‹ Études iconographiques et archéologiques sur le moyen ageChapitre 13 sur 27 · NERA MORTIS · texte numérisé non relu

NERA MORTIS

STERNITVR ELATVS STAT MITIS AD ASTRA

[LEVATVS

L'église Saînt-Savin de Plaisance possédait un ouvrage analogue, exécuté en 903 par ordre de l'évêque Everardus. Le labyrinthe et le Minotaure y occupaient également la place principale, et une inscription assez étendue exposait aux fidèles la moralité de cette représentation :

HVNC MVNDVM TIPICE LABERINTHVS DENOTAT I8TE InTRANTI LARGVS, REDETNTI set [StC) NIMIS ARTUS

Sic kvndo captts viciorym mole gravatvs

VlX valet AD VITI£ DOCTRINAM QVISQVE REDIRE*.

* Cette scène, assez rare dans les monuments des premiers siècles, pourrait bien se rattacher à la Psycbomacbia de Prudence, vers 291 et suiv.

' Campi, DelV historia ecclesiastica di Piacsn^a; Fiai-

Je serais disposé à voir aussi le Combat de Thésée et du Minotaure dans la mosaïque du dôme de Crémone *. Le monstre à tête de taureau et à corps d'homme que Ton y remarque n'est évidemment pas un «centaurus », comme le dit l'inscription, car il n'a rien qui le rapproche du cheval. Le moyen âge, comme on sait, n'y regardait pas de si prés, et il est probable qu'on aura confondu Minotaure avec Centaure, comme on confondait, même à l'époque de la Renaissance, Centaure avec Satyre (M. Aus'm Weerth, p. 19,

sance, 1651, p. 241. — . D'autres labyrinthes^ celpi de S. Vital de Ravenne (en opus alexandrinum, et non en opus tesselîatum, comme le prétend Fabri dans sa Ravenna ricercata; Bologne, 1678^ p. 60), celui de S. Maria in Transtevere, de Rome, détruit il y- a peu d'années, et celui d'Orléansville, sont gravés dans les Annales archéologiques, t. XXVII et XX VIII (p. 199). — Les églises mérovingiennes et carlovingiennes de la France paraissent: avoir également eu des labyrinthes en mosaïque, dont ceux du xiii* siècle ne sont que des imitations (de Caumont, Abécédaire, archit, relig., édit. de 1870, p. 510).

l Décrite et gravée dans ItsDocumenti storici e Utterarj di Cremona, de M. Robolotti (Crémone, 1857, in-fol. pi. II), et d'une manière plus complète dans Touvrage de M. Aus'm Weerth, pi. VI,

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croit que le « centauras » est un gladiateur). Ce qui faisait accepter ce sujet par les artistes du Bas-Empire, c'était la signification morale qu'ils lui attribuaient * ; ils le considéraient comme propre à l'enseignement des fidèles. On peut encore, à la rigueur, attacher un sens analogue au pavement du Pantocrator de Constantinople (xii* siècle), dans lequel Salzenberg a cru reconnaître les Travaux d'Hercule^. Mais il est d'autres scènes qui sont, elles aussi, tirées de la Fable et dans lesquelles il est impossible de découvrir des intentions de ce genre. Tel est VEnUvement d'Hélène, représenté dans le dôme de Pesaro et accompagné d'une inscription que M. R. Engelmann a restituée comme suit :

PARIS REX TROJE MENELAVM PRIVAT ELENA P(er)Q(uani Troja périt Grae) CIA LETA REDIT»

* Plus tard, le labyrinthe perd son sens primitif et devient l'emblème de Jérusalem. Voir Bourassé, Dict. d'arcb, sacrée, et Amé^ Carrelages èmaiUês,

2 Altchrisiliche Baùdenkmale von Cùnstantinopel, p. 36.

> Carducci, Sul gran musaico, p. 37, — Engelmann, loc. cit.

Peut-être est-il permis de rapprocher des compositions précédentes les allégories des Vertus et des Vices qui figurent dans un si grand nombre de pavements, tandis qu'elles paraissent exclues de la décoration des murs.

En première ligne vient la scène curieuse représentée dans la mosaïque de Crémone.

Quatre femmes, la Cruauté, l'Impitié, la Discorde et la Foi, s'y livrent un combat acharné*.

Le lithostrote trouvé en 1854 dans une cour attenant à la cathédrale de Pavie, et publié par Mozzoni *, nous montre une scène plus bizarre encore. La Discorde succombe sous les coups de deux personnages dont l'un est attaqué à son tour par un loup qui lui mord la main, et l'autre par un corbeau

1 Le sujet est évidemment emprunté à la Psycbomacbia de Prudence, vers 709 et suiv.

... Discordia dicor Cognomento Heresis...

2 Tavole cronohgîcbe, vni* siècle. M. Brambilla vient de consacrer à ce monument une savante monographie : la Basilica di Santa Maria del Popolo in Pavia et il suo Musaico. Pavie, 1886; avec pi.

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qui lui mord le pied. De la Foi, « Fi(des) », il ne reste qu'un fragment; à en juger par son attitude, c'est elle qui a triomphé de la Discorde.

Dans l'église Sainte-Marie-Majeure de Verceil, la scène sur la signification de laquelle on a tant discuté et qui est accompagnée des mots « Fol » et « Fel », parait, d'après les dernières recherches * , représenter le duel entre la Folie et la Félonie*. D'autres inscriptions nous ont conservé le souvenir de la a Furibundia », de la « Mendacitas », etc.

Vers le xii« et le xiii« siècle, les personnifications des Vertus, des Arts, etc., abondent

* Aus*m Wcerlh, Der Mosaikboden in S. Gereon ^u Cœln,.. nebst den damit verwandten Mosaikboden Italiens; Bonn, 1873, in-fol., p. 16. Dans un article des JahrMcher des Vereins der Altertbumsfreunde im Rbeinlande, 187$, p. 258 et suiv. M. Aus*m Weerth a rectifié et complété quelques parties de son volume. — Voir également le compte rendu de cet ouvrage parM.R.Engelmann, dans les Grenihoten, 1874, ler semestre, t. II, p. 161-168.

» Ranza, Délie antichità délia chiesa maggiore di Santa Maria di Vercelli, disserta^ione sopra il mosaico d'una Monomacbia. Milan, 1785.

dans les pavements soit de l'Italie, soit des pays situés de ce côté-ci des Alpes. Dans l'église Saint-Benoît de Polirone, prés de Mantoue, le sol est orné des figures de la « Fortitudo », de la « Temperantia », de la « Prudentia » et de la « Justicia » ; elles sont en compagnie de ces animaux fabuleux que décrivent les Bestiaires et que nous rencontrons en si grand nombre dans les sculptures des cathédrales romanes. D'après une inscription, malheureusement incomplète, cette mosaïque paraît appartenir à l'année 1152 *.

Citons encore un firagment conservé au séminaire d'Ivrée et orné de cinq figures personnifiant cinq des Arts libéraux. Ce firagment paraît aussi appartenir au xii« siècle*.

En France, nous trouvons la « Gram- (matica) », la « Dialectica », la a Rethorica », la a Pruden (tia) », la « Jus (titia) », dans la mosaïque de Saint-Irénée de Lyon,

* D'Arco, Arti ed arUfeci di Mantova; Mantoue, 1857, ^' ^f ?' ^4"' S ^^ pl' ï> Aus'm Weerth, pi. V.

* Annales archéologiques, t. XV^ p. 227.

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à laquelle Artaud *■ assigne le même âge qu'aux deux mosaïques précédentes (xii« siècle). A Saint-Remi de Reims on voyait les Sept Arts libéraux, les Quatre Vertus cardinales, ainsi que la Sagesse terrassant l'Ignorance et la Paresse. Dans le pavement de Hildesheim, enfin (1122), que nous ne citons qu'à titre exceptionnel, car c'était plutôt une sorte de « sgraffito » qu'une mosaïque, on avait figuré quatorze Vertus, la Vie et la Mort*.

A un certain moment, vers la même époque, l'élément historique vient s'associer aux représentations inspirées par la mythologie ou Tallégorie. Des personnages et des événements réels, ou même des scènes tirées des romans du cycle carlovingien et de la Table ronde, envahissent le sol des sanctuaires (Saint-Jean l'Évangéliste, à Ravenne, etc.).

* Histoire abrégée de la Peinture en mosaïque ; p. 75 et pi. XIV.

* Voir Piper, Mythologie der christ, Kunst, t. II, p. 700, et Aus*m Weerth, p. 11 (esquisse). Ce monument a été détruit en i8$o.

Tantôt ce sont les portraits de guerriers armés de pied en cap, comme à Saint-Laurent-hors-les-Murs et à Sainte-Marie-Majeure de Rome*, tantôt des portraits d'évêques ou d'abbés, ou desimpies armoiries. La mosaïque d'Ainay* nous montre un sujet plus compliqué : la dédicace de Téglise par le pape Pascal II (1099-1118).

Les deux pavements les plus curieux sous ce rapport sont ceux des cathédrales d'Otrante et de Brindes, exécutés l'un et l'autre, selon toute vraisemblance, par le prêtre Pantaléon, le premier entre les années 1163 et 1166, le second en 1178^. A Otrante, on

1 Gravés dans Ciampini^ Vetera Monimenta, t. I, pi. XXXI.

2 Artaud, pi. XIV Us.

s Millin a signalé ces deux ouvrages si remarquables,

et si peu connus, dans son Magasin encyclopédique ,

1814, t. II. Il les décrit comme suit (p. 51 et 52) :

«r Brindes. Parmi les monuments singuliers dont j'ai le

dessin, je citerai la mosaïque où on voit Roland et

Tarcheveque Turpin, auprès de Gain, de Noé et d'autres

personnages de l'Ancien Testament. — Otrante. Je n'y

ai trouvé, d'ailleurs, que quelques inscriptions et une

mosaïque dans laquelle Alexandre et le roi Arthur sont

en aussi bonne compagnie que Roland à Brindisi. »

voit Alexandre le Grand (Alexander Rex) monté sur un char traîné par des griffons * , le roi Arthur (Rex Arturus), Ascagne (Ascanius) et autres héros des romans de chevalerie. Dans la cathédrale de Brindes, qui était gouvernée à cette époque par un archevêque d'origine française, du nom de Guillaume, l'artiste a pris pour thème la chanson de Roland. (Voir ci-après le chapitre consacré à la légende de Charlemagne).

Une part considérable revient dans les monuments que nous étudions ici aux représentations du cycle cosmique. C'était là, on le

Après d'assez longues recherches, j'ai fini par découvrir les dessins auxquels Millin fait allusion ; ils se trouvent au Cabinet des estampes (G. b. 63) et reproduisent plusieurs fragments des deux mosaïques. Dans les dernières années, Touvrage de Schulz (Denkmœler der Kunst des Mittelalters in Unter-Italien ; Dresde, 1860, t. I, p. 262 et 302, atlas pi. XLV) est venu nous donner de ces mosaïques une description fort détaillée^ à laquelle je renvoie le lecteur.

* Voir sur ce motif, fréquemment représenté au moyen âge, la savante dissertation de M. J. Durand, intitulée : la Légende d'Alexandre le Grand : Annales archéologiques, t. XXV, p. 141 et suiv.

sait, une sorte de terrain neutre sur lequel païens et chrétiens se rencontraient sans hostilité et qui se prêtait à mei veille aux tentatives de conciliation. Il est à peine nécessaire de rappeler à ce sujet les Saisons peintes dans les catacombes, le Firmament sculpté sur les sarcophages, les personnifications des fleuves, etc. *.

Les signes du zodiaque et les travaux correspondant à chaque mois, tels sont les motifs pour lesquels les mosaïstes ont la prédilection la plus marquée. Quelquefois, comme dans les miniatures du calendrier philocalien de 354, qui ne nous est plus connu que par la copie de Peiresc conservée à la Barberine', on les représente isolément ; d'autres fois, ils se rattachent à une cosmogonie plus ou moins

* Voir le Dictionnaire de Tabbé Martîgny aux mots Ciel et Saisons, et la Mythologie der cbristlichen Kunst, de M. Piper, t. II, p. 59 et suiv. M. Héron de Villefosse a consacré une étude très complète aux mosaïques antiques représentant les Saisons, dans la Gai^ette ar^ cbéohgique de 1879.

• Voy. KondakofF, Histoire dt l'art byzantin ; t. I, Paris, Rouam, 1886, p. 65 et suiv.

jS ÉTUDES ICOKOCSAPHIQITES

compliquée. Dans U cathédrale d'Aoste, les figures des Mois sont groupées autour de celle de l'Année qui tient d'une main le soleil, de l'autre la lune', A Saint- Michel-Majeur, de Pavie, l'Année est assise sur un trône encadré par une arcade; elle a une couroane sur la tête, le sceptre dans une main, le globe dans l'autre. A ses cfttés, sous d'autres 3r~ cades, on voit le mois de Mai (Madius) personnifié par UD homme tenant une fauls, et le mois d'Avril personnifié par un homme tenant des fleurs. Du reste de la composition il ne subsiste qu'un fragment : le mois de Mars soufflant dans des cornes pour réveiller le Printemps '. Dans la crypte de l'église Saint-Savin, de Plaisance, les médaillons dans lesquels se trouvent le signe du zodiaque et la figure de chaque mois se détachent sur un fond qui représente la mer peuplée de poissons et de sirènes'. Des savants d'outre-Rhin

' Antuilesiircbieloeiqiui,>niciede'ti.Aa'ben,t, XVllI, p. 265 (et )89), et Aits'm W«rch, pi. IX.

' Aus'ra Wecrth, pi. IV.

' DïUï drudits, l'un Italien, l'autre Allemind, se

se sont donné beaucoup de peine pour restituer les inscriptions métriques qui les accompagnent et je croirais manquer de justice en ne signalant pas leur zèle et les résultats si honorables auxquels ils sont arrivés. Mais que de fatigues ne se seraient-ils pas épargnées en copiant tout simplement ces inscriptions dans Ausone, auquel elles sont empruntées mot pour mot, comme M. Odorici l'a fait remarquer il y a de longues années déjà* ! Voici les vers du poète; ils sont tirés de son Eclogarium :

Principium Jani sancît tropicus Capricornus.

Mense Numae in medio solidi stat sidus Aquari. Procedunt duplices in Martia tempora Pisces.

sont, dans les derniers temps, chacun attribué la découverte de cette mosaïque, qui a été décrite il y a deux siècles déjà par Campi {Historia eccles. di Piacen:^a, p. 241) et qui depuis n'a pas cessé d'être connue, comme le prouve la Nuovissima Guida délia città di Piacen:ia; 1842^ p. m. On en trouve une gravure dans l'ouvrage de M. Aus'm Weerth, pi. VIII.

* Dans les Tavole cronologiche critiche délia storia délia Cbiesa universale, de Mozzoni (Venise et Rome, 1856 et années suiv.) : r Intorno a ciascuna medaglia si leggono in parte et in parte si possono facilmente supplire i vcrsi corrispondenti di Ausonio. a

30 ÉTUDES ICONOGRAPHiaUES

Respids Apriles, Arics Phryxec, calendas.

Maius Agenorei miratur cornua Tauri.

Junîus sequatos cœlo videt ire Laconas.

Solstitio ardentis Cancri fert Julius astrum. Augustum mensem Léo:* ervidus igné perurit.

Sidère, Virgo, tuo Bacchum September opimat . £quat et October sementis tempore Libram.

Scorpion hibernus praeceps jubet ire November. Terminât Arcitenens medio sua signa Decembri.

C'est là, si je ne m'abuse, avec la statue de Laocoon et les mosaïques représentant le Combat de Darés et d'Entelle, Enée et Didon à la chasse, un des rares exemples où ua monument de l'art figuré peut être ramené à un passage déterminé d'un poète latin.

A San Prospero Maggiore de Reggio, les Saisons sont jointes aux signes du zodiaque*. Les mêmes signes et les scènes afférentes à chaque mois se rencontrent également dans

1 La mosaïque de cette église a été découverte en 1844 ^ u°^ profondeur de trois brasses. Le Bulletin de l'Institut de correspondance archéologique la décrit comme suit (1844^ p. 182; : « Un musaico rappresentante i segni del Zodiaco, le figure de* mesi e délie stagioni dell* anno, e lo stemma de' signori Taccoli^ due de' quali ivi nominati, cioè Achille ed Oliviero, mostrano che quel pavimento spetta al secolo xii. »

la mosaïque de la cathédrale d'Otrante, où ils reçoivent un développement considérable.

Une composition double, pour ne citer qu'un exemple, correspond à Février; en haut on voit le Verseau, représenté sous la forme d'un génie ailé, aux cheveux roux, tenant des deux mains une urne; en bas est figuré un homme tirant de l'eau d'un puits et faisant rôtir un porc * . Il est à peine nécessaire de rappeler ici les zodiaques du baptistère de Florence et de la basilique de S. Miniato, exécutés tous deux dans un genre d'incrustation particulier, une sorte de lavoro di cotnmesso.

En dehors de l'Italie les points de comparaison sont loin de nous faire défaut. Le zodiaque figurait dans le lithostrote de Saint- Remi de Reims, cette vaste composition où tant d'éléments divers avaient pris place ; il y était accompagné des quatre Saisons , dcg quatre points cardinaux, de la constellation de la Grande Ourse, etc., et dans le même ordre d'idées, de la Terre, de la Mer, de

1 Schulz, Denkmœlery t. I^ p. 262.

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r « orbis terrae ». Le zodiaque faisait également partie de la mosaïque de Saint-Bertin, à Saint-Omer, de celle de Toumus*, de celle de Saint-Géréon à Cologne ( xi« siècle ) , etc., etc. Dans le pavement de Hildesheîm on voyait les quatre Éléments. M. Beulé a vu, à Carthage, un pavement en mosaïque, qui représentait les douze Mois de Tannée, en costume byzantin , avec leur nom en lettres latines : les personnages étaient un peu plus petits que nature*. La belle mosaïque de Sour enfin, que M. Renan a rapportée de Phénicie et qui se trouve aujourd'hui au Louvre', contient les bustes des douze

• Annales archéologiques, t. XVII, p. 121. — Artaud (Hist, àbr, de la peinture en mosaïque, p. 71 et pi. XIII), a cra reconnaître les signes du zodiaque dans la mo> saïque de saint Irénée, à Lyon; mais il me semble, autant dn moins qu'il est possible d'en juger par sa gravure, qu'il fait erreur ; on y voit en effet un homme à cheval et des oiseaux, figures qui n*ont rien à faire avec les symboles des mois ; en outre, le lion est représenté deux fois.

• Fouilles à Carthage, Paris, 1861, p. 37.

3 Gravée dans les Annales archéologiques, t. XXIII, p. 278; t. XXIV, p. 5, 205, 209, 286, 288; et dans fa Mission de Phénicie^ pi. XLIX.

Mois , des quatre Saisons et des quatre Vents.

Ici encore il faut constater la différence qui existe entre les mosaïques destinées à rornementation du sol et celles des parois.

Dans ces dernières, du moins jusqu'au ix^ siècle inclusivement, on ne rencontre pas trace, en Italie, de représentations de ce genre, saut dans le monument de transition le plus remarquable dont le souvenir soit parvenu jusqu'à nous, la coupole de Sainte- Constance, sur la Via Nomentana, près de Rome * . Les scènes illustratives des mois figuraient dans une peinture du xi® (?) siècle à l'église S. Maria Aventina de Rome, décrite par J. Grimaldi '.

On sait quel rôle important les motifs empruntés au règne animal, à l'histoire naturelle, ont joué chez les anciens dans la classe de monuments qui nous occupe. Il suffit,

* Voir la Revue archéologique, 1875, t. II, p. 224, et 1878, t. I.

2 Voy. mes Ricerche intorno ai Lavori arcbeologici di GiaComo Grimaldi; Florence, 1881, p. 41-42.

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pour s'en convaincre, de jeter un coup d'oeil sur les mosaïques du Vatican et du musée de Naples. Bien souvent l'intérêt scientifique l'emportait sur la recherche du style. On s'attachait à peindre avec toute l'exactitude possible des espèces rares ou exotiques. Tels sont, par exemple, les hippopotames du grand lithostrote de Palestrine et de celui du musée Kircher*.

La vogue de ces sujets dura longtemps encore après le triomphe du christianisme. Pendant l'époque de transition qui s'étend du quatrième au sixième siècle, les pavements ne sont souvent que des recueils de zoologie ou même de botanique. L'artiste y passe suc-

l Voir dans le Bulletin de l'Inst. de corr, arcb. (1866, p. 231) la notice consacrée à un autre ouvrage du même genre découvert à Santa Severa.

On trouve en outre la description d'un pavé-mosaïqne, qui oâFre de grandes analogies avec les précédents, dans le poème d'un auteur français de la nn du XI* siècle et du commencement du xii* siècle, Baudri, abbé de Bourgueil (publié par M. Léopold Delide dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 3* série, t. VIII, 1873, p. 189 et suiv.). Je ne serais pas éloigné de croire qu'un pavement antique véritable a servi de base à cette description si minutieuse.

cessîvement en revue les races domestiques, les fauves, les crustacés, les fruits et jusqu'aux fleurs les plus modestes.

Les scènes de chasse et les combats du cirque se rattachent à cette première catégorie, qui est représentée par des ouvrages superbes, notamment les mosaïques du dôme de Crémone, celles de Djemilah, de Carthage et de Sour. Plus tard, l'élément fantastique tend à prévaloir et le sol des églises n'a plus rien à envier sous ce rapport aux plus riches étoffes de r Orient. A un moment donné, l'attention des artistes et du public se tourne vers les qualités morales, la signification symbolique de certains monstres plus ou moins bizarres ; les pavements servent alors d'illustration au texte des Bestiaires. Il n y a pas jusqu'à la fable des animaux qui ne trouve ses interprètes dans la troupe docile des mosaïstes :

ils ont figuré, dans deux églises italiennes, l'Enterrement du Renard par les Poules. Un de ces spécimens existe encore dans la basilique de S. Maria et Donato de Murano; l'autre, qui était à Verceil, est décrit comme

suit par un auteur du xvii« siècle, Cusano * :

« si vede vaga processione di galline,

che a due a due fiineralmente accompagnano col portarsi la volpe fintamente morte, depositata in una barra ; precedendovi un gallo che porta la croce... e si l^gono in un ristretto tali parole : ad ridendum. »

Peut-être le catalogue suivant fera-t-il mieux comprendre encore l'importance et rétendue de l'élément zoolc^que. Il débute par les villes de l'Italie du nord, et nous fait successivement passer en revue les pavements de la Péninsule tout entière- Eglise Sainte-Marie-Majeure de Verceil :

lions, oiseaux. — Dôme de Novare* : poissons, chevaux marins, oiseaux. — Dôme de Casale : monstres divers, <r acefalus », « antipodes » (ffxtaitoSeç), scènes de chasse. — Cathédrale d'Acqui (fragment conservé au musée de Turin) : la composition, d'un ca-

* Discorsi bistoriali concementî la vita dei vescovi Ver* ctllesi; Verceil, 1676, p. 11 3, cité par M. Aus*m Weerth, p. 16.

8 Au8*m Weerth, pi. VII. — » Id., pi. X.

ractère fort énigmatique, nous montre un personnage tenant une corne d'abondance et des fleurs ; plus loin, on aperçoit un génie ailé, puis vient un archer qui décoche une flèche à un chameau dont le conducteur se retourne eflrayé; un dragon complète la scène*. — Pieve Terzagni : oiseaux, loup, animaux monstrueux, sirène, etc., chacun placé dans un compartiment isolé*. — Saint-Michel-Majeur, à Pavie : cheval ailé, dragon, chèvre montée sur un autre quadrupède, homme chevauchant sur un volatile'. — Saint Pierre in Ciel d'oro, à Pavie : monstres divers, saint Georges tuant le dragon*. — Dôme de Crémone : on y remarque deux portions distinctes : Tune, située sous le maître-autel*, renferme des chimères, un chien bitéphale,

1 Aus*m Weerth, p. 18-19, ^^ ^'^» ^^^^ SocUtà di Arcbeologia e belle arli per la provincia di Torino, 1878, t. II, p. 19 et suiv.

« Id., pi. VII.

» Aus*m Weerth, pi. IV.

* Brambilla, Pavimento a musaico scoperto nella hasilica di San Pietro in ciel d'oro di Pavia; Milan, 1886, avec planche.

» Aus'm Weerth, p. 19.

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des monstres de toute sorte ; dans l'autre ' , l'élément fantastique fait place à des figures réelles : des fauves, des éléphants, des poissons occupent chacun le centre d'un médaillon, comme dans les mosaïques deCarthage' et de Sour, où ces médaillons sont reliés les uns aux autres par des cercles plus petits. On dirait un vaste atlas d^histoire naturelle. — Eglise Saint-Benoît à Polirone : dragon, oiseaux et quadrupèdes à tête humaine, griffon s'avançant vers un homme qui s'apprête à le fi'apper d'une lance, etc. '. — Saint-Marc de Venise, SS. Maria e Donato à Murano, dôme de Torcello : paons, aigles, coqs, etc.

— Eglise Saint-Savin, à Plaisance : monstres marins, combats de gladiateurs, personnages divers, l'un monté sur un éléphant, l'autre donnant à manger à une licorne, etc» *. —

l Aus'm Wecrth, pi. VI.

« Gravée dans la Rrjue archéologique , 1850, t. VII, p. 260.

» D'Arco, Arti ed artefeci, pi. I, et Aus*m Weerth, pi. V.

* Aus'm Weerth, pi. VIII.

Eglise Saint-Jean-rÉvangéliste, à Ravenne :

le pavé-mosaïque, incrusté depuis le siècle dernier dans les murs d'une des chapelles de l'abside, nous montre, entre autres, une sirène, un cerf, un loup, un griffon, des poissons, un bœuf, une panthère, etc.*. — Cathédrale de Pesaro : poissons, oiseaux (paons, aigles), scarabées, quadrupèdes affrontés, lamis, sirène, griffon attaquant un sanglier', triton à côté duquel est tracé cet hexamètre :

Est homo non totus, médius sed piscis ab imo ;

licorne avec l'inscription : pulcra puella,,. tnulcet cor unicornu; centaure décochant une flèche à un cerf et à sa compagne :

No(n) homo no(n) pecus p(ro) p(arte videtur) uter

[que»;]

* La planche XII de l'ouvrage de M. Aus*m Weerth reproduit six des compartiments de cette mosaïque grossière, que l'on a attribuée, bien à tort, à l'époque de Galla Placidia.

* Comparer à un chapiteau de Saint-Ambroise de Milan, sur lequel est sculpté un gnfFon posé sur le dos d'une panthère. (Dartein, Architecture lombarde, pi. XXXIX. Cf., pi. XLIII, XLVII, LV et II.)

■•< D'après la restitution de M. Engelmann.

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