‹ Études indianistes (volume 2)Chapitre 74 sur 134 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Dans le drame mystérieux et triste qui se joue sur la terre depuis des centaines de siècles, il est un rôle qui n'a jamais manqué d'acteurs : c'est celui de l’opprimé, de l'esclave, du pariah.

Que de fois n’ai-je pas vu le pauvre Indou, à qui la domination sacerdotale des Brahmes a refusé la dignité d'homme, suivre en chancelant quelque sentier écarté, en quête d'une immonde nourriture, qu’il était obligé de disputer aux hyènes et aux chacals ; mourant de faim ou malade, aucune porte ne s’est jamais ouverte devant lui; ses enfants naissent dans la jungle, son corps pourrit dans les charnersi déserts, car il n’a droit ni aux bûchers ni à la terre, la flétrissure jetée sur sa race par le prêtre le poursuit dans la mort.

Tirouvallouva, le seul poëte pariah qu’ait produit l'Inde, paraphrasant le Rig-Veda, a redit dans les strophes suivantes les souffrances de sa race :

Le chant du pariak.

« Qu'importe que Sourya poursuive dans les espaces célestes sa course éternelle, qu’il répande en flots pressés ses rayons que ne peut supporter le regard. Ciel et terre, voyez ce que nous sommes.

« Qu'importe que la jeune épouse reçoive un germe précieux de la tendresse de l’époux, qu’importent l'amour et la fécondité ! Ciel et terre, voyez ce que nous sommes.

« Qu’importent les trois Dieux qui créent, conservent et transforment l’univers, ce n’est pas pour nous qu’ils brillent avec tant de gloire! Ciel et terre, voyez Ce que nous sommes. »

« Ce n’est pas pour nous que montent vers l’éther la fumée des sacrifices, que les fleurs couvrent la

terre, que les fruits pendent aux arbres, que coule l'eau sacrée du Gange! Ciel etterre, voyez ce que nous sommes.

« Ce n’est pas pour nous que les animaux donnent leur croît et les abeilles leur miel. Ce n’est pas pour nous que les jeunes filles pilent dans le mortier sanore l’herbe sacrée dont elles font la divine liqueur du Soma! Ciel et terre, voyez ce que nous sommes.

« Ce n’est pas pour nous qu’Agni a créé le feu et qu’Indra, de l'essence immortelle, a créé la prière! Ciel et terre, voyez ce que nous sommes.

« Charme des yeux, trésor des régions célestes, Indra, toi que tous les hommes vénèrent, nous ne pouvons t'implorer, nos vœux souilleraient tes oreilles. Ciel et terre, voyez ce que nous sommes.

« C’esten vain quej’aibravéla mort en cherchant à surprendre les mentrams qui évoquent les Dieux,

en vain que, dans les réduits les plus épais des bois, j'aiaccompliles libations sacrées qui les rendentpropices; les Dieux ont fui à mon approche... Ciel et terre, voyez ce que nous sommes.

« Où sont les sources d'eau pure où nous pouvons apaiser notre soif; l’eau qui tombe des abreuvoirs dans les pas des bestiaux est notre unique breuvage.. Ciel et terre, voyez ce que nous sommes |!

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« Où sont les champs qui produisent pour nous le riz et les menus grains? Il n’y a pas dans le monde une tige de sorgho, un brin d’herbe, une feuille de rose qui nous appartiennent. Ciel et terre, voyez ce que nous sommes |

« Les fauves ont leur tanière, les serpents les nids de cariahs1, l’oiseau est libre dans les airs, chaque branche d’arbre peut abriter son nid et ses chansons. Agni possède l'univers, Vayou l'atmosphère, Aditya le ciel, Tchandramas les espaces constellés, Vidyout les nuages, l'homme des quatre

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