CHAPITRE PREMIER
DÊCADENGB DB LA. SOCIÉTÉ BRAHMANIQX7B. — RÉYOLTB DB QUELQUES ARYAS. — PRISE D'aSQARTHA, PAR YISWAIIITRA. — ALLIANCB DU POUVOIR SACERDOTAL BT ROYAL.
Après avoir exposé beaucoup plus brièvement que Je ne l'eusse désiré, le fonctionnement du pouvoir sacerdotal établi par les brahmes dans Tlnde ancienne, je vais esquisser à grands traits également, — car cette course à travers les siècles passés m'interdit le détail dans ce cadre restreint, — les causes multiples qui firent surgir une autorité nouvellOi celle des rois.
C'est à peu près vers l'an dix mille avant notre ère que s'accomplit la révolution qui, après avoir au début tenté de renverser le pouvoir des prêtres, se termina par l'ai- ! liance de ces derniers avec les cliefs ou aryas, qui avaient triomphé.
Quelque soin qu'eussent pris les brahmes de supprimer '
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d'avance toute possibilité de révolte contre leur domination, ils ne purent se prémunir contre les luttes intestines d'ambition et d'orgueil, qui tôt ou tard devaient faire naître dans leurs rangs et parmi les aryas^des révoltes, des compétitions, qui malgré eux transtformeraient leur otwr; si même elles n'arrivaient à la ruiner.
Après plusieurs siècles d'un gouvernement paisible en apparence, car aucuns troiables sérieux ne Boat enregistrés par les annales de ces époques reculées, tout à coup éclat» le fait le plus considérable peut^tre de rbisioire ancienne de rinde, la prise d'Asgartha (la ville du soleil), capitale du brahmatma, siège de la puissance brahmanique, ancêtre de Tbèbes, Babylone et Ninive, la flome des temps antédiluviens, par les aryas ou xchatrias révoltés.
Lorsque cet important événement, que nous allons narrer, se produisit, la situation politique et sociale de la domination brahmanique peut se définir en quelques mots.
Complètement abrutis par les préjugés de castes, et les superstitions religieuses sous lesquels on les avait courbés, les vaysias qui formaient la partie la plus considérable de M nation, persuadés qu'ils étaient d'une raoe inféridure, en* riehissaient par leur travail les hautes classes ; simples usu» fruitiers du sol, ils vivaient sans se plaindre de ce qu'on voulait bien laisser tomTjer d'en haut; les yeux fixés sur la vie future, ils y aspiraient de toutes leurs forces, se fiant à la parole des prêtres qui leur affirmaient que la r(^compense que Dieu leur réservait, serait d'autant plus grande qu'ils auraient plus travaillé et plus souffert. Quant aux soudras, créés esclaves, ils servaient, ne comptaient pas en ce monde, et n'avaidnt à espérer dans l'autre qu'une situation des plus inlérieures...
Gomme on le voit, la ruse ne date pas d'hier, et dès les premiers âges du monde, les prêtres et les habiles, pour mieux faire travailler les masses à la satisfaction de leurs appétits, cachaient déjà la récompense derrière Je rideau,. la renvoyant aux caUnde$ éierMlUs^ et chargeant Dieu d'acquitter leur dette.
£Ue est vieille cette race de jongleurs et de charlatans, qui
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Bê prèehe ks sonfEranoes et les privations, qae ponr s'y jqfûeox fioostcaire elle-mâme.
Mais si les masses élûent calmes, obéissantes, serviles, il n'en était pas de loôme des castes Inrakmes et xehairias, qui toutes deux dans une position égale de puissance^ n'attandaient toutes deux qu'une occasion d'en venir aux mains; les brahmes, pour faire rentrer les aryas sous leur domination) les aryas, pour s'émanciper complètement de la tutelle brahmanique.
Du brahmatma Yati-Richi, an brahmatma Outtami-Richiy dernier brahme souverain spirituel et temporel d'Asgartba, pendant les trois mille ans qui s'étaient écoulés, les aryas, ^i primitivement ne furent que des brabmes, détachés comme chefs administratifs et militaires, gouvernant au nom et sous l'autoiité de la caste sacerdotale, avaient formé une dasae iwrticuliére dans laquelle le pouvoir veiigieux fut obligé de continuer à choisir les chefs. Quelques commandements de provinces ayant été par la suite rendus héréditaires pour services rendus, tous le devinrent peu à peu, et bientôt il se trouva que quoique commandant et gouvernant encore, les bnhmes n'eurent pUn le droit de changer les chefs de province, et que ces derniers transmirent leur pouvok à leurs âls aisés.
Quand les brahmes s'aperçurent qu'ils avaient élevé à c^ d'eux une puissance qui pourrait être un jour la cause de leur ruine^ il était trop tard pour y remédier; dans les contrées éloignées, les brahmatmas ne faisaient plus respecter leurs ordres qu'avec peine, une portion majeure des impôts était conservée ponr aon usage par chaque arya. Les troupes appartenant toutes à la caste des chefs ne connaissaient içtt'eux, n'ayant de tont temps été eommaiMlées que par eux... la moindre étincelle devait produire Tincendie, le pins petit choc amener une oenflagration générale. Sans pousser ouvertement à une rupture, les prêtres se préparaient pour la lutta qui devait infailliblement naître de cette situation. Quant aux xchatrias, nul doute que les plus puissants d'entre eux ne fussent dès longtemps unis par de secrets iratés.
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Cependant, comprenant que plus ils donneraient aux aryas le temps de se fortifier dans leur situation, plus Us auraient de difficulté à les faire rentrer dans le devoir, et à les vaincre en cas de conflit armé, les brabmesse résolurent à mettre un frein à leurs empiétements; ils débutèrent par un coup de maître qui leur eut certainement rendu leur prépondérance politique, sans un événement peu important au début, qui fit avorter leur tentative et donna le signal de la lutte, qui se termina par la consécration momentanée de la situation usurpée par les aryas.
Profitant de ce que le principe de leur autorité, n'était pas ouvertement nié, les brahmes firent rendre une ordonnance par leur chef suprême, le brahmatma Outtami-Richi, dé« eidant : qu'un brahme pundit serait envoyé dans chaque province, muni de tous les pouvoirs religieux, civils et militaires, pour étudier le pays et faire un rapport sur sa situation.
Surpris par la rapidité de la décision, les aryas chefs des provinces, n'eurent pas le temps de se concerter, et aucun d'eux n'osa isolément donner le signal de la révolte aux ordres du brahmatma; les envoyés furent reçus partout avec les honneurs souverains, et ils signifièrent, dès leur arrivée, aux chefe, qu'ils n'eussent à prendre aucune décision sérieuse sans leur concours.
Croyant à une mission temporaire, les xchatryas se rési* gnèrent, et sans l'incident auquel nous avons fait allusion plus haut, la restauration du pouvoir brahmanique était un fait accompli; les brahmes pundits avaient, en effet, reçu l'ordre secret de ne plus quitter les provinces où ils avaient été envoyés.
Voici d'après le Vedamagaa (recueil sacré), le récit de cet événement :
Le brahme pundit Vasichtha, un 'des envoyés du brah* matma Outtami-Richi, s'était rendu dans la province de Cosala qui lui avait été assignée pour résidence, et où commandait un arya du nom de Viswamitra. Au milieu des fêtes dont son arrivée fut la cause, ayant eu occasion de voir la belle Nalika (lys blanc), fille du chef, il en devint
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eperdûment amoareux, et comme il appartenait à la classe la plus élevée des initiés (dwidja), à laquelle le mariage était interdit, et qa*ii n'y avait pas à espérer d'un autre c6Cé, que Viswamitralui donnât sa fille pour concubine, il résolut d'arriver à ses fins par un moyen audacieux mais infaillible
Les brahmes de la pagode, qui lui devaient une aveugle obéissance, vinrent un jour au palais de Viswamitra, annoncer que Siva venait de faire connaître au milieu des sacrifices, sa volonté que la belle Nalika fût consacrée à son culte.
Viswamitra ayant, suivant la coutume, offert des vases précieux et de riches étoffes pour le rachat de sa fille, vit ses présents refusés par les brahmes qui exigèrent au nom du dieu, que Nalika leur fût livrée. Fort de son droit, car seules les filles de basses castes ne pouvaient se racheter par desoffrandesquandellesétaient touchées par l'oracle; Viswamitra porta la cause devant le pundit Vasichtha qui fut également saisi de la réclamation des brahmes, et, à l'étonné* ment général, le pundit ordonna que la belle jeune fille fût livrée aux prêtres de Siva.
Viswamitra indigné, et comprenant les motifs qui avaient dicté la sentence du brahme, refusa de sacrifier sa fille^ et ayant rassemblé ses guerriers, il chassa Vasichtha de la province. Les aryas de l'Antarvedi et du Yamouna, envoyés pour le soumettre par le brahmatma, se joignirent à lui avec leurs troupes pour secouer le joug brahmanique^ et tous trois marchèrent sur la ville d'Asgartha, après avoir vaincu en différentes rencontres les armées sacerdotales.
Après un long siège, la ville du soleil fut prise, et Viswamitra se fit proclamer artaxchatria, c'est-à-dire chef de rinde entière. Mais tel était le prestige de l'idée religieuse que le premier soin du nouveau chef, qui fondait son autorité sur les ruines du pouvoir sacerdotal, fut de gagner les prêtres en les comblant de richesses et d'honneurs, et en proclamant qu'il n'était, comme par le passée qu'une émanation de leur puissance. Viswamitra se servit d'eux pour courber sous le joug toutes les autres provinces de l'Inde
dont les aryas» à son exemple, s'étaient proclamés indépendants.
Les brahmes acceptèrent d'autant mieux leur situation nouvelle, qu'ils n'ayaient jamais gouverné directement leur vaste empire, et deux générations de rois ne s'étaient pas succédées, qu'ils avaient peu à peu reconquis toute leur puissance. Pendant plusieurs milliers d'années» les rajahs complètement mis en tutelle, ne choisirent leurs conseillent leurs ministres, les hauts fonctionnairee de l'Ëtat que dans la caste sacerdotale. Des guerres gigantesques auront beaa bouleverser l'Inde entière, la replacer sous l'autorité des prêtres, l'émanciper de nouveau, puis la diviser en uns vingtaine de royaumes particuliers, partout les brahmes eonserveront leur situation et maintiendront les rajahs dans l'obéissance par le mensonge, la superstition et la terreur religieuse. Il ne faudra rien moins pour anéantir leur puissance, que les invasions mogoles, musulmanes et euro« péennes, qui, même en les renversant comme pouvoir politique, compteront encore avec leur prestige religieux.
C'est pendant cette période qui va de la prise d'Asgartha» qui eut lieu dix mille ans avant notre ère, — la date est fixée au livre des zodiaques, — à la dernière révolte sans im» portance pour l'autorité des brahmes et des rajahs, celle do Souryastara (Zoroastre), deux mille ans avant Jésus-Ghrist, que se sont produites toutes les apparitions, incarnations et autres manifestations de la divinité; les unes, comme celles de Vamana et Paraçourama, suscitées par les brahmes dans l'intérêt de leur pouvoir, et pour frapper l'imagination des rajahs et des peuples; les autres, comme celles de lodah et de Manou-Vena, qui ne furent que des tentatives d'émancipation politique; les autres enfin, comme celles de Christns et de Bouddah, qui furent le signal de véritables révolutions religieuses dirigées contre les prêtres, mais que ces derniers surent habilement faire tourner à leur profit*
(Test également pendant cette période que les chefs mili* taires et religieux vaincus par les brahmes, de Manou-Vena qui s'enfuit en Egypte, à Zoroastre qui se réfugie en Perse» •'•échappent de l'Inde par toutes les issues, vont coloniser
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le monde, et répandre partout la langue, les lois et les traditions religieuses de la vieille contrée des brachmanaa (brahmes prêtres), et des aryas.
Refaire l'histoire de toute cette époque pendant laquelle rinde déversa sur le globe ses populations et ses idées, sera l'œuvre de plusieurs générations d'indianistes. Je ne puis qu'indiquer les grandes lignes.
En tête de chaque époque, de chaque émigration, de chaque révolution iOivile et religieuse, de chaque incarnation, je vais placer l'idée qui les a dominées, le nom de l'homme qui les a dirigées ou fait naitre; premiers jalons de cette histoire uiverselle qui doit, plus tard, au souffle de la liberté, renverser l'œuvre mensongère des prêtres et des rois... et remplacer cette prostituée historique qui n'a su jusqu'à ce jour que se mettre à genoux devant les aventuriers qui réussissent, et tresser des couronnes à ceux qui laissent derrière eux la trace de sang la plus profonde.
^6 U3 FXLft DS Diau.