THEATRALE
Tout en eux resseniblo à la faiblesse et aux émotions mal affermies de lenfance ou tle Tliomme à l'état d'ignorance première et d'incivilisaùon. Nouveaux Don Quichottes de la chevalerie , le merveilleux des temps gothiques a surpris leur sensibilité. La diablerie les effraie ^la féerie les enchante , et la magie les confond. Cette faiblesse superstitieuse, apanage de Tesprit humain dans les siècles passés , mais que le nôtre domine ou doit dominer, on s'aperçoit qu'elle a fermenté dans leur cœur et tourbillonné dans leur esprit. C'est à cela, c'est à cette subjection de sentiment que se réduit l'impression qu'ils ont tirée du tabernacle des émotions gothiques et des attendrissemens féodaux!
Du reste , on chercherait en vain dans leurs productions cet art invisible et profond du poëte agissant inaperçu dans lame de son personnage , et nous découvrant à propos tous les ressorts cachés d'une nature à demi sauvage , étrangère à la connaissance d'elle-même, et subordonnée à la barbarie de son temps. C'est ainsi que la haute et féconde moralité qui peut résulter d'une conception savamment combinée par un esprit philosophique et consciencieux manque à leurs ouvrages , et que toute imitation sortie de leurs mains n'est plus qu'un corps sans ame , une matérialité sèche et sans fruit.
III. — Mais revenons à la question principale, et ▼oyons en peu de mots si messieurs les romantiques sont recevables dans la prétention qu'ils ont manifestée de nous gratifier d'un nouveau genre, à l'exclusion
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de ceux que nous pouvions cultiver avant eux. Pour arriver à la solution de cette importante question, nous avons eu besoin d'en poser les termes avec exactitude et précision, de la présenter sous toutes ses faces, et, par opposition, de peser les titres de ces messieurs, ce qui nous a menés plus loin que nous ne pensions.
Si nous n'avons rien oublié, la question dont il s'agit sera bien fa45ile à résoudre, en supposant qu elle ne soit pas déjà résolue. Tout ce que ces messieurs peuvent faire en pressant les conséquences de leur système et en les poussant à bout, c'est de réduire tous les genres à un seul. En effet, si tout ce qui n'est pas naturel , à leur façon, doit être supprimé, n'est-il pas évident que l'ancienne tragédie est nulle et non avenue, comme héroïque, et,partant, déclamatoire, et la tragédie lyrique à bien plus forte raison ; que le Vaudeville et l'Opéra- Comique en seront pour leurs frais de salle et d'administration, car il n'est pas naturel de parler en musique ou d'intercaler des couplets dans un dialogue; enfin que le mimodrame est menacé du même sort, attendu qu'il n'est pas plus naturel de réduire à de simples gestes une conversation soutenue, si ce n'est à l'institution des sourds et muets.
Quant à la comédie, au drame historique et à la romanédie, rien n'est plus aisé que de les réduire à l'unité d*un même type, et d'en effacer les nuances distinctives. On y parlerait.... comme on parle, et ce que ces messieurs gagneraient du moins à cela, c'est qu'on ne saurait plus comment les parodier.
THÉATH/VLE. i^
Qui n'a entendu parler de certaine tripîicUê pliènomUiudû et de la ri solution de cette triplicitc dans l* identité aàsoltte !,.,.{i) Eh bien! messieurs les romantiques ont aussi leur triplicitë qui se résout dans la création du monde; et Shakespeare, qui ne s'en doutait guère, est un des c6tës du triangle : Homère et la Bible en sont les deux autres côtés.
Dans ce nouveau système arrangé par M. Victor Hugo (a), le christianisme est le fondateur du drame, «t c'est à lui qu'on doit en rapporter la création. C'est donc à tort qu'on persisterait à vouloir en rapporter l'origine à des temps antérieurs à Jésus-Christ, sous le prétexte vain qu'Eschyle, Euripide et Sophocle auraient fait des tragédies. Tout cela est d'autant plus faux que le drame n'était seulement pas encore inventé.
Shakespeare est aussi, selon M. Victor Hugo, la clé d'una voiite et le pilier central d'un édifice dont le Dante et Milton sont les contre-forts et les arcs-boutans. - Et pourquoi cela, s'il vous plaît.»* — Cest qu^ils sont tous les trois composés du grotesque et du sublime, qui sont les deux types du réel, et que le réel est le caractère du drame^ et que le drame est essentiellement la poésie de notre temps, la poésie née du christianisme!....
On pourrait supposer d'après cela qu'il nous resterait au moins deux genres de drame, attendu que le subHme et le grotesque en pourraient marquer la dif-
(t) Formule de la nou9elle philosophie, (a) Préiace de Cnmwttl.
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férence et déterminer la spécialité. — Point : le grotesque et le sublime se croisent dans le drame^ comme ils se croisent dans la vie et dans la création.
Si nous ne partageons pas toutes les opinions de M. Victor Hugo, personne plus que nous, ne rend hommage à la richesse et à l'élévation de son génie poétique.