‹ Études indianistesChapitre 25 sur 122 · Chapitre XI. ^ Prédiction de la dixième et dernièi* plaie dont DJea · texte numérisé non relu

Chapitre XI. ^ Prédiction de la dixième et dernièi* plaie dont DJea

devait frapper l^gypte. Ordre anx Israélites d*cmprQnter des vases â''or et dVgent des Égyptiens.

Chapitre XII. — 8 1. — Le Seigneur ordonne aux Israélites de célébrer la prcmi^re pàques; il prescrit les cérémonies qu'on doit y observer,

8 2. — Le ï^eigneur permet de taer tous les premiers nés des Ègyp» tiens et d^épargner les Israélites. 11 ordonne de célébrer éternellement la mémoire de ce jour par une fête solennelle.

8 3. — Ordre aux Israélites d'immoler l'agneau pascal, de mettre son sang sur les portes de leurs maisons (pour que l'ange exterminateur, qui allait accom}>Iir son œuvre de mort, ne confonde pas les maisons des Hébreux avec celles des Égyptiens).

8 4. — Le Seigneur frappe tous les premiers nés de l'Egypte. Pharaon, •&ayé, presse les Israélites de quitter son pays. Ils empruntent des vases d'or et des habits des Égyptiens, et partent en grande hâte an nombre de ■iz cent mille hommes, suivis d'une multitude infinie de petit peuple

Arrôtons-nous làl Le cœur se soulève de dégoût et d'indignation à la vue de pareilles turpitudes, de pareilles superstitions.

Certes, si je ne m'étais dès longtemps séparé de toute admiration de parti pris, de toute croyance étroite, la lecture de ces absurdités suffirait à elle seule à m'amcner au culte de la raison pure, qui me donne sur la divinité des notions si simples et à la fois si sublimes.

Voyez-vous ce Dieu manifestant sa puissance par des invasions de grenouilles et de moucherons, puis frappant un peuple entier par Tenvoi de la peste et d'affreux ulcères, et en dernier lieu par lo massacre de tous les premiers nés de chaque famille!

Quelle gradation du risible... à l'horrible!

Ah ! vous pouvez fouiller dans toutes les mythoîogies antiques, sonder les mystères de tous les Olympes, retourner les traditions obscures de tous les peuples, je vous mets au défi do rien trouver d'aussi triste, d'aussi profondément démoralisateur. Et, j'ose le dire franchement, si j'avais à choisir entre le Dieu de Moïse et le bœuf Apis, c'est ce dernier que je préférerais.

Quand il a bien décimé TÉgypte par toutes sortes de fléaux, Jéhovah couronne son œuvre par une épouvantable

UOSBS OU MOlSB BT LA ëOCIÉTâ HÉBRMQUB 141

boucherie d'enfauts Mais ce n'est pas assez encore, il

ordonne à son peuple de garder un souvenir éternel de co h aut fait, et d'en fêter Vanniversaire par des cérémonies et des chants.

Et Tesprit moderne se repaît encore de telles atrocités ! J'entends déjà messieurs de Rome me traiter d'insensé et de hlasphémateur!

Qui donc est l'insensé? qui donc est le blasphémateur?

Est ce celui qui fait à Dieu une litière de sang?

Est-ce celui qui refuse de voir un bourreau dans Tétornelle puissance, Téternelle sagesse, l'éternelle bonté?

Il a fallu que. cet esclave fanatique, élevé par charité à la cour des Pharaons, fût bien persuadé de l'avilissement et de la stupidité du peuple qu'il avait soulevé, pour qu'il ait osé, en écrivant après coup l'histoire de cette révolution, l'entourer de ces lidicules horreurs.

Ceci est bien à Moïse, et il ne l'a copié nulle part. Quand nous démontrerons plus tard que les traditions bibliques ne sont que la copie altérée et mal faite des livres sacrés des Indous, nous aurons occasion de voir que ces peuples, loin dû faire de Dieu un épouvantail, se plaisent à regarder comme le plus bel attribut de sa puissance la mansuétude et le pardon.

Ce fut bien un peuple de parias que Moïse entraîna dans !e désert!

La veille encore,. courbé sous de durs travaux et abruti par la servitude, il ne voyait dans les dieux d'Egypte que de sombres génies du mal, dont la douleur et les cris des victimes faisaient la }oie, entretenu dans ces idées par les jautes castes qui le dominaient. Le peuple hébreu devint libre sans comprendre sa liberté. Aussi Moïse, pour mieux le dompter, dut-il faire de son livre un amalgame étrange de pures doctrines et de honteuses superstitions, flottant entre le souvenir affaibli des Yedas, qu'il avait entrevus

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dans ses études avec les prêtres, et les traditions du culta Tulgaire des Égyptiens.

Il avait à diriger une nation toujours prête à revenir à fies anciennes croyances, au bœuf Apis et au veau d'or ; il dut faire la part du feu, et pour faire admettre le Dieu unique qu'il proclamait, il ne put se soustraire à la nécessite de lui faire jouer un rôle identique à celui des dieux du passé.

Ne fallait-il pas, du reste, faire croire au prodige et inspirer la terreur, pour pousser en avant ce servile troupeau que rien dans le passé ne ralliait comme nation, si ce n*e8t le souvenir des souffrances communes?

Moïse avait déjà pu juger de la difficulté de sa tâche, lorsqu'un jour, au pays des Pharaons, voyant deux Hébreux qui se querellaient, il dit à celui qui outrageait l'autre :

— Pourquoi frappez-vous ainsi votre frère? Et qu'il lui fut répondu :

— Qui vous a établi sur nous pour prince et pour juge? Est-ce que vous voulez me tuer comme vous tuAtes hier un Égyptien ?

A partir de ce moment, il comprit sans doute que la révolution qu'il méditait ne serait que la partie la plus facile de sa tâche, et qu'il aurait à endurer de rudes épreuvea avant de parvenir à faire un tout de ce mélange de déclassés, d'esclaves et de vagabonds.

C'est ainsi seulement que je puis comprendre la création

iB ce Jéhovah destructeur, qui ne se manifeste que par U/

nenace et la vengeance, frein salutaire imposé à la licencar

it au murmure des mécontents. |

Mais si je le comprends comme moyen au début d'une

lation qui tire son origine d'une révolution servile, je ne

«e comprends plus et ne puis l'admettre comme croyance

de l'avenir, le reléguant ave.c tous les autres* mythes, avee

ton« les autres épouvantails dont se sont servis tous le»

fondateurs des sociétés antiques.

HOSBS OU MOlSK ET LA SOCIÉTB HÉBBAlQUB 143

Qu'on ne nous parle donc plus du peuple de Dieu !

En entourant leur origine fabuleuse de meurtres et de rapine9, car toujours, suivant Tordre de Dieu, ils ravirent aux Égyptiens le plus qu*ils purent de vases d'or et de vêtements, les Hébreux ne peuvent me faire changer l'opinion que j'ai émise sur eux, qu'ils ne furent que des parias révoltés. En outre des arguments que j'ai développés, j'en trouve un dans la Bible elle-même, que je puis appeler irréfutable, à moins que, dans ces études sur le passé, le vrai ne s'admette constamment que par l'absurde.

Suivant la Chronologie judaïque, c'est en l'an 2298 que Jacob alla s'établir en Egypte avec toute sa famille, composée de soixante-dix personnes, fils, petits-fils et arriôrepetits-fils.

Or, toujours d'après la même autorité, c'est en 2513, c'est-à-dire deux cent quinze ans après, que les Hébreux quittent l'Egypte au nombre de six cent mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, ce qui devait constituer pour le moins une nation de plus de deux millions d'&mes.

Est-il possible d'oser soutenir un seul instant qu'en une période de temps aussi restreinte, et malgré les durs labeurs auxquels elle fut assujettie, la descendance de Jacob «itpu se multiplier dans cette proportion, et ne serait-ce pas aller contre le bon sens que de chercher à expliquer la véracité de cette légende?

L'histoire des patriarches et de Joseph sont ou des fictions inventées par Moïse, ou, ce que je préfère croire, de vieilles traditions égyptiennes que ce législateur a re* cueillies, et dont il s'est servi pour prouver que la mission providentielle des Hébreux venait de loin, et que lèurt ancêtres avaient déjà été les élus du Seigneur.

Je le demande avec la plus entière bonne foi, est-ce qu'il n'est pas digne d'un critique historique intelligent et libre de rejeter cet amas de prodiges et de superstitions moni-

)44 LA BIBLB DANS L'iNDB

trueuses qui encombretit Forigine de la nation hébraiiq ae, et de vouloir la soumettre au moins aux lois vulgaires du •eus commun ?

Nous avons rejeté les mjthologies grecque et romaine avec dédain I

Pourquoi donc admettre avec respect la mythologie judaïque ?

Est-ce que les miracles de Jéhovah doivent avoir plus é*empire sur nous que ceux de Jupiter?

Est-ce que la Souveraine Sagesse, le Dieu que la conscience nous révèle, peut se retrouver dans Tun ou Tautre de ces êtres irascibles, sanguinaires, prêts à la vengeance, créés par la crédulité des peuples ?

Et puia quel est ce rôle d'orgueil et d'impudence uniqu« dans rhistoire?

Une nation se dit la seule protégée par TÊtre suprême, et elle ne sait donner à ses voisins que les plus odieux exemples de duplicité et de cruauté, et c'est au nom de Dieu qu'elle massacre les habitants des terres qui sont À sa convenance et sur lesquelles elle veut s'établir !

Esclave de la veille va-t-eUe au moins abolir l'esclavage dans la société nouvelle qu'elle fonde? Non, et c'est encore par les ordres de la divinité qu'elle réduira en servitude les populations qu'elle aura vaincues.

Je ne connais pas dans le passé un peuple dont l'hjpo^ isie ait été plus constante et qui ait mieux su sanctifief moyens par le but.

Que cela ne nous étonne pas. Â la tête de cette théocratie, établie par Moïse sur le modèle de l'Égjpte, s'est trouvé le prêtre, le lévite, et il n'a pas failli à son rôle antique de démoralisation et d'asservissement. Cet héritier ^du brah* manisme indou a continué, comme en Egypte et en Perse, comme dans toutes les sociétés primitives, à faire de l'Être suprême l'instrument de ses passions despotiques, à ex-

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HOSSS ou MOISB BT LA SOOlAtà BiBBMQUB 145

ploiter ridée religieuse pour courber les crédules sous la capricieuse influence de sa caste.

Quand nous aurons prouvé par l'étude, dans tout seg détails, de cette société hébraïque qu'elle ne fut, elle aussi, qu*une copie de celle de Manou, ne sera-t-il pas évi* dent que Moïse n'aura été que le continuateur de ce législateur par rÉgjptien Menés, et que sa Genèse lui aura été léguée par l'Inde ancienne au même titre que ses institntions civiles?

Nous pouvons dire que cette opinion, grâce aux recherches déjà faites sur les autres peuples du monde ancien, n'est plus un paradoxe, ce n'est que la continuation rationnelle et logique de ce grand mouvement d'influence porté aux quatre coins du globe par les émigrations venues des plateaux de l'Himalaya, influence à laquelle il est naturel de penser que les Israélites issus de l'Egypte ne purent se soustraire.

Nous allons faire une vérité de ceci en rapprochant l'œuvre du législateur hébraïque de celle du législateur indou, et le terrain ainsi complètement déblayé, nous pourrons aborder sans crainte les origines du monde d'après les Yedas et les traditions écrites des Indons, que la Bible n'a fait que reproduire avec de bien légères modifications.

Un mot encore.

En face de ces opinions que la raison et les recherches sur les sociétés de l'ancien monde m'inspirent, il ne me paraît point dénué d'intérêt de placer les appréciations des sectaires de la compagnie de Jésus sur ces tissus de cruauté et d'impostures. On verra que jamais l'esprit de parti n'esi descendu jusqu'à d'aussi misérables arguties.

Je lis, dans l'avertissement placé en tête du livre cie l'Exode par le P. de Carrières :

« Ainsi les chrétiens apprennent de ce grunà apôtre (saint Panl) k adorer la proiondeur des jugements do Dieu dans rendurcissement où il % Abandonné Pharaon, et à admirer sa sagesse infinie, qui a su faire servit

iO

146 LA BIBLE DANS L'iNDB

h m ^pre gloire et à Im ouuiifSMtstion de sa poisaanoe la dureté da m prince et Topiniàtreté aveo laquelle il a osé lai résister.

t Le même apôtre leur apprend enoore à regarder le passage de la mer Rouge comme l'image de leur baptême { la maone qui tombait du ciel, nomme la figure de TËucharistie; la pierre d*où sortait Teau qui suivait les Israélites dans le désert, comme la figure de Jésus-Christ qui nourril leschrétiant durant cette vie, et qui kt suit par sa gr&oo et par son esprit jusqu'à ce qu'ils toient entrée dana la vraie terre promise ; le mont Sinal, comme l'io'age de la Jérusalem d*ioi-bas; la loi, comme un pédagogue qui ne pouvait donner la vraie justice, mais qui conduisait à Jésus-Christ, par kquel on devait la recevoir; la ^cîre dont le visage de MoTse éclatait, comme Pimage de celle de rÊvangile; le voile dont il se couvrait, comme la figure de l'aveuglement des Juifs ; le Tabernacle, comme Timage dn sanctuaire céleste; le sang dea vietimei, oomme la figure de celui de JéiOfl-Clirist. a

Ainsi c'est toujours pour la plus gntnde gloire de Dieu^ «uivant nos lévites modernes, que l'Egypte a été décimée par toutes sortes de fléaux, la peste et les massacres d'enfants

Sans doute ce fut également pour la manifestation de la puissance céleste que les bûchers et les hécatombes ensanglantèrent le moyen âge. Et les victimes de la Saint- Barthélémy ainsi que les Yaudois ne furent qu'une figure des Égyptiens endurcis

Quelles aberrations I quel pervertissement de l'intelligence et de la morale !

Il est profondément attristant de songer que nous sommes encore obligés de compter aujourd'hui avec de pareilles superstitions, et que quatre à cinq mille ans de ruines n'ont pu conduire les peuples dans la voie de la libre pensée et de l'indépendance religieuse.

Sachons donc signaler courageusement leurs origines et leur arracher le masque dont elles se couvrent pour mon* trer à tous qu'elles sont uniquement l'œuvre de la faiblesse et des passions humainea.

1I08BS OU M0Ï8R BT LA SOCIÉTÉ UÉBRAÏQUB i^

CHàPITEE IV

VOliBK JOMDB UL SGOléxÉ h£bRa!qUB 8UB LB UODiLl DB CBLLBS DB L'âQYPTB BT DB l'INDB

En jetant la base des institutions politiques et religieuses qu'il voulut donner à son peuple, Moïse ne s^est point soustrait àrinfluence que nous avons signalée et qui a dominé le inonde ancien ; Teût-il essayé qu'il n'y fût point complètement parvenu.

Dès qu*il eut entraîné dans le désert cette masse de décastés qui, selon Fexpression même de la Bible, avait été suivie d'une foule immense de petit peuple ^ il fallut la discipliner, la ployer .à des habitudes régulières» lui donner des lois. L'idée des divisions de castes était trop dans les mœurs pour qu'il fût possible de l'abandonner, aussi présida-irelle à la constitution du nouveau gouvernement, qui ne fut autre chose que la représentation exacte du brahmanisme indou.

Au lieu de quatre castes, il y en eut douze, dont la pre« mière fut, comme toujours, celle des prêtres, chargée de toutes les fonctions civiles et religieuses de la nation^ dispensatrice de la parole de Dieu, gardienne des temples, seule préposée aux sacrifices, seule juge des péchés cto conscience et des fautes commises contre la société.

Cette théocratie eut pour chef suprême un grand-prêtre, autorité mystérieuse et puissante que nul ne put discuter» dont la parole faisait loi dans le spirituel comme dans le lemporel, et qui ne pouvait être atteint que par le juge* ment de Dieu.

C'est ridéal que rêve aujourd'hui rultramontanisme, l'autorité qu'il voudrait établir au profit des papes, en réduisant les sociétés modernes à n'être plus que des corps dont toute pensée et toute volonté aurait à Rome sa règle, sa souveraine inspiration.

Dira-t-on que les tribus hébraïques ne furent point des castes, et que ces divisions naturelles vinrent de l'origine attribuée à chacune d'elles, de leur descendance des fils dé Jacob?

Cette filiation n'est pour moi qu'une fiction ingénieuî?e de Moïse pour faire admettre comme créées par Dieu luimôme ces divisions qu'il établissait, et contre lesquelles le peuple eût sans aucun doute murmuré. N'était-il pas, du reste, nécessaire de présenter ainsi ces imitations d'un passé qui venait rappeler aux Hébreux leurs soufi'rances sous le despotisme égyptien, pour que, malgré cela, nul homme ne fût tenté de changer de tribu ?

Comme c'est bien toujours le môme mobile qui fait agir le législateur israélite, à peine libre il s'entoure d'initiés, les associe à s*n ambition, à ses projets, il les consacre prêtres, les met sous la protection divine pour que le peuple ne fût point tenté de contester la légitimité de leur pouvoir.

Ces tribus ou castes qui existèrent, avec une prohibition d'en sortir semblable à celles de l'Egypte et de l'Inde, no furept sans aucun doute conservées par Moïse que pour établir à tout jamais la suprématie du lévite, et pour que la famille de ce dernier se conserv&t pure de tout mélange avec les autres membres de la nation.

A une époque où tous les peuples avaient adopté ce principe du gouvernement parle prêtre, quoi de plus simple que de reconnaître que Moïse s'était borné à copier, en la modifiaiit, la constitution que les émigrations et les colonisations indoues avaient mise en honneur en Egypte et dang l'Asie entière?

MOSBS OU HOlSB KT LA SOOlÉTé HÉBRAÎQVB 149

Pas n'est besoin d'expliquer tout cela par une mission divine et par la croyance aux fables et aux prodiges dont le libérateur des Hébreux s*est servi pour diriger avec moins de peine la troupe turbulente et sans cohésion qu'il avait sous ses ordres. Les murmures, les refus d'obéisance, les soulèvements furent si nombreux, que Ton se demande comment il eût pu accomplir sa tâche, s'il n'eût eu l'habileté d'inventer ce Dieu sans cesse sur la brèche, faisant massacrer les blasphémateurs et les révoltés, et terrifiant la foule par l'atrocité de ses vengeances. N'estce pas au nom de Jéhovah que vingt-trois mille Israélites furent massacrés par les membres de la tribu de Lévi, c'est-à-dire par les prêtres, après les superstitions du veau d'or? Quelle qu'eût été l'énergie de Moïse, et en admettant ces épouvantables scènes de carnage, il eût fini par être tué lui-même, s'il n'eût divisé le peuple en classes différentes, et surtout fanatisé cette classe de prêtres qui furent ses sectateurs et ses soutiens les plus ardents. Je ne puis voir, pour ma part, aucune différence entre le brahmanisme et le lévitisme, et tout concourt à nous démontrer qu'ils sont descendus l'un de l'autre.

En rapprochant par les mœurs ces deux civilisations, nous aurons occasion de démontrer bientôt que cette filiation n'est pas imaginaire et que tout ne se réduit pas seu-, lement àdes rapports de ressemblance dans les institutions.!

On fait à Moïse l'honneur d'avoir établi le premier, d'une manière précise et sans obscurité, cette grande idée de l'unité de Dieu, que les nations contemporaines de celle qu'il fonda ne paraissent point, du moins dans les traditions historiques de cette époque, avoir comprise d'une manière aussi parfaite. Cette opinion est le résultat d'une erreur que nous aurons peu de peine à renverser, quoiqu'elle ait été consacrée par le temps et le dogme chrétien qui, en acceptant la succession hébraïque, dut natureliement la faire sienne et la propager avec ardeur.

Moïse, initie en Egypte par son éducation sacerdotale aux splendeurs du déisme indou, au lieu de donner aux Hébreux un culte basé sur les superstitions auxquelles les prêtres égyptiens avaient habitué les basses estâtes dans un but de dottÎMttien faeile à comprendre, leur réréla le premier des mystère» de llaHlation, basé sur TuiiHé de Dieu, et les traditions de la création du moBde, précieusement conserrées patr Tinde et par TÉgypte pour las castes privilégiées des brabmes et des hiérophantes.

Mais il est une ekoee digna de remarque, c'est qu^3, tout en livrant à la foule ces svblifnMs notions sur Tunité de rÊtre suprême, il fut obligé de les altérer, n'osant point les présenter dans toute leur pvrreté à ce peuple né de l'esclavage, et qui n'avait pas encore conquis une intelligence assez rationnelle, asses libre du passé pour permettre qu'on dégage&t pour lui Tidée de Dieu tout-puissant, créateur et bon , de toute idée accesioire de cruelles vengeances et de terribles châtiments.

C'est pour cela que Moïse n'osa faire planer son Jéhovah au*desBUs des mondes avec cette figure sereine et ealme des livres sacrés «les ladous qui sied si bien à sa majesté divine.

Si, d*un côté, il tut le mérHe d'oeer, contrairement à tous ses devanciers, proclamer l'unité de Dieu à la face de la nation et de proscrire les supentHtons q«e Maaou et Manès trouvèrent bonnes povr la plèbe, de l'autre, faisant un pas en arrière, il fut forcé, pour asseoir sa puissance et les institutions qu'il fondait, do iSsire de ee Dieu un être despotique et cruel, propre à inspirer la terreur et à con»mander l'obéresanoe aveugle.

Le cortège de craintes, ée terribles manifestattons que d'autres avaienrt divisé à l'inflai par la multipHeité des idoles, Moïse le fit découler d'mne seule, et son euHe ne fut ni moine sombre ni moins sanguinaire que oelui des autres. N'est-oe pae Jéhovah qui ordonne tous les

MOSBS OU UOÎSB BT T.A SOCléré H^BRAÎQUB 151

iaeres de ]a Bible, toutes les hécatombes de nations idolâtres, et cela pour la glorification de son nom et faire une place au soleil aux anciens esolaves de l^Égypte?

il faudrait avoir le reepeei de l'horrible bien cbeTÎlIé dans Tâme et l'amour des luttes ineptes de llntolérance fortement enraciné, pour Toir en Holse autre chose qu'un rude fondateur dont le fer et le feu furent le principal aide, et en Jéhovah autre chose qu'un épouvantail^ qu'un mojen de domination mis. au senrice d'une oligarchie sacerdotaku

En résumé, le gouvernement établi par Moïse fut théocratique sous Timpulsion souveraine -des prêtres. Les divi« sions par tribus qu'il édicta furent des castes destinées à maintenir le peuple dans un état de stabilité propre à assurer le régne des institutionB et du pouvoir nouveau. Et l'on peut dire alors que les Hébreux ne furent, ni par leurs croyances, ni par leur état social, une exception à la régie subie par tous les peuples de l'antiquité.

Il en est qui se retranchent derrière la sublimité du Décalogue pour faire aux Hébreux une auréole de moralité qu'ils refusent aux peuples contemporains.

Le Décalogue recommande d'honorer son père et sa mère, de ne point tuer, de ne point commettre d'adultère, de ne point voler, de ne point porter de faux témoignages contre son semblable et enfin de ne rien désirer de ce qui peut appartenir à autrui.

Ces principes ne datent point du mont Sinaï, ils sont antérieurs aux Hébreux et à toutes les civilisations qui les ont précédés; et lorsque Moïse vint les révéler au peuple sur la montagne, il y avait longtemps que la conscience les avait d'elle-même fart connaître à tout homme juste. Ce Décalogue, donné avec tant de pompe aux Hébreux au milieu des sons de la trompette et du tonnerre, me semble, du reste, une dérision bien amère... Il sufiît de lire la Bible pour voir que peu de peuples furent plus corrompus, qfi» peu usèrent de plus de duplicité dans leurs relations

\h2 Lk BIBLE DANS L*INOB

avec leurs voisins, que peu enfin eurent moins le respect delachosed'autrui.

Ils pillent 1 Egypte avant de la quitter, traversent le désert, continuent leurs brigandages, leurs vols à main armée sur chaque terre nouvelle qu'ils foulent, jusqu'à ce que, lassant la patience des peuples, ils soient vigoureusement châtiés et réduits de nouveau en servitude.

Moïse et ses successeurs eurent beau faire, les parias restèrent des parias, et il fut impossible de faire une nation sérieuse, attachée à la terre et adonnée au travail, de ces anciens esclaves des Pharaons. Nomades dés le début, ils restèrent nomades, malgré leur campement en Palestine, et les nations leurs voisines semblent s'être d*un commun accord réunies pour les fustiger et repousser leurs agressions sans cesse renaissantes, de même que plus tard T Europe entière devait se coaliser et courir sus aux pirates musulmans qui. comme eux, avaient eu l'Arabie et la Palestine pour berceau.

Oh! c'est une toute autre société que celle-ci que nous verrons s'épanouir dans l'Inde des Vedas, dans l'Inde des traditions primitives, des traditions sacrées, et si vous admirez les vérités vulgaires du Décalogue, quel sentiment s'emparera de vous à la vue de ces grands piincipes philosophiques et moraux que, plus tard, le novateur chrétien vint révéler au monde qui les avait oubliés.

Moïse les connut, les étudia sans doute dans sa jeunesse; sa tentative en faveur de l'unité de l'Être suprême, ainsi que sa Genèse, qui n'est qu'un écho de la Genèse indoue, semblerait nous le prouver. Et s'il a été au-dessous de sa tâche de régénération, s'il a copié le brahmanisme plutôt que le vedisme, peut-être doit-on l'attribuer à la situation morale avilie des Hébreux en Egypte, situation que l'indépendance ne parvint pas à changer, et qui peut-être força 00 législateur à régner, ainsi que nous l'avons dit, par la

MOSfiS OU HOISB ET LA SOCléTÉ HÉBRAÏQUE 153

superstition et la crainte des yengeances d*un Dieu sans pitié.

Avec \in autre peuple entre les mains, peut-être fût-il parvenu à édifier en Judée une société comparable à celle des plus beaux temps de la Grèce.

Ainsi donc ce ne fut point Thomme peut- être qui manqua de génie, car il avait puisé aux vieilles sources, mais bien le peuple qui manqua d'intelligence pour le comprendre.

Cela est si vrai, je crois si fermement que la réforme de Moïse eût pu avoir un autre cachet avec un peuple moins abruti par la servitude, que Ton peut remarquer que le Dieu de la Genèse, le Dieu des premiers pas bibliques, ne ressemble pas au Jéhovah jaloux et altéré de sacrifices humains de TËxodo et des livres suivants.

On dirait que Moïse, à mesure que les cris et les soulèyements devenaient plus fréquents dans le désert, sentait le besoin d'assombrir de plus en plus la figure de la divinité, de lui faire lancer des oracles vengeurs pour ramener le calme au sein de cette foule agitée, sur laquelle le langage de la raison ne pouvait avoir de prise.

Que serait venu faire ici le Dieu des Vedas avec ses trésors inépuisables de bonté et de pardon?... ce ramassis d'esclaves et de vagabonds Teùt banni. 11 lui fallut, pour le tenir, un Dieu à la main de fer, sachant châtier, mettre à mort, lancer le feu céleste et exterminer vingt ou trente mille hommes pour une imprécation, un blasphème, une prière au veau d'or...

Et voilà pourquoi Moïse abandonna les Vedas après la Genèse pour se jeter à plein corps dans le brahmanisme, c Cbt-à-dire dans la domination par le prêtre et pour le prêtre.

11 en est, sans doute, qui trouveront ces opinions bien étranges. Il est certain que Téducation que nous recevons depuis dix-neuf siècles ne nous prédispose guère à penser librement et à entendre la parole libre I

154 ul bible BtÀNB h'mim

Forcés que noug sommes, d*uB e6té, d'admettre certaÎBe» fictions religieuses, que Ton nous refuse le droit de diseuter, et de Tautre de repousser, sans de meilleurs motifs, ' d'autres fictions religieuses ^u'on n^ le droit de discuter, que pour les nier, que peut41 sortir de pareilles habitudes?.

Vérité ici, c'est-Â-dire chez nous, erreur au delà, c'està^ire chez les autres... Toilà la règle de tous les partis, le Bjstème de toutes les communioiBS...

Oh I je comprends parfaitement que la Toix d'un lîhre /)enseur, qui a le courage de venir dire : Toutes les superstitions comme tous les despotismes ont une origine 001»mune ; je viens vous le prouver et vous indiquer la source pour que vous la tarissiez, pour que vous puissiez faire l'avenir à Taide des leçons du passé ; je viens vous démoB^ trer qu'il n'y a plus de transaction possible avec certaines choses en face des ruines qu'elles ont produites.,, je coi&« prends parfaitement que cette voix puisse être honnie M conspuée, comme toutes celles dont elle suit la trace ferme et courageuse... et dont on a jeté l'oeuvre aux gémonies^ ne pouvant plus j jeter les corps.

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