V. aussi Clareni Expositio regulae, ed. Livarius, p. LXI
(2) Le Speculum Perfectionis est tout entier domine par la preoccupation de frere Elie et le ferme propos de faire echouer sa candidature au generalat.
De la la distribution de 1'ouvrage.
1 La pauvrete qu'on oppose a ses instincts;
Seduisant, genial, plein d'audace, debarrasse de tout scrupule, d'un orgueil sans mesure, habitue a voir disparaitre les. obstacles des qu'il les regardait en face, cet homme qui pendant cinq ans fut Ministre general du vivant de Francois et devait devenir tour a tour, sinon en meme temps, le confident des deux maitres du monde, le pape et Fempereur, frere Elie d'Assise (1), 1'ancien matelassier, vit se dresser devant lui un autre enfant d'Assise, frere Leon, celui que Francois appelait la pecorella di Dio. La brebis avait conscience de sa petitesse et meme de son neant. Mais, a 1'ecole de son maitre, Leon avait appris que le vrai chevalier ne se demande pas de quel cote sera la victoire, mais de quel cote est le devoir
2 L'humilite qui est comme une sorte d'illustration de 1'ame de la Regie;
3 Le chapitre sur les constructions dont le point essentiel ex luto et viminibus reviendra a travers tout le livre.
Celui qui a ecrit cela etait hante par la vision des echafaudages du Sacro Convento.
Sans cesse 1'auteur cherche a opposer les facons de faire du general a celles du fondateur.
Psautier du novice, c. 4. Enfin au chap. 80, Leon proclame que, malgre' toutes les affirmations contraires, Elie etait 1'oppose de I'ideal du fondateur et que Frangois ne 1'a pas designe pour lui succeder.
L'unite du Spec. Perf. Sabatier a ete notee par le docteur Burkitt (Rev. Hist. Francisc., t. II, p. 461) superieure a celle des Legendes de Celano.
Cette unite litteraire est pourtant moins grande que 1'unite de but, de sentiment, d'inspiration qui est 1'exaltation et la defense de 1'ideal franciscain ou de I'id6al du fondateur.
L'unite de front se realise contre l'ennemi.
C'est la pensee, 1'obsession, la peur de- frere Elie qui, elle aussi, fait 1'unite de ces pages.
Toute occasion est saisie pour le mettre en facheuse posture.
Ce sont la de mauvaises conditions pour e"crire 1'histoire. Oui, mais pas plus mauvaises que le role d'historien officiel avec les reticences, les partis pris, les deformations qu'il impose.
(1) Chose etrange : on est tres suffisamment renseigne sur la vie et la personne des principaux freres de la premiere generation franciscaine, tandis que frere Elie, malgre sa celebrite, est encore une des figures les plus mysterieuses du xm e siecle
378 ETUDES INEDITES SUR SAINT FRANQOIS
Simplement, loyalement, il se jeta dans la lu-tte, decide a eombattre jusqu'au bout.
En reponse aux bruits habilement seines par frere Erie et ses partisans, que saint Francois, vers la fin de sa vie, instruit par 1' experience, avait apporte bien des retouches a ses vues, il esquissa un portrait du Saint ou celui-ci revivait, parlait, proclamait son evangile de la pauvrete centre toutes les deformations et les contrefagons qu'on avait voulu lui infliger. Que ce Miroir reflete tres exactement, au point de vue spirituel, la pensee et la volonte du Poverello, on en a la preuve en le rapprochant de ses ecrits (1).
En erigeant au souvenir de son maitre un monument bien modeste, mais qui realisa sa mission probablement au dela de tout ce que frere Leon avait espere, celui-ci avait atteint encore un autre but. A la veille du Chapitre appele a elire le nouveau general, on trac.ait a celui-ci son programme. Frere Leon parait y avoir mis une certaine complaisance.
M6me en f aisant abstraction du chapitre i er qui parait avoir ete mis la posterieurement, on peut dire que la peur d'Elie hante 1' esprit de 1'ecrivain.
Cette preoccupation serait incomprehensible pour une oeuvre redigee en 1318. Elie etait mort depuis soixante-cinq ans.