‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 99 sur 138 · Æn., VI, v. 179 sqq. — Stace, Théb., VI, v · texte numérisé non relu

Æn., VI, v. 179 sqq. — Stace, Théb., VI, v

logie avec une certaine scène du poème des Nibelungen, où la reine Kriemhilt, entourée de tout un peuple, rend les derniers devoirs à son bien-aimé Sîfrit. Là aussi, les funérailles durent trois jours, le mort, comme ici, est enveloppé dans « une riche étoffe, » on n’entend autour du cadavre que les cris de la foule, et comme celle d’Achille dans Homère, la douleur de Kriemhilt menant le deuil domine toutes les autres figures.

« Au matin du troisième jour, à l’heure de la « messe, le vaste cimetière prés de la cathédrale « était rempli de gens de la campagne qui pleuraient « et . qui rendaient hommage au mort comme on le « fait à ses amis chéris

« Beaucoup d’entre le peuple se tordirent les mains « de désespoir. Il fut porté hors de l’église, vers la « fosse. On n’entendait là que gémir et pleurer.

« Quand la femme de Sîfrit voulut se rendre vers « la fosse, le désespoir étreignit son cœur fidèle.... « Sa désolation était profonde et sans bornes. . .

« De sa blanche main elle souleva sa tête si belle, « et le baisa mort, le noble et bon chevalier. De dou- « leur, ses yeux si brillants pleurèrent du sang 1 . »

De part et d’autre, daps Homère comme dans les Nibelunge », et malgré quelques différences qui tiennent à la diversité des deux civilisations, la douleur des deux héros, comme celle de ceux qui les entourent, est exprimée en quelques traits pleins de simplicité et de force.

■Virgile, lui aussi, a peint un cortège funèbre. Il s’est sans doute inspiré d’Homère qu’il a développé à

1. Les Nibelungen, traduct. de M. de Laveleye, p. 155 et 156.

sa manière : le jeune Pallas, donné par Évandre son père comme auxiliaire au fils d’Anchise, est tombé, après des prodiges de valeur sous les coups de Turnus. Énée renvoie au malheureux Évandre les tristes dépouilles de son fils. Pallas est placé sur un lit de feuillage ombragé d’un rideau de verdure; ses cheveux et son corps, on les enveloppe dans un tissu d’or et dans des vêtements de pourpre. Énée, qui mène le deuil, veut que le cercueil de Pallas soit suivi de tout ce qu’il a conquis dans les champs de Laurente : ce sont des coursiers, des armes, des prisonniers, les mains liées derrière le dos, et dont le sang doit arroser le bûcher de Pallas. Vient ensuite Açeste, l’ami et le gouverneur de Pallas, pleurant et se lamentant; puis aussi, le cheval de bataille du jeune prince, Éthon, dépouillé de ses ornements et versant de grosses larmes; enfin, le cortège est fermé par des bataillons de Troyens et d’Arcadiens, tenant, en signe de deuil, leurs armes renversées 1 .

On reconnaît dans tous ces détails le coloris du gracieux et tendre Virgile, et bien à plaindre serait celui qui ne sentirait pas de telles beautés. Mais ne pourrait-on pas reprocher au poète latin de nous peindre ici encore, moins les mœurs simples et rudes des temps héroïques, que les usages appartenant â la brillante civilisation romaine dont Virgile était le contemporain 2 ? En voyant défiler ce cortège, on croit assister aux funérailles de quelque général romain mort dans une lointaine et glorieuse expédi-

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