‹ Études iconographiques et archéologiques sur le moyen ageChapitre 14 sur 27 · ÉTUDES ICOKOGRAPHiaUES · texte numérisé non relu

ÉTUDES ICOKOGRAPHiaUES

tigre déchirant sa proie, etc., etc. Tantôt ces motifs sont traités comme des accessoires et dans une manière décorative; tantôt ils forment le sujet principal. — Pomposa : éléphant, animaux fabuleux, tels que cheval marin, basilic, etc. ' . — Eglise Saint-Laurenthors-les-Murs, prés de Rome : griffons et dragons*. — Cathédrale de Brindes : éléphants supportant des arbres qui délimitent et encadrent les différentes parties de la composition, capricornes, griffons, etc., etc. '. — Cathédrale d'Otrante : à côté d'animaux réels, de chevaux, de taureaux, de chiens, de cerfs, d'éléphants, de loups, de renards, d'ours, de serpents, se trouvent des griffons, des centaures, un quadrupède dont le front est armé de deux cornes droites et pointues

* Cette mosaïque a été exécutée en 1026 (MXXVI, VII M AU DEDICATA). Federici, Rerum pomposion tiarum historia monumentis illustrata, Rome. 1781^ p. 285, la décrit comme suit : * Pavimentum antiquum pulcherrimum, est tessellato, quod appellant musivum, opère elaboratum. » Voir aussi Muratori, 5cn/»/or«î, t. II, Ire partie, p. 297.

* Ciampini, loc. cit.

* Schulz, loc. cit.

et qui porte le nom de « gris », des dragons, quatre lions n'ayant qu'une tête, un sphinx tricéphale ; puis viennent des scènes bizarres et auxquelles il serait bien difficile de trouver un sens symbolique : enfants montés sur une autruche et sonnant de la trompette, ou bien à cheval sur un poisson ; homme porté par un lion, etc., etc.

On peut dire que l'imagination la plus déréglée a inspiré ces deux dernières mosaïques. La collection de monstres réunie par l'artiste dépasse en variété et en nombre tous les produits analogues des sculpteurs du moyen âge.

N'est-on pas tenté de s'écrier avec saint Bernard : a Quid facit illa ridicula monstruositas, mira quaedam deformis formositas et formosa deformitas ? Quid ibi immundae simiae, quid feri leones, quid monstruosi centauri, quid semi-homines, quid maculosse tigrides, quid milites pugnantes, quid venatores tubicinantes ? » N'est-on surtout pas tenté de croire que l'autorité, qui veillait avec un soin si jaloux sur les peintures ou incrustations des parois, abandonnait le sol aux caprices

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des artistes, et que les aspirations populaires pouvaient s'y traduire en toute liberté.

En dehors de l'Italie, ces sujets ne tiennent pas moins de place. En France, il faut surtout mentionner les poissons, oiseaux, scarabées, et la figure humaine à queue de poisson, de la mosaïque de Die*. Dans la mosaïque de Saint-Bertin, à Saint-Omer, nous apercevons un cerf attaqué par un dogue, des chimères, etc. * ; celle de Sordes, dans le département des Landes, nous montre des oiseaux, un chien poursuivant un lièvre, des monstres divers ' ; celle de Lescar, un combat de fauves, un loup (?) attaché à la queue d'un âne, etc., etc.*; celle de Moissac (exécutée en 1063), des griflfons*; celle de Saint- Denis : un lion, un basilic, un aigle, un coq,

' Artaud, p. 87, et pi. XXXIII.

* Wall et, Description... de Saint-Bertin.

3 Dessin conservé dans les Archives de la Commission des monuments historiques.

* Id. — Gravée dans la Revue archéologique, 1866^ t. XIII, p. 305.

» Annales archéologiques, t. XVII, p. 120, et Reloue archéologique, 1852, t. IX, p. 509.

Lï Mosaiqoe de Lescar.

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un monstre à tête de femme et à queue de dragon * .

En Afrique, les mosaïques de Djemilah et de Carthage nous offrent, dans un élégant encadrement (dont la disposition générale n'est pas sans présenter de certaines analogies) : la première, un choix d'espèces indigènes, depuis le porc, le mouton, le bélier, jusqu'au lion et l'autruche ; la seconde, des courses de chars, des scènes de chasse ou des groupes d'animaux fort variés : chasse au sanglier, à Tours, etc. ; lion dévorant une gazelle, chiens poursuivant un lièvre, etc., etc. On voit en outre dans cette dernière quelques figures de quadrupèdes isolées; par exemple, un porc-épic. Ajoutons que si les artistes de Djemilah se sont, avant tout, attachés à la symétrie et à la beauté de l'ordonnance, ceux de Carthage n'ont guère cherché que le mouvement et l'expression de la vie.

La mosaïque de Sour, comme M. J. Du-

* Willemin, Monuments français inédits. Paris, 1806, t. I, p. 44, Pl. LXVII, Cf. t. I, p. 59, pi. XXIU.

rand Ta judicieusement fait observer*, ressemble SOUS plus d'un rapport aux deux mosaïques que nous venons de décrire. Dans sa partie centrale, au milieu de rinceaux d'une rare élégance et d'un sentiment tout à fait antique, elle nous montre des enfants vaquant à diverses occupations, et une série d'animaux domestiques ou sauvages, dont les uns broutent tranquillement, tandis que les autres s'élancent sur leur proie. Toute la hiérarchie des carnassiers y est représentée, depuis le renard qui croque une poule, jusqu'au lion qui attaque un cerf. Huit compartiments placés plus loin contiennent chacun une scène analogue : chien, ours, panthère ou lion poursuivant, qui un lièvre, qui un cerf, qui un cheval ou un taureau. Une longue série de médaillons occupe les deux côtés ; ils sont disposés deux par deux et renferment chacun un animal au repos, faisant face à un animal de même espèce placé dans le médaillon adjacent. On y remarque des

i Annales archéologiques, t. XXIV, pp. 10 et 206.

éléphants, des panthères, des béliers, des brebis, des oies, des faisans, des coqs et des poules, des poissons et même des fruits.

Citons encore la mosaïque de la Casa Nuova de Jérusalem, dont on place l'exécution sous le régne de Justinien, et qui provient d'un édifice non destiné au culte. On y a figuré des volailles, des poissons et des crustacés * . La mosaïque de l'église Sainte- Croix, située prés de la même ville, nous montre de son côté un quadrupède, un coq, un poisson et une fleur*.

Si des compositions â figures nous passons aux ornements, la persistance de la tradition antique éclate, là encore, au grand jour. Les

* Gravée dans les Mittbeilungen des K. K. ast. Muséums, 1866, n» II, p. 166.

* Des fragments de cette mosaïque sont gravés dans l'ouvrage de M. Pierotti, Jérusalem expîored, pi. LXIII. Au Salon de 1875, on a pu voir, sous le n" 5356, un dessin représentant une mosaïaue de Jérusalem, avec l'inscription^ en arménien : Schonshanik, mère d*Artakan-hori. Cette mosaïque renferme en outre une petite croix, des poissons, une pintade, une brebis, un canard, des raisins, des fleurs.

méandres, par exemple, abondent dans les pavements du moyen âge, surtout dans l'Italie du Nord. Un autre motif, l'entrelacs, dont l'origine a donné lieu à tant de systèmes divers, y est d^un emploi encore plus fréquent; il en paraît inséparable et chez les païens et chez les chrétiens. (Voir plus loin le chapitre intitulé : La Miniature irlandaise et anglo-saxonne.)

Les sujets ou symboles dun caractère nettement religieux sont, toute proportion gardée, en petit nombre, du moins pendant la période qui nous occupe spécialement et qui comprend la première partie du moyen âge.

Cette rareté s'explique par la répugnance qu'on avait à orner le sol d'images sacrées et à fouler en quelque sorte aux pieds les figures du Christ ou de ses élus. Une disposition du Digeste (liv. I, titre VIII) proscrivait même formellement l'apposition sur le sol de représentations de ce genre : « Nemini licere vel in solo, vel in silice, vel in marmoribus humi positis, signum salvatoris Christi insculpere, velpingere. »

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Les symboles les plus caractéristiques sont : la colombe avec le rameau d'olivier, au cimetière de Sainte-Hélène*; l'aigle tenant un poisson, à S. Maria di Capua ^ ; les quatre animaux correspondant aux Évangélistes, les quatre fleuves du Paradis. Ces derniers se rencontrent, de l'autre côté des monts, dans la cathédrale de Novare (où l'on voit également le chandelier i sept branches, l'Agneau de Dieu, les couronnes des vingtquatre vieillards de l'Apocalypse), et dans la cathédrale d'Aoste ; en France, ils figurent à Die, où il sont représentés sous forme de têtes de la bouche desquelles s'échappent des flots ', et dans l'église Saint-Remi à Reims*. Quant aux quatre animaux sacrés, on les trouve

* Perret, Catacombes, t. II, pi. LXIV. Le même motif parait se rencontrer à Djemilah.

' Salazaro, îoc, cit.

s Artaud, Hist. abrégée de la peinture en mosaïque, pi. XXXIII.

A On voyait encore les fleuves du Paradis dans Téglise Sainte-Sophie de Constantinople. Justinien les y avait fait représenter se dirigeant vers les quatre points cardinaux. Des cer& et oiseaux venaient s y désaltérer.

à Pieve Terzagni* et dans l'église Saint- Martin-Majeur à Cologne *.

On manque malheureusement de détails précis sur la mosaïque de Salone, dans laquelle s'offre à nous un autre symbole du christianisme, le cerf se désaltérant aux sources vivifiantes de la foi; je ne puis que reproduire la description qu'en donne un correspondant de rinstitut archéologique et qui est ainsi conçue : « (un pavimento) di lavoro alquanto rozzo, nel quale si vedono due cervi che bevono da un recipiente in forma di vaso, sopra i quali si legge il primo versetto del salmo XLI : sicut cervus desiderat ad fontes aquarum, ita desiderat anima ad te, Deus^, »

Dans les compositions tirées de l'Écriture sainte, l'Ancien Testament occupe une place

i Aus'm Weerth, pi. VII.

« Id., p. lï.

3 Annales de l'Institut de correspondance archéologique, 1850, p. 139. La mosaïque est gravée, en petites dimensions, dans les Monumenti Salonitani ineaiti de Lanza ; Vienne, 1856, p. 18, 19, pi. II.

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beaucoup plus considérable que le Nouveau.

Les scènes de la vie du Christ, des apôtres, des martyrs, bref, tous les sujets se rattachant d'une manière plus spéciale au culte, paraissent réservées pour la décoration des murs de la nef, de Tare et de la coucha de la tribune * .

Voici les scènes qu'on rencontre le plus souvent dans les incrustations du sol : — Cathédrale de Novare : Adam et Eve tentés pas le serpent, Noé rendant grâces à l'Eternel, le Sacrifice d'Abraham ; — Sainte-Marie-Majeure à Verceil : l'histoire de Judith, David entouré d'une troupe de musiciens ^ ; — dôme de Casale : Expédition d'Abraham contre

* On connaît cependant des peintures ou des mosaïques murales, antérieures au x* siècle, dont les sujets sont tirés de l'Ancien Testament. Telles sont ces longues séries de tableaux disposés en forme de frise, dont le

f>âpe Sixte III fit orner la nef de Sainte-Marie-Majeure et e pape Formose la nef de Saint-Pierre. Elles retraçaient toutes deux l'histoire du peuple d'Israël. Par son côté épique, l'Ancien Testament se prêtait à merveille à des tentatives de ce genre.

• Voir l'article de M. J. Durand dans les Annales archéologiques f t. XV, p. 225.

les quatre rois, Jonas jeté à la mer, Scènes de l'histoire des Machabées * ; — Cathédrale de Brindes : Adam et Eve chassés du paradis, Gain et Abel, l'Arche de Noé ; — Cathédrale d'Otrante : Histoire de la création, Caïn et Abel, l'Arche de Noë, la Tour de Babel.

De ce côté-ci des Alpes, l'église Saint- Bertin à Saint-Omer nous montre David jouant de la harpe ; celle de Saint-Remi à Reims, le Sacrifice d'Abraham, le Songe de Jacob, David jouant de la harpe, Moïse, des prophètes, etc. , etc. A Cruas, dans le département de l'Ardèche, nous trouvons les figures d'Élie et d'Enoch*; à Saint-Géréon de Cologne, des Scènes de la vie de David et de Samson*; au dôme de Hildesheim,

* Ann. arch., loc. cit.

* Aus*m Weerth., p. 20.

^ Cette mosaïque appartient à Tannée 1095, d'après le Voyage littéraire, I^fe partie, p. 297, la Rev. arch. de 1849, t. VI, p. 397, et V Abécédaire de M. de Caumont (architecture religieuse), p. 289, où elle est gravée; à l'année 1048, d'après M. Révoil : V Architecture romane du Midi de la France, t. III, p. 36, 38, pi. LXXVIII.

* M. Springer a montré, dans la Zeitschrift fur bitdende Kunst, 1874, p. 385-386, que c'est par erreur

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le Sacrifice d'Abraham et le Sacrifice de Melchisédech, etc., etc.

Comme sujets se rattachant au Nouveau Testament, nous ne pouvons guère citer, pour l'Italie, que la représentation de l'Enfer et les Scènes de l'Apocalype de la mosaïque d'Otrante. En France, on remarquait les figures des apôtres et des évangélistes à Saint-Remi de Reims ; en Allemagne, celles de la Trinité et du Christ bénissant, au dôme de Hildesheim.

Les scènes ayant un caractère légendaire paraissent encore plus rares. La correspondance de Peiresc avec Jérôme Aleander nous fournit la description d'un monument de ce genre qui est fort curieux et qui semble avoir jusqu'ici échappé à l'attention des archéologues : l'ancienne mosaïque de Riez, dans les Basses-Alpes. La lettre de Peiresc dans laquelle il en est fait mention a été traduite dans les Annales encyclopédiques de Millin * .

qu'on a vu dans cette mosaïque les quatre Vertus représentées par David^ Samson^ Josué et Joseph.

* 1817, t. III, p, 197.

Mais je dois faire observer que le copiste, ou le traducteur, ayant vu dans l'original (écrit en italien et conservé à la Barberine) l'inscription : CONSTANTINVS LEPROSVS, qu'il ne comprenait pas, a changé ces mots en :

CONSTANTINVS IMP. AVG. La légende de la lèpre de Constantin est cependant bien connue à Rome, et tous ceux qui ont visité les SS. Quattro Coronati doivent se rappeler les vieilles peintures qui la représentent.

Quoi qu'il en soit, voici l'extrait de la lettre en question :

« C'é una chiesa antiqua nella città di REIIS APOLLINARIBVS, in Provenza, nella quale si vedeva un mosaïco che mostrava alla maniera di essere un Imperatore a cavallo, con inscrittioni attorno CONSTAN- TINVS LEPROSVS. Hora non c'era dubbio che... volessero haver dinotato il magno, et pure l'habito, et la maniera non c'erà convenevole, come fatto lungo tempo doppo. jd

Dans un autre passage, signalé par M. Mowat , Peiresc nous parle de Timage du grand Constantin qui paraissait à la mosaïque dans

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la vieille église de Riez sur un cheval foulant des pieds la figure d'un homme *.

Jusqu'ici, et le lecteur a dû s'en étonner, nous n'avons pas tenu compte de l'âge des mosaïques dont nous avons dressé la liste et n'avons fait aucune tentative pour les ranger par ordre chronologique. La difficulté d'assigner des dates certaines à la plupart de ces monuments nous imposait cette réser\'e. Les divergences de vues qui se sont produites à cet égard sont si nombreuses et si graves qu'il est permis d'hésiter et de douter.

Quelques exemples montreront combien la science est encore peu fixée sur ce point.

C'est ainsi que dans le lithostrotede Pesaro la partie ancienne appartient, d'après M. Carducci *, à l'époque des Antonins, et la partie moderne à la fin du v^ ou au commencement du vie siècle. D'après d'autres savants.

t Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1885, p. 69-91.

* Sul grande musaico recentemente scoperto in Pesaro, p. 27.

cette seconde partie serait au contraire contemporaine des Carlovingiens* . Le lithostrote de Crémone est attribué par les uns au iv«, par d'autres au vi^ ou vii«, par d'autres encore au viii-ix® siècle^. Pour celui d'Aosteon a hésité entre le vi^ et le xii-xiii« siècle *. Celui de Saint- Jean-l'Evangéliste, à Ravenne, a longtemps été considéré comme un travail du temps de Placidie. Pour Rumohr, celui de Saint-Michel-Majeur, à Pavie, est un monument de l'art chrétien primitif'», tandis M. dell'Acqua l'attribue au vi-vii^ siècle* et d'autres au xi«. Bref, il est peu de composi-

* M. de Rossi, dans le Bull, de VInst. de corr. arcb., 1851, p. 23, et M. Engelmann, dans la revue : Im netten Reich, 1872, n" 11, p. 416.

- M. Robolotti {Dei documenti stor. e lett. di Cremona, p. 7) se prononce pour le vi*-vii* siècle. M. Odorici (même ouvrage, p. 92) penche pour une date postérieure; voici les arguments sur lesquels il se fonde : « L*esecuzione infelice, las trottura di alcune lettere, il costume dei personaggi, la natura istessa délie simboliche rappresentanze non lasciano esitare a collocarla trar VIII e il secolo IX. *

3 Annales archéologiques ^ 1856, p. 264, ^Sq.

* Jtalienische Forschungen, t. I, p. 192.

"' Memoria... di S. Michèle Maggiore, p. 74.

lions dont la date ne donne pas lieu à des discussions analogues.

En France, on se trouve plus d'une fois en face de difficultés de la même nature. La mosaïque de Lescar, pour ne citer que cellelà, a passé autrefois pour gallo-romaine, alors que l'on s'accorde aujourd'hui à y voir un travail du xii*^ siècle, exécuté entre les années III2 et 1141 ^

On se rappelle enfin les discussions mémorables auxquelles a donné lieu la mosaïque de Sour. Les archéologues les plus autorisés se sont divisés en deux camps, dont l'un s'est prononcé pour le iv^, Tautre pour le vi^ siècle.

Il n'existe pas, il est à peine nécessaire de le déclarer, de règle absolue pour résoudre ces problèmes si importants. C'est en accordant une attention particulière à la technique, en s'attachant à l'analyse des matériaux, en recherchant avec soin quelles sont les par-

* Revue archéologique, 1850, t. VII, p. 518, et 1866, t. XIII, p. 305 et suiv. Voir aussi le rapport de M. Lafollye dans l'ouvrage de M. du Sommerard : Les monuments historiques de France à l'exposition universelle de Vienne. Paris, 1876, p. 286-289.

ties rapportées, que l'on se rapprochera le plus possible d'une solution définitive. Ce travail est loin d'être terminé ; espérons que nos voisins d'Italie faciliteront Tentreprise par une série de bonnes monographies accompagnées de planches.

Cependant, sans vouloir se livrer à des généralisations trop hâtives, il est permis d'attribuer à une inspiration commune celles de ces mosaïques entre lesquelles on remarque des affinités particulières. C'est ainsi que je serais disposé à ranger dans un même groupe, correspondant aux iv®, v^ ou vi^ siècles , les grandes compositions zoologiques, non seulement de Djemilah, de Cartilage et de Sour, mais encore de Crémone. Je parle, bien entendu, de la portion la plus ancienne de cette mosaïque, celle qui nous montre une longue série d'animaux placés chacun dans un compartiment à part. L'agencement général et les détails offrent de telles analogies avec les précédentes qu'il est impossible de n'y pas voir, soit un original aussi ancien qu'elles, soit la copie d'un original remon-

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tant à l'époque ci-dessus indiquée. Pourquoi admettre, comme plusieurs savants paraissent disposés à le faire, que cette composition et d'autres, dans lesquelles l'élément zoologique domine, aient été exécutées sous l'influence des tissus orientaux, alors que les termes de comparaison sont loin de nous manquer dans Tart même de la mosaïque, où la tradition n a jamais, en quelque sorte, été interrompue ? En examinant avec soin, dans la planche jointe à l'ouvrage de M. Carducci, le curieux pavement de Pesaro, on ne tarde pas à y découvrir une sorte de palimpseste. A trois palmes au-dessous de cette mosaïque, ellemême déjà formée de deux parties distinctes, on en a trouvé une autre, évidemment d'origine païenne et dont je ne m'^occuperai pas ici. On arrive à reconstituer la partie primitive avec ses lignes principales et son encadrement formé de torsardes, et l'on s'aperçoit que cette partie se composait, comme dans les mosaïques ci-dessus décrites, d'animaux (quadrupèdes, oiseaux, poissons, crustacés, etc.), de fleurs et de fruits, placés

dans des compartiments isolés, de forme variable, principalement des losanges. La symétrie la plus rigoureuse préside à la composition, et le style est identique dans toutes les figures et tous les ornements compris dans cette partie primitive. Ce style est excellent et rappelle les meilleurs modèles. Aussi n'hésitons-nous pas à attribuer à la mosaïque de Pesaro le même âge qu'aux mosaïques de Djemilah, de Carthage, de Sour et de Crémone, si toutefois elle ne peut pas revendiquer une antiquité plus haute.

Partout, au contraire, où, dans ce monument, la symétrie est interrompue ou détruite, nous rencontrons des figures d'un goût barbare, dans lesquelles on reconnaît sans peine des additions de la plus basse époque, postérieures à la composition primitive d'au moins cinq ou six siècles. Nous reparlerons tout à l'heure de ces productions grossières et bizarres, qui jusqu^ici ont presque exclusivement occupé les archéologues.

On peut encore considérer comme appar-

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tenant à la même période et comme antérieures au vii« siècle les mosaïques à inscriptions votives décrites ci-dessus. Celles de Grado sont, selon toute vraisemblance, contemporaines du patriarche Hélie qui vivait à la fin du vi« siècle et qui a lui-même fait incruster dans le sol l'épigraphe suivante :

Atria quse cernis vario formata décore, Squalida sub picto cxlatur marmore tellus^ Longa vetustatîs senio fuscaverat £tas. ' Prisca en cesserunt magno novitatis honori, Praesulis Heliae studio prsestante beati Haec sunt tecta pio semper devotatimorî*.

On assignera une date au moins aussi reculée aux autres mosaïques similaires (cathédrale de Vérone, éghse Saint-Félix d'Aquilée, Inzino, etc.).

La période suivante, qui s'étend du vii« au ix^ siècle, me paraît comprendre les mo-

* Je reproduis cette inscription d*après Bartoli (Antichità d'AquiUja, p. 343-3 S^) tl^^T'\n\(Vet.scripiorum nova collectio, t. V, p. 123), mais je dois faire observer qu*il y a évidemment interversion dans l'ordre des vers et que le second, par exemple; a pris la place du troisième et ainsi de suite.

LES PAVEMENTS HISTORIÉS 6l

saïques allégoriques d^un caractère si bizarre que l'on a découvertes dans la cathédrale de Crémone et prés de la cathédrale de Pavie (combat de la Foi avec la Discorde, etc.).

Les vers léonins n'y ont pas encore fait leur apparition.

A ces compositions, essentiellement abstraites, succèdent les labyrinthes de Saint- Savin à Plaisance, et de Saint-Michel-Majeur, à Pavie. Celui de Saint-Savin, nous le savons d'une manière certaine, appartient à l'année 903. L'analogie du sujet et la présence de vers léonins permettent d'assigner la même date au labyrinthe de Pavie et aux scènes qui l'accompagnent.

On a vu plus haut que M. de Rossi attribuait le pavement de Pesaro à la période carlovingienne. Cette opinion est incontestablement préférable à celle de M. Carducci, qui s''est prononcé pour le v^-vi^ siècle. L'absence de rimes dans les inscriptions, dont la plupart sont métriques, est un argument en faveur de la thèse de l'illustre archéologue romain. Cependant, s'il était possible d'a-

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vancer encore d'un siècle ou deux la date de l'exécution de cet ouvrage, c'est-à-dire de la partie ajoutée après coup, je crois que la présence de monstres, tels que les lamis, et celle de quadrupèdes levés sur leurs pattes de derrière et afirontés, s'expliquerait mieux.

Après l'an mil, et surtout pendant le xii*^ siècle, les pavés-mosaïques prennent un développement jusqu'alors inconnu. Les représentations religieuses y alternent avec des représentations profanes ; l'allégorie revêt des formes plus précises (vertus, vices, arts); enân, dans les sujets empruntés au monde des animaux, l'élément didactique rivalise avec l'élément fantastique. La discussion de la chronologie de tous les ouvrages de cette époque qui sont parvenus jusqu'à nous tiendrait trop de place ici ; force nous est de renvoyer le lecteur aux traités spéciaux cités dans le cours de cette étude.

Cette renaissance devait être de peu de durée. Bientôt après, les pjivés-mosaïques à figures disparaissent définitivement pour faire place, soit aux incrustations en opus

alexandrinum, soit aux carrelages émaillés, et cet art si brillant ne s'est pas relevé depuis lors.

Je ne saurais mieux terminer cet essai sur les pavements historiés, qu'en rapportant la curieuse étymologie que donne de ce mot un chroniqueur du ix« siècle, l'anonyme de Salerne. Après avoir raconté que l'évêque Bernard fit exécuter en 855 un « pavimenlum parvulis tessellis in vario colore (compositum) », il ajoute : « Libet me ejus etymologiamfidelibus pandere. Vocantur autem pavimenta, eo quod paveantur, id est csedantur :

unde et pavor dicitur, quia caeditcôr. Distant autem pavimenta ab ostracis ; nam ostracus est pavimentum testarum, eo quod fractis testis cake admisto feriatur; testae enim graece ostraca dicuntur. Haec autem exigua verba me de pavimento dixisse sufficiat. »

* Muratori, Scriptores, t. II, II* partie, p. 237.

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