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AVERTISSEMENT IX

très par la tourmente de la Révolution française, elle mettait du temps, et beaucoup de temps, à faire son entrée dans le monde ; elle ignorait Tart de plaire et peut-être reût-elle dédaigné; et Ton pouvait craindre qu'entre la science historique et la littérature historique ne se perpétuât, longtemps encore, le malentendu d^une certaine mésestime. Ce fut le mérite de M. Gefîroy de comprendre, dès le début de sa carrière de publiciste et de professeur, que l'outillage du savant n'était ni superflu ni encombrant pour cimenter les attrayantes et commodes architectures dont rêve Thistorien, et de quel profit, au contraire, pouvait être l'emploi de cet outillage, tant pour le développement des connaissances historiques que pour la formation intellectuelle du public.

c On ne saurait oublier, écrit M. Luchaire, que la méthode de M. Gefîroy était une nouveauté méritoire dans l'Université, à l'époque où il commença à produire. Aujourd'hui il est banal de dire qu'un historien doit être savant; mais lorsque M. Geffroy fit ses premiers livres, on n'avait pas encore senti, en France (sauf dans le milieu spécial de l'Ecole des Chartes), le néant des généralités vagues et reconnu le prix de la science exacte. 11 était bon d'habituer le public et le corps enseignant à l'appareil sévère du travail érudit. Une rénovation profonde des études d'histoire s'imposait, et Gefîroy en fut le précurseur, l'inspirateur, l'apôtre, d'autant mieux écouté qu'il prêchait d'exemple et se prodiguait pour la bonne cause. Nous recueillons maintenant le fruit de ses efforts ; nous vivons à l'aise dans cette atmosphère scientifique qui s'est créée peu à peu autour de nous depuis trente ans, et qui n'était pas la sienne. La stricte équité veut que notre école actuelle d'érudition historique ne perde pas le souvenir des services rendus et qu'elle ne cesse jamais de reconnaître en lui un

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des hommes qui ont le plus travaillé à la faire naître et à lui donner la place qu'elle tient aujourd'hui dans le monde savant. >

Guide des étudiants à la Faculté de Bordeaux, à TÉcole normale supérieure et à la Sorbonne, juge des étudiants à l'agrégation d'histoire, M. Geffroy fut, pour notre « école actuelle d'érudition historique >, non point seulement un maître et un modèle, mais nous dirons volontiers un recruteur; et l'on se convainquait, sous sa discipline, qu' < on n'est sérieux professeur d'histoire qu'après avoir appris le bon usage des vraies sources et obtenu par là un progrès à la fois intellectuel et moral ». C'est cette maxime qui guida M. Geffroy lorsque Bersot lui demanda de c sauver les études historiques > en réformant les programmes d'agrégation ; elle est comme le résumé du mémoire qu'il écrivit sur ce concours en 1885, et que Fustel de Coulanges, un critique difficile, réputait c une profession de foi du véritable esprit historique ». On sortait alors de l'époque où l'enseignement supérieur, qui prépare à l'agrégation, se contentait trop aisément de vulgarisations agréables et de développements oratoires ; on s'acheminait vers une période où certains représentants de cet enseignement, devenu le serviteur de la recherche scientifique, pousseraient l'austérité jusqu'à considérer comme un péril d'être intéressants, et comme un péché de chercher à l'être : M. Geffroy, lui, se distinguait par cet harmonieux mélange d'audace et de sagesse, d'initiative et de mesure, grâce auquel on peut orienter et dominer les moments de transition, conserver ce qu'il y avait de bon dans le passé, hâter l'échéance des fécondes promesses de l'avenir. Il voulait qu'à tous les degrés l'enseignement demeurât accessible, intelligible, attrayant, et qu'en même temps il devint savant, ou que tout au moins il s'appuyât, toujours plus solidement, sur

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