ACTE If, SCt.Nb li. i
Auraii (i abord iiompé tout autre que toi-iuiiue, Inconnu, j'ai louché le sol île mon pays.... Me voilà donc enfin près de nos ennemis ! Toi qui pus, Alberti, les juger en silence, El calculer l'instant propice à ma vengeance, Achève de fixer mon esprit incertain...
Je ne veux que les voir et les frapper.
ALBERTI
Demain.
PROCIDA
Demain, luira pour nous ce jour qui nous rappelle
Une solennité chère au chrétien fidèle,
Ce jour où Dieu le fils attendu dans les cieux,
De sa prison de mort est sorti radieux.
C'est le jour, Alberti , dont j'invoquais f aurore...
Hélas! en ce moment nous l'attendons encore....
Mais l'heure, Theure enfin qui doit semer l'effroi,
Le signal à donner?...
ALBEBTI.
C'est encore de toi Que nous l'invoquons tous.
PROCIDA
Avant que j'en décide.
Ami, que ta sagesse et m'éclaire et me guide... Non loin de nos remparts, un temple révéré S'élève... A l'Esprit saint ce temple consacré , D'un solennel hommage est l'objet chaque année. Quand de Pâques renaît l'éclatante journée. Tout le peuple chrétien qu'excite un saint devoir, En foule aime à s'y rendre à l'office du soir.
i38 LES VÊPRES SICILIENNES.
On dit que les Français que ce concours attire Ont souvent profané, dans leur fougueux délire, Et le chemin du temple et Tenceinte du lieu Qu anime et que pour nous remplit Tesprit de Dieu.
\LBEnTI.
Telle est de nos tyrans la licence effrénée , Qu'à se défendre , ami , Palerme condamnée , A ces fêtes où brille un vainqueur insolent , A ces concours pieux ne s*unit qu'en tremblant. Le dirai-je pourtant !... Nos femmes et nos filles S'y montrent avec nous pour la paix des familles... Au péril de l'honneur !
PROCIDA
O ciel!... Et penses- tu Que de nouveaux aflVonts menacent leur vertu .•* Que demain, les Français...
ALBERTI
J'en répondrais davance.
PROCIDA
Ah ! puissent-ils ainsi provoquer ma vengeance !
ALBERTI
Ils la provoqueront.
PROCIDA
C'est tout ce que je veux.
Eh bien ! que le signal en soit donné par eux ! Demain , volez au temple et , d'une aine aguerrie , Pour la dernière fois souffrez pour la patrie. A la fête préunt l'éclat de leurs attraits, Que nos femmes y soient plus belles que jamais ! Pour elles tu prévois quelque nouvel outrage...
\(.lh II, M.hM II i39
Kii NtM.ui-ii a craindre à Theure <hi carnage:* Le M^nal que je veux , c'est un coup de poignard Au premier qui d'un mot, d'un geste ou d'un regard Aurait intimidé leur craintive innocence.
ALBF.RTI.
Il suffit.
PROCIDA
Qu'aussitôt le carnage commence !
Au cœur de nos tyrans pour mieux jeter l'efTiol , Que la foule se lève aux accens du beffroi. Qu'en sons graves et lents tantôt l'airain s'agite , Tantôt en sons aigus roule et se précipite...
Ah ! je le servirai par delà ton espoir.
PROCIDA
Eli bien donc! en secret , c'est à toi d'y pourvoir... Sur d'antres intérêts je n'ai rien à t'apprendre, Albert! , que bientôt tu ne doives entendre... As-tu TU nos amis ?
ALBF.RTI.
Je les ai devancés ; Vers cet asile obscur ils marchent dispersés. Péraldo...
PBOCIDA.
Profitons , ami , de leur absence.
Apprends-moi si Montfort a quelque défiance; Et si de mes desseins...
ALBERTI
Tes desseins sont connus.
Du roi même aujourd'hui les ordres imprévus Viennent de ramener Lucéna dans cette île;
i4o LES VÊPRES SICILIENNES.
A 1 entendre, il paraît pour sauver la Sicile. On te cherche... et mon zèle est enfin suspecté.
PROCIDA
Ton zèle!... en ma faveur aurait-il éclaté .►*
ALBERTI
Non.... mais j'ai défendu notre cause commune, Et de cette île en deuil attesté l'infortune. Apprends que de Palerme en ce jour exilé , Par un ordre du roi , dans Naples rappelé , Je dois guider sa flotte aux rives de Byzance. Du titre d'amiral honorant ma vaillance, Il a pu se flatter qu'un choix si glorieux De son éclat perfide éblouirait mes yeux... Mais j*ai vu ma disgrâce où m'attendait la honte : Un refus prévient l'une ; et l'autre, je l'affronte... Enfin, Lucéna seul est à craindre pour nous.
PROCIDA
Il est temps , je le vois , de livrer à tes coups Ce cruel artisan des maux de la Sicile. Ahî je n'en puis douter, c'est lui qui t'en exile, Et qui de nos desseins pénétrant le secret Du prince aura dicté l'insidieux décret.
ALRERTI.
Sans doute... et c'est ainsi qu'il pensait nous surprendre.
PROCIDA
Eh ! contre nos desseins que peut-il entreprendre , A l'heure où déjà même il est sous le poignard !
ALBERTI
Il croit nous prévenir.