‹ Études indianistesChapitre 28 sur 122 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

QUKLQUBS PREUVES PARTICULIBBES DE L*INFLUKNCB !»• DOUE PAR l'ÉQYPTB SUR LA SOCléTÂ HÂBRAÏQUE

Les mœurs et coutumes de la Judée rappellent tellement celles de llnde qu*elles sufâraient à elles seules pour soulever tous les doutes que Ton pourrait conserver sur la colonisation du monde ancien par des émigrations venues de rindoustan.

Nous avons vu les grands principes de cette vieille civilisation dominer la Perse, TÉgypte, la Grèce et Rome : la Judée va nous montrer la même influence jusque dans les moindres détails de son organisation sociale. Nous cueille» rons au hasard et sans ordre parmi ces nombreux points do contact et ces ressemblances, si frappantes qu'il est impossible de ne pas affirmer plus vigoureusement encore cetto unité d'origine de tous les peuples de l'antiquité, que nous avons, dès les premières pages de oe livre, posée presque comme un axiome.

Mariage des veuves chez les Eéhreux et chez les Inious.

Nous lisons dans la Qenèse Biblique :

« Joda fît épouser à Her, son fils alnô, une fille da nom de Tham&r. Her, fils aîné de Juda, fut un très-méchant homme, et le Seigneur k frappa de mort.

« Juda dit donc à Onan, son second fils : Épousez Thamar, la femme de votre frèra, et vives avec elle, afin que vo\u êutdlUt dei infanU à eotfs

• Or oetni-ei, cohabitant avec la femme de son frèrf, et sachant que

MOSES OU IIOÏSE ET LA SOCliTÉ HISbEaÏQUE 163

les anfants qni naîtraient d'elle ne seraient point à lui, mais seraient censés appartenir à son fr^,re, semin fundebU in terram, »

Nous lisons encore au livre de Ruth :

c Boo« dit : Je prends pour femntîe Ruth la Moabîte, femme de liîaha- 9n, afin de faire revivre le nom du défunt dans son héritage et qne son om ne s'éteigne pas dans sa famille, parmi ses frëros et parmi son euple, >

Maints antres passages de la Bible nous démontrent que ce fut une loi, pour le plus proche parent de tout homme mort sans postérité, d'épouser la veuve de ce dernier pour lui susciter des descendants. Les enfants qui venaient à naître étaient considérés comme les âls du défunt, et se partageaient son héritage.

D'où vint cette coutume, quelle fut la raison de cette obligation imposée par le législateur? Nous avons beau fouiller tous les livres de TAncien Testament, ils ne peuvent nous apporter aucune lumière sur ce sujet. La plupart des commentateurs, s'en rapportant aux motifs donnés par Booz de son mariage avec Ruth, croient que Tunion d'une veuve avec le frère ou un parent de son mari décédé n'avait en eflPet d'autre but que celui de perpétuer la race de ce dernier.^

Cette opinion ne saurait nous satisfaire.

L'intérêt particulier d'un homme qui n'existe plus étaitil donc si grand qu'un frère, et à son défaut un parent, fussent obligés de se sacriûer pour continuer sa descendance ?

Est-ce que ce frère ou ce parent n'^ devaient point tenir aussi à ne point mourir sans postérité? Pourquoi donc les forcer à un mariage qui, en continuant la famille d'un autre, devait tarir la source de la leur?

Cette coutume, dont le judaïsme ne peut nous donner l'explication , est le résultat d'une fiction qui tire son origine des croyances religieuses des Indous, apportées en Égjpte par les émigrations ; elle passa dans les mœurs et

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fat adoptéo par les Hébreux , bien que la crojance qui lui avait donné naissance eût été abandonnée ou oubliée.

Chez les Indous, un père ne peut parvenir au séjour céleste que par les sacrifices expiatoires et les cérémonies funéraires que son fils accoi!iplit sur sa tombe et qu'il doit renouveler à chaque anniversaire de sa mort. Ces sacri^ fices enlèvent les dernières souillures qui s'opposent à co que Tàme puisse, par sa réunion au Grand-Tout, goûter la suprême félicité promise à l'homme juste.

11 est donc de toute nécessité que chaque homme ait un fils qui puisse lui ouvrir Jcs portes de l'immortel séjour de . Brahma. C'est pour cela que la loi religieuse fait appel au dévouement du frère ou du plus proche parent du défunt, notant dUnfamie celui qui se refuserait à Taccomplissement de ce devoir sacré.

Chez les Hébreux, tous les fils qui naissent de la veuve appartiennent au mari dont la mort l'a privée, ce qui est absurde, puisque, pour continuer la postérité d'un homme, on éteint la postérité d'un autre.

Chez les Indous, au contraire, le premier fils qui naît ainsi a pour père le premier mari de sa mère, il hérite de lui et doit accomplir les cérémonies mortuaires; mais tous les autres enfants qui peuvent voir le jour par la suite appartiennent au frère ou au parent qui a épousé la veuve, et, de cette façon, son dévouement n'est point la ruine de Bes propres intérêts. Si, après avoir procréé un fils, il ne peut en obtenir d'autres, la loi lui permet d'en adopter un qui portera son nom 0t sacrifiera à ses funérailles.

La coutume hébraïque est un non-sens, puisqu'elle déclare enfants du défunt tous ceux qui viennent à naître de sa femme, sans s'inquiéter du père naturel, qu'elle prive ainsi de toute descendance.

La coutume indoue est rationnelle et logique, puisqu'elle sauvegarde les intérêts des deux , et de plus elle donne un motif à cet acte, qui serait incompréhensible sans la

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