Celano. Ses lacunes et ses silences Granges. Lui
qui parle des missions avant 1'approbation de la Regie (1 Gel. 29-30) ne fait que des allusions indirectes a des missions pour la France, 1'Espagne, FAllemagne. II se tait sur les Chapitres, glisse sur les dernieres annees de Frangois...
La page par laquelle, s'inspirant du Cantique du soleil, il cherche a decrire 1' amour de saint Francois pour la nature, montre la transposition litteraire qu'il faisait subir a ses sources les plus venerables (1 Gel. 80 et 81).
Malgre 1'imprecision de son langage et de sa pensee, il voit plus les details que 1'ensemble, et 1' unite de la pensee franciscaine, resumee par le Poverello meme dans la pauvrete et 1'observation de 1'Evangile, semble lui echapper.
Quant a la pauvrete, il semble ne pas voir combien ce fut la le centre vivant de la pensee du maitre, la fecondation constante de son activite; il en parle un peu comme il aurait pu parler de celle de saint Jean l'Aum6nier ou de saint Bernard.
Sur F observation de 1'Evangile, il introduit par quelques lignes (1 Gel. 84, 1), qui pourraient etre un echo du Speculum Perfectionis, le recit du Presepe de Greccio.
Certes, cette imitation extreme et litterale etait bien dans les gouts de Frangois, mais il suffit de lire quelques pages de ses ecrits pour voir combien il voulait completer Fimitation
par 1'observation et combien, a la lettre, il voulait ajouter 1' esprit.
II ne connait qu'une Regie, celle de 1210.
Si on regarde Celano comme un redacteur litteraire, c'est tres naturel : ces questions de Regie ne presentaient aucun interest pour le public qui aime d'autant plus le saint que la funzione e bella et que la legende est pulita.
Mais si on veut voir en lui un historien ayant eu pour but, non de nous edifier, mais de nous raconter une vie, tout change et on est bien oblige de se demander pourquoi ce silence, sur des faits que Celano n'a pas pu ignorer et qui ont ete pendant une longue periode de la vie de Francois le centre mgme de ses preoccupations.
Et alors le silence garde sur 1'approbation de 1'Ordre et de la Regie en 1219, Cum dilecti filii, et sur la bulle de 1223 inserant la Regie, prend une portee singuliere. Et on est bien force de se demander si ce silence, comme tant d'autres choses dans 1 Celano, ne serait pas du a 1'influence de frere Elie et a ses prepotenze meme sous le generalat de Jean Parenti.
Nous savons, en effet, qu'en 1239, frere Elie pretendit n' avoir pas jure fidelite a la Regie de 1223 (Eccles. 13, 25); on peut fort bien se demander s'il n'aurait pas songe a devenir le legislateur de 1'Ordre; et en faisant constater les difficultes d'interpretation que presentait la Regie de 1223, d'en rediger une nouvelle.
Dans son prologue il annonce que le printum opus historiae ordinem serval. Or, il suffit de le parcourir pour voir combien cette promesse, pour I'hagiographe, avait un autre sens que pour nous, et quel desordre chroriologique il y a dans ces pages.
Mais ce qui est pire, assurement, c'est leur vide : entre 1217
(1 Gel. 75) et la fin de 1223 (1 Gel. 84-87), pendant ces annees decisives et combien douloureuses de la vie de saint Frangois (1), il ne trouve a raconter que des histoires de brebis ou d'agneaux pris en compassion par le saint, puis, s'inspirant du Cantique du soleil, compose pourtant longtemps apres, il decrit 1' amour du saint pour la nature entiere.
Quel etrange historien serait 1'homme qui n'aurait pas apergu la crise que nous savons, ou qui 1'aurait dissimulee derriere des tentures aussi banales que pompeuses?
Ceux qui se sont constitues les defenseurs eperdus de Celano (et ils lui font le plus grand tort, car il suffiraifc de dire qu'il a ete, et n'a voulu etre qu'un hagiographe) diront peuttre : il ne faut pas separer 1 Celano de 2 Celano. L'illustre poete completa son oeuvre.
Ce serait vraiment se contenter a trop bon compte : Gelano ne pouvait pas prevoir qu'on lui demanderait une oeuvre nouvelle. En 1228, il entendait bel et bien faire un travail definitif, et 1'approbation apostolique qui confera a sa legende un caractere exceptionnel d'autorite, prouve que ce fut aussi le point de vue officiel ecclesiastique.
Autant il est imprecis sur les allees et venues de saint Franc,ois, autant il est exact sur 1'itineraire de Gregoire IX en 1228, nous racontant son point de depart de Rome, son sejour a Rieti, puis a Spolete, de la a Saint-Damien, a Assise, puis a Perouse et ret our a Assise (1 Gel. 122-125).
(1) Et il faut toujours constater de nouveau que Celano assista au moins auChapitre de 1221 et, tres probablement, a plusieurs autres auparavant, puisque alors tous les freres, sans distinction, se rendaient au Chapitre annuel.
344 ETUDES INEDITES SUR SAINT FRANgOIS D'ASSISE
Les precedes de composition de 1 Gelano se montrent avec nettete dans les 26 et 27. Nul doute que Francois ait ete tres vite persuade que son ceuvre aurait un magnifique developpement. II etait Italien et chretien, deux raisons pour tre optimiste. Mais, de meme qu'un tapissier decorateur organisant une fete ne comprend, en general, pas la beaute des lignes architecturales d'un monument et les cache par des rideaux et des tentures, de meme 1 Celano ne comprenait pas grand'chose a la simplicite de Frangois. II crut devoir decorer les faits qu'il racontait avec les ornements qui etaient de mode de son temps. II crut exalter la gloire de Frangois en utilisant pour son panegyrique les expressions et les fleurs de rhetorique qui avaient deja servi pour les saints les plus reputes qui avaient vecu avant lui. Cela prouve que Celano ne se rendait guere compte de 1'originalite et du role incomparable qu'avait joue celui dont il esquissait le portrait.
Le fait qu'il ait pu executer ses deux Vies, sans avoir 1'air de se douter des differences, pour ne pas dire des contradictions, qui les opposent, montre que Celano n' est jamais un auteur dans le sens vrai de ce mot. II est un arrangeur de talent qui travaille toujours sur commande et cherche pardessus tout a contenter le superieur auquel il obeit.
C'est un point de vue facile a comprendre, frequent au moyen age, mais on ne fait de tort a. personne en constatant que les documents qui resultent de cette methode doivent etre traites en consequence et ne pas etre mis sur la meme ligne que ceux ou 1'auteur a pour but de raconter les faits tels qu'ils se sont passes.
Plus un ecrivain est oblige de satisfaire celui dont il execute les ordres, de biaiser avec ce qu'il sait etre la verite, plus il est naturel que pour sauver son honneur personnel et pour
donner a ses recits 1'autorite necessaire, il proteste de sa veracite.
Encore de nos jours, il y a des personnes qui n'hesitent pas a se laisser impressionner par des protestations de ce genre sans voir que leur valeur devrait etre pesee avec !e plus grand soin.
Dans 1 Celano 26 et 27, Frangois ne parle guere comme il le fait dans ses ecrits authentiques, mais comme un homme qui aurait passe par les ecoles de theologie de son temps. II sait qu'on ne doit pas raconter a tout venant les graces qu'on a regues de Dieu, mais il sait aussi que, dans certains cas, il faut par charite et amour du prochain reveler ce qu'on a recu.
En somme, 1 Celano parait surtout preoccupe de dresser de saint Frangois une statue qui fasse plaisir a tout le monde et ne lieurte personne. L'idee de f aire un effort historique semble ne lui etre pas venue.
Son attitude vis-a-vis du groupe de Leon. S'agit-il de frere Leon et de ses amis dans le passage 1 Celano 96,7 : Invenerat aliquos sibi exterius concordantes et interius dissidentes...?
Dans 1 Celano il ignore completement frere Leon, ou plutot fait semblant de 1'ignorer, lui donne une lecon d'humilite (1 Cel. 102) et en profite pour parodier, peut-etre, Speculum Perfectionis 85, et presenter sans les nommer, pour le moment (ce nunc est bien un chef-d'oauvre de malice), Bernard, Junipere, Leon et Jean de Laudibus.
Si dans 2 Celano il a raconte des faits concernant frere Leon (2 Cel. 2, 18 et 19), il ne le nomme encore pas, et Ton peut s'etonner que le P. E. Edouard, dans son Index, ait indique ces deux chapitres au nom de Leon. Rigoureusement parlant, il n'en a pas le droit.
II semble bien qu'il n'y ait pas eu entre Celano et frere Leon des sentiments bien cordiaux. Frere Leon et son groupe avaient un peu confisque Frangois, peut-e"tre pouvait-on reprocher au secretaire d' avoir un peu domine son maitre, nous dirions aujourd'hui de 1'avoir suggestionne. II y a toujours autour d'un trone des gens qui sont plus royalistes que le roi.
Le Chapitre de 1227 ou 1'influence de Leon fut preponderante edicta quelques mesures qui etaient conformes a Fesprit de la Regie, mais contraires a 1'usage tenu par Frangois. C'est ainsi qu'il fut defendu quod nuttus fratres de cetera magister vel dominus vocaretur (Spec. Morin 60 b. Firm. Venise, 1513, 32 a). C'etait dirige contre filie qui se faisait appeler magister, mais aussi contre bien d'autres, et, en particulier, certains litterati... %
Devant ces mesures qui juraient avec la conduite personnelle de Frangois, les interesses se montraient impatientes et mortifies; n'y a-t-il pas un echo de ces sentiments dans 1 Celano 56-57, montrant Frangois traitant chacun selon son rang, sa qualite, ses titres. Le fait est d'ailleurs confirme par Jord. de Giano, 12.
Le Speculum Perfectionis 122 appuyait, lui aussi, sur cette horreur des titres honorifiques.
Dans 2 Celano il continue a ne pas nommer Leon, meme quand il parle de lui de la fagon la plus evidente (2 Gel. 2, 18 et 19).
Mais comme le groupe etait alors du cote du pouvoir, il 1'assimile, le confisque a son profit, mais toujours sans nommer aucun de ses membres. La prudence declanchait le premier geste, 1'antipathie le second.
Peut-etre en suggera-t-elle encore un autre. Sa culture hagiographique fournit a Celano un cliche qu'on rencontre dans la vie de saint Benoit (par ex. 2 Gel. 2, 3) et ou on voit le socius de saint Francois en assez ridicule posture. Celano le nomme frere Leonard d'Assise. Qui etait done ce frere? Est-il hors de propos de se demander si frere Leon n'aurait pas fatigue parfois ses confreres en leur parlant trop souvent de 1'intimite de pensee qu'il y avait entre lui et le fondateur de 1'Ordre et qui faisait deviner a Frangois tout ce a quoi songeait son disciple? Par une transparente malice, on transposa legerement son nom et on lui donna une petite legon de bien monastique saveur. Si cette hypothese est fondee, il en decoulerait quelques renseignements precieux qui, un jour ou i'autre, finiront bien par s'eclaircir : frere Leon aurait appartenu a la noblesse d'Assise. Comme frere Elie et Thomas de Celano, il aurait ete a peu pres du meme age que Francois. Ces deux freres pouvaient etre choques de 1'ascendant qu'il avait pris sur 1'esprit du maitre. Lettres comme Leon, ils avaient sur la Regie des vues bien differentes des siennes.
La tradition celanienne et la tradition leonienne.
Tandis que la tradition leonienne est d'une unite intime et que ses fragments, meme quand ils sont eparpilles, se rejoignent et se completent, il en est tout autrement de la tradition celanienne.
Si la deuxieme Vie nous etait parvenue sans des indications exterieures obligeant a 1'attribuer a Celano, aurait-on songe a lui en faire honneur?
II y a entre les deux documents un ecart considerable qui s'explique tres bien par des infiltrations leoniennes dans le second.
C'est done 1 Celano qui constitue vraiment, avec ses satellites, la tradition celanienne.
348 ETUDES INEDITES SUR SAINT FRANgOIS D*ASSISE
Mais qu'arrive-t-il si nous adoptons 1 Celano comme base essentielle et en quelque sorte infaillible de 1'histoire franciscaine? C'est que nous sommes obliges, enl'admettant, de rejeter toutes les autres sources. Elle ne cadre avec rien, ni avec les opuscules de saint Frangois, ni avec Jourdain, ni avec Eccleston. Au contraire, si nous adoptons la tradition leonienne comme base, aussitot tout se combine, se correspond, s'harmonise, devient vivant, vecu, dramatique.
La tradition leonienne est, en quelque sorte, une histoire des Opuscules, elle eclaire Jourdain, Eccleston, et ceux-ci 1'eclairent a leur tour.
Conclusion : 1 Celano n'est pas une imposture : c'est un document officiel, a la fois vague et pompeux, qui evite les realites.
1 Celano et Speculum Perfectionis. Les auteurs de ces deux livres se sont mis a un point de vue tres different, pour ne pas dire antithetique.
1 Celano a pour but Fexaltation du saint, la propagation de son culte, la frequentation du pelerinage a son tombeau et il se sert en consequence de tous les moyens habituels a son epoque pour s'acquitter de sa tache de la fagon la plus brillante.
Hagiographe officiel, il aura toutes les facilites qu'implique ce titre singulierement honorifique. II sait bien qu'il est la non seulement honori mais oneri. II faut contenter le Saint- Siege et, outre cela, non seulement le hautain et vindicatif frere Elie, mais toute la cite d'Assise, ce qui n'est pas facile. Ces personnages et ces foules ont une notion traditionnelle de la saintete, de la la place qui est faite aux miracles et aux tentations de Francois dans 1 Celano.
A des scenes de ce genre, le Speculum Perfectionis ne fait allusion que rarement.
Est-ce a dire que Fauteur n'ait pas cru au miracle ou a des luttes de Francois centre 1' esprit du mal? Ce serait une grossiere erreur, mais cela veut dire que le reformateur assisiate avait remporte la victoire sur un autre terrain et que son disciple Leon, avec une conception de 1'histoire tres superieure a celle qu'on avait a cette epoque, etait plus preoccupe d'exactitude que de 1' elegance du style ou de la dramatisation des relations de Francois avec le Diable.
Ce que le Speculum Perfectionis poursuit, ce n'est pas un portrait qui, ressemblant ou non, arrachera des cris d' admiration pour sa beaute artistique ou litteraire a tous ceux qui le verront. C'est I'osuvre de Frangois qu'il veut caracteriser afin de la continuer. Ce qui veut s'y reveler, ce n'est pas une icone a laquelle le fidele demanderait des miracles, c'est une pensee qu'il s'agit de conserver dans toute son exactitude et dans sa vertu germinative, une pensee feconde qui a deja renouvele la face et meme, dans divers pays, la conscience de 1'Eglise.
On peut dire que, de siecle en siecle, c'est la toute mince brochure que forment les Opuscules de Frangois expliques, eclaires par les ecrits de frere Leon, qui a cree les reformes qui ont rendu a son ceuvre son efficacite et sa vie.
2 Gelano et ses rapports avec Speculum Perfectionis .
2 Celano suit d'abord pas a pas le Speculum Perfectionis, mais
350 ETUDES INEDITES SUR SAINT FRANQOIS D'ASSISE
quand il veut utiliser Speculum Perfectionis 3, il le reduit a a peu pres rien et change le sens essentiel du recit (2, 3, 8L En prohibant les livres ambitioses et multum valentes, saint Frangois aurait decide coninae n'importe quel superieur d'Ordre religieux. Dans le Speculum Perfectionis il y a tout autre chose, il y a la condamnation de la propriete iudividuelle des livres.
Quant a dire qu' en '1318, on aurait sur 2 Celano 3, 8 bati Speculum Perfectionis 3, il n'y faut pas songer. Les remanieurs savent developper, grossir, ils ne savent rien faire de coherent; or, chaque phrase de ce chapitre s'engrene sur la realite historique, Fexplique et est eclairee par elle.
2 Celano 3, 35 (II, 58) est un exemple curieux des maladresses que faisait Celano dans son desir d'appuyer sur les exempla qu'il racontait. On est certainement dans 1'hiver 1220-21, epoque a laquelle la phrase Ireviario carentes n'a pas de sens, puisque les freres ne se servaient pas encore du breviaire.
Le primum testamentum est mis la pour emouvoir, mais il est bien difficile de croire que les livres fussent si rares dans 1'Ordre, puisque a ce moment meme un ministre en avait pour 50 livres.
Chapitres du Speculum Perfectionis negliges par 2 Celano. 4, 10, 26, 50, 56, etc., or, ce sont les plus franciscains, ceux dont la pensee est la plus elevee.
Par contre, si on regarde ce que 2 Celano ajoute au Speculum Perfectionis, on y trouve surtout des cliches hagiographiques et des morceaux d'un merveilleux tout a fait en disaccord avec les vues de Francois sur le miracle.
Apport personnel de 2 Celano, c'est-a-dire morceaux dont on ne trouve pas jusqu'ici la source ailleurs dans les biographies anterieures. II s'en faut de beaucoup que ces divers recits se presentent sur le meme plan.
I. Parmi eux on pourrait en designer qui ont tout 1'air d' avoir ete empruntes par Celano a ces magasins d'accessoires de la saintete auxquels les auteurs de legendes allaient souvent demander des recits, tout comme on organise une fete avec le concours d'un tapissier decorateur qui fournit draperies, lustres et meme les massifs de verdure (3) (54) '(55) (56).
II. D'autres sont des episodes d'un merveilleux un peu gros, si gros qu'il faut peut-etre se demander s'ils pretendent raconter des faits arrives ou s'ils ne seraient pas une image un peu vive et simplifiee, une sorte de parabole destinee a inculquer des idees morales a un auditoire populaire (1) (2) (36) (46).
III. Enfin, il y en a d'autres qui pourraient bien contenir des elements historiques (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (15) (18) (19) (20) (21) (23) (24) (25) (26) (28) (29) (30) (31) (32) (33) (34) (35) (38) (39) (40) (41) (42) (44) (45) (48) (49) (50) (51).
IV. D'autres, tout en cotoyant la premiere categorie, sont des efforts pour montrer en Francois le miroir du vrai franciscain. C'est saint Frangois prenant la figure qu'il faut pour etre propose en exemple a ses freres (13) (52).
V. II y en a qui ont peut-etre a leur base quelque donnee reelle, mais qui s'est modifiee, amplifiee conformement aux types legendaires connus.
VI. D'autress'inspirent sans doute de canevas anterieurs que vient broder et accommoder 1'imagination de Celano (16).
VII. Pour certains recits il parait plus difficile d'etablir la provenance (17).
VIII. II y en a qui sont de simples considerations edifiantes
352 ETUDES INEDITES SUR SAINT FRANQOIS D'ASSISE
de Celano, de style oratoire (22) (27) (37) (47). Dans Celano 3, III, il donne en deux lignes la pensee de Frangois (verset 2) et ajoute aussitot longuement la sienne sur la question des chatiments.
IX. Dans la serie III j'ai classe beaucoup de recits que certainement Celano emprunte a la Legenda Veins ou plutot a des recits de celle-ci non encore retrouves. Par exemple (38).
X. Quelques-uns paraissent des remaniements de pensees de saint Franc, ois (43).
Tractatus de miraculis 3 Gelano. Si on compare ces miracles a ceux que relatait vingt ou trente aris plus tot le Speculum Perfectionis, on est frappe de 1'evolution intellectuelle et morale dont ils sont les temoins. Ceux du Speculum Perfectionis sont, en general, des faits auxquels, avec une certaine complaisance, la pieuse imagination des compagnons du saint voit un caractere merveilleux, 1'intervention de la divine Providence.
Chez Thomas de Celano on trouve a peu pres uniquement des guerisons, voire des resurrections; F effort pour exagerer le merveilleux y est continuel, mais ce qui les rend peu sympathiques, c'est le talent litteraire avec lequel beaucoup d'entre eux sont racontes. L'auteur se complait dans sa narration, qui a 1'air d'etre celle d'un temoin oculaire, mais qui prend un caractere deplaisant quand on s'apergoit que certains d'entre eux ressemblent a des exercices de style. Cela manque de simplicite et de naivete; Fauteur soigne sa gloire personnelle et il oublie rarement les interests les plus immediats de 1'Ordre auquel il appartient; il fait savoir a ses lecteurs ce qu'il entend par pietatis officia, les avantages qu'il y a a Stre amicus fratrum; a bien les recevoir, a.ne pas leur refuser le char qu'ils veulent emprunter, les malheurs affreux qui atteignent ceux qui ont la folie d'etre en mauvaises relations avec eux. Le bon frere
Mineur ne se venge pas; il laisse cela au bon Dieu qui saura bien punir le coupable.
Ceux qui veulent etre proteges par le saint sont nettement avertis de ce qu'ils ont a faire. Pour presque tous, la premiere condition c'est le pelerinage a son tombeau; pour d'autres, il est bon de se vouer a lui; ou de lui vouer un fils, une fille, de lui promettre de celebrer sa fete, de lui batir une eglise, de donner des ornements sacerdotaux pour les freres qui desservent un de ses sanctuaires, des nappes d'autel pour une eglise qui lui est dediee, des ex-voto en cire, des cierges proportionnellement aux moyens de chacun : les riches feront illuminer toute son eglise. On voit combien tout cet effort pour amener les fideles a Assise est eloigne de 1' esprit de celui qui, disait-on, etait alle a la tombe de son disciple Pierre de Catane, pour lui intimer 1'ordre de cesser des miracles qui attiraient des foules a la Portioncule et creaient aux abords de la petite chapelle une foire continuelle enlevant a ce lieu toute possibilite de recueillement.
Quelques opinions de la critique sur Gelano.
Mgr Faloci, Miscell. fr. X (1908), page 121, a commence par se tromper completement sur ce qui a amene la nouvelle ecole a critiquer Celano, et peut-etre f audrait-il se demander si l'homme qui se trompe avec une si parfaite et innocente securite sur la pensee d'hommes qu'il connait, dont les. livres sont ecrits dans une langue simple et claire, ne risque pas de se tromper encore plus quand il s'agit de productions du xm e siecle.
II ne se trompe guere moins quand il dit que jusqu'a maintenant i devoti del santo e gli studiosi dell' opera sua giuravano sul Celano, come i Cristiani giurano suW Evangelio.
On peut jurer sur I'Evangile et ne pas le connaitre, jurer sur Celano et ne pas 1'utiliser. Si on reduisait les devots du
354 ETUDES INEDITES SUR SAINT FRANQOIS
saint e gli studiosi dell' opera sua, parmi ceux qui ont ecrit sa vie, a ceux qui adoptent Celano pour base, ils seraient vraiment en bien petit nombre. Papini, M. Le Monnier, Suyskens..., mais ils se gardaient bien de 1'utiliser exclusivement.
Mgr Faloci, Gli Storici di S. Fi\ dans S. Fr. d'A. periodico (III (1923), p. 57 ss.), parle de ses lastre fotografiche.
Le P. Vittorino Fachinetti fait grand cas de Celano. Cependant le sommaire de son chapitre premier dira : Giovanezza allegra. Purezza di costumi!
Celano vivement defendu par le P. Gratien (a Toccasion de 1'edition Edouard d'Alengon (Etudes Francisc., t. XVI (1906, II), p. 20-32).
La valeur de son temoignage exaltee par le P. V. Ortroy (An. Boll, t. XVIII, p. 89-90; 100). Ce temoignage ne serait-il pas celui des Socii au nom desquels il parle.
Thomas de Celano qualifie pour la surete et la probite de ses recits, 1'Evangeliste de saint Francois (Revue sac. du Tiers Qrdre, Janvier 1921, p. 272). P. Ubald (Et. Fr.,t. XXXIII, p. 272) P. Ubald 1921, p. 253).
Parlant de 1 Celano, M. Beaufreton (Saint Frangois d'Assise, p. 269) dit : L'auteur y revele des qualites d'historien qu'on rencontre rarement chez les ecrivains de son temps (p. 272). Sur les traces du P. V. Ortroy, il reconnait les differences de style entre 1 Celano et 2 Celano. (En 1230) Th. est dejal'historien officiel du petit pauvre (ibid., p. 269).
Le P. Ferdinand M. Delorme : 2 Celano ecrivait sous la dictee meme des Compagnons de saint Francois (-4. F. H., t. XVI, p. 245).
Le P. Cuthbert (Life of S. Fr., p. 424-25) releve tres joliment ses faiblesses.
Ce recit (de la creche de Greccio), Celano 1'a ecrit en son latin charmant, singulier melange d'une simplicite naive et d'affeteries de style quelque peu savantes et recherchees (P. de Quirielle, Journal des Debats, 4 Janvier 1923).
L'or pur de Celano s'est change en un plomb vil dans les
mains des Spirituels qui 1'ont remis en circulation sous le nom de frere Leon (M. Beaufreton (p. 286) comparant 2 Celano a la Redaction Lemmens).
He had commenced to be regarded in some sort as the official biographers of the Order... (Pascal Robinson, The Life of S. Clare, p, xxxi).
P. Dominique Mandic, Legislatio Ant. 0. F. M., p. 8, ou il le montre plus poete qu'historien.
Arnold Gof fin. Voir son jugement plein de tact et de doigte dans un article de la Revue Beige 15, 10, 24, sur le Septieme Centenaire de saint Francois.
A. G. Little, brochure British Academy, p. 14, ou il marque le silence fait sur le Testament.
Masseron, Legendes franciscaines, p. 37 s., remarquable.
Quelques breves reflexions a propos de Pimportance historique du Sacrum Commercium Beati Francisci cum Domina Paupertate (Article paru en traduction allemande dans Franziskanische Studien, 1926, Heft 3-4). En reponse a 1'aimable invitation que m'ont adressee les Franziskanische Studien de leur donner un article pour leur numero extraordinaire du Septieme Centenaire de la mort du Scrap hique Patriarche, j'aurais voulu envoy er une etude approfondie sur la place eminente de ce petit livre parmi les autres sources de I'histoire franciscaine. Des circonstances de force majeure, sur lesquelles il est inutile d'insister, ne m'ont pas permis de realiser ce projet. II suffira de dire qu'a la fin du mois d'aout dernier je n'ai pas pu me rendre a Perouse pour y donner la serie de conferences franciscaines que je devais faire a 1'Universite de cette ville. Depuis lors, je n'ai pas encore (avril 1926) repris mes logons de I'Universito de Strasbourg.
On voudra done bien excuser la brievetc des pages suivantes.
II ne s'agit done plus, ici, de faire une etude meme sommaire du Sacrum Commercium, mais simplement d'attirer 1' attention sur la derniere edition de cette oeuvre, qui, publiee en 1900 (1), est fort loin d' avoir suscite la curiosite du monde savant autaiit qu'on pouvait s'y attendre.
Elle aurait du, en effet, provoquer un courant de recherches sur quelques-uns des problemes les plus delicats de 1'histoire de la premiere generation franeiscaine.
Sans doute, il y a eu depuis lors, de nombreuses traductions de ce petit ecrit, mais les travaux qu'il a excites un peu partout ont eu un caractere nettement litteraire qui s'est transforme c,a et la en sympathie religieuse ou mystique, sans que personne, parmi les hagiogra phes et les^ critiques, ait songe a montrer quelle lumiere la date nouvelle qui lui etait assignee et le nom inattendu de son auteur proj etait sur un des moments les plus interessants et les plus obscurs encore du mouvement franciscain.
Jusqu'alors, le Sacrum Commercium avait ete considere comme I'oauvre de Jean de Parme. Et voila que le R. P. Edouard d'Alengon 1'attribuait a Jean Parenti, em Ministre General de 1'Ordre au premier Chapitre general qui eut lieu apres la mort de saint Francois, le 30 mai 1227. De plus, Fceuvre elle-meme etait datee du mois de juillet de la meme annee.
Quand parut cette brochure, les discussions sur les sources franciscaines battaient leur plein, on s'attendait done a ce que des indications si nouvelles fussent etudiees, discutees avec entrain et meme avec passion. Or, il n'en fut rieii. Les traducteurs de ce traite semblent avoir ete eblouis les uns par sa beaute litteraire, les autres par sa valeur religieuse : aucun
(1) Sacrum Commercium beati Francisci cum Domina Paupertate, opus anno Domini 1227 conscriptum, ad fidem variorum codicum MS., adjuncta versione italica inedita, cwante P. Eduardo Aliconensi Ord. Min. Capuccinorum Archive General! Prasposito ROM^:, Ex typographia F. Kleinbub, vico Sciarra 65 A., 1900, gr. in-S, xvi et 52 p.
ne parait s'tre preoccupe de la question de date et d'auteur. On a meme pu voir, ces derniers temps, des auteurs dont la reputation n'est plus a faire dans le domaine des etudes franciscaines, 1'attribuer de nouveau, sans la moindre hesitation, a Jean de Parme et la fixer a une autre date que 1227 (1).
Pour ces savants, il semble done que la question du Sacrum Commercium en soit encore ou elle en etait avant 1900, que tout se passe comme si la publication du P. Edouard d'Alengon eut laisse les choses en 1'etat, et qu'elle soit comme nulle et non avenue. Au point de vue scientifique, cette attitude parait assez etrange, car, si 1'auteur a raison, pourquoi ne pas le feliciter; s'il a tort, pourquoi ne pas signaler la fragilite de ses conclusions et en montrer les raisons?
La reponse a cette question n'a peut-etre pas besoin d'etre cherchee tres loin. Vers 1900, plusieurs gros volumes d' etudes franciscaines avaient ete publics qui ecrasaient leur modeste soeur, la plaquette. Celle-ci d'ailleurs etait loin de se trouver facilement dans toutes les librairies.
Quoi qu'il en soit de cette remarque, elle ne peut guere expliquer le silence de ceux qu'on pourrait appeler les professionnels de la critique franciscaine, bataillon restreint, helas! mais compose d'hommes auxquels ce document n'a pas pu echapper et qui, a cette epoque surtout, etaient loin d'etre enclins au' mutisme.
Leur silence, alors qu'on s'attendait a etre invite par eux a un brillant tournoi, a quelque chose qui intrigue le spectateur dec,u et 1'amene a se demander si cette extraordinaire reserve ne viendrait pas tout simplement de ce que la date de 1227 pour le Sacrum Commercium et son attribution a Jean Parenti derangeraient les vues qu'ils avaient adoptees sur la crise profonde de 1'Ordre a cette epoque et qu'ils preferaient n' avoir pas a les modifier.
Si Jean Parenti, successeur immediat de saint Frangois,
(1) Voir, par exempie, P. Leone Bracaloni, O. F. M. Arte Francescana, p. 132 et 160.
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a ecrit en juillet 1227 le Sacrum Commercium, la periode si dramatique et si trouble qui a precede et suivi la mort du Poverello se trouve eclairee desormais d'une fagon tout a fait suffisante. L' effort tente par quelques critiques pour rehabiliter frere Elie et pour representer frere Leon et ses amis comme un groupe de sectaires dangereux ne peut plus guere se defendre; enfin, le systeme qui consiste arepeter inlassablement que les documents de la tradition leonienne proviennent tous de faussaires du xiv e siecle, sans qu'on ait pu en fournir la preuve pour aucun d'eux, ce systeme, decidement trop facile, devient insoutenable.
Ce sont la des resultats considerables, imprevus et peut-etre m^rne non souhaites par le savant religieux qui les a provoques. Le Sacrum Commercium est, sous une forme apocalyptique, le chant de victoire des freres restes fideles au plus pur ideal de la pauvrete evangelique pour laquelle le fondateur de 1'Ordre avait voulu vivre et mourir; c'est aussi le programme du nouveau generalat. Programme heroi'que, si 1'on songe aux precedes par lesquels repondait frere Elie a ceux qui avaient le courage de se dresser contre lui.
A cette date du Sacrum Commercium en correspond une autre, non moins nette, non moins sure, celle du Speculum Perfectionis.
La victoire, chantee en juillet 1227 par le Sacrum Commercium, avait ete preparee et gagnee au mois de mai precedent par le Speculum Perfectionis.
Actum in Sacro Sancto loco Sanctae Mariae de Portiuncula et completum V ydus may anno Domini MCCXXVIII (1). II est etonnant que les contradicteurs qui se sont eleves contre la date de 1227 pour le Speculum Perfectionis, aient paru ignorer que c'est aussi celle du Sacrum Commercium, et qu'ils n'aient pas songe a se demander si les circonstances
(1) Cette date est en style pisan et correspond au 11 mai 1227. V. Collection d 'etudes et de documents, t. I, p. ccxn. Cf. P. D r Dominicus Mandic O. F. M., De Legislatione Antiqua 0. F. M., t. I, p. 17; 21, n. 1.
qui avaient inspire 1'oeuvre de Jean Parenti n'avaient pas ete aussi celles qui avaient cree la manifestation par laquelle frere Leon avait barre la route a frere Elie.
Une fois sur cette voie qui est celle de la critique historique, on se serait apergu que le Testament de saint Francois, sa lettre au Chapitre general et plusieurs autres de ses Opuscules ont ete, eux aussi, engendres par une situation qui s'etait etablie graduellement et qu'il faut saisir dans toute sa realite complexe pour comprendre les ecrits qui nous viennent, soit de saint Francois, soit de celui de ses disciples qui avait ete le plus mele a ses travaux et qui, pendant plus de trente ans apres sa mort, ne cessa pas d'ecrire pour faire revivre toujours de nouveau sa figure historique et proclamer son enseignement dans toute sa purete.
En opposition aux lignes qui precedent on peut evi-demment evoquer la date de 1318 donnee au Speculum Perfectionis par le manuscrit d'Ognissanti. Mais comme on le remarqua, au moment ou elle fut publiee, cette date de MCCCXVIII avait pu facilement devenir MCCXXVIII. II aurait ete prudent de reconnaitre en meme temps que MCCXXVIII pouvait tout aussi facilement devenir MCCCXVIII, surtout si le copiste ecrivait au xiv e siecle.
Un nouveau manuscrit du Speculum Perfectionis a ete etudie depuis lors et qui porte la date de 1228 : celui du Seminaire de Liege.
Les partisans de 1318 auraient-ils ignore ce fait? Us n'en ont pas parle. Certains manuscrits portent d' autres dates fort differ entes, dont 1'examen meriterait un travail qui serait deplace ici. D'ailleurs, en bonne critique, des dates de ce genre ne constituent que de simples indications invitant a chercher dans telle ou telle direction; pour arriver a des cpnclusions fermes, il faut faire appel a la critique interne; c'est elle seule qui peut conduire a un resultat solide.
Or, si la lecture de cette oeuvre mbntre qu'elle a pour ame et pour but Fobservation parfaite de la volonte de saint Fran-
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Qois qui n'etait autre que celle de 1'fivangile, on s'apergoit tres vite que 1'auteur a trouve que pour arriver a ce but le meilleur moyen a employer etait d'attaquer frere Elie et de rendre sa reelection impossible. Aussi la preoccupation de miner la situation du general en exercice s'y revele-t-elle fort souvent, tantot directe, tantot voilee.
Si cette constatation est exacte, le Speculum Perfectionis est anterieur a la mort d'Elie (1253) et meme a sa chute (1239). Apres cette date il n'etait plus redoutable.
Aujourd'hui tout le monde est d' accord pour reconnaitre dans le Speculum Perfectionis une ceuvre qui emane des partisans de la stricte pauvrete. Le premier geste des critiques persuades que ce document date de 1318 aurait done du etre de comparer cette ceuvre aux autres ecrits emanes de ce milieu vers la meme epoque. II y a un document 'bien connu, provenant des Spirituels du premier tiers du xiv e siecle: les Actus sancti Francisci et sociorum ejus, plus populaires encore sous le titre donne a leur traduction italienne, / Fioretti di San Francesco. Entre les deux recueils il y a une profonde analogic qui leur vient du culte qu'ils professent Fun et 1'autre pour la sainte Pauvrete. A part cela, ils presentent un contraste frappant : celui qui eclate entre des souvenirs ecrits a une epoque tres voisine des faits qu'ils racontent, et des recits du meme genre, fixes un siecle environ plus tard, lorsque le temps a deja fait son ceuvre, a la fois de deformation de la realite primitive et d'exageration du merveilleux.
Dans le Speculum Perfectionis on ne trouve que bien difficilement des traces d'evolution de la legende. Quant au merveilleux, il en est presque totalement absent, tandis qu'il occupe deja une place importante dans les deux legendes de Thomas de Celano, quoique la premiere soit a peine posterieure au Speculum Perfectionis et que la seconde date de 1247.
C'est aussi dans la premiere moitie du xiv e siecle que se placent les compilations relatives a 1' Indulgence de la Portioncule. L'abime spirituel qu'il y a entre elles et le Speculum
Perfeclionis montre au premier coup d'ceil que ce dernier appartient a une epoque toute differente et inseparable des origines de 1'Ordre.
Pour faire un rapprochement de ce genre, il n'est pas indispensable d'etre passe maitre en critique franciscaine, une culture litteraire et historique moyenne y suffit.
Les personnes qui ont quelque peu etudie la question des sources de 1'histoire de saint Frangois connaissent 1'existence d'un recueil forme au commencement du xiv e siecle qu'on appelle tantot Legenda Antiqua, tantot Compilation d' Avignon et dont il existe un certain nombre d'exemplaires. On est
maintenant renseigne sur 1'origine de cette collection : elle a pris naissance a Avignon sous 1'impulsion d'un Ministre General de 1'Ordre des Freres Mineurs qui s'interessait beaucoup aux documents anterieurs a saint Bonaventure. Son respect pour la legende officielle ne 1'empechait pas d' aimer, d' admirer et de preferer les ecrits de ceux qui avaient ete les compagnons intimes du fondateur de 1'Ordre. Ilavait reuni dans son grand couvent d' Avignon une belle serie de ces manuscrits venerables, il les faisait lire pendant les repas et recommandait aux etudiants de les copier et de se constituer ainsi une bibliotheque documentaire qui, dans Favenir, pourrait servir a leur instruction et a leur edification.
Les premiers recits que Ton trouve en tete de cette compilation sont la copie d'une grande partie du Speculum Perfectionis. Si a une epoque tres voisine de 1318 ce document a ete copie a la curie generalice d' Avignon comme ceuvre des compagnons de Francois, utilisee par Bonaventure, c'est que la date de 1318 pour sa composition provient d'une simple erreur de copiste du manuscrit d'Ognissanti ou du manuscrit qu'il a copie.
Peut-etre n'etait-il pas inutile de rappeler tous ces faits, au moment ou une partie tres importante dela tradition leonienne, grace aux decouvertes du R. P. Leonard Lemmens 0. F. M.,
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de M. le Professeur A. G. Little et du R. P. Ferdinand M. Delorme 0. F. M. vient d'etre reeuperee.
S'il subsiste encore des lacunes dont il serait imprudent pour le moment de vouloir determiner 1'importanee, ee que Ton a deja suffit pour etablir une esquisse d'histoire litteraire des ecrits de frere Leon.
Celui qui ecrit ces lignes est heureux de saluer dans les decouvertes qui viennent d'etre mentionnees des documents de tout premier ordre et dont Forigine leonienne est evidente.
Classer les divers etats des recits, etablir leurs rapports avec les autres documents leoniens tels que le Speculum Perfectionis, la legende traditionnelle des Trois Compagnons, et d' autres encore, sera une tache aussi tentante que difficile. Esperons que ceux qui Fentreprendront auront a leur tour la main heureuse et apporteront a 1'histoire franciscaine de nouvelles preuves de 1'infatigable activite de frere Leon, ainsi que des precisions toujours plus interessantes sur la vie du Poverello, 1'originalite d'une pensee et d'une activite dont on n'a peut-^tre pas encore saisi tous les resultats historiques, ni nieme toute la valeur religieuse.