‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 103 sur 138 · Æn., XI, v. 185 s.jq · texte numérisé non relu

Æn., XI, v. 185 s.jq

rayons du jour et se répandent autour d’Agamemnon. Le bruit de leurs pas réveille Achille.

S’adressant alors au roi et aux princes des Grecs, il les prie d’éteindre le bûcher et de recueillir les ossements de Patrocle.

« Il dit; tous obéissent au fils de Pélée. D’abord « ces guerriers éteignent avec un vin noir toutes les « parties du bûcher que la flamme avait atteintes, « et les cendres amoncelées s’affaissent aussitôt. En « pleurant, ils ramassent dans une urne d’or les osse- « ments de Patrocle, d’un si doux naturel, et les re- « couvrent d’une double enveloppe de graisse : ils « déposent l’urne dans la tente et la recouvrent d’un « voile léger; puis ils jettent les fondements de Ia # « tombe autour du bûcher et élèvent un monceau « de terre. Le tombeau ainsi achevé, ils se sépa- « rent'. »

Par la pensée nous disops un éternel adieu à Patrocle, par la pensée aussi nous nous associons à l’affliction des princes de l’armée recueillant les restes de Patrocle sur ce bûcher qui n’est plus que cendre et charbon. En lisant ce dernier passage, on éprouve quelque chose de la tristesse que fait naître en nous un morceau célèbre dû à la plume du prince des historiens latins. Dans Homère, il s’agit des funérailles d’un seul homme ; dans Tacite, des funérailles

1. V. 249-257. Chose curieuse! Homère, en parlant ici du tombeau d’un personnage comme Patrocle, fils de roi et ami d’Achille, ne mentionne ni le moindre titre ni la moindre inscription destinés à perpétuer la mémoire du héros. Cela n’est-il pas tin argument bien décisif en faveur de l’opinion de ceux qui ne croient pas à l’usage de l’écriture du temps d'Homère? Ce fait n’a pas échappé à la sagacité de Wolf, qui le commente avec sa logique si serrée. ( Proleg . in Hom., p. Lixxvm-ix.)

de toute une armée.. Dans les forêts de la Lippe, au fond de la Germanie, les troupes de Germanicus rendent les derniers devoirs aux débris réduits en ossements des malheureuses légions de Varus. Tous les guerriers présents recueillaient les ossements des trois légions...; et ils «furent douloureusement émus, en songeant à leurs proches, à leurs amis, aux chances des combats et à la destinée des hommes'. »

C’est dans la situation, comme dans le récit, la même douleur muette et religieuse. Dans Tacite, comme' dans le poète grec, c’est la même simplicité touchante, la même sobriété de détails, la même force

de sensibilité contenue.

Homère nous a peint, en action, deux beaux sentiments de la nature humaine : le respect dû aux morts, et la glorification en quelque sorte de la sainte passion de l’amitié. Quand on a lu attentivement cette première partie du vingt-troisième livre, on éprouve, je ne sais quel serrement de cœur, quelle vague disposition à la tristesse, comme si l’on venait d’assister à des funérailles véritables. Des funérailles vérita- * blés! Mais nous venons d’en être témoins, grâce à une illusion qui est un effet de l’art. On peut le dire, à la gloire d’Homère : dans tout ce que nous venons de ressentir, notre cœur ému a été la dupe de son génie.

Cependant Achille retient l’armée, la fait asseoir dans une vaste enceinte pour qu’elle soit spectatrice des divers jeux que maintenant, selon l’usage du temps, il va faire célébrer sur le tombeau de Patrocle et en 1 honneur de ce dernier.

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