MOSES OU MOÏSE ET LA SOCIÉTÉ UÉDRAÎQUE
qu'enchaîner la pensée, asservir les nations et courber les rois sous &a tutelle.
C'est ce que nous avons va par Tesquisse rapide des civilisations antiques étouffées sous le brahmanisme, qui de rinde les étreignit toutes; c e^t ce que nous verrons plus particulièrement encore par l'étude de toutes les idées religieuses qui, empruntées par la Judée à TÉgypte et à rinde, ont joué dans les temps modernes le rôle anti-civilisateur que nous connaissons
Ainsi que nous Tavons démontré, l'Egypte reçut de rinde, par Manés ou Manou, ses institutions sociales et ses lois, qui eurent pour résultat la division du peuple en quatre castes et placèrent au premier rang les prêtres, au second les rois, puis les commerçants et les artisans, et au dernier échelon social, le prolétaire, le serviteur, presque l'esclave.
Ces institutions et un même droit pénal produisirent, comme dans l'Inde, à l'aide du rejet de la caste prononcé contre les coupables, une classe mêlée, rebut de toutes les autres, qui, déclarée à jamais impure et proscrite, ne put parvenir à elTacer la tache indélébile que la loi lui avait imprimé au front.
Ces rejetés de la caste, ces parias de TÉgypte, soulevée par Moïse, qui leur fit entrevoir la liberté, donnèrent naissance aux Hébreux, à cette nation appelée pompeusement le peuple de Dieu.
Il est impossible de se former une autre opinion sur la régénération de cette i^ce asservie, lorsqu'on étudie, soit dans leur ensemble, soit dans leurs détails, toutes les sociétés de cette époque.
8i rinde eut ses parias, la Grèce eut ses ilotes.
8i rÉgypte eut ses déclassés, Rome eut sa caste servile, à qui elle refusa longtemps le titre de citoyen.
11 fut complètement dans l'esprit des peuples anciens de •e créer des esclaves, soit par la conquête, soit par la dé-
134 LA BTDLB DANS L*IXDB
gradation des criminels, que Ton rejetait du sein de la 80-* ciëté jusque dans la personne de leurs descendants. Et, ai nous faisons descendre les Hébreux des Égyptiens chassés de leurs castes, c'est qu'en fouillant les traditions historiques les plus reculées, il n'apparaît pas qu'ils aient pu être réduits en servitude par les vicissitudes de la guerre, et que, comme peuple, ils ne datent que de Moïse.
Au surplus, il faut choisir entre cette origine rationnelle, conforme à l'état social des civilisations anciennes, et celle que Moïse donne lui-même à son peuple dans les deux premiers livres de la Bible, la Genèse et l'Exode.
Voyons donc ce que dut être ce législateur; de cette étude naîtront des preuves aussi saisissantes qu'il soit possible d'en donner, à près de quatre mille ans de distance, sur une époque que les fables et les légendes de toute nature n'ont pas peu contribué à envelopper de nuages et d'obscurité.
D'après la version que Moïse donne sur sa naissance, les Hébreux s'étant multipliés au point de former une nation dans la nation, et de donner des craintes sérieuses au Pharaon qui régnait alors, ce dernier chercha à les faire périr par tous les moyens qui étaient en son pouvoir, ordonnant notamment le massacre de tous les enfants mâles qui viendraient à naître ; une pauvre femme, ne pouvant se résoudre à voir tuer son enfant sous ses yeux, préféra l'exposer sur le Nil dans un panier de jonc enduit de bitume.
La fille de Pharaon, qui était descendue sur les rives du Nil pour se baigner avec ses suivantes, aperçut l'enfant et, touchée de compassion, lui sauva la vie, et l'ayant fait emporter dans son palais, elle l'adopta pour son fils.
Cet enfant fut Moïse.
Élevé jusqu'à l'âge de quarante ans à la cour des rois d'Egypte sans qu'on lui ait révélé l'humilité de son origine, il fut, un beau jour, contraint de s'enfuir dans le désert pour avoir tué un Égyptien qui maltraitait un Hébreu.
IdOSFS OU MOISB BT LA SOCIÉTÉ HÂBBàÏQUE 135
Et ce fut là que Dieu vint lui révéler la mission qu'il voulait lui confier.
Je demande à Tesprit même le plus prévenu, s'il n^est pas naturel, logique, de penser que Moïse, élevé par les prêtres, fut initié par eux au culte pur et aux sciences réservés aux hautes classes, et que c*est de là que lui vient la lumière.
Et plus tard, lorsque chassé du palais de Pharaon, soit parce que la tache de sa naissance, cachée par la princesse qui Tavait sauvé, s'était dévoilée, soit parce qu'il avait tué on Égyptien, comme il nous Tapprend, ne comprend-on pas que le ressentiment et le désir de la vengeance ont dû le pousser à chercher les moyens d'émanciper la race dont il était descendu?
C'est alors que, profitant d'une de ces famines terribles qui ravagent TÉgypte lorsque les inondations du Nil qui fécondent cette terre viennent à manquer, ou bien d'un de ces fléaux dévastateurs qui ne sont point rares dans ces contrées, comme la peste ou le typhus, il se présenta devant le prince régnant comme un envoyé céleste, et, attribuant ces maux à la colère divine, il parvint à lui arracher la permission de soustraire les Hébreux à leur mal-> heureux sort.
J'inclinerais plutôt à croire cependant que le soulèvement et la fuite des Hébreux furent dus à une révolution, préparée de longue date par Moïse et son frère Aaron, qui le secondait dans ses projets, et dont les Égyptiens ne s'aperçurent que quand il ne fut plus temps de la réprimer.
Quant à la destruction du Pharaon et de son armée entière par les flots de la mer Rouge, je la relègue, avec le passage par les fuyards de cette même mer à pied sec, dans le domaine de la fantaisie et du miracle apocryphe.
On conçoit que Moïse, qui écrivit toutes ces choses après coup, de même qu'il se donnait comme un envoyé de Dieu,
136 LA BIBLE DAN8 l'iNDB
ait voulu les entourer d*une auréole mystérieuse, bien propre, du reste, à favoriser raccomplissement de sa mission.
C'était par le surnaturel et le prodige que tous ses de» ▼anciers s'étaient fait accepter des masses incultes et su* perstitieuses, et, en homme habile qu*il était, il voulait donner une sanction divine à son pouvoir, pour qu'il fût moins sujet à être discuté.
Certes, ce ne dut pas être facile que de conduire à travers le désert, à la recherche d'une terre fertile qui pût les recevoir et les nourrir, ces hordes indisciplinées qui, la veille esclaves libres le lendemain, ne devaient accepter que difficilement tout frein nouveau qu*on tenterait de leur imposer.
Le désert était immense ; où aller, nul ne le savait, et Moïse pas plus que les autres; il fallait cependant assigner un but à cette course au hasard et apaiser les murmures qui, de jour en jour, devenaient plus menaçants. — Nous allons à la conquête de la terre promise, s'écria Moïse. Et ils continuèrent à marcher
Les jours, les mois^ les années s'écoulaient, et la troupe errante ne parvenait pas à franchir les sables; tantôt on allait droit devant soi, foulant le sol avec fureur, avec rage, tantôt on revenait sur ses pas; la lassitude s'empa* rait des proscrits, et Ton regrettait la terre d'Egypte, et Ton blasphémait contre ce Dieu dont Moïse s'était fait Tin-
terprète Alors on se souvenait du bœuf Apis, qu'on
avait vu autrefois promené par les prêtres, avec des danses et des chants; on en construisait un, en or ou en airain, avec les bracelets des femmes et les boucliers des hommes, et on l'adorait, le priant de mettre un terme aux souffrances qu'on n'avait plus le courage d'endurer
Et Moïse était invisible, seul dans sa tente, peut-être désespérait-il lui aussi
Tout à coup, au déclin du jour, le ciel se chargeait da
IICSES OU MOJSE ET LA SOCIBTJÎ HÉBRAIQUB 137
nuages, les éclairs sillonnaient l'espace et le tonnerre faisait entendre sa Toix
C'était le moment d'agir, la foule écoutait avec terreur les manifestations de ces phénomènes physiques qu'elle ne
pouvait comprendre Aussitôt le chef paraissait, sa
figure était inspirée ; avant même qu'il parlât, le respect et la soumission étaient revenus ; il brisait les idoles et d'une voix vibrante annonçait que la colère céleste, pour les punir de leurs murmures et de leur peu do foi, les condamnait à errer encore avant d'atteindre la contrée, but de leurs recherches... Et on marchait toujours... C'était du temps de gagné.
Ils arrivèrent enfin au sommet d'une montagne de laquelle ils aperçurent de vastes plaines couvertes de moissons verdoyantes... Il était temps; usé par la lutte et les fatigues, arrivé au terme de son existence, Moïse ne put que s'écrier : — La voilà, cette terre vers laquelle le Seigneur m'avait ordonné de vous conduire. Il étendit les bras comme pour en prendre possession, et il mourut, laissant à son frère et aux fidèles qu'il avait formés le soin d'achever son ouvrage.
Pendant ses longues pérégrinations, il avait écrit un livre de la loi, dans lequel, donnant un passé à ce peuple né d'hier et s'inspirant des traditions et des livres sacrés qu'il avait étudiés en Egypte, il rappelle les légendes indoues sur Dieu et la création, institue les prêtres ou lévites, prescrit les sacrifices et leur mode, et jette dans quelques lois civiles et religieuses les bases de la société nouvelle que ses successeurs allaient fonder.
C'est ainsi que, dénué de fables et de prodiges, rejetant surtout lo rôle indigne d'elle que Moïse fait jouer à la divinité pour la réussite de ses projets, j'admets la tradition historique de la fuite deô Hébreux et de leur arrivée sur la terre qu'ils devaient conquérir.
N'est ce pas là, du reste, la légende bien simple qui pour-
rait s'appliquer à toutes les émigrations antiques, an berceau de toutes les anciennes civilisations?
Partout vous trouvez un législateur, un homme qui se
dit l'envoyé de Dieu, et qui parvient à réunir et à dominer
la masse, par le double prestige de son génie et de l'origino
* qu'il s'attribue. C'est ainsi que Manou, Manès, Boudha ot .
iZoroastre sont parvenus à s'imposer et à faire croire à
leurs missions.
Me dira-t-on que je substitue la fable à la fable? Non, car je ne fais que prendre les points les plus saillants de l'histoire primitive des Hébreux, qui seuls me paraissent devoir être considérés comme authentiques, repoussant seulement le mystérieux et le révélé, comme je le repousse dans l'Inde, comme je le repousse en Egypte, en Perse, en Grèce et à Rome, ne me reconnaissant nullement le droit d'admettre les légendes poétiques et sacrées des uns, et de rejeter celles des autres.
Ce qui fait la force de mon raisonnement, ce que nul ne pourra détruire, c'est cette unité, cette identité de rôle de tous les fondateurs de nations, puisant leur ascendant dans l'idée religieuse, qui est^ celle, il faut le reconnaître, qui a le plus de prise sur les intelligences naïves des peuples primitifs. Tous attribuent à Dieu leur livre de la loi ; tous règlent la vie religieuse au même titre que la vie civile ; tous divisent le peuple en castes et proclament la supériorité du prêtre: tous, enfin, après s'être annoncés comme une incarnation ou simplement un envoyé de Dieu, tiennent à entourer leur mort de mystère, ainsi que leur nais^ sance.
L'Inde ignore quelle fut la an de Manou.
La Chine, le Thibet et le Japon font remonter Boudha aux cieux.
Zoroastre a été enlevé par un rayon de soleil.
Et Moïse, emporté par un ange dans la vallée delloab, disparait aux yeux de son peuple, sans que celui-ci puisse
HOSBS OU MOÎSB ET LA. SOCIÉTÂ HéBRAÎQUB 139
«avoir quel coin de terre recèle ses dépouilles; et la crojance s'accrédite qu*il est retourné vers Dieu qui Tavait envoyé.
Voilà tout ce que la saine raison peut admettre sui Moïse. J'ai dit que le rôle attribué à Dieu par ce législateur était indigne de la majesté et de la grandeur de l'Être suprême; il sufût de lire les titres des dififérents chapitres de la Bible sur ce sujet pour être persuadé de cette vérité. (Édition du P. de Carrières, de la compagnie de Jésus.)
Exodt, ^ Giapitre VU. 1 1. — Moïse est établi le Dieu de Pharaon. Il ya trouver ce prince. La verge d'Âaron est changée devant lui en un ser» pent qui dévore celle des magiciens.
8 2. — Le cœur de Pharaon 8*étant endard contre le miracle de la rerge changée en serpent, Dieu fait changer en sang tontes les eaux de l'Egypte. Les magiciens de Pharaon imiteut oe prodige, et son cœur de* meure endurci.
Chapitre YITL 1 1. — Dieu envoie Mo!se vers Pharaon. Ce prinoe demeure dans son endurcissement. L'Egypte est frappée de la seconde plaie, qui est celle des grenouilles.
S 2. — Pharaon, endurci contre la seconde plaie, est frappé de la troisième plaie, qui est celle des moucherons, et de la quatrième, qui est «eUe des grosses mouches.
13. — Pharaon, pour être délivré de ces plaies, promet de laisser aller le peuple d'Israël; mais il change de sentiment et s'endurcit de nouveau.
Chapitre IX. il. — Cinquième plaie. Dieu frappe de peste toutes les bêtes des Égyptiens et épargne celles des Israélites.
2 2. — Sixième plaie. Dieu fait jeter de la cendre en l'aif; «t il s'ei forme des ulcères dans les hommes et les animaux par toute l'Egypte.
I 3. — Septième plaie. La grêle et le tonnerre. Dieu en avertit Phanon afin qu'il l'évite ; mais son cœur s'endurcit de plus en plus.
14. — Pharaon, effrayé de cette plaie, promet de laisser aller les Israélites; mais, s'en voyant délivré, il s'endurcit de plus en plus.
Chapitre X. i 1. — Dieu frappe PÉgypte de la huitième plaie, qui est celle des sautereUes ; elles dévorent tout ce que la grêle avait épargné «n Egypte.
12. — Le cœur de Pharaon s'étant endurci contre ces plaies. Dieu «nvoie la neuvième, qui est celle des ténèbres, qui couvrent toute TÊgypte. £Ues portent d'abord Pharaon à consentir au départ des Israélites, mais il se rétracte bientôt et s'endurcit de nouveau.