MÉCANISME DU SANSCRIT
Le sanscrit possède 14 voyelles, 34 consonnes et 4 signes simples.
Il est bien difficile de rendre avec nos lettres exactement le son que les Indous attachent aux leurs. Malgré les efforts de tous les grammairiens, on n’est parvenu qu’à une gamme très-imparfaite, pour quiconque a reçu la prononciation sanscrite de la bouche même des brahmes. Nous avons donné dans « les Fils de Dieu » un tableau des lettres et de la prononciation, que nous ne renouvellerons pas ici, notre but n’étant pas de faire une grammaire, mais un exposé des principes généraux de la langue, suffisant pour prouver que ces derniers ont passé tout entiers dans la grammaire générale des langues indo-européennes.
Les lettres se divisent en brèves, longues, composées, diphthongues ou doubles voyelles et semivoyelles.
D'après la nature des inflexions de la voix qui les produisent, elles sont gutturales, palatales, dentales, labiales, cérébrales, sifflantes et aspirées.
Les règles d’euphonie sont innombrables en sanscrit. Pour n’en citer que quelques-unes à titre
d'exemple : lorsqu'un mot est terminé par a, à, et qu'il se rencontre avec un autre mot commençant par a ou à, la lettre du mot rencontré s’élide nonseulement dans la prononciation, mais même dans l'écriture, ainsi les deux mots suivants Rama et Anoudjaa s’écrivent Ramanoudjaa.
L’élision se fait également lorsque la voyelle finale est brève, et l’initiale longue. La longue l’emporte, ainsi souroupa et Shandua s’écrivent souroupénandaa.
Quand la finale est a et l’initiale t, les deux lettres se changent en e ; ainsi Deva et Indra s'écrivent Devendra.
Si la finale est a et l’initiale ou, les deux lettres deviennent 0, ainsi ganda et oudakam, s’écrivent gandodakam.
La finale a et l’initiale re (re est voyelle en sanscrit) se changent en r muet. Christina et reddii s’écrivent christnarddis.
La finale a et l’initiale le (le est voyelle en sanscrit, ou du moins le son de cette voyelle sanscrite comme celui de re ne peuvent être rendus par nos lettres sans le secours de la consonne l), se changent en / muet. Tava et lekaraa, s’écrivent Tavalkaraa,
La finale a et l’initiale e se changent en «ï, Teva et escha s’écrivent Tavaischa.
Nous nous bernons à ces règles de la finale a, se rencontrant avec d’autres voyelles. Les treize autres
voyelles ont chacune leurs règles particulières d’élision et de changement.
__ Puis chaque voyelle en face des consonnes, et les consonnes entre elles sont également soumises à de nombreuses règles d’euphonie.
Ce n’est pas tout : les exceptions presque aussi nombreuses que les règles, viennent encore compliquer ce système, et s1 l’on ajoute à cela que les mots sanscrits s’écrivent avec leurs élisions, leurs changements euphoniques, à la suite les uns des autres, sans aucune séparation, comme dans l’exemple suivant :
Navismayétatapasavadédistwäcanänritam, Qui doit se décomposer et se lire ainsi :
Na vismâyéta tapasa, vadéd istw4 ca nänritam.
(Qu'il ne s’enorgueillisse pas de ses austérités, et qu'après avoir sacrifié 1l fuie le mensonge). Si l’on ajoute encore que les 54 lettres ne s'écrivent guère à l'état simple qu'au commencement des mots, et que ces lettres se combinent de façon à former des disyllabes, des trisyliabes et même des quatrisyllabes en un seul signe composé :
On comprendra qu'on ait pu dire, sans que cette
opinion soit trop paradoxale, que pour lire le sanscrit il fallait d'abord connaître la langue.
En donnant à cette pensée vraie au fond, une tournure plus exacte en apparence, nous dirons que quand on est capable de lire couramment tous les manuscrits sancrits, on sait la langue.
Les rares grammairiens européens, hommes de profonde science du reste, n’ont pas abordé l'étude logique et raisonnée de ces difficultés ; ils semblent n'avoir écrit que pour ceux qui, connaissant déjà la langue, n'avaient par conséquent pas besoin de grammaire. |
Aussi défions-nous tout érudit qui voudra étudier le sanscrit en dehors des cours du collége de France, que l’on ne peut pas suivre, quand on habite la province par exemple, d'arriver à lire les manuscrits sanscrits, après avoir étudié les deux ou trois seules grammaires quiexistent.
Un véritable dictionnaire des lettres, des signes composé” ?t de leur transformation logique, est de toute nécessité pour le débutant, et nous saisissons l’occasion d'annoncer aux lecteurs qui nous ontécrit, pour nous demander comment ils pourraient étudier seuls le sanscrit, que nous publierons bientôt un dictionnaire de ces signes composés, avec l’explication logique de leur formation.
L'écriture sanscrite est syllabique et non alpha-
bétique comme la nôtre, de là, la nécessité pour l'étudiant de savoir décomposer les éléments dont se composent les syllabes représentées par un seul caractère pour pouvoir les lire.
Dans l’écriture du Nord adoptée par les facultés d'Europe, chaque caractère devänâgari représente au plus une ou deux syllabes, mais dans le Devànâgari du Sud, un seul caractère peut représenter deux, trois et quatre syllabes, ce qui, on le conçoit, ajoute encore à la difficulté.
Le sanscrit appartient à la grande famille des langues à flexion. Ses mots se composent à l’aide des éléments suivants :
La racine,
Le suffire,
Le préfixe,
La flexion,
Les signes euphoniques, que les grammairiens indous appellent lettres d'accord. :
Toutes les langues arrivées à la flexion ont fatalement passé par les deux autres périodes du monosyllabisme et de l’agglutination.
Dans les langues monosyllabiques, tous les mots sont racines, toutes les racines sont invariables et le rôle des mots dépend uniquement de leur place
dans la construction de la phrase.
‘Les langues agglutinantes sont celles qui parviennent à sortir de la première période d’enfance. Dans cette forme, deux racines s’unissent pour cemposer un mot ; l’une reste radicalement invariable, tandis que l'autre devient une simple désinence.
Dans les langues parvenues à la flexion, la racine principale du mot admet l’altération phonique, aussi bien que les racines devenues désinences.
Il suit de là que les racines dans les langues à flexion, représentent tout ce qui s’est conservé intact à travers les âges, de l’état monosyllabique de ces langues, malgré leur marche ascensionnelle vers l'agglutination et la flexion.
La racine, appelée dâtou par les grammairiens indous, est donc l'élément fixe.et invariable du mot, qui a suivi le sanscrit dans toutes les phases de sa marche du monosyllabisme à la flexion. En d’autres termes, en dégageant la racine de tous les mots sanscrits actuels, on arrive à reconstituer une bonne partie du sanscrit monosyllabique des premiers àges. Nous disons une bonne partie, car il a encore quelques racines devenues désinences, qui ont résisté jusqu’à ce jour à l’analyse, qui cherchait à les ramener à la simplicité de leur forme première.
C'est. donc dans la forme simple et primitive de la racine qu’il faut aller chercher le sens générique du
mot et le lien général de toute famille de mots.
Une famille de mots comprend tous les mots issus de la même racine; ainsi, par exemple, sous la racine c'ar, qui exprime l’idée d'aller, de se mouvoir, de parcourir, viennent se ranger les mots de :
Caranu. — Action d'aller, de marcher, d’errer à l'aventure.
Caranyami. — Je vais, je marche.
Cara. +— Qui va, qui se meut, mobile.
Acara. — Immobile (a privatif).
Caraka. — Voyageur, émissaire, espion.
Carata. — Oiseau toujours en mouvement, hochequeue.
Carama. — L'arrivée, la fin du voyage, dernier, final, occident.
Caramabavika. — Qui est arrivé au terme des transmissions terrestres.
C'ari. — Animal qui court (n'importe lequel).
C’arita. — Action accomplie. | |
C’arisnou. — Qui va et vient.
C'arâc’ara. — Mobile et immobile. (C’ara, mobile ; a privatif, ac’ara, immobile.)
Cette racine c’ar a donné naissance au grec oxaipu,
au latin curro, à l'anglais car, au français char, chariot.
Ce groupe émané d’une seule racine, va nous fournir un exemple des cinq éléments qui, ainsi que nous venons de le dire, concourent en sanscrit à former les mots.
En décomposant les mots c’ari et carisnou,
Nous trouvons :
CARS ha ons racine
| PR RS flexion SOU Se dre suffixe ACara nous donne l’a initial...... préfixe
Et carâcara qui est ici pour
Caraacara nous donne l’élision
D'un a ou à long pour deux a
Qui représente l'accord de lettres ou....euphonie.
I1 va nous être facile maintenant de définir le rôle de ces éléments, dans la formation du mot.
La racine renferme l’idée générale et est toujours invariable.
La flexion se place à la fin des racines et des mots pour exprimer le temps, le mode, le cas, ainsi que toutes les modifications que l’idée générale peut subir. C'ari — racine, car, flexion a. Cara — racine, car, flexion d. Comme on le voit, la racine fléchit par l’'adjonction d'un élément, elle est modifiée dans son sens général et devient une expression particulière, un mot.
La flexion a cela de particulier qu’elle ne peut être invariable puisqu'elle exprime la modification de cas, de temps ou de personne.
Le suffire est un élément qui se place à la suite de la racine, qu'elle ait ou non déjà subi la flexion, pour en déterminer l’acception ou la forme définitive. C’est par les suffixes que les noms, ver- : bes, adverbes et autres parties du discours, naissent des racines. |
C’est donc à tort que certains grammairiens veulent reconnaitre des racines attachées spécialement aux verbes ou aux autres parties du discours. Il n’y a ni racines verbales, ni racines nominales antérieures à toutes les autres formes, elles sont la source originelle d’où découlent les verbes, les noms, les adjectifs.
Ainsi les suffixes déterminent la classe, verbe, nom, etc., dans laquelle doivent être rangés les mots. Ils sont très-nombreux en sanscrit.
En voici quelques-uns des principaux, avec les classes différentesidans lesquelles ils rangent les mots 1,
A bref — forme 1° des adjectifs qualificatifs. Ex. : dev-a, divin. 2° des substantifs issus de