‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 100 sur 138 · Æn . , XI, v. 60 sqq · texte numérisé non relu

Æn . , XI, v. 60 sqq

2. Nous avons eu déjà occasion de faire la même remarque à propos du personnage de Latinus et de la cérémonie des serments comparée avec une scène de Y Iliade, voir les p. 76, 77 et 78.

tion sur les confins de l’empire, et dont le corps rapporté à Rome serait enseveli en grande pompe au Champ de Mars, au milieu d’un immense concours de peuple en larmes 1 .

Pour nous, à l’art tout enchanteur qu’il est dans Virgile, nous préférons la scène des Nibelungen que nous venons de citer, et surtout celle d’Homère dont nous l’avons rapprochée. Patrocle, entre les chars thessaliens et une troupe de soldats à pied, porté par ses compagnons d’armes, et, au milieu de tout cela, Achille tenant de ses mains la tête de Patrocle et en proie à une grande tristesse, parce que « c’est son « ami irréprochable qu’il conduit au tombeau, » voil\ de ces coups de pinceau qu’on ne rencontre guère que chez le poète grec. Ici, comme partout, sa poésie est l’image de la nature.

Quand on eut déposé le cadavre à l’endroit qu’Achille avaifdésigné, celui-ci, selon l’usage touchant des anciens en pareil cas, coupe sa belle et blonde chevelure qu’il avait laissée croître en l’honneur du fleuve Sperchius, et la dépose dans l?s mains de son ami comme un nouveau et tendre hommage ; et les lamentations et les pleurs recommencent de toutes parts. Soudain Achille — la douleur elle aussi a sa pudeur — prie Agamemnon d’écarter la foule des soldats; aux chefs seuls il appartient de construire le bûcher de Patrocle et de consumer, en pleurant, ses restes. Les détails qui suivent sont autant de traits de mœurs; nous voyons comment, du temps d’Homère, on construisait les bûchers funèbres et la manière dont on

1. Voy., par exemple, dans Tacite, la description des funérailles de Germanicus. (Annales, III, c. 1, 2, 3, 4 et 5.)

s’y prenait pour brûler les morts. Virgile s’est encore inspiré de ce passage quand il décrit le bûcher de Misène avec le cérémonial d’usage 1 . Dans Homère, les princes de l’armée élèvent un bûcher qui a cent pieds de long et cent pieds de large; sur la partie supérieure de ce bûcher on dépose le corps de Patrocle que l’on enduit de la graisse des victimes immolées à cette occasion. Contre le bûcher,- sans doute pour honorer les dieux Mânes, on incline des urnes remplies d’huile et de miel ; Achille, en soupirant, précipite dans le bûcher des coursiers, des chiens et douze vaillants guerriers troyens qu’il a d’abord égorgés. Action barbare et que le poète en passant condamne avec raison. Enfin, Achille porte le feu au bûcher et promet, comme dernière vengeance, à son ami mort et objet d’une si pieuse sollicitude, de jeter le corps de son meurtrier Hector en proie aux chiens.

Les dieux ne permirent pourtant pas ce nouvel outrage; dès ce moment, nous dit le poète, Vénus écartait la nuit et le jour les chiens du cadavre d’-Hector qu’elle parfuma d’une essence divine; et Phébus, de son côté, du haut des cieux, abaissa un nuage qui enveloppa tout l’espace occupé par le cadavre d’Hector pour le garantir contre la chaleur du soleil et l’empêcher ainsi de se corrompre.

Cependant le bûcher de Patrocle ne pouvait s’allumer.

Il est curieux de voir comment les anciens, grâce à leur riante mythologie, répandaient je ne sais quelle sérénité religieuse sur les sujets les plus sérieux et

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