THÉÂTRALE
• que, sous l'habit de l'acteur qui doit paraître se tuer,
• on cache une vessie pleine de sang , et que le sang
• inonde le théâtre. (£i/M*ro/Ls que messieiirs les partisans de la réalité nous feront admirer cela quelque jour.) « 11 en est qui rendent grossièrement et bassement
• une nature dégoûtante ; il en est qui sont pris dans « un naturel insipide et trivial , dont Tunique mérite ■ est une plate vérité : tout cela doit être interdit à " l'imitation poétique, dont le but est de plaire , non > pas seulement à la multitude , mais aux esprits les « plus cultivés et aux âmes les plus sensibles , etc. »
Les émotions que le poète dramatique a le plus communément pour objet de produire et de développer en nous , sont : la gaité , la surprise, V admiration, r attendrissement^ la pitié y la terreur; et c'est au développement bien dirigé de ces émotions que le théâtre en effet doit ses plus grands triomphes. Avant ces messieurs les romantiques , on ne savait pas qu'on devait, par-dessus tout , y chercher les plaisirs de la réalité.
Réalité, soit : au moins ne nous l'offrez pas vulgaire, horrible ou dégoûtante ! Où donc est la nécessité de nous la présenter sous ce point de vnc ? Croyez-vous parvenir à nous la faire aimer ?
Si j'ai dit avec raison que l'imitation théâtrale avait et devait avoir pour objet le développement d'une action propre a nous intéresser : si ce point n'est pas contesté , j'en conclus que les faits trop vulgaires ou susceptibles de soulever en nous des sentimens d'horreur ou de dégoût , ne peuvent être admis au théâtre , et doivent en être proscrits , les uns comme indignes , et
les autres comme incapables d exciter Vintérét (l*un peuple civilisé.
Mais d'un autre côté , comme avant tout , messieurs les romantiques ont la prétention d'être naturels et vrais , les voici qui vous diront : « Tant pis pour ceux qui n'aiment pas les horreurs , les fadeurs et les bana> lités : ces gens-là sont indignes d'apprécier , d'admirer la nature : et c'est la nature que nous imitons. »»
Vous voulez imiter la nature ? Avouez cependant que ce n'est pas sans quelques restrictions , car autrement nous vous prierions de la laisser faire; et, vérité pour vérité , nous aimerions tout autant celle que chacun peut se procurer le plaisir d'admirer gratis à la Courtille , à la Grève et dans les carrefours.
Il y a restriction sans doute ; et les enthousiastes les plus décidés du nouveau système en seront d'accord avec nous ; mais alors où doit-on s'arrêter i* — Devant certains objets d'imitation véritablement indignes de la scène , et que j'essayais d'indiquer tout-à-l'heure après Marmontel. Ici du moins les créateurs du théâtre français nous ont laissé leur exemple à suivre ; et rarement ils ont outrepassé la mesure des convenances à cet égard.
On insiste et l'on dit : s'ils ont évité prudemment ce qui pouvait être indigne de la scène , avouez du moins qu'ils ne se sont pas emparés de tout ce qui l)ouvait en être digne! — A la bonne heure, et je veux bien qu'ils nous aient laissé quelque chose à faire.
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DU ROMANTISMi: EN GÉNÉRAL,
BT P£ SUS PRâTfiNTIOnS.
I. Le romantisme, comme on veut l'entendre, a tout enTahi clans notre littérature , à l'exception des règles , attendu que le génie n'a pas besoin de règles, et que la médiocrité peut, en les méprisant, se donner des airs de génie.
Le romantisme a deviné que les grands écrivains du siècle de Louis XIV avaient perdu la langue française en la tirant des ornières d'une prétendue barbarie Nous savons aujourd'hui que cette barbarie n'était pas de la barbarie.
Le romantisme est une ère de régénération qui nous rajeunit de trois siècles environ. Tout ce qu'il n*a pas inspiré depuis le vieux Ronsard, est nul et non avenu chez nous. Tout ce qui, dans la littérature dramatique , ancienne et moderne , échappe aux influences du romantisme, est faux ou n'exists pas ; témoins Xlphigénie de Racine , qui ne doit plus nous émouvoir, et les tragédies de Sophocle, qui ne sont pas des tragédies.
Si je voulais donner une idée de tout ce que le romantisme est ou peut être, et de toutes les formes qu'il a déjà revêtues parmi nous, depuis qu'on en parle et qu'on en fait, ce serait à n'en pasfînir ; et cependant rommo il faut qiip ro soit quelque chose ou rien , je
vais essayer de le définir après beaucoup d'autres , en attendant qu'on le définisse après moi.
Le mot romantisme est l'expression d'un genre de coloris poétique emprunté aux inspirations du moyenâge, et rien de plus. Nous nous en tiendrons là , bien persuadé que , d'une part , on ne saurait en présenter la définition sous un point de vue plus caractéristique, et qu'il ne conviendrait pas , d'un autre côté , de chercher à l'étendre plus loin.
Quel autre caractère, en effet , croirait-on pouvoir assigner au romantisme ^ Est-ce le mépris de certains usages établis P Mépris ! soit ; on sait bien que de sa part , il y a mépris ; mais quant à la réforme de ces usages , en ce qu'elle offrait de raisonnable , il n'a été ni le premier, ni le seul à la réclamer.
Il ne chercherait pas , je pense, un titre à l'originalité dans le fait de son extraction bâtarde ou de sa ressemblance avec le système suivi par les dramaturges du siècle dernier, dans les prétentions qu'il affecte à l'imitation du réel, à la peinture des individualités, car il a été devancé sous ce rapport , et je ne vois pas jusqu'à présent que ses prétentions lui aient beaucoup réussi.
Tout ce que le romantisme offre donc eg dernier résultat de caractéristique et de propre à le faire distinguer, c'est une certaine affectation d'esprit gothique et suranné, c'est l'air de sauvagerie et d'incivilisation qu'il aime à se donner, c'est l'ardeur avec laquelle on a vu ses partisans s'abattre sur le moyen-âge , à la manière des vautours et des oiseaux de nuit.
Le romantisme, ainsi considéré, ne peut être op-
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posé clirertoment au classique, attendu que ce dernier n'exclut aucune source d'inspiration poétique , aucun genre de coloris, qu'il les admet tous au contraire, et n'intervient, sous ce point de vue, dans la question, que pour ériger la fidélité des couleurs locales en principe absolu.
Le mot classique en général est l'expression des qualités qui constituent la bonté d'un ouvrage : il s'applique en littérature, à toute création de l'art ou produit de l'imagination qui se fait remarquer par un certain degré de perfection.
Toutes les règles , tous les principes que la grammaire , la prosodie, la rhétorique, la logique ou le bon sens, la saine critique et le bon goût peuvent imposer au génie, le mot classique en est l'expression. Si parmi ces règles , il en est de vicieuses ou de mal fondées , de tyranniques ou d'arbitraires , on doit les réformer sans contredit ; mais il en est d'immuables et qu'on doit respecter.
Si Ton peut concevoir autant de genres de poésie qu'il y a de sources d'inspiration ou de coloris poétique, on peut opposer, sans doute avec raison, la poésie romantique à la poésie mythologique , ossianique , orientale, etc.; mais il n'y a point de simiUtude et de parité dans les termes de la comparaison que l'on toudrait établir entre le classique et le romantique; et si l'on ne s'est jamais entendu sur ce dernier point, c'est qu'en effet la question n'était pas là.
Le refrain du siècle en général est qu'il nous faut une littérature nationale; et par une étrange contra-
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diction , c'est de la littérature étrangère qu'on nous donne. On veut aussi du réel et du positif; et rien de plus abstrait, rien de plus inintelligible souvent que la poésie de nos réformateurs. On veut se débarrasser de certaines règles; et je vois qu'on a peine à les éluder; qu'on est réduit à s*excuser de les avoir suivies. J'entends dire , d'un autre côté , qu'il n'y a point de règles et qu'on n'en veut point ; mais cela n'empêche pas de proclamer tout aussitôt certains principes ; et ce sont précisément ceux-là qu'on enfreint. On se pique de fidélité , de vérité dans l'imitation des personnages et des faits historiques; et quant au fond de ces événemens , jamais l'imagination ne s'est donné plus de liberté qu'aujourd'hui. De deux choses l'une : on ne s'entend pas encore, ou, si l'on s'entend, c'est, comme je l'ai dit , pour tout brouiller ; car si , par hasard , on veut autre chose , il est bien évident qu'on ne fait pas ce qu'on veut.
Que signifie ce grand mot de littérature nationale, invoqué si souvent contre la France et qui paraît sans réplique à tous nos Anglo-Germains? L'éclat qu'on veut en faire et qu'on en fait, ne s'étend guère au-delà du bruit qui s'attache à la majesté du mot ; car autrement , j'avoue que je n'en comprendrais pas la portée, plus que ces messieurs ne paraissent la comprendre eux-mêmes.
Plus un peuple est voisin de la barbaru* , plus il est empreint des fers de sa nature ; et plus il a par conséquent de ce qu'on peut appeler son caractère national. Or, il est des nations qui, sous le rapport de leur
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isolement géographique , ou de quelques désavantages relatifs, attachés à leur idiome, à leurs mœurs ou à leur climat, sont condamnés, en quelque sorte, à se replier sur ellcs-nit^nies , à se retrancher fièrement dans les consolations d'un patriotisme farouche et de l'amourpropre national ; et telle est la condition des Anglais.
De ce que les Anglais n*ont rien voulu voir en littérature au-delà des hrouillards de la Tamise et du ciel ossianique et hrumeux de leur Ecosse , et de ce qu'ils ont ainsi conservé leur physionomie nationale, il ne s'ensuit pas que nous devions leur envier ce triste privilège de nature ou de condition qui les rend chez nous si détracteurs.
Autant les Anglais ont porté loin l'égoïsme et l'aveugle exagération des préjugés nationaux , autant les Français ont montré d'heureux instinct , de sagesse et d'abandon sur ce point. C'est une vérité flagrante et qu'on ne songera pas , je pense , à contester. Tout concourait en France à ce résultat dont je ne crois pas que nous ayons beaucoup à nous affliger, sous le point de vue qui nous occupe, et même sous beaucoup d'autres; et si c'était ici le lieu d'en chercher les raisons, je les trouverais facilement dans les circonstances de notre position relative et de notre climat , dans l'heureuse universalité de notre idiome , et dans l'entrecroisement des races diverses ou des peuples difTérens qui composent aujourd'hui la France, et dont l'agglomération s'est insensiblement opérée sous l'influence des révolutions politiques.
11 est certain que ce mélange de races diveises, au-
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jourd'hui confondues sous l'empire des mêmes lois et des mêmes usages, a contribué d'une manière puissante à modifier le caractère primitif de chacune d'elles. Aussi le Français n'a point de physionomie nationale essentiellement identique. On le reconnaît généralement, chez les autres peuples, à son caractère expansif, à la flexibilité de ses habitudes, à son esprit pénétrant, libre et communicatif : on reconnaît un Anglais, au contraire, à son esprit dédaigneux, à son humeur austère et défiante, et surtout à l'aveuglement de ses préventions nationales. Disons cependant que ces préventions paraissent aujourd'hui moins absolues qu'autretrefois.
Quel que soit donc, en dernier résultat, le caractère ou l'esprit de notre littérature, en ce que nous pourrions lui trouver de particulièrement distinctif et national, il est certain que nous avons eu la noble ambition de l'appliquer à tout , que nous avons encore aujourd'hui cette ambition, que nous l'aurons probablement toujours ; et si notre littérature n*est pas exclusivement nationale, ainsi qu'on le dirait de celle de nos voisins, dans le sens étroit que je viens d'indiquer, c'est qu'elle est le reflet de cette heureuse aptitude à tout saisir, à tout embrasser , qui distingue éminemment les Français ; c'est que rien de ce qui tient à l'esprit ou au cœur humain, dans tous les temps et dans tous les lieux, ne peut lui den\eurer étranger , c'est qu'elle est et doit être enfin cosmopolite.
Ainsi, que nos littérateurs français se fassent honneur aujourd'hui d'une certaine prédilection pour les
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sujeU nationaux; qu ib en clemanclent à nos souvenirs, à nos traditions, rien de mieux: seulement je leur conseillerai de ne pas s'escrimer, la dague au poing, dans Texécution de ce noble projet. Je ne leur dirai pas : rougissez de vos anciennes incursions dans la littérature grecque ou de celles qu'il vous plairait de faire aujourd'hui dans le domaine des littératures anglaise, allemande, etc., mais rougissez de le faire en imitateurs serviles, en détracteurs de notre gloire acquise, en admirateurs aveugles ou passionnés de celle des étrangers.
II. — Si j*ai dit que notre littérature n'avait pas un caractère exclusivement national, est-ce à dire pour cela que nous n'ayons pas de littérature nationale.*^ Avant de nous décrier nous-mêmes à cet égard, il aurait fallu s'entendre au moins sur la signification du mot, le définir et l'expliquer ; mais voilà précisément ce qui reste encore à faire ; et nous comprenons si peu la portée de cette expression , qu'aujourd'hui même il est difficile de l'employer sans s'exposer à dire une sottise.
Et puisqu'il s'agit ici du théâtre en particulier, quelles sont les conditions d'un théâtre national.'^ Est-ce donc aux Anglais, serait-ce encore aux Allemands que nous pouvons en emprunter l'idée? Faut-il absolument, pour en avoir un, que tous les sujets de nos imitations soient puisés dans nos propres annales, ou dans nos traditions religieuses.'^
Il est évident que la question n'est pas là. Cette
source n'a rien d'exclusif; et nous ne dédaignons pas d*y puiser, dans lintérêt de nos plaisirs, autant que les étrangers eux-mêmes. On va m'objecter qu'il ne s'agit point du nombre des productions, mais de leur qualité, mais surtout de l'esprit national empreint dans ces productions. Notre principe en France a toujours été d'être vrais dans l'imitation des personnages et des mœurs, aussi bien quand nous peignons les Français que quand nous peignons les Grecs et les Romains, etc. Ce principe est aussi vieux qu'Aristote; et ce n'est pas en cela qu'on voudrait aujourd'hui décliner sa juridiction.
Que si l'on voulait retrouver le caractère et l'empreinte de cet esprit national ailleurs que dans les sujets d'imitation puisés dans nos propres annales, et qui peuvent avoir ainsi des rapports immédiats avec lui, je nie qu'il y soit bien placé. Ce serait alors un contre-sens, un défaut des plus graves, défaut que les Anglais eux-mêmes ont reproché particulièrement à Racine, en l'accusant à^yoir francise ^ nationaliséy quelques-uns de ses personnages, et en ajoutant dérisoirement à ceux-ci l'épithète de Monsieur: Monsieur Britannictis, Monsieur Xiphares , etc.
Il est vrai que nous pouvons largement user de représailles ; et puisqu'il s'agit ici de disparates et d'incohérences, il n*est peut-être aucun poète dramatique à qui l'on puisse en reprocher plus qu'à Shakespeare ; et ce n'est pas précisément qu'il jiit anglaisé ses personnages; il a fait plus, il les a shakespeariscs , c'est-àdire assujétis à tous les caprices d'une imagination sans frein
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C'est ainsi que les influences un peu trop absolues de Tesprit national ou du génie individuel esclave de lui-même et de ses propres conceptions, sont un véritable écueil, une chance d'imperfection dans les produits de l'imitation scénique ; et sous ce point de vue, ce serait peut-être aux nations étrangères à nous demander des levons plutôt qu a nous en donner...
Voyons enfin ce qui pourrait avoir été, suivant nos détracteurs, un obstacle au développement de notre esprit national appliqué à la littérature dramatique. Us nous accusent d'avoir imité les Grecs : eh bien! consentons d'abord à ne pas revendiquer les honneurs de cette imitation spécialement considérée dans les sujets que la mythologie grecque a pu fournir à notre scène tragique. Ecartons cela comme un superflu de notre gloire et de celle de l'Italie, qui peut s'en faire honneur, au nom d'Alfieri, non moins que la France au nom des Racine et des Voltaire, etc.
Maintenant, je le demande, en quoi ressemblonsnous d'ailleurs à ces anciens Grecs? Est-ce que nous leur avons immolé notre esprit national et le sentiment du goût qui nous est propre ? — On nous a reproché le contraire. — Eist-ce que notre système théâtral aurait été calqué sur le leur ? — On sait bien qu'il en diffère essentiellement. — Quelle espèce de ressemblance avons-nous donc avec les Grecs.»* Il faut bien que nous leur ayions emprunté quelque chose; et quand même le bruit des déclamations sans fin dont on nous assourdit à ce sujet, ne serait que celui de la
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montagne en couches, encore est-il bon qu'on nous dise à propos de quoi.
Notre tort véritable, et le seul en dernier résultat, serait d'avoir imité les Grecs en ce qui tient à Fapplication d'un principe de forme établi par Aristote et duquel on a fait la règle des trois unités. Mais à qui persuadera-t-on qu'une simple concession , faite à certaines convenances de forme, ait influé sur le génie des créateurs de notre théâtre, au point d'en avoir effacé les caractères et paralysé l'essor; et puisqu'ils ne se ressemblent pas même entre eux, comment ressembleraient-ils aux Grecs?
De quoi s'agit-il enfin ?^ — De l'unité d'action? — Non, puisque celle-ci n'a point encore été récusée. — Des unités de temps et de lieu ? — Mais d'abord il arrive rarement qu*on soit obligé de s'en écarter essentiellement; mais nos grands poètes en ont fait les applications les plus heureuses ; et quant à la foule des imitateurs vulgaires ( imitatores scrvum pecus ) , on sait bien que la médiocrité ne compte pas en littérature, et qu*il y aurait de l'injustice à vouloir en tirer parti pour ou contre les règles.
Au-del»î de ce principe des unités dont les conditions ne sont point absolues, et qui dans certains cas peut être modifié sans doute avec avantage, on chercherait en vain dans la poétique d'Aristote un seul autre principe général à l'observation duquel on pût attacher l'idée d'une erreur ou d'un écart ou d'une aveugle servitude; et messieurs les romantiques eux-mêmes en seront forcément d'accord avec moi dès qu'ils se se-
THI.ViHAL. 'j2ij
n»iit «iuiiiu- 1.1 |iriii«' (le lire enfin rel Aii>t«»u*, ii qu'ils Taiiront «'onipris, ou qu'ils se le seront fait expliquer, ce qui ne demande après tout qu'un peu de bonne volonté. C'est pour avoir eu le bon esprit de ne pas méconnaître celle vérité, que la F'rance a réellement conquis un théâtre national, en ce sens étendu que la gloire en est imprescriptible ; et doit à jamais triompher des caprices de la mode, de la témérité des systèmes et des outrages de la médiocrité.
Pour ne parler que delà tragédie d'abord, est-ce (juc Corneille, Racine et Voltaire n'ont été que des imitateurs serviles ou des plagiaires? Est-ce que les créalions qui leur appartiennent ne sont pas des créations françaises? Est-ce que notre nation, par conséquent, n'a pas à se glorifier du génie qui distingue en particulier chacun de ces grands poètes? Est-ce que pour avoir été plus ou moins fidèles à deux ou trois unités d*Aristote, ils ont cessé d'être grands par eux-mêmes; et leur en faire un reproche aujourd'hui , n'est-rc p;\< s*amuser à leurs pieds !
Quant à la comédie , contentons-nous de nommer Molière et Regnard après lui, Regnard, emblème de la gaîté française, et qui nous fera rire, au moins tant qu'on rira chez nous. Ce n'est pas que depuis ces grands hommes il n'ait rien été produit parmi nous de neuf ou de véritablement beau ; mais je ne me suis pas proposé de faire ici l'inventaire de nos richesses dramatiques.