en conservant au chancelier les droits et prérogatives qui avaient été accordés au premier dignitaire de la Bazoche. Cette royauté avait duré près de trois siècles.
Nous avons dit que les artisans, suppôts du Roi de la Bazoche , étaient obligés de mettre les armoiries de ta société sur leurs enseignes. Ces armoiries consistaient en trois écritoires d'or , au champ d'a7.ur, et , au-dessus , comme signe de souveraineté, timbre, casque et morion , avec deux anges pour support.
Ces trois écritoires étaient un emblème pour cette avciilureuse jeunesse. C'est ce que donne à penser un couplet de la Ronde de la Bazoche, qui fut composée, h ce qu'il paraît, sous François I", vers l'époque de la bataille de Pavie. Voici ce couplet :
L'encrier, la plume et l'épco Etaient les armes de Pompée.
I,a Bazoche est son héritière;
Clic en est fière.
Soldat clerc , le bazochlcn Rsl bon vivant et bon chrélieii.
Vive la Bazoche!
Tout V
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!' (le la planinlion du mat a f'\ii de tniil
"iS LES CLBRCS
lemps ta fôtc par excellence des clercs de la Bazochc. Miraulmonl et l'aulcur des SUUiits ia comptent au nombre des plus chères prérogalives de la communauté. Elle s'csl perpÉtuée jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.
Nous avons vu que, à la suite de l'expôdition eu Guyenne, Henri II aurait concëdè à la Bazocho le droit de couper deux arbres dans les fortis royales pour servir fi cette cérémonie et à la plantation du mai. Ce droit avait été quelquefois contesté à la Bazoche, qui l'avait fait reconnaître judiciairement. L'historien anonyme nous a conservé deux arrêts de la Chambre des Eaux et Forêts , qui sont une reconnaissance formelle de ce droit. Le premier de ces arrêts est du 34 mai 1C3I ; il donne acte au trésorier et receveurs généraux de la Bazoche de ce qu'ils ont pris fait et cause pour un marchand chargé de faire couper et enlever dans les forêts de Livry et Bondy un arbre pour faire un mai pour la décoration du Palais ; il reçoit l'appel formé |)ar eux contre le lieutenant des maîtres particuliers des Eaux cl Forêts de la prévôté et vicomte de Paris, qui leur avait fait défense de couper, ni faire couper ledit arbre. Le même arrêt ordonne que , nonobstant les défenses faites par le lieutenant et substitut du procureur général du Hoi en ladite maîtrise , ledit arbre serait marqué et coupé; et fait encore défense auxdits lieutenant et substitut du procureur général du Roi en la maîtrise particulière de Paris, et à tous autres, d'y apporter aucun empêchement, ;"i peine do cinq cents livres d'amende et de tous déi>ens, dommages et inlérf-ts. Le second est du 13 mai 1634. il autorise le Irésoi-ier du Hovaume delà Bazoche à faire abnl-
1)1!: LA B.tZOCIIE. rill
ireelcnleverdeuxarisresdes fortls de Livi->»;lBondypoiir être employés au plant du mai en la manière accoutumée.
Les détails de ia cérémonie de la plantation du mai élaieut confiés aux soins des trésoriers de la société. Ils étaient autorisés à faire, au mois de mai , des marchés avec les trompettes , tambours et violons, sans oublier un gantier pour la fourniture des gants , et un mercier pour celle des livrées, qui étaient de couleur bleue et blanche.
Ils présentaient requête à Messieurs des Eaux et Forêts pour obtenir la livraison des deux arbres destinés au plant du mai, sur des lettres d'attache (i) qui leur étaient délivrées ensuite de la décision rendue par Messieurs des Eaux et Forêts. La Bazoche était prévenue du jour où l'on devait aller marquer le mai dans les forêts de Bondy ou de Livry. Ce jour était ordinairement le dimanche qui précédait le deniier samedi de mai. Avis en était donné à l'adrainislration des Petites Eaux et Forêts.
Le jour venu , le chancelier de la Bazoche , avec ses suppôts, se trouvait en la cour du Palais. Sur les sept heures du matin, le cortège se rendait dans la forêt, 0(1 , de leur côté, Messieurs des Eaux et Forêts se trouvaient pour assister à la marque ou désignation des deux arbi'cs destinés au plant. L'avocat général de la Bazoche prononçait , sur les lieux mômes , une harangue ; après quoi l'assemblée se retii-ait dans un lieu indiqué d'avance pour diner aux frais et dépens des trésoriers, de quoi ils requéraient acte à Cissue. A leur retour, le chancelier, les officiers et trésoriers rendaient visite à Messieurs les
liO LES CLEBCS
j)rùsidmils , procureur général et avocats généraux du Pailcmeul. Pendant trois jours consécutifs , il était doiiué des aubades dans la salle du Palais. Le vendredi suivant, depuis sopl heures du soir jusqu'il quatre heures du matin , dos sérénades et réveils étaient joués en l'honneur des dignitaires du Parlement, ainsi que de toutes les personnes désignées par le chancelier (1). Enfin , le samedi, sur les dix heures du matin, les fanfares recommençaient, les arbres étaient plantés, ornés des couleurs de la Baioche, de deux grandes armoiries et de vingt-quatre petites avec des Écussons portant les noms des dignitaires de la société.
Ces cérémonies étaient coûteuses, mais c'élaient les li-ésoriei-s et le Parlement qui en faisaient les frais. Ces frais se prélevaient sur les fonds dont ils disposaient {'2).
(Il U Cuiir, ipr« iMilr leu I* rrqiinlf > file pn^nCfc pir lo lr««rion
iMir ■ pn-iiili »l permît puifr «1 rrpmrr p»r rMlt vlll*, soll de nuii-i aa dr Jwr, iTini ■■mlmni ou loribn. poar ■»!!)(«■ lui mbidn qn'iU
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Dt LA BAZOL'Ht: 01
Comme on le voit, celte Kte durait haii jours ; elle était urdinairement accompagnée de danses et de jeux it la Saussaie, c'est-à-dire au Pré-aux-Clercs.
Boîleau , dans son Lutrin , parle du mai que l'on plaiitail de son temps dans la cour du Palais :
Quand li Discorde, encoi* toute noii'c de trimas, Sortant des Cordelicrs pour alltr aux HInimrs, Avec cet «ir hideux qui fut rrémir I a Paix , S'arrêta près d'un arbre, auprès de son palais.
Ce dernier vers avait, lors de l'impression, remplacée celui-ci, que Boileau supprima :
S'arrêta près du mai dans la cour du Palais,
Voici comment on procédait à cette cérémonie au milieu du siècle dernier :
Le ! juillet de l'année I74S, la communauté des clercs des procureurs du Parlement de Paris, connue sous le nom de la Baioclir, fil donner, dès te matin, par ses lymballes, trompettes, hautbois et bassons , à ses officiers , les aubades ordinaires qu'elle leur fait donner, tous les ans, en leurs demeures particulières, pourirs rassembler et les avertir de se rendre en corps au Palais, où ils vinrent ensuite faire donner de pareilles aubadi's au Parlemeiil, à la Cour des Aydes et aux requêtes de l'hôtel , comme ils oui coutume de les donner Ions les ans, à peu près dans ce mcme tems, lorsqu'ils se disposent a partir pour aller faire couper dans la forêt de Bondy le May, qu'ils font élever devant le grand perron de la cour du Pelai*.
Us se promcnèrcnl dans la ville, suivant lenr usage , peudaiil -plusieurs jourt, tous h cheval, marchant deux ù dcui. an nombre
Vr) LKS CLEIIfS
ili^ vingt-ciiui (I) uu Irriitc , avri^ uii l'imilarl ■ li>urs (rmcs, IVpuÎA quriqucs annres, ils ont l'attcntiDn d'avoir tous pour cette ravalcaiip dc« iiabils rougfs uDifoniiPs tvrc des cocardes blanches. re qui donne ■ leur troupe un air gueri'ior.
Ils paiiirenl de Paris, rn cet équipage, le dimanehe six, de grailil malin, avec leurs tymbsllrs et Ironippllrs, pour aller dans la rorèl de Bondy faire marquer l'arbre destiné ù servir de May ; ils en l'cvinrent le même jour au soir, et le Hay tut élcvc devant le grand perron de la cour du Palais , le mercrcdy suivant , neuf, avec 1rs fanfares accoutumées (2).
Aprf-s les fondions de chancelier, il n'en était pas de plus importante que celles des trtisoriers; elles étaient mulliplcs.
Ils devaient convoquer le Conseil, les mercredis et sîimedis , pour donner les audiences qu'ils faisaient crier dans li>s licuK accoutumés par l'huissier buvetier de la Bazoche, à qui ils payaient des gages.
Ils percevaient les revenus du Royaume, tels que : droits de bienvenue et entrée des clercs au Palais, ainsi que les amendes accordées par le Parlement, la Cour des Aides et autres. Après la Saint-Martin d'hiver, ils donnaient le sujet de la cause solennelle qui se plaidait â la rentrée ou au carnaval, et faisaient les frais de sa première répéiiiion.
Us assistaient à toutes les audiences en habit décent, sous peine d'amende ; ils soldaient les gaffes des employés ft l'époque du carnaval.
DE LA UAZUCIiE. (ht
lU mcsinc temps Je (tin les dcvoire (t) et naircs aux chliiceliers cl officiers, à messieurs les premier et second présidents de l> Ci'snd'Chunbre , messieurs les Procureur gÉDénl et advDCats généraux et autres, en la manière accoutumée , et donner ks gands et livrées ù messieurs les chanceliers et officiers de la Batocbe, et les armoiries ensemble , une armoiric qui sert le jour du carnaval en l'audience ; comme aussi swl tenus de bailler gands, livrées et arraoilies aux oBiciers artisans du dit Hoyaume.
Les fonctions de trésorier étaient excessivcmenl onéreuses, et il arrivai! souvent que les élus dÈclinaient riioiineur qui leur était décerné par leurs collègues ; mais, comme ces fonctions étaient obligatoires, et que personne ne pouvait refuser de les remplir, il en étail résulté, vers le milieu du dix-septième siècle, des excès tels que le Parlement avait èlé obligé d'intervenir.
Voici en quels termes Gastier raconte les feits de violence exercés contre quelques trésoriers :
IUi« d'autant que , pour l'adminiitration de cette justice dans la nomination des officiers et dans les foiictions de leurs charges, d se commet plusieurs abus , violences et grandes despenses , les Iréseriers n'en estant pas quittes l'année de leur exercice pour six eenla livres chascun , le Parlement a voulu y pourvoir dcpub peu, comme il se voit par la lecture de l'arrêt qui suit et qui est à présent estroitement observé.
Sur ce qui a esté remonstre à la Cour par le procureur général du Roy (|ue les désordres qui se sont introduits depuis quelipies
lïi LES CLERCS
aniiccs par les clercs du Palais, officiers de la Bazochc, à l'clrction des trésoriers, sont montes ■ tels ciecs de riolcacc que de contraindre par voies de l'ait et emprisonnemeDt les particuliers d'accepter les dites charges de trésorier que chascun refuse k cause de la despense excessive cti laquelle on les engage par multiplicité de festins et beuvetles et autres despenses inutiles qui ne servent qu'à fomenter leurs débauches et les détourner du service qu'ils doivent à leurs maitrcs , et retarder ie» affaires de plusieurs particuliers qui séjournent en celt« ville de Paris à grands frais. Or, pour empêcher i l'avenir la continuation de ces désordres , il serait nécessaire de lîxer les frais qui sont & faire. La Cour a ordonné et ordonne qu'è l'égard du festin qui se doit faire , et qui a accoustunié d'élre fait pour la répétition de la cause solennelle, il n'y assistera que le chancelier, le vice-chancelier, le doyen des maîtres des requêtes, les officiers du parquet, lesi quatre avocats chargés de la dite cause, sans qu'autres personnes puissent y être appelées ; que la cotisation sera modérée et ne pourra excéder la somme de quarante livres tournois ; qu'au voyage en la forêt de Bondy pour choisir et faire marquer le ma]', icchiy foire arriver et planter, autres n'y pourront assister qu'officiers de la Baiorhe , et l«us les frais de I* marque , couppe, charroy et plan du dit may, trompcllrs , tambours, aubades, gants, livrées et festins avant et depuis la marque du dit mB> réduits et modérés ù la somme de cinq cents livres tournois.
Quant aux collations de la reddition des comptes, n'y pourront assister les ofliciers de la Bazoehe en phis grand nombre qu'à la répétition de la cause solennelle , les frais des collations modérés à la somme de soiiantc livres seulement. Tout ce que dessus outre et par-dessus les trois amendes qui sont aceordées aun diU trésoriers, deux de ta Cour et une de la Cour des Aydes, ensemble les droits de bienvenue et bec-jaunes; fait défense aux ofliciers de la Bazoehe d'user d'aucunes contraintes, ny décerner aucuns décrets de prise de corps eonlrc les eleres, nv le» faire emprison-
cr.
ucr |iiir fratc d'accepter la «barge de trésorier ; cDimue aussi de preodre luciins «ujcU de la cause solennelle qui puisse causer seandalr, d'user en ieellc de paroles deshonnêtes, eteiijoinet d'en user avec la modestie et l'honneur convenable i leur profession et su lieu où se rend la justice. Sera le présent règlement publie ■ l'audience de laBazoche. Fait en Parlement , le 2R Tévrier t6M.
Chaque année , avons-nous dit , le Roi de la Bazoche disait feire à ses suppôts une montre générale. La Bazoche se divisait en compagnies de cent hommes, et chaque membre était obligé d'adopter le costume qui lui était imposé par le capitaine de bande.
Et quand il faïsoit sa montre (le Roi de la Baioebe), qui esloit une fois l'année , il j avait loujours six ou huit mil hommes de toutes bandes , et faisoit mander ses sujets , et particulièrement les clercs du Chastelet de s'y trouver ; ce qui éloit ponctuellement exécuté, et y alloit grande amende contre ceux ijui y manquoient.
Or, il arriva que vers 1528 les sieurs Rolland Chauvreux et Jacques Daluys, clercs du Palais, furent nommés, le premier, capitaine, et le second, lieutenant de bande. Rolland Chauvreux se conforma & l'usage ; il fit peindre sur parchemin un portrait, ou image, indiquant de quelle manière sa compagnie devait être accoutrée et habillée. I) avait adopté un costume de femme. Sa bande s'appelait la bande des femmes. Un sieur Colas Ami, clerc de la Bazoche, s'enrôla sous la bannière de Rolland Chauvrcux, et apposa sa signature d'adhésion au bas du portrait que Chauvrcux avait fait exécuter. Cette adhésion entraînait pour lui l'obligation de se trouver à la montre
dans l'accoulrement prescrit, & peine d'une amende de dix écus au soleil. Colas Ami ne se rendît pas & la montre ; et , ajourne par-devant le Roi de la Bazochc , il fui condamne au paiement de l'amende de dix écus. L'arrCt, levé en forme , fui signifié avec commandement de payer le montant des condamnations. Colas Ami refusa, et, comme les arrêts du Hoî de la Bazoche étaient exécutoires nonobslanl oppositions ou appellations quelconques, un huissier saisit te manteau de Colas Ami et le donna en garde à un nommé Jean Boisson , lequel promit rendre et représenter le manteau toutes et quantes fois il serait ordonné par le Roi de la Bazoche. Le malheureux clerc fit citer pardevant l'OfBcial de Paris le capitaine et le lieutenant, mais ces derniers, gardiens jaloux des prérogatives de leur compagnie, en appelèrent au Parlement comme d'abus. L'avocat de Thou (I) plaidait pour les appelants^ Poyet (2) plaidait pour le Roi de la Bazoche, qui intervenait; Berryer représentait la communauté de la Bazoche ; enfin Favier plaida pour Colas Ami. Après avoir demandé grâce. pour son client, petite! deticti veniâ, il commença par protester qu'il ne dirait aucmies choses dérogeant â la Majesté royale de très-illustre Roi de la Bazoche, attendu sa qualité, quia illi d^etur honor, et aussi, dit-il,
(<) c'Ntnotdoale ikucuiUn dcTboa iloiil II «llei qnettioo. U ptral «ne reUtio l>UT(<i, (Dl Domnit «uellla-, pnli prMdrat, mnnil en ISM; Il ^Ultrilwl dg Itmac^logiutf de TbBB , le cHèbn klilorini,
(1) PoTetCnlIIMnM, udn plugnnds iTonUdi birmB de r«i>, noamé Hueialniiieiit iinMI s^irfm , pr^ldent k morUer et cbineeller de Frtacf. Iccuif decoDcnulon et d'IliDi it pouvoir, Il lot «ii|irlH>DDr , rsndimné ii
DE La BAZOCHE. 67
parce qa'il y a en ta Cour de céans infini nombre de nobles personnages qui sont venus de la Bazocke et de ses supposts. Arrivant aux faits de ia cause, l'avocat explique pour son client que, tout demiërement , il avait ëlé appelé pour aller à la montre et faire partie de la bande des femmes qui marchait à pied ; qu'étant malade il n'avait pu remplir ses obligations ; que , néanmoins , il avut été condamné par le Roi de la Bazoche et son chancelier à exécuter son engagement; que, sur cette condamnation , il avait présenté requête afin d'être tenu pour excusé ; que la Cour avait ordonné que deux chirurgiens se présenteraient auprès du malade et feraient leur rapport. Deux maîtres des requêtes s'éumt présentés, ils trouvèrent l'intimé en la maison de sa mère , en une chambre haute , la tète coiffée d'un bonnet de noit, un bâton à la main, et enveloppé d'une robe de nuit fourrée. Nonobstant leur rapport, le Roi delà Bazoche avait ordonné que l'intimé irait à la montre malgré ses excuses ; que , sur son refus , on lui avait 6lé sa robe de dessus ses épaules, et que, devant de pareils excès , il avait cru devoir se retirer par-devant l'Offlcial de Paris.
Horin , promoteur, dit qu'il désavoue la citation Mte â sa requête & l'invitation de l'intimé. La Cour, après la réplique des avocats :
Attendu le désidveu fut p«r l'OlBcial de Puis (IJ et promo-
(I) [/OBclil 4IUt l> chef d'nuCoDT ouJiuUct gccIMutlqu. Il dïTilKtre Fran{>ii, gniat et coutilnt cd ordre de prêtrffe; c'iU]Iiui« Krtcd* rloaln lUwftiln. toD lltntintnt ■'appelilt l«tke-«<nnt.
It ^«iDDUiir Util un miflitnl tlUtbi t su Cour MclWtiUqae; U T«ftténlt d'o01«, uranifl le procnreor dn Bol dua In Coan liliinff. H ^Ult
«R LES CLEHCS
leur, a permis cl permet audil inthimé de se désister de la poursuiUe qu'il avoil faite Hllencontrc desdils Chauvreux et Dtiuys , appelant , et dit qu'il a esté mal octroyé et exécute par Icsdils Onicial et promoteur, et bien appelle par les appellans et sans despens el pour cause, et a renvoyé et renvoyé la Cour la eausr et matière panlcvanl le Roy de la Bazoche et son conseil à huiclaine, pour en ordonner, ainsi qu'il verra , boD estre à faire' pour raison, et ordonne la Cour que ledit Roy de la Baioche traittera amiablement ses sujets , et sur ee que Ami l'inthimê ■ requis la délivrance de sa robe, la Cour ordonne qu'il baillent sa requcsic au Roi de la Bazoehc. Faîl en Parlement , le quatonième jour de juillet mil cinq cens vingt-huiet. Signé Guyet.
Un des piivilèges les plus extraordinaires concédÉ par Philippe-le-Bcl au Koi de la Bazoche aiu'ait èlè ccltiî de battre une monnaie qui avait cours entre les clercs cl les marchands , de grâ <t gré. Miraulmont mentionne ce fait , mais il le donne sous la forme dubitative.
L'on diet qu'autrefois le Roy de la Baioche avait m monoie parlieulière , laquelle s'exposoit entre et panni ses supposts , et non ailleurs , sinon volontairement, et de gré h gré, qui estoit une marque vrtyiaent royalle et souveraine ; et estoit icelle monoie appelles monoie de Bazoche , ainsi que Plaute , In {nmulo , faict mention dt aura vel argento comico , que les joueurs comédiens de ce temps-li exposaient, ou celuy qu'on leur bailloit pour leurs jeux et comédies.
On peut admettre l'opinion de Miraulmoni sur l'assimilation qu'il fait de la monnaie bazochiale avec celle dont se servaient les comédiens de Rome; l'histoire du moyen âge l'autorise jusqu'à un certain point. I^es papes des Fous et les archevêques des Innocents , élus par les gons d'é-
DE LA DAZOCHE. (i!l
glibc et par le peuple, readaienl des ordonnances et des arrêts qu'ils scellaient de leur scel épiscopal ; ils frappaient une monnaie & leur avènement. Celte monnaie , en plomb ou en cuivre, portait leur nom et leur devise. Elle servait aux suppdts, dans les processions ou manifestations publiques, comme jeton de présence ou comme signe distinclif. C'était, en quelque sorte, des sigillaires semblables & celles que les Romains s'envoyaient en présent aux Saturnales.
Ces monnaies , qui datent, pour la plupart, des quinzième et seizième siècles, n'ont point échappé & l'attention des numismates et des savants les plus graves. Ils ont noté jusqu'à la variété de leurs types et de leurs légendes.
On a supposé aussi que ces monnaies servaient aux jeux de hasard auxquels les suppôts se livraient dans les églises, jusque sur l'autel, pendant les jours de fête.
La monnaie de la Bazoche n'était peut-^lre pas autre chose qu'une espèce de jeton , ou jetoir, qui se portail comme marque distinclive dans les montres et jeux et représentations théâtrales auxquels celte société se livrait fréquenunent. Les corporations de métiers avaient ellesmêmes des méreaux, ou jetons de présence, qui se distribuaient dans leurs réunions.
Faut-il adopter dans son entier l'opinion de Miraulmont? La monnaie de la Bazoche élail-elle véritablement une monnaie dans toute l'acception du mol , ou n'êtaitelle qu'une marque distinclive, une sorte de médaille commune aux affiliés d'une même société?
En quoi consistait cette monnaie? Quelle était son etlifiie? S'il feul en croire le proverbe , elle n'avait pas une
grande valeur intrinsèque. On disait autrefois : payer en monnaie de Bazoche ; ce qui , dans te peuple , revenait à ceci : payer en paroles, donner en pùement une chose sans valeur. On le comprend, du reste : les finances de ce royaume n'étaient pas probablement le cfitë brillant de l'institution. Les clercs et les écoliers n'ont jamais été capitalistes. Acceptons pour trës-plausible l'opinion des savants sur ce point délicat; elle concorde d'une manière remarquable avec celle de Miraulmont (1).
(()T<i]r l'DnTnge do docUmr UgoUat, d'imleiu. Monala Ikwuiiki dm Értfa, ia ItaeeenU, da Fimâ et it tiKlfwi amm aaociatbmi ibif»-
DR LA BAZOCItE.