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AVERTISSEMENT XI

une érudition sans cesse rajeunie; il souhaitait qu'on fût minutieux à Tendroit d'un objet d'étude sans être, de gaieté de cœur, aveugle ou négligent à l'endroit de tous les autres, qu'on s'attachât soigneusement au c petit cours >, à la « conférence >, sans mépriser pour cela le c grand cours », et qu'on fût capable, enfin, de travailler en c spécialiste », sans néanmoins se mutiler. Entre les diverses exagérations, il savait se maintenir en un juste équilibre; et cet équilibre, loin d'être stationnaire, soutenait et affermissait sa marche, allègre et sûre, vers un progrès de bon aloi.

Quelques esprits qu'il maniât, étudiants, candidats ou lecteurs, il prétendait leur offrir une « gymnastique, cent fois plus salutaire et plus virile que cette facilité superficielle et peu scrupuleuse qui est notre véritable ennemie ». Sa curiosité était assez méthodique, c'est-à-dire exercée par une gymnastique assez sûre, pour qu'elle se pût promener avec fruit sur les objets les plus variés ; il rêvait d'éveiller et de dresser la curiosité d'autrui, à l'image de la sienne. Il se rendait compte que la force acquise de certaines habitudes de travail, marques distinctives de ce qu'il appelait un bon esprit, est une aide précieuse pour les explorations historiques les plus diverses. A rencontre de ces spécialistes qui, se présentant à l'improviste sur quelque terre vierge du vaste domaine de l'histoire, essaient de tirer, des entrailles mêmes de cette terre, les indices et les ressources nécessaires pour la sonder et pour l'exploiter, M. Geffroy tenait en haute estime les avantages préalables d'une préparation générale. Il lui semblait que cette préparation, loin d'étouffer le savant, rémancipait au contraire et le fortifiait, en lui permettant de dominer son sujet, d'en connaître toutes les approches et par là même d'en préciser tous les contours, de fouiller

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avec une précision microscopique les infiniment petits d'une question, et d'éviter en même temps, à la faveur d'une certaine ampleur d'horizons, le risque de la myopie. N'attestait-il pas d'ailleurs, par son propre exemple, qu'une telle préparation n'aide point seulement à affronter et à résoudre les problèmes historiques dont l'existence est notoire, mais aussi à faire surgir certains doutes efficaces, à découvrir certains problèmes féconds, à renouveler une histoire que les générations antérieures se flattaient de connaître. Et ce n'est pas tout, enfin, d'élucider des difficultés et d'approfondir des énigmes : l'historien a quelque chose de plus à faire, quelque chose d'autre, aussi; il doit situer ces problèmes, si l'on peut ainsi dire, apprécier l'intérêt général qu'en présente la solution, les rapports qui la rattachent à d'autres vérités historiques, et la portée à laquelle elle peut prétendre.

M. Geffroy, dans ses travaux personnels, ne méconnaissait aucun de ces devoirs. Si secondaire que parût la question qu'il étudiait, cet historien de race, tout de suite, faisait passer son érudition dans les cadres de la grande histoire, et c'est avec une aisance presque spontanée qu'elle s'y encadrait. Quel fut le fruit de cette méthode, nous laissons à M. Brunetière le soin de le rappeler en quelques lignes, consacrées à M. Geffroy dans la Renie des Deux Mondes du 1®^ septembre 1895. < Pour ses débuts, écrit M. Brunetière, il s'était emparé d'un vaste domaine qu'aucun Français, avant ni depuis lui, n'a peut-être exploré plus consciencieusement ni mieux connu que lui : c'est le domaine Scandinave. A peine sortant de l'École normale, il lui avait semblé que, dans le grand partage qui s'était fait des études historiques, si l'érudition française n'avait pas mesuré leur part à l'Angleterre et à l'Allemagne, à l'Espagne et à l'Italie, elle avait peut-être un peu négligé

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la Suède et le Danemark, — et pourtant que de liaisons leur histoire n'avait-elle pas eues jadis avec la nôtre! C'est ce que Ton put voir dans les belles éludes qu'il nous donna de 1850 à 1865, — archéologiques et historiques, littéraires et politiques, — dont on fut unanime à reconnaître l'intérêt, mais dont on ne comprit pas ou dont on affecta de ne pas comprendre les avertissements prophétiques. Les savantes Introductions qu'il a mises aux recueils des Instructions diplomatiques données à nos ministres en Suède et en Danemark résument cette partie de son œuvre.

< Une autre partie n'en est pas moins intéressante et n'a pas été moins remarquée : c'est celle qu'il a consacrée à la discussion, si délicate et si difflcile, de l'authenticité des Lettres de Marie-Antoinette et de la Correspondance de M™® de Mdintenon, Et, en effet, on ne saurait faire preuve ni de plus de courtoisie dans la discussion ; ni d'une connaissance plus précise et plus étendue, plus scientifique et plus intime de l'histoire d'un temps ; ni de plus de rigueur et d'ingéniosité dans la méthode. Deux grandes publications sont encore sorties de là : un Choix des Lettres de j/mc (iç Maintenon, qui nous la montre dans la vérité de son rôle historique, infîniment moins considérable et surtout moins actif que ne persistent à le croire quelques historiens dont la manie est de voir partout des « histoires de femmes »; et les trois volumes de la Correspondance de Marie-Antoinette avec Marie-Thérèse, publiés en collaboration avec M. d'Arneth. Ceux-ci ont réduit à leur juste valeur de nombreux recueils apocryphes, vengé une reine de France et une impératrice d'Allemagne d'imputations calomnieuses, et renouvelé l'histoire intérieure du règne de Louis XVI.

« Cependant, comme si tant de travaux ne suffisaient pas

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