I.B0 VOIX DB L'INDB
4ue Id temps, qui depuis a jeté dans la tombe Babylone et NinlTe f Athènes et Bome , n*a pu parvenir à les faire oublier.
Je yis les brahmes et les prêtres prêter Tappui de leur parole, Tautorité sainte des vedas, de la divine écriture ao lespotisme inintelligent des rois, et oublieux de leur ori- ^ne, étouffer Tlnde sous une théocratie corrompue, qui, avec ses divisions de caste, ses indignes sacrifices aux passions les plus honteuses, son abrutissement systématique des masses, eut vite fait d'anéantir à son profit les gloires du passé qui faisaient sa honte... la liberté qui Teût renversé.
£t je compris bien mieux encore pourquoi ce peuple, «près deux mille ans et plus de servitude religieuse, était toujours sans forces pour repousser ses bourreaux... et leur demander compte, se bornant à courber la tête sous l'odieuse domination des marchands angluis, en implorant à deux genoux chaque matin et chaque soir ce Dieu... au nom duquel ses brahmes et ses prêtres Tont tuél.««
ChsDdenifigor, 25 iéewnm IBÊL
PREMIÈEE PARTIE
L'INDB EN FâCE DES TEMPS ANCIENS
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Lorsque TEnropéen prena pour la première fois poisesgion du sol de llnde, il arrive avec d'étranges préjugés, fier du passé et de la civilisation des contrées où il est né ; il lui semble, à cet homme fort de TOçcident, qu'il apporte aux peuples qu^il vient visiter la morale la plus élevée, la philosopliie la plus rationnelle, la religion la plus pure ; puis, en face des efforts imipuissants tentés par les missionnaires de tous les cultes qui comptent à peine quelques parias parmi leurs adeptes, il laisse tomber avec dédain les mots d'abrutissement et de fanatisme, et retourne dans sa patrie, après avoir vu quelques cérémonies qu'il ne comprend pas, quelques pagodes dont les monstrueuses idoles lui font hausser les épaules, et des fakirs, sortes de Siméons st^ylites dont les flagellations et les tortures le remplissent de dé" goût.
Si un de ces malheureux illuminés s'eit soulevé «veo effort sur les marches d'un temple dédié à 'Vischnou ou à 8iva, pour lui demander l'aumône, il l'a regardé avec pitié en murmurant les articles de nos codes contre le vagabondage, et cependant, en visitant Rome, peut-être a-t-il laissé tomber quelque obole dans la main défaillante du bienheBreux Joseph Labre, ce fakir de l'Occident.
16 LA BIBLB DANS L*INDB
Fort peu de voyageurs ont cherché à comprendre Tlnde, fort peu ont daigné faire les efforts nécessaires pour s'ini« tier aux splendeurs de son passé; n'étudiant que la surface, Hs n'ont rien tu au delà; ils ont même déclaré qu'il n'y avait rien, avec la sûreté d'une critique trop peu raison née pour n'être pas yictime de Tignorance.
A quoi sert le sanscrit? disait Jacquemont, et glorieux de cette boutade, il s'est mis à composer un Orient de conyention que ses successeurs ont copié, que toutes les bibliothèques ont accaparé, et qui est encore aujourd'hui la source de toutes les erreurs qui composent les trois quarts du bagage des connaissances de TEurope sur cette contrée.
Et cependant, que de richesses enfouies à dévoiler! que de trésors de littérature, d'histoire, de morale et de philosophie à faire connaître au monde I
Les travaux des Strange^ des Colhrook^ des William Jones t des Weler, d^Bs Zassen et des Burnouf sont venus porter un peu de lumière sur toutes ces choses ; espérons qu'une nombreuse succession d'indianistes les suivra, et que l'on parviendra à reconstituer complètement une époque qui n'a rien à envier à la nôtre comme grandeur et civilisation, et a initié le monde entier à tous les grands principes de législation, de philosophie, de morale et de religion.
Malheureusement, il est presque impossible de remonter aux origines de ce mystérieux pays, sans l'habiter, se pénétrer de ses mœurs, de ses usages, et surtout sans une connaissance approfondie du sanscrit, la langue ancienne, et du tamoul, la langue savante actuelle, qui, seules, peuvent vous guider dans ce dédale obscur et vous mettre à même de travailler avec fruit.
Un reproche que je ferai à beaucoup de traducteurs et d'orientalistes, tout en admirant leur profonde science, c'est, n'ayant point vécu dans l'Inde, de manquer de justesse dans l'expression, de ne connaître pas le sens symbo-
l'ZKLlL EN FaCB DES TBMP.S ANCIENS H
liqne des ehants poétiques, des prières et des cérémonies, et d^arriver ainsi trop souvent à des erreurs matérielles, soit de traduction» soit d'appréciation.
Je n'ai guère vu que les travaux des illustres Anglais, tels que William Jones et de Colbrook, être admis par les brahmes comme l'interprétation exacte de leors ouvrages, et ils en trouvaient la raison dans ce que ceteavants avaient vécu parmi eux, profité de leurs lumières et subi leur contrôle. Peu d'écrivains, en effet, sont aussi nuageux, aussi obscurs que les écrivains indous. On est obligé de dégager leurs pensées d'une foule de périphrases poétiques, de hors-d'œuvre et d'invocations religieuses qui, certes, ne contribuent point à éclaircir le sujet traité. D'un autre côté le sanscrit, pour chaque variété d'images et d'idées, possède une quantité innombrable d'expressions diverses, qui n'ont pas d'équivalents dans nos langues modernes, et, ne pouvant se rendre qu'à l'aide de circonlocutions, exigent une scienoe sérieuse, qu'on ne peut acquérir que sur le sol, des mœurs, des coutumes, des lois et des traditions religieuses de ces peuples dont on traduit les œuvres, et étudie les origines.
Toutes les connaissances acquises en Europe ne servent de rien pour approfondir Tlnde ancienne; il faut débuter comme un enfant qui apprend à lire, et la moisson est bien lointaine pour les faibles courages.
Mais aussi quel spectacle splendide vient tout à coup s'étaler à vos yeux, et quelle récompense pour celui qui ne s'est point découragé.
Ecrivains, savants qui aimez l'Inde, venez vivre avec rindou sous le Pandal; venez apprendre son antique langage, vous assisterez à ses cérémonies, à ses prières, à ses ehants; élèves en théologie, vous étudierez Brahma et son culte. Les pundits et les brahmes vous enseigneront les Vedas et les lois de Manou; vous puiserez à pleines mains dans tous les monuments les plus anciens de la littérature.
18 LA BIDLB DANS L'iNOB
Puis vons irez visiter tous ces édifices encore debout, légués par les premiers âges, et qui sont là dans leur symbolique architecture comme un signe de la grandeur éteinte en face d'une décadence que rien ne peut arrêter, car c'est la loi du destin, Vinexorahile fatum.
Alors TOUS aurez été initiés.
L'Inde vous apparaîtra comme la mère du genre humain» comme le berceau de toutes nos traditions.
La vie de plusieurs générations suffirait à peine pour lire seulement les ouvrages que Tlnde ancienne nous a légués sur l'histoire, la morale, la poésie, la philosophie, la religion, les sciences diverses et la médecine; peu à peu chacun apportera son œuvre ; la science, elle aussi, possède une foi qui transporte les montagnes, et rend ceux qu'elle inspire capables des plus grands sacrifices.
Au Bengale une société s'est donné pour mission de recueillir et traduire les Vedas.
On verra où Moïse et les prophètes ont puisé leur sainte Écriture, et peut être leur refera-t-on leur livre des Rois, que l'on dit perdu, mais qui suivant moi n'a jamais été écrit, parce que le livre a manqué aux copistes de la Biblo et que la tradition ne pouvait leur suffire pour le reconstituer.
On pourra dire que j'avance dès le début de bien étranges choses; patience, les preuves iront bientôt en se multipliant et se soutenant les unes les autres.
L'idée qui domine tout ce livre, et c'est peut-être Toocasion de le dire, est celle-ci :
De même que notre société moderne se heurte à chaque pas aux souvenirs de l'antiquité, de même que nos poètes ont copié Homère et Virgile, Sophocle et Euripide, Plauto. et Terence, que nos philosophes se sont inspirés de Socrate, de Pythagore, d'Aristote et de Platon, que nos historiens f ?ennent Tite-Live, Salluste ou Tacite pour modèles, que DOS satiriques imitent Juvénal, nos orateurs, Démosthènee
L'INDB EN FACE DES TBMP8 ANCIENS 10
eu Cicéron» que nos médeciDS étudient encore Hippocrate et que nos codes traduisent Justinien :
De môme, Tantiquité a eu elle aussi une antiquité qu*eUd a étudiée, imitée et copiée; quoi de plus simple et de plus logique? Est-ce que les peuples ne procèdent pas tous les uns des autres ; est-ce que les connaissances péniblement conquises par une nation se circonscrivent sur son territoire; est-ce qu*il peut être enfin insensé de prétendre que rinde d'il j a six mille ans, brillante, civilisée, regorgeant de population, a imprimé sur rÉgjpte, la Perse, la Judée, la Grèce et Rome, un cachet aussi ineffaçable, des traces aussi profondes que celles que ces dernières ont laissées parmi nous?
n est temps d'en finir avec ces préjugés qui nous représentent les anciens comme arrivés presque spontanément aux idées philosophiques, religieuses et morales les plus élevées; avec ces préjugés qui expliquent tout, dans leur admiration naïve, à l'aide de l'intuition de quelques grands hommes dans le domaine scientifique, artistique et littéraire; et dans le domaine religieux, à l'aide de la révé« lation.
Et parce que nous avons, pendant des siècles, perdu le fil qui unit Tantiquité à l'Inde, est-ce une raison pour continuer à adorer le fétiche, sans vouloir rien entendre de ce qui pourrait l'amoindrir?
Est-ce que nous n'avons pas, brisant avec le passé, rejeté \es sciences ocultes du moyen âge, par Texpérimentation, la balance et le creuset?
Osons donc porter la même méthode expérimentale sur le terrain de la pensée.
Hommes de science, repoussons l'intuition ;
Rationalistes, repoussons la révélation.
Je demande à tout homme qui a fait une étude particuiere sur les anciens, si vingt fois il ne lui est pas venu A l'esprit que ces peuples avaient dû puiser à un foyer de la-
20 LA BinLB DANS L'iNDE
mière qui nous était inconnu ; si vingt fois il ne s'est pat dit à lui-même^ rebuté par un point d'histoire et de philosophie resté obscur :
— Ahl si la bibliothèque d^Alexandrie n'eût pas été brûlée!
Peut-être trouverions-nous là le secret de ce passé qui nous échappe.
Il est une chose qui m*a toujours extraordinairement frappé.
Nous savons par quelles études nos penseurs, nos mora<» listes, nos législateurs se sont formés.
Mais quels ont été les précurseurs de TÉgyptien Mènes, de Moïse, de Minos, de Socrate, d'Aristote et de Platon?
Quel a été enfin le précurseur du Christ ?
Ils n*en ont pas eu, me direz-vous.
A cela je répondrai que ma raison se refuse à croire à la spontanéité de rintelligence, à l'intuition de ces hommes, que Ton cherche du reste à expliquer, pour quelques-uns, par la révélation divine.
Et alors, me dégageant de ce passé nuageux, je n'accepte plus que la critique libre et raisonnée, et m'élance dans le chemin qui, suivant moi du moins, doit m'amener à la vérité.
Les nations n'arrivent à quelque splendeur qu'après une enfance longue et pénible, à moins qu'elles n'aient, pour abréger leur route, les lumières d'autres peuples qui les aient précédés.
Voyez quels étaient les tâtonnements des sociétés modernes, jusqu'au jour où la chute de Constantinople vint révéler l'antiquité.
Les émigrations i-ndoues sont venues rendre le mémo service à l'Egypte, à la Perse, à la Judée, à la Grèce et à Rome. Voilà ce que je prétends démontrer.
Certes, je ne prétends point faire la lumière aussi oom-
L*TNDB BN FACE DBS TBMPS ANCIBNt 21
plète que je le voudrais. Un homme ne peut suffire à une pareille tâche.
J*apporto une idée que je crois vraie, je Tétaye des preuves que j*ai pu rencontrer, tant dans les travaux des savants orientalistes que dans mes faibles recherches ; d'autres creuseront la mine, mieux peut-être et plus avant; en attendant, voilà le premier coup de pioche.
Et je dois le dire tout d*abord, je ne recherche ni U bruit, ni le scandale, et je professe le respect le plus profond pour toutes les croyances que cependant je me croit en droit de ne point partager, dans l'entière indépendance de ma pensée.
Les chercheurs qui ont adopté TÉgypte pour champ de manœuvre, qui fouillent et refouillent cette contrée de fond en comble, voudraient bien faire croire, eux aussi, que tout nous est venu de leur pays de prédilection. Il en est même qui vont jusqu'à prétendre que l'Inde a copié, en Egypte, ses castes, sa langue et ses lois, alors que l'Egypte, au contraire, n'est tout entière qu'une émanation indienne. Ils ont tout entre les mains, les encouragements des gouvernements, l'appui des sociétés savantes ; mais, patience I Le jour se fera complètement ; si l'Inde est bien éloignée pour de faibles courages, si son soleil tue, si le sanscrit est trop difficile pour qu'il soit possible de faire un peu de charlatanisme, s'il n'y a pas un budget pour transporter des blocs de pierre éraillés, en revanche il y a an petit nombre de fidèles pour qui l'Inde est un culte, qui travaillent sans relâche, non à creuser des fossés et à retourner du sable, mais à comprendre des livres.
Avant peu, ils feront une vérité de cette parole :
Étudier l'Inde, c'est remonter aux sources de l'humanité
D'autres écrivains, aveuglés par leur admiration pour le flambeau hellénique, veulent lè rencontrer partout et se livrent à d'étranges théoriea.
Cela ne date que d'hier :
?& LA BIBLE DANS L'l^*DB
M. Philarète Charles, dans un livre qa*il publiait sar rOrienty prétendait qu'à la suite des quelques pas légendaires qu Alexandre fit jadis dans l'extrême nord de Tlnde, rinfluence de la Grèce s'était répandue dans le pays tout entier et avait vivifié les arts, la littérature, en un mot, toute la vieille civilisation brahmanique.
Cela est à peu près aussi vrai et aussi logique que si Tob venait à soutenir que Tinvasion des Sarrazins, sous Charles- Martel, a eu quelque influence sur les mœurs des Gaulois d'avant la conquête romaine.
Une pareille opinion est tout simplement le résultat d'un Don-sens historique.
A l'époque d'Alexandre, l'Inde avait déjà traversé la période de splendeur pour entrer dans celle de la décadence, et ses grands monuments de philosophie, de morale, de littérature et de législation comptaient déjà plus de deux mille ans d'existence.
Au surplus, je défie qui que ce soit de me montrer, dans l'Inde, la moindre trace, le vestige le plus insignifiant, soit dans les différents idiomes, soit dans les usages, soit dans la littérature, soit dans les cérémonies, soit dans la religion, qui accusent l'infiuence grecque.
Alexandre n'a été dans l'Inde qu'un fait brutal, isolé, circonscrit, exagéré par la tradition hellénique, que les Indous n'ont pas même daigné relever dans leur histoire. Je ne voudrais blesser en rien un écrivain dont j'admire sincèrement le talent, mais je ne puis m'empêcher de lui dire que c'est là un rêve éclos au hasard de la plume, un paradoxe incapable de soutenir l'apparence même d'une discussion. Et je m'étonne à bon droit qu'un indianiste distingué, M. du Mesuil, je crois, ait pris la peine de répondre sérieusement.
Prétendre aujourd'hui, en l'absence de toutes preuves, alors qu'on ne retrouve pas même dans les Annales de rindoustan le nom grécisé du vaincu Porus, qu^Athènes a
l'inde en pacb des temps ancienp 2»^
inspiré le gonie indou, de même qu'elle a donné la vie à Tart européen, c'est ignorer l'histoire de Tlnde, c'est faire instruire la mère par les âls, c'est enûn oublier le sanacrlt.
Le sanscrit, voilà la preuve la plus irréfutable, et en même temps la plus simple, de l'-origine des races européennes et de la maternité de Tlnde.
Ce que je vais dire n'apprendra sans doute rien aux hommes spéciaux, mais que l'on n'oublie pas, qu'en apportant peut-être une idée neuve, je m'empare de toutes les découvertes qui peuvent Tétajer, dans le but de les vulgariser et de faire connaître aux masses qui n'ont ni le temps ni les moyens de se livrer^à de semblables études, cette civilisation extraordinaire des premiers âges que nous n'avons pas sncore dépassée.
Si le sanscrit a formé le grec, ainsi que du reste toutes les langues anciennes et modernes (j'en donnerai bientôt de nombreuses preuves), il n'a pu être apporté sur ces différents sols que par des émigrations successives; il sorait absurde de l'imaginer autrement, et l'histoire, bien que réduite à tâtonner sur ce sujet, nous aide à soutenir cette hjpothèse plutôt qu'à la combattre.
Ceci admis, en face d'une langue aussi perfectionnée, on est bien obligé de reconnaître que les populations qui la parlaient étaient arrivées à un haut degré de civilisation, et qu'en emportant avec elles le langage de la mèrepatrie, elles ont fatalement conservé leurs traditions historiques et religieuses, leur littérature et leurs législations.
Si la langue, malgré ses transformations nécessaires, et bien qu'elle ait donné naissance à une foule d'autres, se retrouve dans nos idiomes modernes, quoique ayant perdu son cachet primitif, et dans ceux de l'antiquité d'une manière plus saisissante, parce qu'ils étaient plus près de leuf origine ; on est conduit rigoureusement à penser et à sou-
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tenir qu'on doit retrouver aussi les traditions historiquei, religieuses, littéraires et de législation, presque lesniémei dans Tantiquité, affaiblies et transformées dans les tempi modernes.
Quel champ vaste et nouveau pour Tinvestigation humaine! On peut alors, remontant àTorigine, à Taide do l*antique civilisation de Tlnde, suivre pas à pas tous les peuples dans leur enfance et dans leur maturité, assigner à chacun son berceau, dissiper les ténèbres de Thistoire; et de même que les philologues déterminent aujourd'hui pour chaque langue la part d'emprunts faits au sanscrit, déterminer pour chaque coutume, pour chaque tradition^ les parts d'emprunts faits aux coutumes et aux traditions de l'Inde.
Ainsi, on est amené à penser que tous les temps fabuleux et héroïques, ces temps légendaires, que l'histoire admet, dans son impossibilité de mettre à la place des faits sérieux, n'ont jamais existé.
Ce ne sont que des traditions indoues importées en Grèce par des populations de l' Asie-Mineure qui sont venues la coloniser, et que les é(?rivains de ce pays ont accueillies comme les souvenirs de leur berceau.
Dégageons donc l'histoire de la poésie et du rêve.
La plupart des nations de l'antiquité, bien qu'elles eussent oublié leur filiation et les émigrations de leurs ancêtres, n'avaient-elles pas cette pensée dominante, qu'elles avaient pris naissance en Orient; et Bome elle-même n'attribuait- elle pas la colonisation de l'Italie et sa fondation aux Trojens vaincus et errants sur les mers pour cher- 1 cher un asile? ^
Je le répète, l'esprit sérieux, qui ne peut croire à la ^ fable antique engendrant presque sans transition une civilisation sans égale, doit nécessairement demander à un« \ société plus ancienne les secrets de ce passé.
Libre à tous, qui vous contentez des illusions poétiques
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et de la révélation, de croire à Hercule, à Thésée, à Jason, à Osiris, au bœuf Apis, au buisson ardent, à Moïse et à ^origine sacrée des Hébreux; pour moi, il me faut un autre critérium ; et sans nul respect^ je repousse toutes ces puériles inventions.
Je ne puis, certes, dans un ouvrage qui touche à tant de matières, qui ne fait pour ainsi dire que lancer une idée générale, m'égarer dans des comparaisons philologiques trop étendues^ cependant en voici quelques-unes tirées du sanscrit à titre de preuves.
Veut-on savoir quelle est Torigine de tous les noms de la Fable et de la Mythologie grecques? Je serai bref, ab vtno dUcc omnes.
Hbbculx. — En sanscrit : Bara-Kala^ héros des combats. Êpithèta communément donnée à Siva, dien des combats dans la poésie indone.
Thésée. — En sanscrit : Tha-Saha^ Tassociô. Compagnon de Siva ehez les Indous.
Eaqub. — Juge des enfers dans la mytliologie grecque. En sanscrit : Aha-Ka^ juge sévère, adjectif qualificatif accompagnant ordinairement le nom de Yanui^^ juge des enfers chez les Indous.
Ariakb. — La malheureuse princesse abandonnée par Thésée, et qui avait eu le tort de céder à un ennemi de sa famille. En sanscrit : Ari» Anùy séduite par un ennemi.
Rhadaxaktb. — Antre juge des -enfers dans la mythologie. En sanscrit : Radhc^manta. qui châtie le crime.
Akdbombde. — Sacrifiée à Neptune et secourue par Persée. En' sanscrit : Andha-ra'medha^ sacrifice à la passion du dieu des eaux.
PcRséB. — En sanscrit : Para-sahaf secours venu à propos. \
Orbste. — Célèbre par ses fureurs. En sanscrit : O-rakso-ta, voué an malheur. n
Pyladb. — L'ami d'Oreste. En sanscrit : Pula^da^ qui console par ion amitié.
Iphioénib. — La vierge sacrifiée. — En lantcrit : AphO'gofMj qui . finit sans postérité.
j Cebtaubb. — Oe personnage de la fable, moitié homme, moitié cheval. En sanscrit : Ken-tura^ homme-cheval.
Les divinités de l'Olympe ont la mémo origine.
JUPITEB. — En sanscrit : Zu-pilri, père du ciel, ou Zêuê-pitri, dont les Grecs ont formé le mot Zëus, et les Hébreux leovah,
Pallas. — La sage déessa. En sanscrit : Pala-êa, sagesse qui protège.
LA BIDLB DANS L*INDB
Athenaïa. — Déesse do la chasteté che« les Grecs. En sanscrit t A'tanaïa^ sans enfants.
MiNSKVA. — Qoi est la même déesse chez les Romains, mais revètant en outre les attributs du courage. En sanscrit : Jl/a-nara-«i, qui soutient les forU.
Bbllomb. — Déesse de la guerre. En sanscrit : Bala-noj force guer rière.
Neptdk». — En sanscrit : Na-pata-na^ qui maîtrise la fureur des flots.
Poséidon. — Autre nom grec de Neptune. En sanscrit : Fasantda, qui calme les eaux.
Mars. — Dieu do le guerre. En sanscrit : JTri, qui donne la mort.
Plutok. — Dieu des enfers. En sanscrit t Pluthta^ qui frappe par le feu.
Quelques exemples, maintenant, pris parmi les peuples; on ne saurait mieux prouver les émigrations que par Tétymologie des noms.
Les P^LASGES. — En sanscrit : Palaça-ga, qui combat sans pitié. L-iS LÉLÉQBS. — " En sanscrit : Lala^ga^ qui marche répandant la crainte.
Comme la signiBoation de ces mots répond bien au goût des peuples jeunes et guerriers qui a'ment à se donner des noms en rapports avec leurs habitudes I
Les HEtLÈNBS. — En sanscrit : Uela-na, guerriers adorateurs d'Héla, ou la Lune. La Grèce ne s*appelle-t-eUe pas aussi THellade. Les Spakhates. — En sanscrit : Spardha^ay les rivaux. Et ces mots sanscrits qui sont devenus en passant en Grèce les noms d'hommes célèbres.
PrTUAQORB. — En sanscrit ; Pitha-guru^ le maître d'école. Anaxaoore. — En sanscrit : Ânanga-guru, le maître de l'esprit. PsoTAOOBAS. — En sanscrit : Prata-guru le maître distingué en tontes sciences.
Si de la Grèce nous passons en Italie, en Gaule, en Germanie et en Scandinavie, nous trouvons les mêmes rapprochements, les mêmes origines sanscrites.
Les Italiens. Nom qui vient d'Italus, fils du héros troyens. En sanscrit Itala, hommes de basses castes.
Les Brehi. — En sanscrit : Bharata^ peuple de la caste des artisans. Les Teterh^niens. — En sanscrit : Tyra-na^ guerriers rapides. Les Sabins. — En sanscrit : Sabha-na^ caste des guerriers. Les Samnitbs. — En sanscrit : Samna-ta, les bannis. Les Celtes. ~ En sanscrit : Kalla-ta, les chefs envahissants. Les Gaulois* — En sanscrit : Ga^lata, peuple qui marche ea ooa* quéranU
L*INDR BN PAGE DKS TEMPS ANOIEN0 21
L«s Bsi^BS. — Eo sanscrit : Daïti-ja, enfants des forts.
Les SéQUAKES. — Da sanscrit : Saka-na^ les guerriers par txcel* lenœ.
Les SiCAMBBXS. — En sanscrit : Su-kam^bri , les bons chefs de la terre. ,
Les SoAHDiNAVBS. — En sanscrit : Skanda^nttpa, adorateurs de Skandn. dieu des combats.
Odim. — Le chef des tribus émigrantes par les plateaux du Nord. En sanscrit : Todin, le chef des gpierriers.
Les Su^ois. — En sanscrit : Su-yoMo, les bons combattants.
La NoBTiU»B. — En sanscrit : Nara-vcfja^ pays des hommes de la ner.
La Baltiquii. «- En sanscrit : Bato-la-lka, Teau des puissants conquérants.
Les Alamanni (Allemands). — En sanscrit : Ala-manu, les hommes libres.
Les Vat.aqurs, — En sanscrit : Vala-ha, de la classe des serviteurs.
Les Mou>AVE8. — En sanscrit : Mal-dha-va, hommes de la dernière caste.
L'ixLAHPB, que les poètes appellent la Terte Êrin. Efk sanscrit : Ériny rochers entourés d'eau salée.
Le Thanb. — Nom des anciens chefs de dan écossais. En sanscrit : fha-Mo, chef des guerriers.
En Asie, toute la dynastie des Xerxès et des Ârtaxerxès est d*origine indoue. Tous les noms de places fortes, de Tilles, de contrées, sont du sanscrit presque pur. En voici quelques exemples :
Ma. -* Divinité lunaire des tribus d'Asie et de tout Textréme Orient. En sanscrit : Ma, la lune.
AiTAXBRCifl. — En sanscrit : Artha-xatrias, le grand roi. N'est ce pas ainsi que l'appelaient les Grecs?
La M^OPOTAICTB. — Contrée fertile en fleuves et en cours d'eau. En ' lanserit : Madya^tatna^ terre au milieu des fleuves. (^ Castabauu — Place forte. En sanscrit : KasthO'bala, la force impé* Détrable.
Et Z0ROA8TRB, qui apporta en Asie le culte du Soleil. En sanscrit s Suryo-tfora, qui répand le culte du Soleil.
Bornons- nous là; il faudrait des volumes pour traiter cette question philologique comme elle mériterait de Tétre; aussi bien la question est complètement vidée aiû<^^^d'I^^<î dans le domaine de la science, et ce n'est pas une nou-
veautë que do faire remonter au sanscrit toutes les langues anciennes et modernes. La filiation est tellement claire, tellement précise, que le doute même le plus léger ne peut être permis. «
Si donc j'ai choisi quelques noms des temps héroïques et fabuleux , ainsi que des principaux peuples des temps anciens et modernes, c'est afin de donner quelques exemples /ouvant éclairer ma discussion.
Tous ces noms de héros, de guerriers, de dieux, de philosophes, de contrées et de peuples, ne peuvent se décomposer dans les langues auxquelles ils appartiennent ; et comme il serait absurde de les croire formés par le hasard, l'opinion la plus simple et la plus rationnelle est de les rattacher au sanscrit, qui non-seulement les explique dans leur origine grammaticale, mais encore dans leur sens symbolique ou réel, historique ou figuré.
Ainsi les populations d'origine indoue, Ioniens, Dorions et autres, quittent TAsie Mineure pour venir coloniser la Grèce ; ils y apportent les souvenirs de leur berceau, toutes les traditions que la poésie leur a conservées, sans doute en les transformant, mais aussi en leur laissant un cachet tellement spécial, qu'il nous est possible de les retrouver et de les expliquer aujourd'hui, malgré les siècles qui, passant sur toutes ces choses, les ont fatalement entourées d obscurité et d'oubli.
Parmi les souvenirs de ces colonisateurs d'une terra nouvelle, se trouvent au premier rang les exploits innombrables du dieu de la guerre chez les Indous leurs ancêtres, c'est-à-dire de Siva; ils oublient le nom de ce dieu, qui ne possède pas seulement des attributs belliqueux dans la mythologie de la haute Asie, pour lui conserver seulement l'épithète d'Hara-Kala, que les poètes indous lui donnent quand il préside à la guerre»
Hara-Kala, le héros des combats, devient Hercule; la nouveau peuple qui se forme le fait^ien sous ce nom, et la
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fable grecque, comme la fable indoae, continue à lui faire détruire les lions, les serpents, les hydres, et même des armées entières ; ce n'est que la tradition qui se continue.
Zeus-Dieu, nom de la Trinité indoue, Brahma, Visohnou, Siva, est conserré sans transformation.
Tha-saha, l'associé de Siva, devient Thésée.
Aha-ka, Radha^manta, Manarava, A-tanaya, Napatana, Balana, Palasa, Andha-ra-meda, Ari-ana, deviennent Ëaque, Rhadamante, Minerve, Athenaia, Neptune, Bellone, Pallas, Andromède et Ariane.
Brahma, aussi appelé Zeus-pitri, Diea le père, devient Jupiter, et si ce dernier nom peut se décomposer en grec, •n conservant Eon sens, c'est que cette langue a gardé dans presque toute leur pureté les deux mots sanscrits qui le forment, Zeus et pitri, en grec, Zeus et pater.
Protha-guru et Ananga-guru deviennent Protagoras et Anaxagore, c'est-à-dire que ces noms ne sont point des noms propres, mais bien des qualificatifs donnés à des hommes qui se sont distingués dans la philosophie et la science ; et Pjthagore, dérivé de Pitha-guru, vient encore accuser mieux son origine orientale, en propageant en Grèce le système indou de la métempsycose.
Et ainsi des autres, tous les noms de l'antiquité fabuleuse ont avec les noms indous les mêmes rapprochements de signification et d'origine. Il me serait aisé de les suivre à la piste, de les décomposer tous, de leur assigner leur étymologie de mots et de sens, si là était le but principal de cet ouvrage.
Je l'ai dit plus haut, d'autres creuseront plus profondément la trace ; il y a dans tout cela un immense champ à fouiller pour les chercheurs et les érudits, et je ne l'eusse pas même effleuré, si je n'eusse pensé avec raison que, rattachant à l'Inde la révélation biblique, il devenait nécessaire de démontrer à grands traits que cet emprunt à VInde n'était pas isolé, et que tous les peuples anciens «t
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modernes devaient à ce dernier pays Torigine de leur langue, de leurs traditions historiques, de leur philo^ophie et de leur législation.
Ce que j'ai dit des noms des héros et demi-dieux de rancienne Grèce s'applique également aux noms des peu- {des plus modernes dont j'ai donné aussi quelques étjmologies, tels que les Bretii, les Tjrrhéniens» les Samnites les Celtes, les Gaulois, les Séquanes, les Sicambres, les ; Scandinaves, les Belges, les Norvégiens, les Allemands, les Yalaques, les Moldaves, etc.... L*unité de race de tous ces peuples, leur communauté d'origine, devient alors indiscutable, et c'est bien dans les vastes plaines qui s'étendent aux pieds de THymalaya que la plus intelligente des deux races qui peuplent le globe, c'est-à-dire la race blanche , a pris naissance.
En adoptant cette opinion, l'auréole fabuleuse qui entoure le berceau de tous les peuples de l'antiquité, sur lesquels l'histoire est réduite à des conjectures dénuées de fondement, s'explique d'elle-même, et il devient possible d'éclairer l'obscurité du passé.
Des diverses comparaisons que je viens de faire, il ressort que tous les héros de l'ancienne Grèce, ainsi que les exploits qui les ont illustrés, ne scat que des souvenirs de l'Inde, conservés et transmis par la poésie et la tradition, et que plus tard, après avoir perdu de vue leur origine indoue et transformé leur langage primitif, les premiers poètes grecs ont de nouveau chantés et célébrés comme appartenant à l'origine de leur propre histoire.
L'Oljmpe grec est né de l'Olympe indou. Jason à la conquête de la Toison d'Or edt une légende qui est en- ', wve aujourd'hui dans toutes les bouches sur le sol de l'Inde, et l'Iliade d'Homère n'est autre chose qu'un écho, un souvenir affaibli du Ramajana, poème indou dans lequel Rama s'en va, à la tête de ses alliés, reprendre sa femme Sita, enlevée par le roi de Gejlan.
L'INDB EN FAOB DBS TBMPS ANCIENS 31
Les chefs s'y injurient de la même façon, combattent sur des chars ayec la lance et le javelot. Cette lutte divise également les dieux et les déesses, dont les uns prennent parti pour le roi de Cejlan, et les autres pour Rama. Il n*est pas jusqu'à la colère d* Achille, après Tenlèyement de Briséis, qui ne puisse se rattacher à cet immense poëme.
L'imitation est flagrante, indéniable, elle se rencontre jusque dans les détails. L*épithète de Boopis (aux jeux de Irœuf} qu'Homère applique à chaque instant & Junon, est pour le poète indou la plus sublime des comparaisons, | puisque, sans cependant être adoré comme ui. dieu, le \ bœuf est dans la croyance îndoue Tanimal révéré par ex* cellence, et cette épithète est complètement inexplicable en grec.
Inutile de dire que je partage entièrement sur Homère Topinion des savants allemands, qui ne regardent les œuvres de ce poète que comme une suite de chants ou rapsodies, conservés par la tradition et recueillis et arrangés sous Périclès. C'est la seule qui soit conforme au génie des peuples nouveaux, et surtout de ceux qui ont pris naissance en Orient.
Chez les fabulistes anciens, l'imitation est encore plus frappante, et l'on peut dire, sans craindre détre taxé d'exagération, qu'Ésope et Babrias n'ont fait que copier la fable indoue qui leur était arrivée par la Perse, la Syrie et l'Egypte. Ce dernier écrivain, quoique Grec, prend soin lui-même, au commencement de son devijième procfmium, ée revendiquer pour TOrient le mérite de l'invention de ces ingénieux apologues, qui, sous une forme légère, cachent souvent de profonds enseignements.
MûOoç (làv, & Tcal ^a^tUcû; 'AXcÇàvSpov, £up(i>v ica>ou6v ivrtv tv}pY)(i.' àvOpuMrcov, Ot irptv frox* ^ocv inX Nivov t» xod BiqXou*
• La foble, ô fili du roi Alexandre, est une ancienne invention 41ioaimes syriens, qui vécorent anirefois toiis Ninos et sons Bélns. •
Il suffit d'oavrir les fables de rindpu Pilpaj, du brahœê Ramsamjayer, d'Ésope, de Babrias et de La Fontaine, pour voir qu'elles procèdent tontes les unes des autres, et que les fabulistes grecs et modernes ne se sont pas mém<:t donné la peine de changer Taction de ces petits drames, j
Ainsi, à chaque pas, et plus on étudie les anciens, plus! on sepersuade de la vérité de cette proposition que j'ai déjà avancée, à savoir, que l'antiquité a eu elle-même une^ antiquité qui Ta inspirée, et l'a aidée à parvenir rapidement à ce haut degré de civilisation artistique, philosophique et littéraire, qui à son tour a fécondé le génie moderne.
u Que de choses étonnantes, écrivait M. Langlois, 29 traducteur du ffarivansa, nous avons à apprendre aux autres! »
Et cependant les gouvernements s'épuisent en fouilles, en missions scientifiques en Egypte, en Perse, en Afrique, et les savants s'ingénient à bâtir des systèmes sur des tronçons de colonnes et des inscriptions! Sans doute cela n'est point inutile, et nous avons fait de grands progrès dans la science du passé, mais les anneaux de la chaîne sont trop interrompus pour qu'on puisse tout reconstruire. Quo n'envoie-t-on dans l'Inde étudier des origines et traduira des livres? C'est là seulement qu'on trouvera 1î^ vérité.
Pourquoi ne pas se décider à jeter bas cette école d'Athènes qui n'a plus de raison d'être, qui est incapable de rendre aujourd'hui le moindre service, pour la rempla- . cer par une école de sanscrit qui, fondée à Pondichéry ou à Karikal, dans le sud de l'Inde, rendrait en peu de temps à la science d'éminents services?
Pour appuyer cette thèse, que l'Inde a tout donné au monde civilisé, je vais maintenant exposer très-rapidement les points les plus saillants de la législation indoue, législation que nous retrouvons tout entière à Rome, à qui
LlNDB EN FAOB DBS TEMPS ANCIENS o3
l^lle foi légaée par la Grèce et rÉgjpte, qui avaient puîM {ftax sources primitives.
Nous ne pouvons donner ici, comme pour les études des wigines des langues, que quelques aperçus bien succincts, et cela se conçoit; ce volume entier ne suffirait pas à élucider ce sujet.
Dans toutes les législations du monde, les matières les plus importantes du droit sont :
Le mariage, la filiation, la puissance paternelle, la tutelle, l'adoption , la propriété; les lois sur les contrats, le dépôt, le prêt, la vente, les sociétés, les donations et les testaments.
Nous allons voir, eu les étudiant, que ces divisions ont passé tout entières du droit indou dans le droit romain et le droit français, et que la plupart de leurs dispositions particulières sont encore en vigueur aujourd'hui.
Ici, point de commentaire, point de discussion possible; là où il y a texte, il ne peut y avoir place que pour u!i affirmation.
Les lois indoues ont été codifiées par Manou, plus de trois mille ans avant Tère chrétienne; copiées par Tantiquité entière , et notamment par Rome, qui seule nous a laissé un droit écrit, elles ont été adoptées ensuite comme base pour toutes les législations modernes, qui se sont inspirées du droit de Justinien.
Voyons et comparons :
FIANÇAILLES, MABIAUB
Le mariage, d'après la loi indoue, s'accomplit par la donation de la femme par le père, et Vacceptation du mari, à Taide de la cérémonie de Teau et du feu.
Même formalité à Rome : Leg. 66, S 1» ^u Digeste de Justinien. Virgini in hortos dedueta Die nuptiarum^
Digitizèd by VjOOQ IC
34 LA. BIDLB DANS LIN'.iE
fhusûnam ad eum transirety et priusquam aqua et ijn$
acciperetur, îd est mipHa celebrarentur ohtulit deccm
aureos dono.
L'union des mains, ainsi que la cow/arr^arto, autres i il ea sacramentels de Rome, ne sont que des copies des ordonnances du législateur Manou.
Dans le mariage indou, deux époques sont à considér^^r, celle des fiançailles et celle de la célébration ; les fiançailles ont toujours lieu plusieurs années avant la cérémonie définitive.
Mêmes usages, mêmes périodes distinctes, transportées à Rome.
« Le mot de fiançailles [sponsalia)^ leg. 2, tit. 1, 1. XXIII, au Digeste, vient du mot promettre [a spondendo); car ce fut une coutume des anciens de stipuler et de se faire pro* mettre une future épopse.
u Souvent, dit la loi 1*7 au même titre, de justes causes font prolonger les fiançailles, non-seulement pendant un an ou deux, mais encore pendant trois ou quatre, et même au delà. »
Le consentement textuellement exigé par la loi indoue Tétait aussi à Rome. Loi 2, môme titre II, Sponsalia sicut nuptie consensu eonio-ahentiumjtunt.
Chez les Indous, la jeune épouse reste dans sa famille jusqu'à sa nubilité; le père alors envoie un message à Tépoux , pour l'avertir que ses Uroits ^ont commencé et qu'il peut venir réclamer sa femmq^
De même à Rome : In potestate manente fiîia, pater iponsonuntium remittere potest, (Leg. 10, de Sponsalihus )
La conduite de la femme dans la maison de son mari était dans l'Inde, comme chez les Romains, la cérémonie finale du mariage. Et cette coRduite se faisait avec des; chants et des fêtes.
Les mariages sont dans la loi de Manou, en ligne directe, ftfobibés à tous les degrés à Tinfini, et en ligne collatérale,
I/INDB EN FACE DES TEMPS ANCIENS Zb
jusqu'au septième dans la ligne paternelle, et au cinquième dans la ligne maternelle. Enfin, le père qui, dans l'Inde^ marie sa fille à quelqu'un après Tavoir fiancée à un autre est noté d'infamie.
Écoutez la loi romaine (leg. 13, S 1. lib. lEI) : Item si àlteri sponsa, çlteri nupta sit, ex sententia edicti pu-> nitur.
Ce n'est pas tout : le génie indou se retrouve dominant le droit romain jusque dans ces liaisons que les législations modernes, à part celle du Brésil, n'ont pas voulu reconnaître; le concubinage toléré, réglementé à Rome, est encore une institution venue de l'Inde, que les Romains ont acceptée par respect pour la tradition : les mœurs pures et sévères des premiers âges n'auraient jamais pu leur inspirer la sanction des libres amours.
Nous ne faisons ici qu'effleurer toutes ces richefses; quelles splendides études critiques pourraient être faites par un examen plus approfondi de ces lois admirables de Tantique berceau du genre humain I
Un mot encore, et nous en aurons fini avec le mariage.
Le divorce, légalement institué dans l'Inde, le fut aussi à Rome. Écoutons le législateur indou, indiquant les motifs pour lesquels une femme peut se séparer de son mari.
« Le mari peut être abandonné par sa femme, s'il est criminel, impuissant, dégradé, ou affiigé de la lèpre, ea nprès une absence prolongée dans les contrées étran« gères. »
\ La loi romaine ne formule point d'autres cause»: la Wrande diminution de tête, ou la mort civile, Timpuiaoance, une maladie contagieuse, et l'absence. ) Dans l'Inde comme à Rome, la femme adultère est pri-vée de sa dot; le mari n'est pas tenu de restituer.
Ainsi, dans cette partie si importante du droit, qui ef4 la base dee sociétés et des nations, nous vojon»d4jÉ 1 Ifitfi»
36 LA BIBLB DANS L'INDB
donner des leçons dont ont profité tous les peuples. Poursuivons le cours de ces comparaisons, qui, bien que soie* maires, n*en sont ni moins sûres ni moins probantes.
FILIATION, PUISSANOB PATERNELLE, TUTBLLB ET ADOPTION
La règle Pater is est quem justa nuptia demonstrant, admise comme axiome en droit romain, recueillie par notre Code, qui s'exprime ainsi à Tarticle 312: « L'enfant conçu pendant le mariage a pour père le mari, *> est ainsi édictée par Manou :
u L'enfant né dans une maison appartient au mari de la femme. *»
La loi indoue distingue les enfants en enfants légitimes, enfants naturels, incestueux et adultérins. Les enfants naturels ont un droit, quoique minime, sur la succession de leurs parents; pour les incestueux et les adultérins, ils ne peuvent réclamer que des aliments.
Elle établit ensuite Taction en désaveu en ces termes : • Si, d'après les circonstances, il est constaté avec certitude que le véritable père est un autre que le mari, Tenfant est adultérin, et privé de tout droit dans la famille. » Enfin, disposition bien remarquable, elle admet la légitimation de l'enfant naturel par mariage subséquent.
On peut dire sans crainte d'errer, que tous les principes ci-dessus, adoptés par la loi romaine, gouvernent encore la matière en droit français, et chez la plus grande partie des nations de l'Europe. Quelle admiration ne doit pas s'emparer du penseur, du philosophe, du jurisconsulte, à la vue de ce droit si sage, si simple, si pratique, que cinq mille ans après nous l'avons adopté, n'en trouvant pas du supérieur à lai préférer I
De môme que la filiation, la puissance paternelle présente les mêmes rapprochements; telle elle fut dansrindo« telle elle fut à Rome.
L'INDB BN PAOB DSS TBMPS ANCIENS 37
m Le chef de famille, dit Gibelin, tenait 8a femme, ses enfants, ses esclaves, dans sa main, à titre de maître et sons le même pouvoir. « Encore aajoard*huî, le fils ne peut rien acquérir, rien posséder, qui ne soit à son père.
Quel que soit son &ge, dit le commentateur indou Ca«^ iyayana, tant que son père est en vie, un ûls n*est jamai indépendant.
Quant à la tutelle, ce sont toujours les mêmes principe, admis en droit romain et reconnus aujourd'hui. Il semble- ^^ait, en vérité, qu'au lieu d'étudier Tlnde, nous soyons sur , e terrain du droit moderne.
La loi indoue admet d'abord la tutelle légitime des as- 'cendants ; puis celle des agnats et dés cognais, et enfin la tutelle dative, ainsi que Tintervention du conseil de famille et de l'autorité publiquB, pour la conservation de la personne et des biens du mineur.
Comme concordance particulière, notons en passant que le législateur indou préfère la tutelle virile, la tutelle de rhomme à celle de la femme, tant qu'il reste des parents du sexe masculin. Rapprochement plus frappant encore, la mère perd la tutelle de ses enfants, si veuve elle vient à se remarier sans le consentement du conseil de famille. ^ Terminons cet aperçu du droit des personnes dans l'Inde nar quelques mots sur l'adoption. Le droit indou perme^ V adoption, soit pour introduire uu enfant dans une famille [ui n'en a pas, soit pour un motif de reconnaissance envers
adopté lui-même. Comme en droit romain , Tadoption devait se faire avec solennité, en présence de la famille, des vieillards, des brahmes et des chefs de caste.
Le droit français, en copiant ces principes, a voulu donner également à cet acte une solennité et une authenticité peu communes, en exigeant que l'adoption ne soit permise qu'après l'avis d^un tribunal de première instance et d'une cour supérieure.
Une fois adopté, l'enfant faisait partie de la famille, au
3S LA. BIDLB DANS L'IMDK
même titre que les enfants qui venaient à naître postérieurement. Même disposition en droit romain et en droit français.
Vridd'ha-Gautama, commenté par Nanda-Pandita, dit :
M S'il existe un fils adoptif rempli de bonnes qualités, et un fils légitime né postérieurement, qu'ils partagent également toute la succession de leur père. »
A Athènes, la formule d'adoption était celle-ci :
« J'adopte afin d'avoir un fils qui puisse accomplir sur ma tombe les cérémonies sacrées, perpétuer ma race, et en transmettant mon nom par une chaîne non interrom- I)ue de descendants, lui conférer en quelque sorte l'immortalité. »»
Cette formule d'adoption grecque n'est-elle pas la reproduction de la formule indoue du texte de Manou :
u Moi qui n'ai pas de descendants mâles, je me hâte avec sollicitude d'adopter un fils, pour la continuation des offrandes funér$iires.et des rites sacrés, et pour la perpétuité de mon nom. »
Signalons, en finissant, que la loi indoue a la premièro considéré le mariage comme un lien indissoluble. La mort même ne parvenait pas à le faire disparaître, car dans les cafites où le mariage des veuves était permis, ce n'était qu'au cas où le défunt n'ayant pas laissé d'enfants, il devenait urgent de lui procurer un fils qui pût accomplir sur £a tombe les cérémonies nécessaires à son salut. Car dans la théologie indoue, le père ne parvient au séjour des bienheureux que grâce aux cérémonies expiatoires de son (ils. Le second mari n'arrivait donc là que comme un moyen; l'enfant qui naissait de ^es œuvres n'était pas le bien, il appartenait au défunt et héritait de tous ses biens.
En outre, ce que nous ne saunons trop admirer dans ITnde, et que l'antiquité méconnut complètement, c'est le respect de la femme, élevé à la hauteur d'un culte.
Li:«DB BN FACE DES TEMPS ANCIENS 3d
On ne lira pas sans étonnement ce passage de Mauoo (liv. III, sloca 55 et suivants) :
M Les femmes doivent être comblées d'égards et de pré* sents par leurs pères, leurs frères, leurs maris, et le» frères de leurs maris, lorsque ceux-ci désirent une grande prospérité.
** Partout où les femmes vivent dans Taffliction. la famille ne tarde pas à s'éteindre ; mais lorsqu'elles sont aimées et respectées, et entourées de soins, la famille s'augmente et prospère en toutes circonstances.
« Quand les femmes sont honorées^ les divinités sont satisfaites; mais lorsqu'on ne les honore pas, tous les actes pieux ^nt stériles.
M Les maisons maudites par les femmes auxquelles on a a pas rendu les hommages qui leur sont dus, voient la ruine s'appesantir sur elles et les détruire, comme si elles étaient frappées par un pouvoir secret,
« Dans toutes les familles oix le mari se plaît avec sa femme, et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais. »
Cette vénération de la femme a produit dans Tlnde une époque de chevalerie aventureuse, pendant laquelle on voit les héros des poèmes indous accomplir des hauts faits à faire taxer de jeux d'enfants tous les exploits des Ama-
i'dis, des chevaliers de la Table-Ronde et des paladins da moyen âge.
\ ' Grande et belle époque! que l'Inde a un peu oubliée au* jourd'hui ! mais à qui la faute? si ce n'est à ces brutales e% stiipides invasions qui, depuis des siècles, se disputent oe sol bi icrtile et si beau.
40 lA BIBLE DANS LINCB
LA PROPBlfiTé» LES CONTBATS, LE D^PÔT,LE PRÊT, LA TBMTB, LES SOCléxéS, LES DONATIONS ET LES TESTAMENTS.
Les lois réelles ne sont pas moins admirables chez les Indousque les lois personnelles; elles procèdent avec une ampleur de vue et une justesse de critique que les différents législateurs modernes n*ont point dépassés. Ces lois» que Rome a recueiUIes, sont encore^ à peu de chose près, les nôtres.
De nos jours, les jurisconsultes sont divisés par deux systèmes sur Torigine de la propriété. Les uns n'admettent le droit de propriété que comme basé seulement sur la loi aturelle et voudraient, comme conséquence, le réduire à la possession. Les autres le considèrent comme une nécessité sociale et le font dériver de la loi positive.
Le législateur indou, qui se pose la même question, la résout ainsi :
m Là où Toccupation sera prouvée, mais où n'apparaîtra aucune espèce de titre, la vente ne peut être admise. Le titre et non l'occupation est essentiel à l'appui de la propriété, telle est la règle établie. »» (Manou, liv. VIII, si. 200.)
Voilà le principe. La propriété dans l'Inde dérive donc de la loi ; c'est la même idée qui domine l'économie entière de nos codes.
Passant ensuite à la manière d'acquérir les choses qui n'appartiennent pas encore à quelqu'un, ou celles qui par leur nature n'ont un maître qu'accidentellement, Manou déclare que « le champ cultivé est la propriété de celui qui en a coupé le bois pour le défricher, et la gazelle, cella du premier chasseur qui Ta mortellement blessée. »
Examinant ensuite la nature des biens en eux-mêmes, la loi indoue les divise en meubles et immeubles, distinction que les législations modernes ont adoptée sans y rien changer, mais qui avait été r<>rous&ée par la loi romaine.
L*INDS BN FACB DBS TE1IP8 ANCIENS 41
Les immeubles sont eux-mêmes divisés en immeubles par leur nature et immeubles par destination ; puis les biens, dans les rapports avec ceux qui les possèdent, sonA classés en choses qui n'appartiennent t personne et à tous, les choses du domaine public et celles du domaine privé. La loi indoue décrète que ces dernières seules peuvent faire Tobjet du commerce et des transactions entre particuliers.
• Ainsi toutes les distinctions des biens, dit Gibelin, diaprés leur nature, leur provenance, leurs détenteurs et ! enfin le droit de propriété, sont en Europe autant de traditions de la loi orientale. *>
Elles sont l'origine de notre droit actuel ainsi que du droit romain, des réserves pour la famille, des réductions de donations ou quotité disponible, des contrats non-seulement dans leur essence, mais encore dans leurs divisions, de tous ces principes enfin que notre droit civil a ramenés à Texpression la plus simple et la plus juste, par la fusion des rois romaines et des coutumes germaniques, c*est-àdire par la réunion des doubles traditions des tribus indoues qui sont venues peupler le Nord et le Midi, d'un côté parla Russie, les pays Scandinaves et la Germanie, et de Tautre par la Perse, l'Egypte» la Grèce et Rome.
Dans rinde, toute transmission de propriété, à quelque titre qu'elle fût faite, onéreuse ou gratuite, devait jadis être entourée des formes de la donation, c'est-à-dire de la délivrance d'or et d'eau accompagnée de grains et d'herbes. iîla et eusa.
L'or était remis par le vendeur ou donateur à Tacqué* reur ou donataire, pour achever de le contenter, si la propriété n^était point d'une valeur suffisante. L'eau était ▼ersée, comme dans le mariage, en signe de donation; le grain et Therbe étaient remis comme partie et produit de la propriété en signe de tradition.
C'est là, n'en doutons pas, que toutes lea formules ro-
42 LA BIBLB DAMS L^IKDB
maines pour la solennité des contrats et les coutumes des peuples du Nord pour la tradition par Teau et la terre, par l'herbe et le rameau, ont été puisées. Sur tous les points» on est forcé de reconnaître Tinfluence du droit indou.
Nous allons être plus brefs encore sur les quelques aper* çus dala législation indoue qu'il nous reste à donner, car» À tout prendre, nous en aurions assez dit déjà pour arriver aux conclusions que nous prétendons tirer de cet exposé sommaire, des origines sanscrites et des principes généraux du droit des Indous.
Quelques mots cependant sur les contrats, les donations et les testaments ne seront peut-être point mal accueillis par le lecteur. En effet, les différents modes d'engagements et de donations, soit entre-vifs, soit à cause de mort, sont d'une manière plus frappante encore, s*il est possible, copiés dans leurs principes et dans leurs effets, et par le droit romain et par les législations modernes.
Comme premier principe nécessaire à la validité des engagements, le législateur indou indique la capacité des contractants.
Les femmes en puissance de mari, les enfants, les esclaves et les interdits sont incapables de contracter.
Incapacité absolue pour les enfants et les esclaves, incapacité relative pour la femme qui le peut avec l'autorisation de son mari, et pour l'interdit que la prohibition soumet simplement à l'autorisation de son curateur.
Notons en passant cette coïncidence frappante avec la^ loi française, que la femme indoue, à défaut de son mari l'autorisant, peut se faire relever de son incapacité par autorité de justice.
A côté de ces incapacités qui peuvent prendre fin à l'aide d'un changement d'état, la majorité du mineur ou l'affrcTnchissement de l'esclave par exemple, la loi en établit d'autres que voici, et qui prennent leur base dans une si- Viu.ion particulière des personnes. Digeste des lois indoues,
l'indb en face des temps anciens 43
▼ol. II, p. 193 et Manou : « Le contrat fait par un homme ivre, insensé, imbécile ou grièvement troublé dans son état mental, par un vieillard dont on abuse de la faiblesse, ou toute personne sans pouvoir, est entièrement nul. •»
Manou ajoute encore :
m Ce qui est donné par la force, possédé par la for.^e, «st déclaré nul. *»
Ne dirait-on pas un commentaire du Code Napoléon fait à quatre ou cinq mille ans de distance?
Comme nous sommes loin de ces barbares coutumes des premiers âges, ou tout se tranchait par la violence et la force, et quelle admiration ne devons-nous pas avoir pour un peuple qui, à Tépoque où la fable biblique voudrait placer lacréation du monde, en était déjà arrivé à cet extraordinaire degré de civilisation accusé par ces lois si simples et si pratiques?
Qu'on ne s*y trompe point, le meilleur jugement que Ion puisse porter sur l'état des nations est celui qui se base sur l'état de leur droit écrit.
Nous ne nous étendrons point maintenant sur les accessoires des contrats, qui ne seraient parfaitement compris dans leurs détails et leurs conséquences que par les personnes qui s'occupent particulièrement de droit; il nous suffira de dire, renvoyant aux sources mêmes ceux que ces sortes d'études peuvent intéresser, que la caution, la gage, le nantissement, le louage, le bail, Tantichrèse et l'hypothèque, entièrement d'origine indoue, ont successif vement passé dans le droit romain et dans nos lois, tels quels et sans autres changements que ceux qu'apportent nécessairement aux nations la prédominance du droit civil sur le droit religieux.
Bien plus, si nous descendions dans les détails, nous verrions que toutes les causes acceptées par les lois romaines et françaises pour Textinction des obligations avdent été prévues et appliquées par le droit indou.
44 LA BIDLE DANS L'iNDB
Ainsi la Dovatîon, la remise de la dette, la cession da biens, la compensation, la confusion, la perte do la chosa due dans les cas spécifiés, les actions en nullité, en resci-r iBion, au possessoire et au pétitoire, sont admises dans rinde et ont les mêmes effets que chez nous.
A qui le mérite delà priorité? Cela, je crois, ne se dis^ cute point.
Écoutez le texte du Smitri-Chaudrica établissant la su brogation.
« Le créancier peut transporter, soit à son propre créan cier, soit au tiers qui le désintéresse, le gage livré par son débiteur à la sûreté de la dette, avec le titre qui rétablit, mais en faisant mention de toutes ces circonstances dans le transport qu'il leur consent. •
Et cet autre texte formel du même ouvrage, sur les offres et la consignation :
<« Si le créancier refuse de recevoir sa créance lorsque le débiteur lui en offre le payement, que la consignation du montant de sa dette, espèces, fruits ou marchandises ou bestiaux, soit faite par ce dernier entre les mains d'une tierce personne à cet effet, et Tinté rét cessera de courir aussitôt la consignation opérée. Ce mode emporte libération. »
Nous allons maintenant, pour donner une idée de Tadmirable travail de comparaison auquel un jurisconsulte pourrait se livrer, et surtout pour démontrer d'une manière plus évidente encore que les lois romaines et les nôtres ne sont qu'une copie du droit antique de Un de, rapprocher, d'après Gibelin, les textes des trois législations sur le dépôt, le prêt à usage ou commodat, '
Teztb iKDon : Catyayana. c Ce qni eit prôté par obligeaiioe se por« [ Ura pas d'intérêt. >•
Code civil : Art. 1876. « Le prêt & usage est «sseotieUemeDi gratuit. »
LINDB BN FACB DES TSMPS ANCIENS 45
Dbott BOMAnr : t Commodata res tano proprie intelligitar, si nnllâ merceda accepta vel oonttitata, res tibi ntenda data est. »
Textb iHDOn : Catyayana. c Si la chose périt par son vice propre, l'emprunteur n'en est pas responsable, à moins qa*il n*y ait faute de sa part. •
Code citil : Art. 1884. « Si la chose se détériore par le seal effet d • l*usage pour lequel elle a été empruntée, et sans aucune fiwte de h part de l'emprunteur, il n'est pas tenu de la détérioration. •
Dboit bomjon : Quod vero senectute contigit, vel morbo, Tel .vi la. tronum ereptum est, ant quid simile acoidit, dicendum est nihil eorum esse imputandum ei qui oommodatum aocipit, nisi aliqua culpa inter- Teniat. »
Texte ihdou : Catyayana, < Lorsqu'une chose prêtée pour un usage déterminé où pour un certain temps est réclamée avant le terme ou l'accomplissement dudit usage, l'emprunteur ne peut 6tre contraint à la restituer. »
Ch>db civil: Art. 1888. «Le prêteur ne peut retirer la chose prêtée qu'après le terme convenu, ou à défaut de convention, qu'après qu'elle a servi à l'usage pour lequel elle a été empruntée. >
Dboit bomain : < Adjuvari quippe nos, non decipi beceficio oportet. ■
Texte ikdou : Calyayana. t Mais là où les intérêts du propriétaire peuvent être compromis par un besoin pressant de la chose prôtcc, l'empTunteur pourra 6tre forcé de restituer même avant le temps stipulé. I
Code civil : Art. 1889. « Néanmoins, si pendant cq délai, ou avant que le besoin de l'emprunteur ait cessé, il survient au prêteur un besoin pressant et impréra de sa chose, le jage peat, suivant les circonstances, obliger l'emprunteur à la lui rendre. »
Tbxtb ikdou : Narada. « Lorsqu'un homme remet par confiance un de ses effets k un autre, mais à charge de le restituer, CJt acte est un iépôt»
Code civil : Art. 1915. < Le dépôt en général est un acte par lequel m reçoit la chose d'autrui, à la charge de la garder et de la restituei en nature. *
Dboit bomaim : < Depositum est quod custodiendum alicui datum est
Texte in 000 : Vrikatpati. c Le dépositaire qui souffre que la chose déposée soit détruite par sa négligence, lorsqu'il conserve ses propres biens avec un soin tout différent, sera forcé de payer sa valeur avec niérôt. >
Code citil : Ar^ 1927. < Le dépositaire doit apporter dans la garde de la chose déposée les mêmes soins qu'il apporte à la garde des choses qui lui ajtpartiennent. v
Dboit bomain : t Kcc enim sclva fido minorom iis quan>.suis rébus diligeutiam prusitabit •
45 LA BIBLE DANS L'iNDR
Tkxtb ikdou : Yajnyatoalcya, < Le dépositaire ne rendra pns co qtn « été détruit par le roi, par la Providence ou par les voleurs. Mais si ce.:* perte survient lorsqu'il n'a pas restitué après la demande, il doit rende la valeur du dépôt et payer une amende égale. »
Code civil : Art. 1929. < Le dépositaire n'est tenu en aucun cas des accidents de force majeure, à moins qu'il n'ait été mis en demeure de restituer la chose déposée. »
Droit bohain : Si depositum qaoqne, eo die depositi actum sit periculo ejus, apud quem depositam fuerit, est si judicii accipiendi tempore potuit, id reddere reus, neo rpddidit. v
Texte ivdoxj : Td. c Si le dépositaire use de la chose sans le consentement du propriétaire, il sera puni et forcé de payer le prix do la chose déposée avec inti'TÔt.
Code civil : Art. 1930. «Il ne peut se servir de la chose dqosôj •ans la permission expresse ou présumée du déposant, v
Dboit romain : a Qui rem depositam, invito domino, sciens prudensque, in usus convertit, etiam furiî delicto succedit. •
Texte indod î Td, < Ce qui a été renfermé dans un coffre remîs entre ]es mains du dépositaire sans aucune déclaration du contenu, doit être Tinconnu, et restitué ainsi. »
Code civil : Art. 1931. > Il ne doit point chercher à connaître 'es choses qui ont été déposées, si elles lui ont été confiées dans un collre formé ou sous enveloppe cachetée . v
ânrla môme question, Manou dit encore :
• Dans le cas d'un dépôt scellé, lo dépositaire qui veut éviter la cen» •ura doit le restituer au déposant sans altérer le cachet.
Texte indou : Manou. i Le dépôt doit être restitué en même qualité et quantité qu'il a été reçu; telle est la remise, telle doit être la restitution. »
Code civil : Art. 1932. ' Le dépositaire doit rendre identiquement la ctiose même qu'il a reçue. >
Texte inoou : Manou. « Si le dépôt est saisi par les voVnrs on attaqué par la veinnino, ou emporté par l'eau, ou consumé par le feu, le dépositaire n'est tenu de le restituer, à moins que la pjrte ou la détérioration ne provienne de son fait. »
Code civil : Art. 1933. « I^e dépositaire n'est tenu de rendre la ehose déposée que dans l'état où elle se trouve au moment de la resti tntion. Les dét.riorations qui ne sont pas survenues par son fait sont à la charge du déposant. »
Droit romain : Quod vero senectute contigit, vel morbo, vel vi latronu m ercpium est, nihil eorum esse imputandam, nisi aliqua cul[»a intervenmt.
Teste in dou î Vrihatpati. « Quel que soît l'avantage que le dépositaire retire de l'objet déposé, il doit le restituer avec ce produit, v
LIKDB EN FACB DBS TEMPS ANCIENS 47
Code civil : Art. 1936. < Si la chose déposée a proitut des fruits qtii aient été perçus par le dépositaire, il est obligé de les restituer. »
Droit romain : c Hanc actionem borne fidei esse dubitari non oport.'t. Et ideo, et fractus in hano actionem venirei et omnem caasam, et partam dioendum est no nuda res veniat. i
Texte indou : Vrihaspati, < La chose déposée doit être restitut'o i celui-là même qui Ta déposée, v
Code civil : Art. 1837. Le dépositaire ne doit restituer la eh: sa lâéposëe qu'à celui qui la lui a confiée.
j Texte indou : Manou, f Le dépositaire ne peut être recherché par /personne quand il restitue le dépôt à l'héritier du déposant décédé. > ' Code civil : Art. 1939. c En cas de mort naturelle ou civile de la personpe qui a fait le dépôt, la chose déposée ne peut être rendue qu*à •on héritier. >
Texte i^dou : Jfanou. c Tel est le liea de la délivrance du dépôt, tel est le lieu de sa restitution. »
Code civil : Art. 1913. f Si le contrat ne désigne point le Hou de sa restitution, elle doit être faite dans le lieu même du dépôt. »
Texte indou : Vrihaspati. « Que le dépositaire garde le dépôt avec soin et quHl le rende à la première demande du déposant. >
Code aviL : Art. 1943. c Le dépôt doit être remis au déposant au4* sitôt qu*il le réclame. >
Droit romain : f Est autem apud Jul'annm... scriptum, eum qui rem deposuit, statim posse depositi actionem agere. Hoc enim ipso dolo facere eum qui sascepit quod reposceuti rem non dat. »
Texte indou : ^anou, < Celui qui ne rend pas un dépôt après Tavoir reçu est déclaré infime par la loi. »
Code civil : Art. 1945. « Le dépositaire infidèle n*est pas admis au bénéfice de cession. »
Est-il besoin de continuer plus longtemps ces études ot ces comparaisons, et la lumière peut^elle être faite d'uno manière plus éclatante, surtout si Ton tient compte d(?s siècles qui nous séparent de cette époque et des transfert mations nécessaires que toutes ces choses ont subies ?
Ces rapprochements pourraient se faire pour le droit tout entier; nous trouverions constamment la législation in doue rationnelle, philosophique, complète, et digne en tous points de donner naissance an droit écrit dans ^e monde.
48 LA BIOLS DANS L^TNDB
La vente, les donatious, les testaments, dont nous ayons Yules principes généraux, nous présenteraient dans leurs détails la même âliation logique, les mêmes points de con* tact, les mêmes bases éclairées par le plus strict bon sens
Sources de toutes les lois modernes sur la matière, À peine çà et là quelques changements qui tiennent à la différence de mœurs, de climat, de civilisation, et no servent qu'à mieux démontrer Tinfluence, car les législations anciennes et modernes ne s^éloignent de celles de Tlnde que là où des mœurs nouvelles sont venues exiger impérieusement d*autres lois.
Le législateur Manou, et cette authenticité est incontestable, remonte à plus de trois mille ans avant Tére chrétienne; les brahmes lui assignent une origine plus antique encore.
Quel enseignement pour nous et quelle preuve presque ipatérielle en faveur de la chronologie orientale qui, moins ridicule que la nêtre (basée sur des fables, sur des temps héroïques et sur des traditions bibliques, copies d'œuvres plus anciennes), admet pour la formation de ce monde une époque en harmonie avec la science!
Nous ne sommes plus au temps où Ton risquait le bûcher en contredisant un texte de la Bible ou d'Aristote. Mais on doit reconnaître que le moyen âge nous a, pendant sa tutelle, légué une quantité innombrable d opinions et d'idées toutes faites, dont nous ne parvenons qu'à grand*- 93ine à nous débarrasser.
En vain la science, timidement d'abord, hardiment en* éuite, 8*eBt faite le démolisseur de tous ces préjugés, sa marche est lente, et de même que Thomme fait ne parvient jamais à oublier complètement les contes dont on égayait son berceau, de même les nations opcidentales sont sans force pour repousser certaines fables des siècles passés, comme, il faut bien le dire, elles sont également san» l'ordb pour y croire.
LINDE EN PACB DBS TEMPS ANCIENS 49
T] est un certain nombre d'idées que Ton discute libie** ment en petit comité, auxquelles on rougirait de croire en faisant son examen de conscience; car Thomme seul, avec tui-méme, exige toujours de sérieuses raisons pour 8*in« jliner.
Qu'on les agite et discute en public, cent voix se lèvent pour crier haro. « 11 ne faut pas toucher à celai dit-on de \ioute8 parts. — Et pourquoi? — Respectez ceci, respectez celai — Pourquoi encore? » Nous avons l'amour des vieilles choses et il nous répugne de changer nos vieux habits.
Si Ton vient dire par exemple que la chronologie qui fait remonter la création du monde à six mille ans est un absurde non-sens, que de tempêtes ne soulève-t-on pas dans certains camps, et le couteau sur la gorge, il faut donner des raisons mathématiques, alors qu'on se croit en droit de ne vous opposer que des fables et des textes sacres I
Dégageons-nous de tout ce bagage de timides crédulités,
et alors nous comprendrons qu'il no nous appartient pas à
nous, peuples occidentaux, à nous les derniers venus, de
vouloir orgueilleusement fixer Torigine du monde à Taide
de nos souvenirs nés d'hier, et de rayer ainsi d'un trait do
plume la civilisation et l'histoire des peuples orientaux
qui nous ont précédé de quelques milliers d'années sur la
terre. Plus logiques que nous, ces peuples, qui pourraient
se contenter de leur antiquité, se prétendent eux-mômer.
*ssus d'autres peuples qui les ont précédés et qu'une sério;
ie cataclysmes semblables à celui dont toutes les nationj
actuelles ont gardé le souvenir a fait disparaître du globe.
Quoi qu'il en soit, on est forcé d'admettre, en voyant
; jes lois admirables organisant la société, la famille, la
propriété, décelant, en un mot, la civilisation la plus avan*
cée, que ce progrès, pas plus que nous, les Indous n'ont
pu Taccomplir en un jour, et qu'il a fallu des siècles pour
le réaliser.
Us ont dû passer, comme toutes les nations primitives, avant d'arriver à un système de lois écrites, codifiées, par un droit coutumier, transmis par la tradition, s'étajant; peu à peu des recueils de sentences rendues par les pru-'. dents et les juges, jusqu'au moment où la division des coutumes et la diversité des arrêts les ont forcés, comme les Romains l'ont été, comme nous l'avons été nous-mêmes, à introduire Tunité dans la législation, à créer la loi.
Quelques couples de siècles ont amené les nations an« ciennes et modernes à cet état, grâce aux lumières asiatiques, qui sont venues les diriger et abréger pour elles Tépoque de gestation. Mais combien cette période a dû être plus longue pour les Orientaux, même en admettant, suivant leur opinion, qu'ils ont eu ainsi que nous des prédéccsseurs dont ils ont suivi la trace 1
Sur ce sol splendide, sous ce soleil de feu, au milieu d'une végétation sans égale, donnant au corps toutes les satisfactions et à l'âme tous les rêves, le progrès n'a pu se mouvoir que lentement, même aux temps primitifs, où ses habitants étaient jeunes et pleins de force. Aussi peut-on dire que nos siècles du Nord, à la marche hâtive et fiévreuse, doivent représenter chez eux plusieurs milliers d'années.
A mesure que j'avance dans ces études comparatives, je ne puis me défendre d'un étonnement profond et mystérieux, et plus s'enracine en moi c^tte croyance que tous les peuples procèdent les uns des autres aussi fatalement que les fils procèdent des pères, que les anneaux inférieurs d'une chaîne procèdent des anneaux supérieurs, et que, quelque interrompus que soient cette filiation, ces lion:3 qui les unissent, il est facile de les rattacher les uns aux Mitres â l'aide de recherches patientes et dégagées de préjugés.
Tl n'y a certes point là i "^^ idée nouveHe et dont j»? veuille revendiquer le méi''^*^. Interrogez l'histoire, ses
L'INDE Klf FACE DBS TBMPS ANCIENS 51
productions modernes tous diront qu*clle a deviné son berceau et qu'elle 8*efforce de rechercher les preuves qui peuvent s'y rapporter; fouillez les écrits de tous les grands orientalistes, et notamment de Humboldt» ce colosse de la '.cience, et vous reconnaîtrez que leurs préoccupations oDstantes ont été d'assigner à nos origines leur véritable ntiquité et de lutter contre les tristes legs du moyen &ge, qui, en asservissant la pensé'e, ont pour longtemps retardé la marche des esprits vers une science du passé plus rationnelle et plus libre.
Sans doute tous les grands esprits de notre époque sont persuadés de ces vérités, mais il est nécessaire de les condenser, de les rendre sensibles pour tous, de les faire enfin passer dans les masses, car c*est alors seulement, et quand elles sortent du domaine des privilégiés, qu'elles germent et portent des fruits.
Quelques mots sur la philosophie indoue, et j'en aurai fini avec les principes généraux de langage, de législation et de philosophie que j'ai cru devoir aborder avant de passer à une série de preuves plus spéciales que suivront en dernier lieu les études sur les origines religieuses de la Bii'le et du novateur chrétien.
La philosophie indoue, comme la religion, s'appuie sur les Vedas ou Sainte Écriture. Sous le rapport de l'authenticité, les Vedas ont incontestablement le pas sur les ouîrages les plus anciens; ces livres sacrés qui, suivant les jrahmes, renferment la parole de Dieu révélée à ses créatures, étaient en honneur dans l'Inde bien avant que Id Perse, l'Asie Mineure, l'Egypte et l'Europe ne fussent colonisées et habitées.
« On ne peut, dit le célèbre indianiste William JoneS; refuser aux Yedas l'honneur de l'antiquité la plus reculée. Mais quelle est l'époque où ils furont composés? Quel en est l'auteur? Nous avons beau remonter aux temps les plus re-
53 LJL BIBLB DANS LINDB
culés, interroger les annales antiques du genre humain» il nous est impossible de résoudre ces questions; tout ctt me\ à cet égard. Quelques auteurs en font remonter la imposition aux premières périodes après le cataclysme ; I nais» d'après les brahmes, ils sont antérieurs à la créa • 'ion; ils ont été, comme dit le Sama-Yeda, formés de Fàme de celui qui existe par lui-môme, et c*est Brahma ^ui les a révélés aux hommes.
Les Vedas sont au nombre de quatre : le Ritch-Veda, le Sama-Veda, le Yadjou-Veda et l'Atharva-Veda. Seuls, quelques fragments de ces livres ont été traduits et livrés à la connaissance du monde savant; avant peu, une traduction anglaise, due aux soins de la Société asiatique de Calcutta, permettra de les lire et de les étudier dans leur ensemble.
Si, comme je Tai dit plus haut, les Yedas sont Tunique foyer où s*est allumé le flambeau du génie brahmanique, si la philosophie de Tlnde a pris naissance dans le sanctuaire des temples, comme plus tard en Grèce, elle a dû sortir des mystères qui avaient la même origine. Elle no tarda pas à se montrer indépendante, et arrivée à son point de maturité, à rejeter Tautorité de l'Écriture sainte et du dogme religieux pour ne marcher qu*appuyée sur le libre arbitre et la raison.
Aussi divise-t-on la philosophie indoue en système or-î' thodoxe et en système hétérodoxe.
Parmi les plus célèbres auteurs de la philosophie orthodoxe, ou plutôt de la théologie brahmanique, se présentent, Bn première ligne Djeminy et Richna Dwipayana-Yyasa, ee dernier communément connu sous le nom de Yeda- Vyasa, parce qu'il réunit, dit-on, les feuillets épars des quatre Yedas.
Djeminy appartenait à la secte des Saniassys ou mendiants; il portait le bâton et le bassin, ainsi que les vêle* meiits jaunes. Yyasa, parait-il, sacriiia un peu plus aux
L'INDB BN FACB DBS TEMPS ANCIENS 53
choses de ce monde» et il jouit dans l'Inde d'une renommée de poète au moins égale à celle de philosophe. William Jones n'en parle qu'avec vénération.
Les ouvrages de ces deux auteurs qui ont soutenu la philosophie scolastique de Tlnde sont connus, celui de Djeminy sous le nom de Pourva-Mimansa, et celui de /jasa sous le nom de Outtara-Mimansa ou Vedanta.
Non-seulement ils ont pour but de commenter les Vedas et d'en déterminer le sens, mais encore Djeminy traite de la casuistique, et le travail de Vjasa contient une dialectique dans le genre d'Aristote, avec une psychologie où Fauteur pousse le scepticisme et 1 idéalisme au point de nier l'existence d'un monde matériel.
C'est le système de Pyrrhon tout entier; sans doute ce philosophe grec, qui avait voyagé dans l'Inde, avait rappoi-té de ses relations avec les brahmes ce principe que tout est illusion, si ce n'est Dieu lui-même.
Le Pourva-Mimansa présente en outre une grande affinité avec le dogme mystérieux du philosophe de Samos^ que Platon avait en partie adopté.
D'après Djeminy, tout est harmonie dans Tunivers tout est un concert perpétuel; Dieu lui-même est un sou harmonieux^ et tous les êtres qu'il a créés ne sont que des .modifications du son primitif.
I Do ce système des sons découle naturellement celui des nombres, auxquels le Mimansa attribue une puissance mystérieuse. Les nombres un et trois sont le symbole de la Trinité dans l'unité, le signe des trois attributs de la divinité : création^ conservation^ transformation par la destruction.
C'est dans le même sens que le prêtre de Memphis, eDJ Egypte, expliquant à l'initié le nombre trois, lui disait que la JMonade première a créé la Dyade, laquelle a engendré la Triade, et que c*est cette Triade qui brille dans la nature entière.
Le nombre deux exprime la nature androgjne, t agent
et le patient, la puissance génératrice, base de toutes les
légendes sacrées, sources où les mythographes ont puisé
- cette immense variété de fables, de rites et de symboles.
•« Quand le souverain pouvoir divin, dit Manou, eut terminé rœuvre de la création, il fut absorbé dans Tesprit de Dieu, et changea ainsi son temps d'énergie en un tenir)) de repos. »
Nous aurons à nous occuper plus tard plus spécialement de cette idée de la Trinité, et à indiquer où Tout puihf^e toutes les religions, sans distinction.
Les auteurs des deux Mimansa ont également discouru sur les questions les plus abstraites, Vefficaciti des autres^ Karma. La Grâce, Isvara-parasada; la Foi, Sradha, et Je Libre arbitre, et soulevé, bien avant A bail ard et Guillaume de Champeaux, la question des nominaux et des univeriaux.
Ce fut dans Tlnde Tépoque de la foi ardente, Tépoque où toute science, toute philosophie, toute morale se tirait d*un texte de FÉcriture sainte. On doit comprendre que nous reviendrons, lors des études religieuses, sur toutes ces questions traitées par Djeminy et Veda-Vyasa, et qu'agitèrent après eux les philosophes chrétiens.
Les Sastras et le Maha Barada, qui professent les mêmes doctrines, se perdent dans la nuit des temps. S'il faut s*en rapporter à la chronologie des brahmes, d'après les calculs du savant orientaliste Halled, ils doivent avoir le premier plus de sept millions et le second plus de quatre millions d*années d'antiquité. Chronologie qui vient heurter de front toutes nos idées européennes sur la matière.
De pareilles choses excitent facilement le rire, surtout en France, pays des esprits superficiels et de l'affirmation quand même. On s'est fait un petit monde à soi, datant de six mille ans à peine, et créé en six jours, et on n*en veut pas démordre; cela satisfait à tout et dispense de penser»
l'inde bn face des temps anciens r5
D'aucuns, s'appuyant Eur la science, ont bien, depuia quelque temps,, essayé de changer ces six jours en six époques. La marge est large, des milliers d'années peuvent se glisser entre chaque époque ; cette opinion donnai '.a main à celle de l'Orient. Mais ouvrez grand les oreilles, ot vous entendrez de toutes parts les partisans du passé lancer les foudres sur cette avant-garde d'élite et l'asperger de boue avec leurs goupillons.
Ah! prenons garde à l'ultramontanisme, si nous ne voulons finir, comme les Indous, par la démoralisation et l'abrutissement.
Les Sastras ne sont pas les seuls ouvrages qui revendiquent une antiquité aussi reculée. Suivant les pbilosophes indous, les lois de Manou furent aussi relevées dans le Crida-Youga, ou premier âge. Le Sourya-Sidanta remonterait à plusieurs millions d'années, et, à ce sujet, Halled, le traducteur des Sastras, fait remarquer qu'aucun peuple ne possède dos annales d'une autorité aussi incontestable que celles que nous ont transmises les anciens brahmes, et, à l'appui de son assertion, il fait mention d'un livre écrit il y a plus de quatre mille ans qui donne rhistoire du genre humain, en remontant à plusieurs millions d'années.
Cette chronologie n'a rien d'exagéré pour les Indous ; elle concorde au contraire logiquement avec leiirs croyances, qui admettent la matière existant de toute éternité avec Dieu.
Quelle nation a eu plus d'idées, agité plus de questions et discuté plus de problèmes? Le développement de la pensée, la marche progressive des sciences, n'ont rien fait «perdre aux spéculations philosophiques de ces hommes si éloignés de nous.
Législation, morale, métaphysique, psychologie, ils ont tout creusé, tout approfondi.
Quand on parcourt les monuments do leur littérature.
56 LA BIBLE DANS l'iNDB
Quand on ouvre ces vastes dépôts philosophiques où rajoa-* nent de toutes parts les lumières primordiales qui déposent en faveur d'une haute civilisation, on est frappé de cette majestueuse image de la divinité, que le poète, l'historien, le législateur et le philosophe ne cessent de placer sous les yeux des hommes, en appelant leur croyance à sa providence immédiate.
I Ce n*est qu'après avoir élevé leur esprit vers Dieu , ce n'est qu'après lui avoir présenté les affectueux élans d*un cœur reconnaissant, qu'ils entrent en matière. Les doctrines, les théories, les notions sublimes de ces sages nous portent à la plus profonde admiration pour leur foi et leurs croyances.
« Le Gange qui roule, dit le Sama-Veda, c'est Dieu ; la mer qui gronde, c'est lui; les vents qui soufflent, c'est lui; la nue qui tonne, l'éclair qui brille, c'est lui. De même que de toute éternité le monde était dans l'esprit de Brahma, de même aujourd'hui tout ce qui existe est son image, »
Manou, avant d'inviter Brighou à révéler à ses disciples les Maha-Richis, ses lois immortelles, commence par leur expliquer les attributs de la divinité et les mystères de la création. De môme l'auteur du Maha-Barada dévoile dans un langage majestueux, par la bouche du divin fils de la vierge Devanaguy, aux yeux étonnés d'Ardjouna, toutes les idées bublimes du déisme indou. Et les Sastras, dont nous avons parlé plus haut, conduisent tout d'abord le lecteur à la connaissance de rintelligence supérieure, qui a tout créé, tout arrangé, avec une liberté et ne puissance infinies.
Mais, après ces pi^emiers âges de foi ardente, de croyances sans discussion , arriva bientôt le culte de la raison pure, qui, sans rejeter la révélation antique, ne voulut l'admettre qu'en l'épurant par le libre arbitre. ' De cette liberté naquirent nécessairement les systèmes les plus divers, et à côté des spiritualistes, vinrent se
L'iNDB EN FAOB OBS TBMPS AKCIBN8 57
placer les sceptiques, dont les théories furent renouvelées dans l'antiquité parlesPjrrboniens, et de nos jours parles disciples de Montaigne et de Kant, sans que ces derniers aient eu le mérite d y ajouter môme un seul argument.
La philosophie Sankja, qui a pour fondateur Eapila, méconnaît formellement la création divine ; elle soutient qu'il n*y a point de preuves de Texistence d'une cause spirîtueUequi ait donné naissance à l'univers; qu'elle n'est d'ailleurs démontrée ni par les sens, ni par le raisonnement, c'est-à-dire par perception ou induction, deux des trois criteria de vérité par lesquels on arrive d'après elle t la connaissance des choses. Car la nature de la cause et de VeJ'et étant la même , il en résulte que ce qui n'existe pas ne peut, par aucune opération possible d'une cause» recevoir l'existence.
Argument analogue à celui employé par Leucippe, Lucrèce, etc., que Dieu, pour créer, devait tirer le monde de néant, et qu'il n'est pas possible de tirer rien de rien.
Cependant Kapila reconnaît une force plastique inhé* rente à la nature, un être procédant d'elle, attribut spécial de la matière, et qui est la source de toutes les intelligences individuelles.
De l'action opposée, de la qualité créatrice et de la qua^ lité destructive, surgit la force agissante, ou le mouvement, qui lui-même est également doué de trois qualités distinctes :
^ 1® Le mouvement plastique ;
2" Le mouvement de désunion;
3** Le mouvement, ou force d'inertie.
Voilà les subtilités dans lesquelles s'élance en se jouant l'imagination orientale de ces temps reculés.
Les philosophes indous s'étendent très au long dam Fexamen de ces trois qualités ou attributs inséparables de la nature, et qui s'inûltrent nécessairement dans tout ce qui existe. Ce ne sont pas de purs accidents de la nature.
53 LA BIBLE Dans L'INDB
dit Gautama dans son Traité de philosophie, mais elles forment son essence et entrent dans sa composition.
La première est la présence de tout ce qui est bon et Tabsence de tout ce qui est mauvais.
La dernière est Tabsence de tout ce qui est bon et la présence de tout ce qui est mauvais.
Celle du milieu participe des deux autres.
Constatons que la doctrine des Sastras a la plus étonnante analogie avec les systèmes d'un assez grand nombre de philosophes de l'antiquité. Empédocle admettait pour principes des choses quatre éléments, mais il reconnais* sait en même temps le principe de Tamitié et le princip4 de la discorde.
Platon enseignait que Tamour était le plus puissant des dieux, le véritable créateur, et qu'il était né du chaos.
Les stoïciens avaient recours à une substance unique produisant, suivant eux, les quatre éléments, et le philosophe do Stagyre en admettait un cinquième, auquel il faisait remonter Torigine de l'âme.
La force ou le mouvement, suivant les Sastras, s'alliant avec le temps, et la bonté, engendre la matière, la grande substance, le Maha-Bouda, et le choc des impulsions contraires dans là matière produisit cet élément subtil, céleste, lumineux, appelé Agasa, fluide pur, électrique, répandu dans l'espace, et qui donne la vie.
Ainsi l'affection est la mère universelle, la cause première, la suprême génératrice de l'univers.
Comme épouse de Brahma non agissant, irrévélé, habitant, suivant l'expression du Maha-Barada, dans le drap noir, elle est Bavahny.
Comme épouse de Brahma, descendant de l'inaction à l'action, se manifestant par la création, animant la matière, elle est Brahmy.
Comme épouse de Vischnou, coLservateur et préserva* teur, elle est Latchoumj.