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T. II des Œuvres inédites

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jamais beaucoup de partisans ni d'amis : d'une part, en effet, son origine est odieuse à Tensemble des citoyens; d'autre part, il n'a pas à disposer d'assez de grâces pour se faire un grand nombre de créatures ; « le pâturage n'est pas assez gras pour nourrir un abondant bétail ». Il faut donc se faire craindre. Il faut conserver la forme républicaine, comme l'ont fait généralement ceux qui se sont emparés du pouvoir suprême en des états libres, un Sylla, un César, un Auguste, et puis, â leur exemple, Laurent de Médicis, Pétrucci, Bentivoglio dans Bologne et dans Sienne. Avec cette apparence républicaine, les Médicis devront avoir en main le pouvoir absolu. On doit désarmer tout le monde, même les amis. On doit bannir les citoyens trop engagés pour revenir jamais vers d'autres opinions, et puis les jeunes gens trop ardents qui ont marqué dans les luttes précédentes comme chefs de la milice. Si l'on ne fait pas de tout point comme Laurent de Médicis, qui, après la conjuration des Pazzi, après avoir tué tous les jeunes gens de cette famille ennemie, en a enfermé les jeunes filles, afin qu'elles ne donnassent pas d'héritiers redoutables, il y a lieu du moins de surveiller les mariages dans Florence, et de ne pas permettre que les jeunes citoyens cherchent femme dans les rangs ennemis. D'ailleurs, ajoute Guichardin, le champ n'est pas trop vaste pour marier nos filles (il en avait cinq). — Le prince aura près de lui un conseil de vingt â vingt-cinq membres, mais surtout un conseil occulte de quatre ou cinq personnes, les premières en fidélité et en prudence et qui décideront des plus graves affaires. Qu'on puisse compter dans tout l'état sur deux cents citoyens des mieux qualifiés, ce sera

ioG FLORENCE — LA RENAISSANCE

un bon fondement. Bien traités du prince et d'autant plus odieux au peuple, ils seront obligés de demeurer fermes avec nous.

Est-ce bien de Florence qu'il s'agit? La Florence de la Renaissance, la Florence de Savonarole et de Michel-Ange; cette ville hier encore tout esprit, toute intelligence et lumière? En est-elle réduite à ce pro> gramme de gouvernement étroit et violent, digne des plus basses époques et des plus aveugles réactions? Est-ce Guichardin qui a écrit ces lignes, lui que nous avons vu fin diplomate, administrateur énergique, dévoué patriote, déployer dans ces voies diverses une haute raison, une action sage et forte?

Le double malheur de la guerre civile et de la domination étrangère a-t-il à. ce point déjà fait déchoir Tascendant d'un caractère jusque-là honorable? Guichardin n'avait aucune excuse, et ne pouvait se faire aucune illusion quand il se donnait définitivement, comme il le fit après la mort du pape Clément Vn, en janvier 1535, au service des nouveaux Médicis. Le 28 janvier 1536, raconte Varchi, lorsque Charles-Quint, arrivant de Naples, fit son entrée triomphale au milieu des fêtes par lesquelles la Florence des Médicis voulait faire amende honorable à César pour la Florence libre qui, assiégée, avait tenu dix mois son armée en échec, Guichardin, vêtu d'une robe magnifique de velours violet, marchait à gauche du cheval blanc de l'empereur. Ce fut d'ailleurs une odieuse et flétrissante tyrannie que celle des ducs Alexandre et Côme. Alexandre, âgé de vingt-deux ans, ne voulut aucun frein à ses viles débauches; il prenait à tâche d'insulter, et, s'il pouvait, de déshonorer ceux-là surtout qui avaient mérité l'estime publique

en luttant pour la cause de rindépendance. Entouré de délateurs et d'assassins, ennemi sottement déclaré des arts et des lettres, il fut la \ivante insulte contre tout ce que Florence avait aimé et respecté. On sait quel drame, dont un de nos poètes s'est emparé, mit un terme à cette infamie. Un jour que Benvenuto Cellini montrait un projet de médaille devant offrir à la face Teffigie du duc Alexandre, mais pour le revers de laquelle il se disait encore incertain , Loren* zino, le parent, le favori du prince, lui dit : « Prends patience; d'ici à peu je t'aurai préparé un beau sujet de gravure ». Nul ne faisait grande attention aux paroles ni aux actes de Lorenzino, qui passait pour n'avoir pas toute sa raison, et qui, récemment, à Rome, s'était plu à briser les têtes des statues qui décoraient Tare de triomphe de Constantin. Ce fut lui cependant, hanté du souvenir de l'ancien Brutus, qui attira chez lui le tyran, sous prétexte de lui livrer une des plus vertueuses dames de Florence, et le lit égorger par un assassin k ses gages (6 janvier 4537). Au milieu du trouble causé par cette mort imprévue, les Piagnoni et le parti populaire songèrent bien à rétablir le gouvernement républicain; déjà les moines de Saint-Marc parcouraient les rues en disant que les prophéties de Savonarole se réalisaient et qu'on allait recouvrer la liberté ; mais on n'avait pas d'armes, et Guichardin, à la tête des principaux Palleschi, se hâta de faire proclamer un autre Médicis, le jeune Gôme, fils de ce Jean des bandes noires resté populaire pour sa fidélité envers Florence pendant la guerre précédente. Côme avait dix-sept ans : les habiles qui travaillaient à son élévation croyaient lui imposer des conditions et régner sous soa nom ;

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quelques-uns convoitaient des avantages tout personnels. Guichardin, en particulier, prenant les devants, lui avait fiancé Tune de ses filles. Son espoir égoïste fut déçu; sa fille fut renvoyée, et lui-même passa tristement ses dernières années, jusqu*à sa mort, en 1540, non pas dans la retraite, mais dans la disgrâce, punition méritée de son volontaire abaissement.

Il serait bien injuste d'en rester sur l'impression de cette triste fin d*une carrière qui n'a pas été celle d'un vulgaire ambitieux. Pour reprendre les éléments d'une appréciation plus générale et par là plus équitable, il nous faut revenir en arrière aux années de jeunesse. Les nouveaux volumes des œuvres inédites nous permettent d'étudier, à côté de l'homme d'état, enveloppé dans les vicissitudes de son temps, le philosophe, le théoricien politique, le fin moraliste, dans deux œuvres en particulier : l'une qui fut comme la préparation k son rôle actif par un vrai traité de la science du gouvernement, c'est le Dialogue sur le gouvernement de Florence ; l'autre, qui fut l'œuvre de sa vie, résumant ce que l'expérience au service d'une grande intelligence, pénétrante et sceptique, a pu fournir pour la conduite de la vie : c'est le recueil des Maximes [Ricordi).

Le Dialogue sur le gouvernement de Florence * a été écrit après V Histoire florentine. Nous le savons d'abord

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