‹ Études indianistesChapitre 89 sur 122 · TAV4NA ET NOUBTADY · texte numérisé non relu

TAV4NA ET NOUBTADY

Traduit da sinnerH. tlffldra, W§mmêê4

H est nne yôrltô qui ne saurait être mise ea doute aujourd'hui, c'est que l'Inde ait été Tinitiatrice des peuples anciens.

Tous se rattachent à elle par leur langage, leurs mœur% leur littérature, leurs souvenirs religieux. On sait qu'il n'est pas une expression grecç[ue ou latine, qui ne soit dérivée du samscnt; qu'Homère n'est qu'un écho duRamayana; que la tragédie grecque a copié la tragédie indoue^ comme Racine et Corneille ont à leur tour copié Eschyle et Sophocle (nous publierons bientôt, dans son entier, la tragédie samscrite de Phèdre); que le panthéon mythologique de l'antiquité estissu du panthéon brahmanique; que le livre de la loi de Manou a engendré celui de Manès en Egypte, de Minos en Grèce, et que Mosès, lui a emprunté les rares préceptes moraux qui ça et là émergent de son livre de sang»

Quand les études samscrites auront complètement dégagé le passé, oa verra qu'Hippocrate ne fut qu'un vulgarisateur delà médecine ancienne des temples de l'Orient^ qu'Euclide et Ariihimède^élèves d'Alexandrie, se formèrent en £gypte,àrétude des sciences mathématiques léguées par l'antiquité indoue.

Chose étonnante, en iK^jant cette antiquité grecque, qui tout à coup et presque Aans passé nous apparaît dans toute sa splendeur artistique, philosophique, scientifique et litté* xaire,jusqu*à nos jours le monde moderne, ne se douta jamais qu'il y avait là l'œuvre de cinquante à soixante sièc^ au moins, et de plusieurs centaines de générations d'hommes* >

N'ayant point encore entrepris les études de linguistique

et d'ethnologie, qui viennent chaque jour nous démontrer l'impossibilité de l'intuition scientifique^ nous apprendre que chaque découverte n'arrive qu'à son heure, que chaque pro* grès est péniblement conquis par le temps et le travail, les siècles derniers, ne pouvant déchirer le rideau des temps fabuleux et héroïques de l'ancienne Grèce, se laissèrent aller à une admiration sans bornes pour cette pléiade d'hommes de génie qui, dans toutes les branches, semblaient être arrivés d'un seul bond à un niveau qui, si Ton excepte les sciences exactes, sera peu dépassé par l'humanité.

Us ne se doutaient pas que derrière Homère, Hérodote, Socrate, Platon, Eschyle, Thucydide, Protagora8,Anaxagore, Sophocle, Euripide, Aristophane, Gratinus, Sapho, Tyrtée, Phydias, Appelles, Gallicrate, Zeuxis, Pharrasius, Euclide, Archimède, Hippocrate, et une foule d'autres, se trouvaient quatorze à quinze mille ans de l'ère indoue et de civilisation orientale, et que le grec était du samscrit presque pur!...

Les idées religieuses se transmirent plus servilement encore, et si le panthéon vulgaire abandonné par les prêtres au culte de la foule, avec les temps, les lieux, les mœurs et les peuples, se modifièrent souvent sans cependant perdre pour cela leur cachet d*origine, il n'en fut pas de môme des croyances mystérieuses, sur l'unité de Dieu et la création, réservées aux initiés du sacerdoce, qui passèrent dans toute leur pureté de la pagode aux temples, arches, tabernacles^ autels ; du brahme à l'hiérophante, au lévite, et au prêtre. Et de même que la croyance se maintint dans sa simplicité et son intégrité symbolique, de même les poésies religieuses se transmirent d'âge en âge, sans qu'on osât y toucher, dans leur essence qui se rattachait au culte et aux mystères. Longtemps, les chants sacrés se conservèrent sans autres transformations que celles que la paraphrase ou la traduction dans une autre langue leur faisaient subir.

C'est ainsi que nous verrons les poètes hébraïques se cons* titu(?r prophètes avec la plus grande facilité, par la paraphrase et l'imitation des chants sacrés de la haute Asie et de l'Inde, qu'ils étudièrent dans leurs voyages, ou pendant les nombreuses captivités qu'Israël dut subir.

l'idêb de dieu dans l'ikdb. 169

Les rois quand ils faisaient alliance, juraient mutuellement sur leurs livres de la loi; les livres sur lesquels on avait juré s'échangeaient, et étaient précieusement conservés dans Tintérieur des temples, et je ne doute point que David et Salomon quilles premiers, sortirent de l'orgie mo^j salque pour aborder la poésie religieuse, n'aient été engagés dans cette voie, par les livres sacrés de l'Orient dont ils eurent ainsi connaissance par leurs traités avec les peuples voisins.

Nous ferons dans un prochain ouvrage cette vérité incontestable, lorsque nous examinerons l'œuvre des prophètes hébraïques, puisée tout entière dans les traditions de l'Orient, et que nous opposerons le texte au texte, pour tous les passages où il nous a été donné de retrouver dans l'Inde le souffle initiateur.

De même que tontes les sectes chrétiennes transmettent aujourd'hui à leurs adeptes leurs livres sacrés, avec les mêmes préceptes, les mômes épisodes historiques et religieux, de même, toutes les religions de l'antiquité ayant puisé aux mêmes sources, transmirent aux prêtres la même Écriture sacrée, les mêmes mystères, les mêmes croyances, et à la foule les mêmes superstitions...

On ne lira pas sans intérêt Je chant de Nourvady, dont nous donnons ici la traduction d'après le Nikâra.

Ce morceau, d'une poésie mi-religieuse, mi-profane, destiné à célébrer l'amour, parait avoir été l'hymne type de l'antiquité. Vina-Sana-Iati, le poëte bouddhiste l'a paraphrasé dans son ode à Sri. Zoroastre l'a imité dans l'hymne d' Yrany, et certainement Salomon n'a fait que suivre ce mouvement poétique d'imitation, lorsque pour donner à son peuple un chant d'amour, il composa le Cantique des cantiques.

YAVANA ET NOURVADY.

YAVANA.

• Voici l'heure ou Ma monte de la mer dans le ciel, l'herbe divine du cousa se redresse sur sa tige embaumée, et la brise

170 ^ I^t ffXLB JW DfBU.

des AuUft qni sowfQe 4a «Mé dit montagnes de rovest Tient rafraiehirla IfiTML

c Qttelia aet ^setle^oaibn qai inr^erae les beeqnetsen Aecms, Bi dduoMnefti que la oolcMBlie a'ea est point troublée dans BOD aidf n'est-ea pas ma hiBSL^maoét fû-vîeBt apaiser la soif 4'aiBOiir 4ui jbsô dév«os?

c Mabiennaiinéd est Ttesus €it pare; «ni «'atHieilli lesprendèras fleniB de son priatemps, mxMtmm hoaime n*a tu son visage, et dans tous le pays de Madura, nuUe oreifie n^ irôsii da i&anniire de sa toîxI

cLMMts, dftns la lorôi ooMaapfo,s«rles ]MrAB4u kieeov- Yûrt de lotus^ est la maàaaii de mm bîeiwaimée; qnasid elle àSîB son iNLgQe pour l*aU«tioB 4a matim et du soir, les esprits des eaux sont jaionx de sa beauté*

€ Ses yeux sont plus doux que ceux de la génisse qni toflèteui la mer et les creox, sa bouehe est plus suave que le parfum d'Oupaeasma, et lé miri d'isHiûs est moins «mbaumé que le eouffle qui e'édiapp» de ses iévres.

« Sa taille est souple oomme celle â^un Jeme lys qni s^ lève aa-des«ufl des bntssoos immltes, sa démarehe a la gc&ee de la jeuBe ga&eUe4[ni boodzt aotoor 4e sa mère, m voix ressemble à la musique céleste dm ciel dloéra ^k« entend daAS lea révea.

c Au mu£mjQjre du rojeseau* an ckant du bevllnral, à là plainte da tamier, elle m'a dit : Cest ce eoir qve je quitterai ia maison de mon père» peur venir reposer sur ton sein<

c Où done eet-elle? j'ai «ouvert ma natte de fleurs ponr leeevoir le pi^ne lilane de la vierge, Ha s'avance rapidement dans le oiel, l'oasbre des éléphants to«l>e àVest, et )e n^tandfi pas le bruit de see faa.

< Vents qui traversas les mesa, mqujlovs qvA^cmMer sur les plaines de sable, douces brises de la nuit qui faites parler les feuilles des bois, dites : n'avez-vous pas vu ma bienaimée, qui peut la retenir k>in éemd?

c Quelle est cette ombre qui traverse les bosquets en fleurs, si doucement que la colombe n*en est point troublée dans son nid? n'est-ce pas ma biea-aîmée qui vient aq^aiser la soif d'amour quime dévore?

B DIEU DANS X'iNDE. ^ 171

NOUKVADY.

< Yolci rheore où Ma monte de la mer vers le ciel, rhorbe divine du coasa se redresse sur sa tige embaumée, et la brise des nuits qui souffle du côté des montagnes de Fouest vien^ rafiraicliir la terre.

c Quel est ce bruit qui traverse les bosquets en fleurs, si doucement qae la colombe n'en est point troublée dans son nid? Ah ! c'est la voix de mon Men-aimé qui m'appelle auprès de lui.

c rirai et je m'étendrai à ses côtés sur sa couche couverte do fleurs, car ma bouche a soif de ses baisers, et le premier il déliera le pagne de la virginité, et ma taille ploiera sous l'étreinte de son bras robuste^ Je t'aime, ô mon bien-aimé, et j'accours prés de toi, comme le fidèle ramier qui revient sur la bra&ohe-qui porto son amour et ses petits.

c Je dormais, et la voix de mon bien-aimé ^st venue frapper à ma porie; c'est Theune ppopiee, et j'ai parfumé laa tunique, mes cheveux et mon corps, et je suis partie malgré les bruits sinistres qui frémissaient dans l'air, et murmuraient dans les eaux, malgré la rosée de la nuit...

€ Diies-mM, jeunes vierges du Pindhawar, et vous, femmes du Valdahor, diies^moi si vous connaissez mon bianaimé? sa taille ^est plus dx^te que celle du pcdmler, ses che* veux plus abondants que les tiges de nelly dans les rizièrea*

c Son regard est amoureux comme celui de la gazelle, ses lèvres brûlent quand elles s'appuient sur mon sein; qu'il est beau et que sou amour est enivrant. J'irai dans les jardins et je tresserai des couronnes de fleurs pour orner sa chewe* lare.

c Ses lèvres distillent un baume plus pur que celui d» l'amrita, son regard m'a blessée au cœur, sa voix est douce et sonore comme celle du jeune éléphant, et je languis depuis le jour où, la voyant passi?r, je le distinguai parmi tousies jeunes hommes et l'appelai par son nom.

t £t voilà qu'une voix s'est mise à chanter dans mon cœur, que mes flancs ont tressaiUi d'aise, que ma poitrine a

bondi, et que la jeune vierge a vu s'écouler les premières larmes de Tamour et de la fécondité I

c Et j'ai dit à mon bien-aimé: j'irai ce soir près de toi, et le pagne blanc de la vierge s'étendra sur ta natte en fleurs; il doit m'attendre, et sa yue réjouira mon &me, et ses baisers calmeront le délire de mon cœur.

« Vous, qui me voyez courir dans la nuit, esprits des eaux qui présidez aux rosées bienfaisantes, ne me demandez point où va ma pensée, où se dirigent mes pas, quel est le but de mes désirs?

c Entendez-vous ce bruit qui traverse les bosquets eà fleurs, si doucement que la colombe n'en est point troublée dans son nid ? Ah f c'est la voix de mon bien- aimé qui m'appelle auprès de lui (...

TAVANA.

c Est-ce toi, Nourvady, qui, fiièle & ta promesse, viens me visiter ce soir, et sur ma natte couverte de fleurs, te reposer, ta bouche sur ma bouche et ton cœur sur mon cœur?

NOUAVADT.

C'est la vierge du lac de Pindhawar, qui, fidèle à sa promesse vient ce soir te visiter, et sur ta natte couverte de fleurs se reposer, sa bouche sur ta bouche et son cœur sur ton cœur.

YAVANA.

c Que tu es belle, 6 ma bien-aimée, que tu es belle ! que ta aille est souple et flexible; tes seins qui bondissent d'amour sont comme deux blanches colombes qui battent de Taile dans leur nid.

NOURVADY,

Que tu es beau et que tu es fort, 6 mon bien-aimé I tont en toi est souple et robuste, je suis comme la liane qui s'enroule autour du puissant sandal et qui s'imprègne de son parfum.

l'idée de dieu dans l'ikdb. 173

YAVANA..

c Ta bouche est un nectar dont mes lèvres s'enivrent, comme l'abeille fait d'une fleur. Gomme ton beau corps frémit sous mon étreinte, que ton amour est délicieux 1

NOURVADY.

€ Mes oreilles n'entendent plus les bruits de la terre, Vobscurité de mes yeux est complète; que me fait le jour, que me fait la vie, que me font les fleurs, que me font les fruits I

€ Que me fait le soleil, Toîseau qui chante dans les bois, les grands fleuves qui roulent leurs cours vers la mer, que me fait la nature entière ! J'aime et je meurs d'amour dans les bras de mon bien-aimé 1

YAVANA.

t Écoute, Nourvady, ô ma bien-aimée, ma compagne, laisse ta tôte reposer sur mon bras, enivre-moi d'amour, ne regrette point ta maison et tes jeunes sœurs, en toi vient d'éclore une nouvelle vie... Que tu es belle, 6 ma bien-aimée 1

NOURVADY.

f Je n'entendais point et tu as ouvert mes oreilles, je ne voyaispoint et tu as ouvert mes yeux, mon cœur était muet et tu l'as fait parler. 0 mon bien aimé, mon époux, je suis à toi et je te prodiguerai mon amour, tant que bêleront les agneaux, tant que les arbres porteront des fruits 1

c Tant que Gangea roulera vers la mer ses flots argentés, tant que Sourya éclairera le monde et que Brahma régnera au séjour céleste. » Nikâra (hymnes).

Nous n'avons pu rendre aussi bien que nous l'eussions désiré cette poésie étrange, figure admirable de l'amour universel qui remonte aux premiers âges du monde, et que les rapsodes indous chantent encore aujourd'hui dans les cérémonies de mariage des hautes castes, en se faisant donner la réplique par une bayadère.

Cet hymne appartient à l'&ge patriarcal, et c'est sûrement

171 LBi VUsM DK DIBU.

un des premiers morceaux rythmés que composa le poêle inconnu qui découvrit l*art de cadencer sa pensée.

A ce titjse, il datait trouver pLaoa ici. Qu'on le compara au Cantique des cantiques de Salomon, et qu'on veuille bien les lire tous les deux en dehors de tout esprit de secte et de toute idée religieuse, et l'on reconnaîtra que le chant indou est de beaucoup supérieur à l'autrey et comme charme poétique, et comme allôgorie, et comme netteté d'idées.

C'est la mémeûction, l'union de l'homme et de la femme par l'amour, que tous les peuples anciens, à l'imitation de rinde, ont chantée dans un hymne spécial et conservé avec ua égal respect dans leurs livres sacrés.

Il est une faiblesse qui nous vient de notre genre d'édoca* tion, dernier reste de la tradition du moyen âge, dont noua nous sommes défaits en matière de sciences exactes, mais qui résiste encore sur le terrain philosophique, religieux et littéraire : c'est l'admiration en masse, l'admiration de convention!...

Combien trouvez-vous d'hommes, je ne dis pas qui aient lu, — 11 y en a peut-être un certain nombre, — mais qui aient étudié le Cantique des cantiques?... Bien peu, je vous assure.

Et cependant il n'en est pas uu qui, interrogé à l'improviste sur le mérite de ce chant poétique, ne réponde par Les exclamations d'usage : splendide 1 sublime t..«

Ehbien, j'ose affirmer qti« ce chant biblique, dont on fait un si rare morceau, n'«t qu'un recueil de versets ciiantés dans les fêtes publiques par différents groupes, composant et se renvoyant séance tenante cas stanceB, ainsi que cela se pratique encore dans tout TOrient.

Je n'ai que le temps de dégager l'idée dans le cadre restreint de ce volume; il y a là, pour qui connaît les mœurs orientales, un magnifique sujet d'études sur les mœurs poétiques de toute l'Asie.

11 y a dans ces contrées, dont un ardent soleil développe toutes les imaginations, deux sources poétiques bien différentes d'où émanent, d*un côté, la poésie sacrée et héroïque, et de l'autre, la poésie vulgaire.

l'idée D£ duuj xnwvs l'inde. 175

La poésit saciéa et héroïque, écLose à l'ombM dss Xubtpies, se compose de morceaux religieux et hiatofk{uea coacouiaat à faire ua eiuemble, bien qwè ckaque épisode, souvent même chaque page, ait eu un auteur di£férenU Tek sont les védas, le Ramayana, l'Illiade, la Bible, et chez les Scandinaves, les eddas.

Là le chant est bien rh3rthmé, et l'idée se développe dans un ordre logique, malgré la longueur apparente de certains récits êpisodîques qui étaient dans l'esprit du temps.

C'est une œuvre de poSle, et, ne s'y livraient, dans l'intérieur des pagodes et des temples, que ceux qui avaient reçu le souille inspiré*

La poésie vulgaire n'a pas la même origine, tout homme est poëte en Orient, si l'on peut appeler poésie l'exagératiou du sentiment rendu par l'exagération de Texpression.

Le domestique de la plus infime caste que vous renvoyez, s'il a regret de vous quitter, au lieti de vous dire simplement qu'il s'en va avec peine... prendra immédiatement le soleil, la mer, les montagnes à témoin qu'avant huit jours il sera mort de regrets, n est de bonne foi quand il parle ainsi.

Ajoutez à une pareille organisation l'ignorance la plus complète de toutes choses, dans laquelle les prêtres les ont tenus à toutes les époques, et vous comprendrez que les orientaux ne peuvent être réunis à quinze ou à vingt sans organiser des cbœurs poétiques, avec quatre à einq groupes qui, chacun leur tour, scandent en nazillant un couplet sur un sujet donné, cela leur tient lieu de conversation...

Il arrive dans ce cas, Lien que le sujet adopté domine toujours l'ensemble, que les stances n'ont entre elles aucun rapport d'idées, chaque groupe va de son côté et, sans perdre de vue le sujet, semble le développer à sa manière.

Survient-il une comparaison, une idée poétique, qui séduit tout le monde, tous les groupes les reprennent à leur tour et les reproduisent en variant la forme.

Un exemple pour donner à ma pensée une forme plus sensible :

Je me trouvais un jour aux environs de Trichnopoli, dans un village dont le chef venait d'avoir un his, une nombreuse

assistance était réunie sous la vérandah de la maison, et les groupes s'étaient organisés à la veillée; l'événement du jour fut naturellement le sujet de la composition* Voici le sens de quelques strophes du début :

lef Groupe.

c Avez-vous entendu les cris de douleur qui partaient de la maison de Ramsamy-Modely? mais il y a eu aussi des cris de joie, car Teufant qui fait pleurer la mère réjouit la famille.

d« Groupe.

c La douleur et la joie, c'est la vie et la mort, c'est l'enfance et la vieillesse, c'est l'hiver et le printemps : la joie est Ûlle de la douleur t

3» Groupe.

c Savez-vous d'où viennent les ûeurs, savez-vous qui féconde les grains de mil et de riz, savez-vous d'où viennent les sources où se désaltère le voyageur?

4« Groupe.

c Savez-vous le nom de sa mère, n'est-elle point fille de Sina-Tamby? Qu'elle était belle lorsqu'elle reçut à son cou le tali du mariage, elle jouait encore avec ses compagnes, et voilà maintenant qu'elle a produit un fils.

5e Groupe.

• Les heures vont devenir mauvaises, les esprits des eaux commencent à s'agiter dans la nuit; femmes, où êtes- vous? avez-vous tracé devant la porte et sur le chemin^ les signes qui conjurent les mauvais présages? i

1er Groupe.

€ L'herbemagîquedu cousa, croit le long des étangssacrés, c'est sur elle que fût couché le fils de Devanaguy la vierge;.

L'mÉB DE DIEU DANS L'INDB. 177

femmes, avez-vous cueilli de cette herbe, pour entourer la natte du nouveau-né?... etc. •

Nous bornons là notre citation : on peut voir par ce simple aperçu, le chemin que fait en peu de temps ce genre de poésie dans le domaine de la fantaisie.

Ce chant qui se continua fort avant dans la nuit, par une série d'associations d'idées vagabondes, effleura les sujets les plus curieux, il y eut |môme un couplet en l'honneur des assistants étrangers... Le propre de ce genre de poésie est, que l'on peut à son gré, après les avoir écrits, bouleverser tous les couplets, les changer de place, sans rendre le mor* ceau ni plus obscur ni plus clair. Ainsi que nous l'avons dit, une idée générale plane sur l'ensemble, mais rien ne relie les strophes entre elles.

Le Cantique des cantiques, est une improvisation dans ce genre, dont Salomon a pu diriger les chœurs, mais on aura beau lui donner du sublime, on ne lui enlèvera pas son cachet, on ne l'empêchera point d'appartenir à la poésie vulgaire de l'Orient, qui possède des centaines de morceaux, ni meilleurs ni plus mauvais que celui-là.

Vous pouvez prendre toutes les strophes de l'hymne hébraïque, les mélanger ensemble, commencer la lecture par le commencement, par le milieu ou par la fin, vous ne changerez rien au sens : l'idée de l'union des sexes par l'amour, domine le tout, mais il n'est pas deux strophes qui aient an accord logique entre elles.

Quatre à cinq groupes au moins, ont concouru à composer le Cantique des cantiques, et il suffit délire attentivement ce morceau de poésie pour voir que chaque groupe l'a traité en entier à sa manière, mais sous l'inspiration dès mômes idées, ce qui fait que ce cantique n'est qu'un composé de quatre ou cinq chants différents sur le môme sujet.

Il serait facile et curieux en môme temps de restituer à chaque groupe ce qui lui appartient, et de reconstituer le chant primitif, en faisant pour l'ensemble, le travail suivant, que nous ne faisons qu'indiquer pour une comparaison

qu'un seul auteur n'eût point répétée quatre fois dans le même monseau.

!•' Groupe.

c Je t'ai comparée» mal»ien^imée, à ee Jeune coursier du char de Pkaraon*

Tes Joues sont belles comme le plumage de la oolombe» 4ea cou brille comme les pierreries.

2^ Gr(mpê.

• Que tu es belle, mabien-almée, que tu es belle; tes yeux sont les yeux delà colombe...

c Tes joues soiït comme la grenade et brillent à travers ton Yoile.

8« Groyfiâ.

c Ses yeux sont doux comme les colombes qui reposent sur les bords des fleures.:.

« Ses joues sont comme un Tase d'aromates artistement mélangés.

4« Groupe»

c Que tu es belle, à ma bien-afmée; ma ctsiomise est unique, elle est parfaite...

c Ses joues sont comme la grenade et brillent à traTers son ▼oUe... ■

Ceci pourrait se faire pour le morceau tout 'cntter, on en tirerait quatre cbants complets entre^roîtant leurs strophes et leurs réponses, ou se pouvant chanter séparément.

Deux exaltant les charmes et la beauté de la bien-otm^e, et deux célébrant les attraits, la force et la grâce du bienaimé.

Le peu de netteté et de logiqie qu*on remarque dans ces comparaisons, accuse également Torigine vulgaire de oet hymne :

« Ses joues sont comme vn vase d'^aromates... moi, }e sub

li'iDÉE DE DTEU DANS l'iNDB. 179

-comme une muraille, et mon sein est comme une tour... Tes dents sont comme des brebis qui sortent du lavoir..., etc. •

Presque toutes les images sont de cette force, e/t il faut être facile à Fbyperbolepour voir dans ce morceau le chef-d'oeuvre de la poésie...

Hymne à la divinité, invocations et prières, légendes patriarcales, toutes ces inventions de l'Inde ancienne, que nous venons d'étudier, ne sont pas seulement puissantes par le souffle poétique, elles témoignent à chaque pas d'un amour ardent pour Dieu, d'un respect profond pour la morale, qu'aucune époque n'a depuis jamais éprouvé à un égal degré.

Le chant d'amour d'Yavana et Nourvady,nous montre que les poêles du temps patriarcal, suivant la recommandation de Manou, savaient être chastes, jusque dans la peinture des passions les plus ardentes, et que ce n'est point Tlnde qui donna le signal de la décadence poétique par la description de scènes licencieuses ou contra nature.

Môme après la révolution religieuse accomplie par les brahmes, alors que pour faire oublier au peuple la perte de son indépendance» et les pures traditions de ses ancêtres, ses dominateurs le pousseront aux jouissances matérielles : la poésie erotique, quoiqu'un peu plus accentuée du côlé des sens, restera digne et chaste dans l'image et l'expression ; ^le quittera les temples et les hymnes d"amour sjnnbolique pour les chants de la nature, et inspirera la poésie grecque.

Elle chantera les fleurs, les parfums, la beauté, les joies et les tristesses de la nature, avec une délicatesse de tons que nul poëte ne dépassera dans Tavenir; mère à la fois d'Anacréon, de Tibulïe et d'Horace, ^lle imprimera sur le monde un cachet poétique au moins égal à la trace puissante que laisseront, d'un autre côté, les sciences morales, philosophiques et religieuses.

Alors que tout l'effort de la poésie hébraïque n*arrive qu*à «hanter l'amour matériel avec de ces expressions qu'on ose fi peine citer, détaillant grossièrement les seins, les cuisses et toutes les beautés cachées de la bîen-aimée... la poésie

indoue, dans ses plus grandes audace^;, n'aura pas un mot» pas une comparaison qui puisse blesser la pensée.

Il faut le dire à l'honneur de ces populations de l'Indoustan» qui débutèrent dans la vie par un rigorisme que les stoïciens eurent de la peine à égaler, les vices honteux qui furent les plaies de l'Egypte et d'Israël, que la Grèce poétisa, que Sapho chanta à Lesbos, qui firent de Socrate, suivant l'expression de Boileau, le tris-équivoque ami du jeune Alcibiadê, et qui encore aujourd'hui rongent l'Arabie, l'Afrique et une partie de l'Asie, leur furent et leur sont encore complètement inconnus.

L'Inde conserva le culte de la femme et de la beauté, et ne souilla jamais la naturel...

Aussi ne saurait-on trouver dans l'immense trésor poétique que nous a légué cette admirable contrée, une seule de ces pièces, qu'un homme et une femme ne sauraient lire ensemble, et qui déparent l'œuvre d'Anacréon et de Sapho.

Et si Virgile lui-môme, le doux Virgile, a chanté les amours du pasteur Gorydon et du jeune Alexis à une époque où il n'existait plus de berger môme en Arcadie, on peut ôtre assuré que le cygne de Mantoue n'a point puisé son inspiration dans les traditions poétiques que les itala (en samscril, hommes de basses castes) avaient apporté de la haute Asie.

De cette honnôtelé de mœurs, sortirent une série d'églogues, d'idylles et de poésies amoureuses, qui servirent de modèles à la poésie légère d'Athènes et de Rome qui leur emprunta ce qu'elles eurent de plus tendre et de plus délicat.

La plupart des chants d'Anacréon et de TibuUe, s'étaient conservés par la tradition, et furent simplement recueillis et traités à nouveau par ces poètes, que Ronsard et les poètes de la Renaissance imitèrent à leur tour.

En terminant cette revue trop rapide, des premiers temps de l'Inde, qui demanderaient à ôtre étudiés par plusieurs générations d'indianistes pour ôtre révélés dans toute leur splendeur. On nous saura gré de donner la traduction d'une des plus charmantes églogues du poète Viradj-Snata et d'une fable de Gasyappa. Après la poésie religieuse des

l'idéb db dibu dans l'ikdb. 181

prières et des légendes, après Thymne à Tamour éclos dans rintérieur des pagodes et qui se cliantait comme une image de l'amour du créateur pour la nature. On ne nous accusera point de sortir de notre sujet si nous accordons ici une petite place à la poésie profane*

Par ce côté encore, nous prouverons une fois de plus que rinde a été l'Aima parent, de toutes les nations de l'antiquité.

i8d LES FILS DB PIBU.

GHAPITRB. VUI.

AYBITA ET AVANT.

PASTORALE DU POfiTB UfDOU TIRADJ-8NATA. .

Traduit da samscrit.

AVRITA.

Viens avec moi, ma chère Avany, aux rives ombreuses dè^ Gangea, nous ferons ensemble nos ablutions.

AVANT

Oses-tu bien me parler ainsi, c'est à peine si quatorze printemps ont fleuri sur ma tôte...

AVRITA.

C'est l'âge des amours.

AVANT

Non» je veux me parer encore une fois à la fôte prochaine de couronnes tressées avec l'herbe divine, et de fleurs de lotus non ôcloses, symboles des vierges. Que diraient mes compagnes, si je m'allais baigner seule avec un berger.

AVRITA.

Viens près de moi, dans ces bosquets pleins d'ombre, et je^ te chanterai un hymne que j'ai composé en l'honneur des« génies bienfaisants protecteurs des moissons.

L'IDÉBT Dff DIEU DkHB L INOB. iffd

AYANT

Cesse da me faire e&taodre ta iPObL séduisante, Je toux rester vierge en la demeure de mon père» et entrer vierge en la demeure de mon époux.

AVBIIA^

Tir n'as done Jamais eirlendu âtaw 1» calma de» nuits^ les Tents tiédes des plaioes du Ghannamwar te murmurer des mots d'amcRzr.

AVANT

Je les ai entendus.

AVRITA.

Tu n'aa donc jamaie va danB tes aoBf es la. figure de eeLai que tu dois aimer.

AVAjn.

J'ai fait l'invocation consacrée, et Je Tai vue.

AVRITA.

Où est-n celui que ton cœur a choisi? pourquoi ne vient-il pas te parler le langage du bien-aiméf

AVANT

Qui te dit quV ne m'ait point encore parlé ce hrogagef

AVRITA.

Je surveille tes pas, et moi irai jusqu'à ce jour t'ai dit que tu étais belle; est-ce mon image que ton cœur a entrevu dans tes songes ?

AVANT

i^ napuifi to répondre.

AVRITA.

U n'est pas une de tes compagnes qui ne fut jalouse de recevoir le tali de mes mains, et de manger le riz grillé aous la vérandah de ma demeure.

AYANT

Vois, la nuit s'ayanee, laisse-moi partir, car en nous voyant seuls ensemble, les esprits des bois vont nous envoyer mille ' )ropos moqueurs.

AVBITA.

Je t'appelais Avany la belle, mais Je ne veux plus te nommer qu'Avany la cruelle ?... Pourquoi repousses-tu mon amour? Au bout de ce sentier, est ma maison, construite 8ur les bords d'un étang, dans les eaux duquel se joue un couple de cygnes noirs, viens, Je veux te les donner?...

AVANT

Quoi! tu portes ta main profane sur mon pagne t... Redoute ma colère 1... Mais non 1 tu me vois à tes pieds, écoute mes supplications,... la nuit trouble mes sens, j'ai peur... accompagne-moi près de ma demeure, et Je croirai à ton amour.

AVRITA.

Partons, Je le veux bien, mais c'est pour la dernièref fois que tu as entendu mes paroles.. • Je suis seul en la maison de mon père pour lui fermer les yeux, et accomplir sur sa tombe les cérémonies funéraires. Avant peu on entendra une voix se désoler, et semblable à l'éléphant qui a perdu son nourrisson , mon père 3e lamentera près du bûcher de son ûls...

AVANT

Eh quoi, tu veux mourir ?

AVRITA.

Je presserai sur mes lèvres la fleur du calpa, et pour moi commencera la nuit sans réveil...

AVANT

Tu ne feras point cela.

l'idéb db dibu dans l'indb. 185

▲YIUTA.

Dès 06 soir; à l'heure ou Ma montera silencieusement dans le milieu du ciel» j'irai cueillir les fleurs.

AYAHT.

Je t'aime, j'accepterai le tali de tes mains, et je mangerai le riz grillé sous la yérandah de ta maison. Je ne yeux pas que tu meures.

AYBITA.

Tu pleures, Ayany, laisse-moi boire dans un baiser, les perles qui s'échappent de tes longs cils...

AYANT

j'ai peur!...

AYRIFA.

Pourquoi trembles-tu dans mes bras?

AYANT

Par pitié» laisse-moi 1

AYBITA.

Tiens» reçois ces caresses, et ces baisers brûlants suir ton cœur.

AYANT

Où me cacher I...

AYBITA.

Ne crains rien» tout est silencieux autour de nous.

AYANT

Songe, songe à mon père... Il ne m'écoute plus I

AYBITA.

Laisse, ma bien- aimée» ton beau corps s'incliner sous mon étreinte...

AYANT

Il a brisé ma ceinture I

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