‹ Études italiennesChapitre 16 sur 41 · XXII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XXII AVERTISSEMENT

des explosions passagères ; elles éclatent à Toccasion d'un voyage, provoquées par le choc brutal entre l'inévitable spectacle de la Rome c modernisée > et Tindcstructible réminiscence de la vieille Rome. Puis la colère tombe ; on quitte Rome , les laideurs du présent s'effacent, et les imaginations un instant froissées recommencent de s'embaumer dans une contemplation rétrospective des beautés disparues. M. Geffroy, vivant sur les bords du Tibre, ne put ni s'abandonner à certaines outrances de colère, que la courtoisie lui défendait, ni consoler ses tristesses en s'éloignant volontairement dans le passé : contraint d'être là, d'ouvrir les yeux et de voir, il regardait sa Rome se défaire; il assistait aux fantaisies d'une < mégalomanie » acharnée à détruire, et puis à construire; il recueillait, sur les lèvres des amis éclairés qu'il comptait eu grand nombre à Rome, des réserves et des regrets qui faisaient écho à sa douleur; et de temps à autre, avec la précision d'un témoin et l'attendrissement d'un artiste, il notait les ravages, les effritements, les coups de sape, la décapitation des cimes de verdure, les enlaidissements commandés par le progrès. Deux ans après sa mort, M. Brunetière, estimant que, c dans cette question qui n'est pas seulement italienne », M. Geffroy était d'une t compétence unique », publia cette série de notes; et ce fut en faveur de Rome que la voix de M. Geffroy, si familière aux lecteurs de la Revue des Deux Mondes, rompit une dernière fois le silence du tombeau. Lorsque les historiens futurs . étudieront, avec cette sérénité que comporte le recul des temps, les vicissitudes présentes de la ville éternelle, ils consulteront en toute sécurité ces Ultima verba ; ils y verront ce qu'était Rome et ce qu'elle cessait d'être. Les plus sérieux réquisitoires ne sont pas toujours ceux qui se déroulent en invectives ; ils sont parfois ceux qui se pro-

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