VIII AVERTISSEMENT
Dans le procès engagé de nos jours entre les intérêts do la culture générale, qui forme V t honnête homme », et les soucis de la t spécialisation », qui crée le savant, je ne sais si l'on pourrait trouver, en faveur de la solution moyenne et pondérée que comporte équitablement un tel litige, un témoin plus intéressant et plus compétent que ne le fut M. Geffroy. Répudiant tout ensemble les petitesses d'esprit de certains érudits,qui trop souvent font fi du vulgarisateur, et la frivolité superficielle de certains vulgarisateurs, qui trop souvent font fi de l'érudit, également respectueux des ambitions légitimes de la science et des ambitions légitimes du public, objectant aux uns que la vérité historique vaut la peine d'être présentée à tous, et maintenant, à rencontre des autres, que tous, môme les plus humbles, ont droit à profiter de la vérité, M. Geffroy ne conçut jamais que la culture scientifique dût être le privilège d'un mandarinat, ni que la littérature historique pût dignement se contenter de certaines approximations du vrai, plus inexactes encore qu'élégantes. II aimait trop l'érudition pour se tenir quitte de l'exactitude, voire même de la minutie; il aimait trop l'enseignement et la diffusion du vrai pour ne se point complaire à faire la toilette de ces détails érudits dont il berçait sa curiosité.
Jusqu'au milieu de notre siècle, l'érudition historique avait conservé je ne sais quelle attitude compassée et certaines allures tout à la fois gauches et fières, qui semblaient concertées pour tenir en respect, sinon même à distance, le gros des lecteurs : arrachée du fond des cloî-