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IN OYA DESCRIPTA APPARET PREFATA

FVNDATIO. ET CONSECRATIO FACTA PER

ARCHIEPISCOPVM TVRPINVM TESTIBVS

ROLANDO ET VLIVERIO*.

A Florence également, on fait honneur à

* Richa, Notifie istoricbe délie Chiese fiorentine. Florence, 1755, t. IV, p. 46-61. Cf. Vasari, éd. Lcmonnicr, t. I, p. 209.

Charlemagne de la construction de l'église Santo Stefano « ad portam ferream », prés du « Ponte Vecchio* ». Le fer à cheval que Ton voit sur la porte d'entrée a passé, d'après MM. d'Ancona et Monaci, pour avoir appartenu au cheval de Roland.

André de la Vigne, dans le Vergier d'hon»

neur^ évoque le souvenir de Charlemagne à propos de la forteresse de San Germano :

De là soubdain comme homme vertueux

Il (Charles VIII) alla veoir le chasteau somptueux

De forteresse grant et inumerable,

Assis en lieu et en place imprenable,

£t de ce temps que le roy Charlemagne

Dessus les Turcqz desploya son enseigne

Et qu'au pays la guerre maintenoit,

Illec dedans pour seurté se tenoit

Car c'est l'entrée tant deçà que delà

De tous les bons pays de par delà.

Dans la terre d'Otrante, se trouve la a tomba di Orlando » ; à Gaëte, on montre

* Cf. Richa^ Notifie istoricbe dette Cbiese fiorentine, U II, p. 63.

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la ce Torre d'Orlando* » ; à Sutri, la a Grotta d'Orlando » ; un tronçon de la Via Appia, prés de Galazia, s'appelle « i Passi d'Orlando » . A Rome, il faut signaler la ruelle de la a Spada d'Orlando » ; à Osimo, le faubourg « il Borgo di Ronscivalle » ; à Pérouse, le a Padiglione d^Orlando » (ou église Sant Angelo) ; à Pavie, dans le dôme, la « Lancia d'Orlando' », et sous les murs de la même ville, « il Sasso d'Orlando » ; dans la Ligurie le « Corpo (Colpo) d'Orlando » (Val Pia); à Suse, le « Sasso d'Orlando' ». Signalons

* f La citadelle de Gaëte offre de loin, au sommet de sa hauteur, la tour pittoresque appelée la tour de Roland d'après Phabitude italienne de donner le nom du naladin de Charlemagne à certains vieux et grands édifices. Ce monument est antique et l'inscription a prouvé qu'il était le tombeau de L. Munatius Plancus. » (Valéry, Voyages historiques et littéraires en Italie, t. III, 1832, p. 426.)

* La lance de Roland, espèce d*aviron garni de fer, suspendu aux voûtes de la cathédrale de Parme. (Valéry, op. laud., t. I, 183 1, p. 215.)

* D'Ancona et Monaci. TJna leggenda araldica t Vepopea carolingia nelV Umbria. Imola, 1880, p. 7, 8. Depuis, M. d'Âncona a complété la liste des localités gardant un souvenir de Roland^ dans un travail dont il a bien voulu me communiquer les épreuves : Torino e Parigi tul, 1643, P* ^9^^ ^9^*

en outre la localité de « Capo d'Orlando», prés de Messine, celle de la a Sella d'Orlando », prés de Caltanisetta, en Sicile, et celle de « Casino Orlando » prés de Sant* Elpidio (Ascoli Piceno). A Pola l'amphithéâtre passait au xiv* siècle pour avoir été bâti par Roland, ainsi que le rapporte Ogier d'Anglure, dans la relation de son voyage en Terre Sainte, entrepris en 1395 : « Paula...

Et dehors la cité, devers la terre, a une très belle fontaine d'eaue doulce devant laquelle a ung tournoyement, par lequel appert bien qu'il fut jadis moult bel et fait de grant richesses et seignorie. Et le fist faire Rolant, si comme l'en dit, et encore l'appellent aujourd'uy le palaix de Rolant * . »

Il n'est point certain, toutefois, qu'il s'agisse, dans toutes ces appellations, du neveu de Charlemagne, car plus d'un prince a porté le prénom de Roland.

En Espagne, une des tours de la cathédrale

* Bonnardot et Longnon, Saint voyage de Jérusalem du seigneur d'Anglure, Paris, 1878, p. 6.

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de Gérone porte le nom de Charlemagne * .

Ces exemples, je le répète, pourraient être multipliés à l'infini.

Aux souvenirs politiques, militaires ou religieux du conquérant et de l'organisateur hors ligne, font pendant ce que Ton pourrait appeler ses reliques personnelles. A cet égard, Charlemagne n'a eu rien à envier aux saints les plus fêtés. Ici encore, il me suffira de rappeler quelques exemples.

Le trésor du dôme d'Aix-la-Chapelle renferme, outre r « oliphant de Charlemagne », que l'on croit réellement dater du ix« siècle, et la croix dite de Charlemagne *, le cimeterre persan offert à l'empereur fi-anc par Haroun-al-Raschid. Le savant iconographe,

* Schulcz Fcrencz, Monuments d'architecture inédits; Gérone. Leipzig, 1869, p. 12. Cf. G. Paris, p. 64-65.

• Voy. Cahier et Martin, Mélanges, t. I^ p. 202.

Mgr Barbier de Montault, qui rapporte cette attribution, avoue toutefois qu'il préférerait reporter Parme en question à l'époque des croisades*. AVerden on montrait au siècle dernier un sceptre de Charlemagne^.

A Corbie, on remarquait dans le trésor un joyau que les inventaires désignent sous le nom de Numisma Carolu C'était un disque lenticulaire de cristal, recouvert d'un côté d'un filigrane d'or, et de l'autre d'une grande médaille romaine ; un vide, pratiqué au centre du cristal, contenait une statuette de la Vierge taillée dans le bois de la vraie croix. Le Rotulus le comprend parmi les reliques que vient d'apporter de Constantinople le chevalier amiénois (Robert de Clari); mais peu à peu la légende se forme, la médaille romaine devient le portrait de Charlemagne et c'est Léon III qui, de ses propres mains, se trouve avoir sculpté la statuette, pour en faire présent au grand empereur^.

* Le Trésor du dôme d'Aix-la-Chapelle. Tours, 1877, p. 6.

* Voyage littéraire, t. II, 1724, p. 236.

s Riant, Exuvia sacra OmstantinopoUtana, t. I, p. cxcv, cxcxi.

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A Toulouse, l'église Saint-Saturnin montrait avec orgueil un camée porté par Charlemagne en souvenir de ses victoires et le cor de Roland le a géant » : « Ouch eynen gar schoùen Steyn Camaziel gênant, den Keyser Karll vur sijnre Brost gedragen hat, den er mit allen desen heyligen Apostolen ind heylige Corper in dese Stat Tolosa braicht hat.

Ouch wijsten sij uns eyn Horn Roelantz des Resen ind vil ander wirdichs Heyltums*. »

A Clairvaux, l'opinion commune attribuait à la libéralité de Charlemagne le chef de saint Barnabe conservé dans le trésor de l'abbaye*.

Dans l'église Sainte-Croix de Poitiers, un inventaire de 1476 mentionne la « croix de Charlemagne, qui est d'or' ».

* Die Pilgerfabrt des Ritters Arnold von Harff.». in den Jabren 1496 bis 1499^ éd. Groote. Cologne, 1860^ p. 225.

• Lalorc, le Trésor de Clairvaux du ni* au xvn» siècle, Paris, 1875, p. 120.

» Barbier de Montault, le Trésor de Vahhaye de Sainte- Croix de Poitiers avant la Révolution, Poitiers, 1885, p. 8.

A Saint-Maurice d'Agaune, on désigne sous le nom de coupe de Charlemagne un ciboire qui a été exécuté en réalité au XIII® siècle, ainsi que M. Aubert Ta établi*.

L'église de Conques possède un reliquaire en forme d'A qui passe pour avoir été offert à l'ancienne abbaye par Charlemagne luimême. Suivant la chronique de Conques, appelée le Liber Mirabilis, Charlemagne aurait fondé un certain nombre d'abbayes, vingt-deux apparemment, auxquelles il aurait envoyé un reliquaire affectant la forme de l'une des lettres de l'alphabet alors usité. La lettre A serait échue naturellement ; suivant le chroniqueur, à l'abbaye du Rouergue, « que Pépin avait restaurée et enrichie ^ » .

* Trésor de Vàbhaye de Saint-Maurice d'Agaune, p. 172- 184, pi. XXXIV. Un autre ciboire du même trésor a, tour à tour, porté le nom de coupe de Charlemagne ou de coupe de saint Sigismond. L'aiguière dite de Charlemagne paraît à M. Aubert (p. 160) l'œuvre d'un

•^ orfèvre byzantin nourri dans les vieilles traditions et

qui aurait composé cette pièce du vi* au viii* siècle avec des plaques émaillées venues de l'Orient.

* Trésor de Vabhaye de Conques. Paris, 1861, p. 29.

100 ÉTUDES ICONOGRAPHIQ.UES

M. Darcel, à qui j*emprante ces détails, incline à croire que TA est antérieur au xi«, voire au x« siècle.

A Gérone, on signale une coupe en argent surnommée la coupe de Charlemagne. « La copa de Carlos, de plata sobredaurada, de pes de quinse mardis y très onses (En el inventario del ano 1470 se le Uama de Caries Maynes ya hoy dcsaparecida. Roig y Jalpi, Resùmen historial de las grandeyis de Espana^ dice que era de oro, y la continua como existente en su tiempo, 1678*. »

Le cor de Roland, l'a olifant », etsonépée Durandal ont tenu, jusque dans les préoccupations des archéologues modernes, une place

* Girbal, Inventario de la Tresoreria de la catedral de Gerona, formado en i$88. Gerona, 1880, p. 10. — Citons encore la robe de J.-C. donnée par Charlemagne à la commane d*Argenteuil, qui la possède encore (Annales archéologiques, t. I, p. 247); le «cornet d'ivoire du roy Charlemagne », conservé dans l'abbaye de Saint-Médard-lès-Soissons (tbid.f t. X^ p. 57), le sceptre de Charlemagne de l'abbaye de Saint-Denis, qui servit au couronnement de Napoléon I*' et qui n'était en réalité que le bâton du grand chantre de Pabbaye (ibid,, t. III, p. 266-268; t. XIX, p. 127).

LA LÉGENDE DE CHARLEMAGNE lOI

non moins considérable que les insignes impériaux de Charlemagne.

A l'abbaye de Ronce vaux, le chevalier Arnold de HarfF admira, dans les dernières années du xv« siècle, un olifant qu'on lui présenta comme étant celui de Roland : « In deme Cloister waert uns gewijst gar eyn groiss lanck Horn. Das saicht man were Roelantz des Resen Jheger Horn geweest * . »

La a Real Armeria » de Madrid a longtemps exposé l'épée que l'on croyait avoir appartenu au jeune héros (catalogue, n9 1662). Cette épée, d'après des recherches consciencieuses, remonte seulement au xni« siècle. Une autre Durandal se voit dans la chapelle Saint-Michel, à Notre-Dame de Roc-Amadour*.

Et, de nos jours encore, combien d'ornements ou d'insignes' ne se produisent pas

* Die Pilgerfabrt des Ritters Arnold von Harff,,. in den Jahren 1406 his 1499, p. 126. Sur d'autres souvenirs de Rolana conservés à Koncevaux, voy. d'Ancona et Monaci, Una leggenda araldica e lEpopea carolingia nelV Umbria, p. 8,9.

* Le Bulletin monumental, t. XIX, p. 518.

' On en trouvera une longue liste dans les Monu-

dans les collections publiques ou privées sous les auspices de Charlemagne : la couronne, l'épée, le sceptre, la main de justice, les éperons, les gants, l'évangéliaire, la chape, et jusqu'à la dalmatique portée par Léon III au moment du couronnement, etc. !

Ce n'est pas à dire que, dans la masse, il ne puisse se rencontrer quelque pièce de bon aloi, ayant ses titres en régie. Je ne saurais, à cet égard, mieux faire que de me retrancher j

derrière l'autorité du chanoine Bock * . J'ajouterai que le crucifix d'argent, conservé jus- l qu'au XVII* siècle dans la basilique de Saint- Pierre de Rome, avait pour lui une possession d'état ininterrompue. On ne s'étonnera pas non plus outre mesure de découvrir en i la possession de Charles V de France a la |

tnents de V Histoire de France de Hennin, ouvrage anti- i

scientifique, s'il en fut, où le même monument est *

décrit jusqu'à six ou huit fois sous des titres différents (t. II, p. 120 et suiv.). Cf. également V Histoire poétique de Charlemagne, p. $5-57, 372 et suiv.

* Die Kîeinodien des heiligen rômischen Reiches. M. F. de i

Lasteyrie considère comme la véritable épée de Char- !

lemagne celle du trésor de Vienne. Magasin pittoresque, ^

t. XXXIX, p. 146. !

couppe d'or qui fu Charlemaigne, laquelle a les saphirs a jour; et poise cinq marcs cinq onces et demye d'or * » .

La seconde phase de la légende est celle où les productions des poètes réagissent sur celles des artistes.

Les monuments contemporains de Charlemagne et reproduisant ses traits ne manquent pas. Tout le monde connaît, à Rome, la fameuse mosaïque du triclinium du Latran ; si l'original a disparu, du moins est-on autorisé à considérer comme exacte, quant aux détails matériels, la copie de l'effigie de l'empereur qui y a été substituée au siècle dernier^. Une autre mosaïque, exécutée à la même époque, également à Rome, dans l'église Sainte-Suzanne, renfermait, autant qu'on peut en juger

* Labarte, Inventaire du mobilier de Charles F, n*» 256.

* Voy. mes Notes sur les mosaïques chrétiennes de l'Italie, fasc. VIII (extr. de la Revue archéologique).

par les gravures (roriginal a disparu depuis le XVII* siècle), un portrait de tout point semble. En France, la statuette de l'hôtel Carnavalet date certainement aussi du ix« siècle * . L'intérêt de ces représentations, au point de vue où nous nous plaçons ici, consiste surtout en ce qu'elles nous permettent de constater avec quelle rapidité la légende s'empara de la figure de Charlemagne. Les mosaïques de Rome et la statuette de l'hôtel Carnavalet nous le montrent les joues et le menton rasés, ne portant que la naoustache.

(Eginhard se borne à nous dire qu'il était d'une a canitie pulchra ».) Cet usage semble s'être perpétué chez ses successeurs, si nous en jugeons par les portraits de Lothaire et de Charles le Chauve (voyez entre autres la Bible de Saint- Paul -hors les-Murs, et la chaire de Saint-Pierre, à Rome*); tel est aussi le caractère distinctif

* Voy. le récent travail de M. Aus*m Weerth, Die Reiter-Statuette Karls des Grossen ans dem Dont ^u Meti. Bonn^ 1885.

* ff Nel mezzo délia fascia orizontale del timpano, nel luogo cioè più degno o centrale, è ritratto il busto

de l'effigie de Charlemagne tracée sur un sceau de plomb du Cabinet de France, portant au revers l'épigraphe Renovatio regni Franc (orum) (gravée dansMontfaucon,t. I,'et dans le mémoire de M. Aus'm Weerth, p. 15).

Eh bien ! dés le xi« ou xii« siècle, Charlemagne est devenu le vieil empereur « à la barbe fleurie » (vitrail de la cathédrale de Strasbourg, restauré au xiv® siècle), et ce type, en contradiction formelle avec les portraits du ix« siècle, n'a pas tardé â faire loi jusqu'à nos jours.

Il serait fastidieux de chercher à dresser le catalogue de ces représentations véritablement innombrables*. Plusieurs d'entre elles

d'un imperatore coronato strîngente colla destra lo scettro, cne è rotto, colla sinistra il globo ; ha sul volto i soli mustacci senza barba : forse è un Carlo Magno, uno dei primi successori di lui. » (De Rossi, Bullettino di arcbeohgia cristiana^ 1867, p. 47.) Montfaucon reproduit dans les Monuments de la Monarchie française, t. I, pi. XXV, n* 2, une statue en stuc de l'abbaye de N.-D. de la Grasse^ dans le diocèse de Carcassonne^ représentant — affirme- t-il — Charlemagne. Celui-ci n'y porte que la moustache.

^ Pour les représentations de Charlemagne^ de Roland et d'Ogier sur les cartes, voy. le travail de M. Merlin : Origines des caries à jouer. Paris, 1869.

I06 ÉTUDES ICONOGRAPHIQ.UES

ont été mentionnées dans les pages qui précédent, à propos des prétendues fondations de Charlemagne. Je me bornerai à en indiquer deux qui me paraissent particulièrement intéressantes.

Dans le palais public de Sienne, une fresque célèbre d'Ambrogio Lorenzetti (13 37-1 343) passe pour représenter Charlemagne trônant au milieu des figures allégoriques de la Foi, de l'Espérance, de la Charité, de la Paix, du Courage, de la Prudence, de la Magnanimité, de la Tempérance, de la Justice, etc. * . C'est une figure d'une gravité et d'une majesté rares.

Un manuscrit enluminé au commencement du xve siècle par le peintre milanais Leonardo da Besozzo*, sorte de chronique universelle, autrefois conservée dans la collection de M. Morbio, où j'ai pu l'étudier, con-

* Didroiij dans les Annales archéologiques ^ 1856, p. 5. Voir dans le sens contraire Vasari, éd. Milanesi, t. I, p. 529, note.

* Morbio, Opère storico-numismaticbe. Bologne, 1870, et H. Brockhaus dans les Gesammelte Studien fur Kunstgescbicbte; eine Festgabc fur Anton Springer. Leipzig,

tient, vers la fin, les portraits de Pépin (armé de pied en cap, tenant un écu dont le champ bleu est parsemé de lis d'or) et de Charlemagne. Ce dernier, alors même que son nom (KAROLVS MAGNVS) ne serait pas écrit à côté de lui, se reconnaîtrait à sa longue barbe blanche, à sa cuirasse portant d'un côté l'aigle noire, de l'autre les fleurs de lis. Le héros est représenté debout, la couronne en tête, l'épée haute.

C'est du xv^ siècle également, et non du ix«, comme on l'a souvent prétendu *, que date, d'après M^r Barbier de Montault^, le portrait à fresque de Charlemagne, couronné et barbu, trouvé au siècle dernier sur le Pincio et offert par les Minimes au pape Benoît XIV, qui lui a donné place dans le musée du Vatican (salle des briques sigillées).

* SantelH, Oltraggio fatto a Leone III. Rome, 181 5, p. 12. Du Sommerard, les Arts au moyen âge, 2* série, pi. II; de Vigne, Vade-mecnm du peintre^ t. I, pi. 56; Magasin pittoresque, t. XXVI, p. 389.

* La Bibliothèque vaticane et ses annexes ^ p. 130.

I08 ÉTUDES ICONOGRAPHiaUES

Au xvi« siècle, Durer, chargé de peindre le portrait de Charlemagne, destiné à tenir compagnie aux insignes impériaux alors conservés à Nuremberg, s'écarta du type traditionnel, en ce qu'il représenta son héros dans l'âge mûr et non dans la vieillesse, et qu'il lui donna une barbe brune au lieu de la barbe blanche consacrée (Musée de Nuremberg).

Raphaël, on le sait, en usa plus librement encore. Dans le Couronnement peint dans une des fresques du Vatican, il donna à Léon III les traits de Léon X, et à Charlemagne ceux de François l^^.

Mais les artistes ne tardèrent pas à revenir au type de la légende, et ce type s'est maintenu jusque dans la statue de M. Rochet.

Voilà donc l'iconographie de Charlemagne altérée au premier chef.

L'histoire de ses exploits ne devait pas tar-

der à l'être également sous l'influence des chroniques latines d'une part, des chansons de geste de l'autre.

Le hasard voulut que la châsse destinée à renfermer les ossements du saint empereur, après leur découverte par Frédéric Barberousse (1166), fut ornée, une des premières sans doute, de compositions retraçant les principaux épisodes de la guerre d'Espagne, d'après le récit du Pseudo-Turpin. L'artiste qui fondit et cisela ce chef-d'œuvre de l'orfèvrerie au xii« siècle y ajouta d'autres scènes également d'un caractère fabuleux, et notamment le récit de l'expédition de Charlemagne en Terre-Sainte.

M.Kantzeler* et plus récemment M. Aus'm Weerth^, ont donné de la châsse d'Aix-la- Chapelle une description que je me propose de résumer ci-après, en faisant abstraction des figures ou des compositions étrangères à notre

* Der die Geheine Karls des Grossen,,, entbaîtende Behalter, Aix-la-Chapelle, 1859.

* Kuntsdenkmaîer des chrisilichen Mittelalters in den Rbeinîanden, Leipzig, 1857, p. 108-122, pi. XXXVII.

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sujet, tels que les portraits d'empereurs, etc.

I. Charlemagne endormi. A ses côtés, se penchant vers lui, l'apôtre saint Jacques tenant une banderole avec l'inscription :

Karole, surge, venî : Galeciam tibî dare veni.

Plus loin, Charlemagne debout à une fenêtre, par laquelle il regarde les étoiles :

Apparet Jacobns in sompnis ante duobus, Denique stellata perhebetur (sic) in ethere strata, Ocdduum mundum per se perhibens adeundum.

Dans les chansons de geste ^ , c'est l'ange Gabriel qui apparaît à Charlemagne. Dans la châsse d'Aix-la-Chapelle, c'est l'apôtre saint Jacques, conformément au récit par lequel s'ouvre le Pseudo-Turpin.

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