‹ Études littéraires et dramatiques de RenardChapitre 18 sur 86 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PÉLOPÉF ATRT^F, THYESTE.

PtLOPI:K.

Seigneur, où vous emporte une aveugle colère ! Oui, je prends sa défense, et j'ose vous déplaire. Que Taspect de ses maux pubse vous attendrir ; Et lorsque vous pouvez pardonner ou punir, Songez que s'il est doux de venger une offense, 11 est digne d'un roi d'écouter la clémence. Ah ! cédez à mes pleurs... J'embrasse vos genoux... Que la nature enfin vous parle...

▲TRÊE.

Levez- vous ; Tout effort serait vain : je demeure inflexible.

THYESTB , à part.

Quel effrayant soupçon !... Dieux, serait-il possible! Ces regards , cette voix réveillent dans mon cœur Un souvenir affreux qui me glace d'horreur.

ATHÉE

Que dis-tu?

THYESTE

Rien.

D'où naît le trouble qui t'agite .'*

THYESTE

De mes tourmens secrets que ta présence irrite.

ATRÉE

Ton cœur en est la source , et tu dois les subir. Je vois que tu n'y peux descendre sans frémir j

5a LKS PELOPIOES.

Et son trouble à mes yeux , malgré loi se déclare... Ifadame, calmez-vous... la pitié vous égare... En ce moment surtout rien ne peut l'excuser.

Eh bien! punissez-moi d'avoir pu supposer

Que pour prix de mes soins, d'un regard moins sévère,

Un époux daignerait accueillir ma prière ;

Qu'un prince infortuné , coupable... mais puni ,

Ne devait plus en vous trouver un ennemi ;

Et que l'aspect touchant de sa longue misère,

En vous réveillerait les sentimens d'un frère !

THTESTB,

C'en est trop... Arrêtez... ah ! que prétendez-vous ! Je rends grftce à vos soins... Qu'il garde son courroux ! C'est assez des tourmens où mon ame est livrée, Sans que ma vie encor soir un bienfait d'Atrée. Verrait-on à ce point Thyeste humilié, Que de pouvoir jamais survivre à sa pitié !

ATRÉB.

Tu n'y survivras pas... j'en donne l'assurance.

TBTESTB.

Eh bien donc! assouvis ton horrible vengeance... Tu le peux... c'est le droit des bourreaux... c'est le tien : Celui de les fléchir est sacré... c'est le mien.

ATliiB.

Tu pourras l'exercer... Gardes ! qu'on le saisisse ! Qu'il aille dans les fers attendre son supplice. Par mon ordre, bientôt ramené dans ces lieux, Que le perfide meure en blasphémant les dieux !... Qu'on l'entraîne !

ACFK m, SCÈNE IV. 5^

TUYBSTB.

Les dieux qui poursuivent Tliyeste , De mes jours malheureux t'abandonnent le reste ; Biais si le chAtiment se mesure aux forfaits...

ATBÈE.

De leur juste courroux crains pour toi les effets. Viens, regarde... C'est là que cette main fumante Près de ton fils sanglant renferma ton amante. Tu frémis !... Souviens-toi que tu m'as outragé... Tu pleures î... je pourrais me croire assez vengé... Je veux l'être, perfide 1... et la mort qui s'avance Va remplacer pour toi l'horreur de ma présence.

THYESTE

Eh bien! sois satisfait... jouis de mon malheur...

Que tes vœux soient remplis !... Laisse-moi ma douleur,

Et conserve ta haine... O trop chères victimes !

Accourez à ma voix des ténébreux abîmes,

Et soyez contre lui prêtes à m'exaucer î

Mes tourmens vont finir... les siens vont commencer.

ATRÉB.

Dans l horreur des cachots porte ton infamie, Ton audace long-temps ne peut être impunie. PÈLOPJLE, à part.

Ah ! courons l'arracher à cet affreux danger... Au péril de mes jours , je dois le protéger.

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