XCII
célèbre historien de nos jours a pu appeler « la tristesse de Thonnéte homme » . On sent qu'il lutte en effet; obsédé par la vue du réel, par l'abus du sens pratique, il voudrait, ce semble, se dégager ; il y parvient quelquefois, et nous en avertit par un accent subit d'émotion sincère.
A qui estime la gloire tout doit réussir, parce qu'il ne regarde ni aux Tatigues ni aux périls, ni à Targent. Je Tai éprouvé par moi-même; elles sont vaines et mortes, les actions humaines qui manquent de ce puissant levain ^
Je ne veux pas vous dégoûter de répandre des bienfaits. Outre que c'est une chose généreuse et qui procède d'une belle âme, un bienfait est quelquefois largement reconnu. Il est de plus permis de penser que cette puissance qui est au-dessus des hommes se plait aux actions nobles, et ne permet pas qu'elles restent toujours sans récompense.
Si vous rencontrez un homme qui soit naturellement porté vers le mal plutôt que vers le bien, dites hardiment que c'est non pas un homme, mais un monstre ou une brute, car il fait exception ^.
Les États et les cités sont mortels, puisque, par épuisement ou par accident, toute chose doit périr. Celui qui assiste à la mort de sa patrie ne doit accuser que son propre malheur. La patrie subit ce qui est sa destinée; mais bien à plaindre est celui qui est né dans le temps marqué pour une telle infortune ^.
ODieu! combien sont plus nombreux pour notre république les symptômes de chute que les causes de durée *!
Je ne saurais croire que Dieu permette aux fils de Ludovic Sforza de jouir en paix de l'état de Milan. Ce n'est pas seulement que son usurpation a été scélérate, c'est, bien plus, qu'elle a été la cause de la ruine et de l'asservissement de l'Italie '.