I. Æn., VI, v. 219, 220 et
sont tombés dans une première bataille livrée aux Latins. Il y a là des traits de sensibilité réelle et qui, comme dans Homère, portent à la mélancolie : « Alors chacun, suivant l’antique usage, place sur les bûchers élevés le long du rivage les corps des siens. Les feux sont allumés, et une fumée noire couvre au loin le ciel d’un nuage ténébreux.... Répandus sur les bords de la mer, les Troyens contemplent leurs compagnons que la flamme dévore, les yeux fixés sur les bûchers à demi consumés. Ils ne peuvent s’arracher à ce spectacle jusqu’à l’heure où le retour de l’humide nuit ramène dans le ciel les brillantes étoiles 1 . »
Mais nous voici au troisième jour de cette triste cérémonie. Le poète, toujours grand peintre et arrivant à de grands effets par d’habiles contrastes, nous montre maintenant l’étoile du matin annonçant la lumière au monde, et l’aurore étendant son voile de pourpre sur les mers. Oui, la nature, toujours la même, est indifférente à tout ce qui préoccupe les hommes. Cette aurore déjà levée et ce soleil qui va se lever tout à l’heure éclairent nos joies comme nos douleurs et n’en poursuivent pas moins leur éternelle carrière.
Le bûcher ne jette plus qu’une lueur languissante, la flamme, est apaisée. Les vents s’en retournent maintenant dans leurs demeures à travers l’Océan qui mugit sous leur souffle. Achille s’éloigne du bûcher, et brisé par la fatigue, vaincu par les émotions, il s’étend sur le rivage et s’endort. Les Grecs, que la veille on avait écartés du bûcher et des cérémonies funèbres, accourent en ce moment, avec les premiers