‹ Études indianistesChapitre 38 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

KATSSâNOB DB L*H0MMB. — ADIMA ( BN SANSCBTT LB PBBMIBB homme). — H^VA (eN SANSOBIT CE QUI COM- PLÈTE LA vie). — L*ÎLE DE CEYLAN LEUB EST ASSIGNiS COMME séjOUB. — FAUTE OBTGINELLE bOMMISB PAB ADAM. — SA FEMME lB SUIT PaB AMOUB. — DÉSES- POIE d'aDIMA. — HÉVA LE CONSOLE ET INVOQUE LB 6EIGNEUB. — PABDON DE BRAHMA. — PE0MBS8B d'UN BÉDEMPTEUB.

Promenez- VOUS dans la toute la pointe orientale de Tlnd» et dans Tîle de Cejlan, où la tradition 8*est conservée dans toute sa pureté, interrogez llndou dans son humble paillette, ou le brahme dans le temple, tous vous rediront cette légende de la création de l'homme , telle que nous allons la relater ici d'après le Véda. Dans^ le Bagaveda-Gîta , Christna la rappelle en quelques paroles à son disciple et fidèle collaborateur Ârdjouna, et à peu près dans les mêmes termes que les Livres sacrés.

Les passages entre guillemets sont de simples traductions du texte.

La terre était couverte de fleurs, les arbres ployaient sous les fruits, des milliers d'animaux prenaient leuns ébats dans les plaines et dans les airs, les éléphants blanos se promenaient paisiblement sous Tombrage des forêts ^gantesques, et Brahma comprit que le moment était venu de créer l'homme qui devait habiter ce séjour.

Il tira de la grande âme, de la pure essence , un gerane

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de vie, dont il anima deux corps qu'il fit mâle et femelle» c*est-à-dire propre à la reproduction , comme les plantes et les animaux, et il leur donna Tahancara, c'est-à-dire la conscience et la parole, ce qui les rendit supérieurs à tout ce qui avait déjà été créé, mais inférieurs aux Devas et à Dieu.

Il distingua l'homme par la force, la taille et la majesté* et le nomma Adima (en sanscrit le premier homme).

La femme reçut en partage la grâce, la douceur et la beauté, et il la nomma Héva (en sanscrit ce qui complète la vie).

En effet, en donnant une compagne à Âdima, le Seigneur complétait la vie qu'il venait de lui donner, et en pesant ainsi les bases de l'humanité qui allait naître, il proclamait l'égalité de l'homme et de la femme sur la terre et dans le ciel.

Principe divin qui a été plus ou moins méconnu par les législations anciennes et modernes, et que l'Inde n'abandonna que par Tinlluence délétère des prêtres, lors de la révolution brahmanique.

Le Seigneur donna alors à Adima et à sa femme Héva l'antique Taprobane des anciens, l'île de Ceylan, pour habitation , île bien digne par son climat, ses produits et sa splendide végétation, d'être le paradis terrestre, le berceau du genre humain.

C'est encore aujourd'hui la plus belle perle de la mer des Indes.

« Allez, leur dit-il, unissez-vous, et produisez des êtres qui seront votre image vivante sur la terre, des siècles et des siècles après que vous serez revenus à moi. Moi, seigneur de tout ce qui existe, je vous ai créés pour m'adorer * pendant toute votre vie, et ceux qui auront foi en moi partageront mon bonheur après la un de toutes choses. Enseignez cola à vos enfants; qu'ils ne perdent jamais mon

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souvenir, car je serai avec eux tant qa*ils prononceront mon nom. •

Puis il défendit à Âdima et à Héva de quitter Ceylan, et ]1 continua en ces termes :

<• Votre mission doit se borner à peupler cette île ma* gnifique, où j'ai tout réuni pour votre plaisir et votre com modité, et à répandre mon culte dans le cœur de ceux qui vont naître. Le reste du globe est encore inhabitable ; si plus tard le nombre de vos enfants s'accroît tellement que ce séjour ne soit plus suffisant pour les contenir, qu'ils m'interrogent au milieu des sacrifices, et je ferai connaître ma volonté. »

Ceci dit, il disparut.

• Alors Adima se retournant vers sa jeune femme, il la regarda! ... Son cœur bondit dans sa poitrine à la vue d'u>ce aussi parfaite beauté... Elle se tenait debout devant lui, souriant dans sa virginale candeur, palpitante de désirs inconnus; ses grands cheveux se déroulaient en se tordant autour de son corps, enlaçant dans leurs spirales capricieuses et son pudique visage et ses seins nus que l'émotion commençait à soulever.

« Adima s'approcha d'elle, mais en tremblant. Au loin le soleil allait disparaître dans l'océan, les fleurs des bananiers se relevaient pour aspirer la rosée du soir; des milliers d'oiseaux au plumage varié murmuraient doucement au sommet des tamariniers et des palmistes; les lucioles phosphorescentes commençaient à voltiger dans les airs, et tous ces bruits de la nature montaient jusqu'à Brahma, qui se réjouissait dans sa demeure céleste

« Adima se hasarda alors à passer la main dans la che-> velure parfumée de sa compagne ; il sentit comme un frisson parcourir le cor])s d'Héva, et ce frisson le gagna Il

la eaibit alors dans ses bras et lui donna le premier baiser, en prononçant tout bas ce nom d'Héva, qui venait de lui être donnée « Adimal » murmura doucement la jeune

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femme en le recevant Et chancelante, éperdue, son

beau corps se ploya sur les bras de son époux

• La nuit était venue, les oiseaux se taisaient dans les bois; le Seigneur était satisfait, cap Tamoup venait de naître, précédant Tunion des sexes.

« Ainsi l'avait voulu Brahma, pour enseigner à ses créatures que Tunion de Thomme et de la femme sans Tamour ne serait qu*une monstruosité contraire à la nature et à sa loi. n

« Adima et Héva vécurent pendant quelque temps dan» un bonheur parfait; aucune souffrance ne venait troubler leur quiétude, ils n'avaient qu'à étendre la main pour cueillir aux arbres les fruits les plus t^avoureux, ils n'avaient qu'à se baisser pour ramasser le riz le plus fin et le plus beau.

• Mais un jour une vague inquiétude commença à s'emparer d'eux : jaloux de leur félicité et de l'œuvre de Brahma, le prince des Bakchasas, l'esprit du mal, leur souffle des désirs inconnus. — Promenons-nous dans l'île, dit Adima à sa compagne, et voyons si nous ne trouverions pas un lieu plus beau encore que celui-ci.

« Héva suivit son époux; ils marchèrent pendant des jours et des mois, s'arrétant au bord des claires fontaines, 80UB les multipliants gigantesques qui leur cachaient la

lumière du soîeil Mais, à mesure qu'ils avançaient, la

jeune femme se sentait saisie d'une terreur inexplicable, de craintes étranges. — Adima, disait-elle, n'allons pas plus loin ; il me semble que nous désobéissons au Seigneur. N'avons-nous pas déjà quitté le lieu qu'il nous a assigné comme demeure ?

« — N'aie point peur, répondit Adima, ce n'est point là cette terre horrible, inhabitable, dont il nous a parlé.

• Et ils marchaient toujours. ...••..•• « Us arrivèrent enfin à Textrémité de Tile de Ceylan ;

en face d'eux, ils virent un beau bras de mer peu large, et

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de (autre côté une vaste terre qui paraissait s*étenclre à rinûni ; un étroit sentier formé de rochers qui s'élevaient du sein des eaux unissait leur Ile à ce continent inconnu.

« Les deux voyageurs s arrêtèrent émerveillés : la contrée qu'ils apercevaient était couverte de grands arbres; des oiseaux aux mille couleurs voltigeaient au milieu du feuillage. — Voilà de belles choses, dit Adima, et quels bons fruits ces arbres doivent porter ! allons les goûter, et si ce pajs est préférable à celui-ci, nous j planterons notre tente.

« Héva, tremblante, supplia Adima de ne rien faire qui pût irriter le Seigneur contre eux. — Ne sommes -nous pas bien en ce lieu ? Nous avons de l'eau pure , des irniis délicieux, pourquoi chercher autre chose ?

« — Eh bien I nous reviendrons, dit Adima. Quel mal peut-il y avoir à visiter ce pays inconnu qui s'offre à nos yeux?

« Et il s'approcha des rochers. Héva le suivit en tremblant.

« Il prit alors sa femme sur ses épaules et se mit à traverser l'espace qui le séparait de l'objet de ses désirs.

« Dès qu'ils eurent touché la terre , un bruit épouvantable se fit entendre; arbres, fleurs, fruits, oiseaux, tout ce qu'ils apercevaient de l'autre bord disparut en un instant; les rochers sur lesquels ils étaient venus s'abîmèrent dans les flots; seuls quelques rocs aigus continuèrent à dominer la mer, comme pour indiquer le passage que la colère céleste venait de détruire. >• >

Ces rochers qui s'élèvent dans l'océan Indien, entre la pointe orientale de l'Inde et l'île de Ceylan, sont encore aujourd'hui connus dans le pays bous le nom de Palam Adima, c'est-à-dire Pont d'Adam.

Lorsque les Vapeurs qui se rendent en Chine et dans l'Inde ont dépassé les Maldives, le premier point de la côte indoue qu'ils aperçoivent est un sommet bleuâtre

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souvent couronné de nuages, et qui s'élève majestueusement du sein des eaux. C'est du pied de cotte montagne que, suivant la tradition, le premier homme partit pour aller aborder sur la côte de la grande terre.

Depuis les temps les plus reculés cette montagne porte le nom de Pic d'Adam , et c*est encore sous ce nom que la science géographique moderne la désigne.

Fermons cette parenthèse pour continuer notre récit.

« La végétation qu'ils avaient aperçue de loin n*était qu*un mirage trompeur, suscité par le prince des Rackchasas pour les amener à la désobéissance.

<« Adima se laissa tomber en pleurant sur le sable nu; mais Héva vint à lui et se jeta dans ses bras en lui disant : — Ne te désole point; prions plutôt l'Auteur de toutes choses de nous pardonner. »

Comme elle parlait ainsi, une voix se fit entendre dans la nue, qui laissa tomber ces mots :

« — Femme, tu n'as péché que par amourpour ton mari, que je t'avais commandé d'aimer, et tu as espéré en moi. Je te pardonne, et à lui aussi à cause de toi 1 Mais vous ne rentrerez plus dans ce lieu de délices que j'avais créé pour votre bonheur. Par votre désobéissance à mes ordres, l'Esprit du mal vient d'envahir la terre Vos fils, réduits à souffrir et à travailler la terre par votre faute, deviendront mauvais et m'oublieront. Mais j'enverrai Vischnou, qui s'incarnera dans le sein d'une femme, et leur appellera à tous l'espoir de la récompense dans une autre vie, et le moyen, en me priant, d'adoucir leurs maux.

•« Ils se levèrent consolés, mais désormais ils durent se soumettre à un dur labeur, pour obtenir leur nourriture de la terre. »> (Ramatsariar, récits et commentaires sur les Vëdas.)

Quelle grandeur et quelle simplicité dans cette légende jndoue, et en même temps quelle logique î

Le rédempteur Christna naîtra d'une femme pour ré«

GENESE INDOTJR 237

aompenser Héva de n'avoir ni désespéré de Diea, ni eu j;i'idée du premier péché, dont elle ne fat complice que par affection pour celui que le Créateur lui avait ordonué Taimer.

Gela est beau et consolant I

Voilà la véritable Eve, et on conçoit qu'une de ses fliles puisse être plus tard la mère d*an rédempteur.

Pourquoi le maladroit copiste de la Genèse hébraïque n'a-t-il point su transcrire cette version sans la tronquer?

Est-ce par oubli, est-ce avec intention que la femme a été chargée par Moïse de tout le poids de la faute originelle ?

Nous n'hésitons pas à dire que c'est intentionnellement, et par une i&che déférence aux mœurs de son époque, que ce législateur a faussé Tancienne tradition de l'Orient. Nous donnerons au chapitre suivant le motif de cette opinion.

Que dire de cette légende?

Quelque séduisante qu'elle paraisse, la raison doit la repousser aussi bien dans la religion indoue que dans l'idée chrétienne.

On ne peut prêter de telles faiblesses à Dieu, et croire que pour une simple désobéissance de nos premiers parents, il a pu condamner l'humanité entière, innocente , au mal et à la souffrance.

Cette tradition est née d'un besoin.

Les premiers hommes , en voyant leur faiblesse , leur nature composée d'instincts bons et mauvais, en face de toutes les douleurs qu'ils avaient à supporter, au lieu de maudire Dieu qui les afait créés, préférèrent rechercher dans une faute primitive la raison de leur situation misérable. De là cette faute originelle que Ton retrouve dans toutes les croyances des différents peuples du globe, et même chez les tribus sauvages de l'Afrique et de l'Océanie.

Peut-être aussi n'est-ce qu'un souvenir de la vie facile

238 LA BIDLB DANS L*INDB

et heareuse des anciens habitants du globe, à une époque où la terre, moins chargée d'hommes, donnait en abon dance et sans travail toutes les choses nécessaires à la suIh si^tance.

CHAPITBE V

OUfiQUOT MOISE ATTBIBUB-T-IL A L INITIATIVE DB LÀ FEMME LA FAUTE OBIGINBLLB? — LA FBMMB DES VÉDAS ET LA FEMMB DB LA BIBLE.

L'Inde des Vedas eut pour la femme un véritable culte, ce dont oh semble fort peu se douter en Europe, lorsqu'on i^ccuse les contrées de l'extrême Orient d'avoir méconnu la dignité de la femme et de n'avoir su faire de cette dernière ^u'un instrument de plaisir et d'obéissance passive.

Ce qui est vrai pour l'antiquité ne l'est pas quand il e*agit de l'Inde ancienne; et les sublimes eff^orts du Christ n'ont fait que rendre à la femme la situation sociale qu'elle cuvait déjà possédée aux premiers temps de l'humanité.

Il faut que l'on sache bien que ce fut l'influence sacerdotale et la décadence brahmanique qui, en changeant l'état primitif de l'Orient, rejeta la femme dans cet état d'asserviissement qui n'a pas encore complètement disparu de nos mœurs.

Qu'on Use ces maximes, cueillies au hasard, dans les livres sacrés de Tlnde :

« L'homme est la force, la femme est la beauté ; il est la raison qui domine, mais elle est la sagesse qui tempère ;

GBNÈSE INDOUB 239

Yun ne peut exister sans Tautre, et c'est pour cela que le Seigneur les a créés deux, pour un seul but.

« L*homme n*est complet que par la femme , et tout homme qui ne se marie pas dès T&ge de la virilité doit être noté d'infamie.

« Celui qui méprise une femme, méprise sa mèret

m Celui qui est maudit par une femme est maudit par Dieu.

« Les larmes des femmes attirent le feu céleste sur ceux qui les font couler.

<4 Malheur à qui se rit des souffrances des femmes! Dieu se rira de ses prières.

« Les chants des femmes sont doux à Toreille du Seigneur; les hommes ne doivent point, s'ils veulent être écoutés, chanter les louanges de Dieu sans les femmes.

« Que le prêtre laisse la femme brûler les parfums sur Tautel, quand il sacrifie pour la création, pour les fruits, pour les maisons et pour les fleurs.

« Les fesames doivent être entourées de soins et comblées de présents par tous ceux qui désirent de longs jours.

« C'est à la prière d'une femme que le Créateur a pardonné aux hommes ; maudit soit celui qui l'oublie I

• La femme vertueuse est exempte de toute purification, car elle n'est jamais souillée, même par les contacts les plus impurs.

« Celui qui oublie les souffrances de sa mère quand elle l'a enfanté, renaîtra dans le corps d'une chouette pendant trois migrations successives.

« Il n'y a pas de crime plus odieux que celui de perseeuter les femmes et de profiter de leur faiblesse pour .^ei dépouiller de leur patrimoine.

« En accordant la part qui lui revient à sa sœur, chaque frère doit j ajouter du sien et lui donner en cadeau la plus belle génisse de son troupeau, le plus pur safran de «a récolte, le plus beau bijou de son écrin.

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M La femme veille à la maison, et les divinités (deras), protectrices du foyer domestique sont heureuses de sa présence. On ne doit jamais lui confier les durs travaux des champs.

« La femme doit être pour Thomme de bien le repos du travail, la consolation du malheur. *>

Les sentiments qu'expriment ces citations ne sont pa? isolés et le fait d*un seul ouvrage; tous les livres anciens sont empreints du même amour et du même respect de la femme. L'abrégé même de Manou, fait par les brahmes au profit de leurs idées dominatrices, quoique venant placer la femme dans une situation plus soumise, plus effacée, n*a pu s*empécher, en maintes circonstances, de se faire l'écho de ces principes primitifs qu'on ne pouvait faire si vite oublier.

Nous avons en effet déjà cité un passage de ce livre qu'il ne nous paraît pas inutile de rappeler ici ;

• Les femmes doivent être comblées d'égards et de présents par leurs pères, leurs frères, leurs maris et les frères de leurs maris, lorsque ceux-ci désirent une grande prospérité.

« Partout où les femmes vivent dans Taffliction, la famille ne tarde pas à s'éteindre; mais lorsqu'elles sont aimées, respectées et entourées de soins, la famille s^augmente et prospère en toutes circonstances.

« Quand les femmes sont honorées, les divinités sont ^tisfaites, mais lorsqu'on ne les honore pas tous les actes f iont stériles. '

« Les maisons maudites par les femmes auxquelles on n'a pas rendu les hommages qui leur sont dus, voient la ruine s'appesantir sur elles et les détruire, comme si elles étaient frappées par un pouvoir secret. '

• Dans toutes les maisons où le mari se plaît avec sa femme, et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais. •

GBNfiSB INDOUB 241

NooB lisons encore dans le même ouvrage :

« Lorsque les parents, par égarement d^esprit, se met* tent en possession des biens d'une femme, de ses voitures ou de ses bijoux, ces méchants descendent au séjour in« fernal.

M Si une femme n'est pas heureuse et parée d*une ma* niôre digne d'elle, elle ne remplira pas de joie le cœur de son époux, et si le mari n'éprouve pas de joie, le mariage bera stérile.

« Lorsqu'une femme est heureuse, toute la famille Test également.

M La femme vertueuse doit n'avoir qu'un seul époux, de même que l'homme de bien doit n'avoir qu'une seule femme. *>

Sous rempi»*e des Védas, le mariage fut considéré comme tellement indissoluble que la mort même d'un des époux ne pouvait rendre à l'autre sa liberté, si des enfants étaient issus de cette première union. Celui qui restait sur cette terre d'exil devait vivre, par le souvenir et dans le deuil, jusqu'au jour où la mort lui permettait de retrouver dans le sein de Brahma la partie de lui-même, la sainte affection qu'il avait perdue.

Combien fut grande, par la conscience, l'idée du devoir et les sentiments du cœur, cette civilisation deg premiers âges qui, si près du berceau de l'humanité, n'avait pas encore vu naître les tristes ambitions qui depuis, en se partageant le globe, en le couvrant de ruines, ont fait oublier à l'homme son origine céleste et la sainte innocence de ses premiers pas.

Vous vojez bien que nous ne pouvons accepter le ju-, daïsme, avec son cortège de superstitions, d'immoralité et de cruautés, comme le gardien de la révélation primitive et l'initiateur de l'esprit moderne. La Judée, comme la Perse et l'Egypte, est issue du brahmanisme et de la décadence indoue^ et elle ne s'est souvenue de quelques-unes

des belles traditions de la mère-patrie que pour les trou* ^uer et les adapter aux mœurs de Tôpoque,

Le premier résultat de la triste domination des prêtres dans rinde fut rabaissement et la dégradation morale de la femme, si respectée, si honorée pendant toute la période védique.

La caste sacerdotale, en Égjpte, suivit les inspirations des brahmes et se gardât bien de rien changer à cette situation.

Si vous voulez régner sur des corps d^esclaves et sur dea consciences abruties, il est un moyen d'une simplicité sans égale que nous livre Thistoire de ces époques honteuses : Dégradez la femme y pervertissez-lui le moral et vous aurez bientôt fait de Thomme un être avili, sans forces pour lutter contre les plus sombres despotismes; car suivant la belle expression des Yedas^ « la femme est Tàme de l'humanité 1 *>

Comme il avait compris, cet auteur mystérieux et inconnu des livres sacrés de l'Inde, que la femme, fille, épouse et mère, tenait la famille par tous les liens les plus sacrés du cœur, et qu'en inspirant la famille par ses douces et chastes vertus, elle moralisait la société

Mais comme ils comprirent bien aussi, ces prêtres cor* rompus et affamés de pouvoir, que là était le joint, le nœud qu'il fallait trancher pour mieux asseoir leur domi"nation I

Moïse est-il venu changer cet état de choses et rendre â la femme son véritable rôle, celui dont elle avait dej^ joui dans les temps primitifs de TOrient?

Non!

A-t-il cédé aux mœurs de son époque contre lesquollci il fut impuissant à réagir? C'est possible; mais alors c'e>t une raison de plus pour qu'on ne vienne pas nous paiiaf de révélation

Ah ! partisans de Jéhovah, quelle petite idée vous cher<-

chez à nous donner de Dieu, et sur quelles trarîîtîop:^ singulières reposent vos croyances I

Corn menti voilà une civilisation plus ancienne que la vôtre, vous ne pouvez pas le nier, qui fait asseoir la femme à côté de Thomme, et leur donne a tous deux une placi ^gale dans la famille et dans la société, la décadence arrive et renverse ces principes... Vous naissez, vous voui intitulez orgueilleusement ** peuple de Dieu , » et voui n*étes qu*un fruit de la décadence indoue , et vous ne sa-^ vez pas retrouver les pures doctrines des premiers âges, ... et vous ne savez pas relever la femme, relever votre mèreî...

Allons donc, peuple d'Israël, peuple de parias, cesse de nous prêcher ton origine divine; ton régne fut celui de la force et du massacre, et tu ne sus pas comprendre la femme qui, seule, eût pu te régénérer 1

Tu as Ruth, il est vrai, dont tu vantes la candeur et la figure poétique et touchante... Nous savons ce qu'elle vaut et comment elle se prostitue à Booz, d'après les conseils de sa mère, pour se faire épouser.

C'était dans les mœurs de Tépoque, dira-t-on.

Et voilà précisément ce que je vous reproche, à vous qui prétendez descendre de la révélation I

Pourquoi ne les avez- vous pas changées ces mœurs? Vous avez hien su édicter le code de la conquête par le pillage, le fer et le feu ; mais vous avez été impuissant pour édioter le code de la pudeur et des chastes vertus.

Souvenez-vous donc des filles de Loth se prostituant à leur père ! D'Ahraham qui abandonne les enfants qu il a eus de ses servantes! De Thamar se livrant à son beaupère!

Souvenez-vous de ce prêtre, de ce lévite d'Éphraïm qui, pour calmer la fureur de quelques hommes ivres et leur échapper, leur jette sa femme en pâture et Tabandonne À leurs outrages pendant toute une nuit...

244 LA BIBLE DAMS L'INDB

Il est temps de jager toutes ces choses à leur valeur !

Si vous n'êtes pas la révélation J'accepte votre excuse ci j'admets avec vous que ces tristes choses étaient dans les mœurs du temps.

Si vous êtes la révélation je vous repousse et vous dis : Votre révélation est immorale I

Ohl vous voudriez nous faire croire que Dieu a créé une morale progressive et perfectible?... Qull j a une loi ancienne tolérant Timpudeur et une loi nouvelle qui la proscrit?

Eh bien ! je vous réponds qu'il n'y a qu'une loi de morale éternelle donnée par Dieu au berceau de l'humanité, et que tous les peuples qui la méconnurent violèrent la loi de Dieu.

Une chose qui m'a toujours beaucoup étonné est de voir les sommités du protestantisme moderne, de cette religion du libre examen, rejeter de leur communion ceux des leurs qui nient la révélation, en se basant sur les lumières de la raison.

Un homme que l'on dit illustre, parce qu'il a fait crouler un trône et qui en ferait crouler bien d'autres s'il n'était pour le moment en disponibilité pour cause de vice rédhibitoire, s'est mis, dans ces derniers temps, à prêcher dans des livres.

Il n'est pas catholique, parce qu'il n'a pas cette foi ar^ dente et sainte qui pourrait l'excuser.

Il n'est pas protestant, parce qu'il proscrit l'indépendance et la libre pensée.

11 n'est pas juif, parce qu'il admet la loi ancietine poux le passé et la rejette pour le présent.

Qu'cb^t-il donc?

Ce fut un homme qui méprisa les hommes, an ministre qui méprisa les ministres, un député qui méprisa ses ^leoteurs, un sujet qui méprisa son roi.»*

GBNÂSB INDOtn 245

Et c*est enfin un homme qui, après avoir eu du mépris pour tout... et pour tous,... est en train de recevoir aujourd'hui ce qu*il a si libéralement donné.

Eh bieni cet homme, qui s*est. mis à prêcher dans des livres, s'est fait le souteneur de la révélation judaïque.

11 croit à ceci, parce que cela lui convient; il rejette cela, parce que cela lui déplaît; il est éclectique, mais c'est d'un .éclectisme à lui ; il est libre penseur, mais sa libre pensée est à lui, et il ne veut pas de celle des autres...

Qu'est-ce qui le pousse à ce dernier r(^le?

L'envie de faire un dernier bruit autour de son nom.

Allons, monsieur Guizot, quittez votre plume, comme vous avez quitté le ministère, vous écœurez les croyants et lete libres penseurs, c'est tout ce que je puis vous dire au nom de la jeunesse pensante.

On doit respecter qui défend une idée et un drapeau» mais jamais ceux qui n'ont d'autre idée et d'autre drapeau qu'eux-mêmes.

Je viens de relire ce hors d'œuvre qui n'a peut-être aucune raison de noircir ces pages, dois-je l'effacer?... NonI En marchant au hasard, ma plume a peut-être rencontré un cri de la conscience publique I...

Le nom s'est présenté de lui-même parmi tous les défenseurs de la révélation hébraïque* et c'est le seul qui m'ait entraîné, parce que c'est le seul qui ait tant tiré de son moi... et personnifié en ^^trégolsme social, l'égoume politique, Tégoisme religieux.

Supposons que tout ceci ne soit qu'une parenthèse et re« venons à notre sujet.

Je disais à la révélation qu'elle n'est point la révélation, parce qu'elle n'a pas su relever la femme, et que, repouseant les traditions de l'Inde ancienne, de l'Inde des Védas, elle n'a su que continuer les traditions de l'Inde des temps brahmaniques.

La femme des Védas est une femme digne et chaste; la femme de la Bible n'est qu'une esclave et souvent qu'une ^restituée.

La femme des Védas est une compagne pour Thomme et Tionnpur du foyer domestique.

La femme de la Bible n*est qu'une concubine.

L'Indou ne pouvait avoir qu'une seule femme.

L'Israélite faisait des excursions sur le territoire de ses Toisins pour se procurer des filles vierges, et il ne craignait pas de vendre ses propres filles lorsqu'il en trouvait un bon prix.

Il n'est pas nécessaire de rechercher ailleurs que dans la corruption des mœurs des Hébreux les motifs qui ont poussé Moïse à intervertir les rôles et à tronquer la version indoue sur la création du monde, qu'il copia, en Egypte, dans les livres sacrés des prêtres.

Le législateur hébraïque ne put, à cette époque du règne de la force, entrevoir la belle et touchante figure de la femme libre, chaste et dévouée, et régnant par le cœur sur son mari et sur ses enfants. Disons-le, du reste, à sa décharge, s'il eût eu le courage de faire une tentative dans ce sens, son peuple ne l'eût point compris et il eût infailliblement succombé sous une révolte générale.

Dans tout l'Orient, la femme était devenue Tesclave du maître et nul ne songeait encore à l'émanciper, à lui restituer sa place; et Moïse, pas plus que les autres, n'eut l'idée de revenir aux primitives traditions.

Il ne pouvait donc pas, dans ces circonstances, transcrire la légende indoue dans toute sa sublime simplicité. Faire l'homme auteur de la faute originelle eût été diminuer son prestige, choquer l'orgueil de ce despote et faire comprendre à la femme que c'était à tort qu'on l'avait asservie au nom de la Divinité.

Ce n'est point en cela seulement que Moïse oublia l'Inde;

QF.XÈSE IKDUt'B ÎW

dans la Genèse, Jéhovah n'annonce pas de rédempteur à Adam et à Eve après leur faute, e^ ce n*est pas, je Tayoue, sans étonnement que je vois Tidée chrétienne s'appuyer sur Moïse pour soutenir que le Seigneur annonça le Messie à nos premiers pères.

Voilà comment s'exprime la Genèse lorsqu*Adam fut chassé du paradis terrestre :

« Et il dit (Jéhovah) : Voilà Adam devenu presque comme un de nous (Jéhovah ne me parait point certain d'être seul et unique Dieu), et sachant le hien et le mal; maintenant il faut le chasser, de peur qu'il ne lève de nouveau la main sur Tarbre de vie, et que mangeant de ses fruits il ne vive éternellement,

« Dieu le ût sortir alors du paradis de délices afin qu'il allât travailler la terre, d'où il avait été tiré.

« Et l'en ayant chassé, il mit des chérubins devant ce paradis de délices , qui faisaient étinceler une épée de feu pour garder l'arbre de vie, »

J'ai vainement scruté chaque phrase, chaque expression, non-seulement de ce livre, mais encore des quatre autres attribués à Moïse, il m*a été impossible d'y rien découvrir qui, de près ou de loin, au propre ou au figuré, puisse s'appliquer au Rédempteur.

Ce n'est que plus tard que les prophètes recueillirent cette tradition que l'Inde avait léguée à tous les peuples et que l'on retrouve dans tous les livres sacrés du globe.

Il n'est pas inutile non plus de remarquer que Moïse ne dit pas un mot de la création et de la révolte des anges, ce qui, selon nous, est encore un emprunt fait postérieurement aux croyances de l'Orient,

Ainsi, cette religion hébraïque se forme peu à peu de pièces et de moroeaux, recueillis çà et là dans toutes les mythologies antiques et mis sous la sauvegarde d'une révélation qui ne «outient pas l'examen.

218 LAi.BIBL:^ IîA2iS L*IKDB

Il résulte de tout cela que Moïse connut bien moins let livres sacrés de Tlnde et de TÉgypte que les lévites et le» prophètes qui vinrent compléter t>on œuvre.

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