‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 117 sur 138 · Voy. à la p · texte numérisé non relu

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biblique. Ainsi, dans la Bible, nous l’avons déjà fait remarquer ailleurs, quand on perd un parent bien aimé, on s’assied à terre, on se couvre la tête de cendre et de poussière 1 2 . Il y a aussi dans le tableau d'Homère une idée qui semble avoir passé de la poésie dans la peinture : Timanthe, on le sait, dans son tableau du sacrifice d’Iphigénie, jeta un voile sur la tête d’Agamemnon par une inspiration vraiment sublime. Ainsi fait Homère pour Priam ; il l’enveloppe tout entier dans les plis de son manteau, comme si, tout Homère qu’il est, le poète eût désespéré de pouvoir rendre l’expression de la douleur paternelle qu’il aime mieux laisser deviner ainsi à l’imagination de chacun.

Iris s’approche de Priam qui tremble à sa vue. La déesse lui parle à voix basse. Ah ! combien il connaissait le cœur de l’homme que le malheur rend craintif, le poète qui tout d’abord fait dire à la divine messagère : « Rassure-toi, Priam, fils de Dardanus, n’aie « point de crainte, je ne viens point te présager le « malheur, mais je viens dans une pensée bienveil- « lante; je suis la messagère de Jupiter qui, bien « que, éloigné, s’occupe de toi et compatit à ton informe tune*. » Et elle lui donne ensuite les instructions que Jupiter l’a chargée de transmettre au roi. Il faut que Priam se rende auprès d’Achille pour lui demander, en échange d’une riche rançon, le corps d’Hector. Priam ne se fera accompagner que du seul héraut Idéus. On placera sur un char la rançon des-

1. Voy. Genèse, XXXVII, v. 34. — Rois, liv. I, v. IL — Samuel, XII,' v. 15 et 16. — Tbid., XIII, v. 19. — Job, II, v. 8, 13.

tinée à Achille, et le même char ramènera dans Ilion le cadavre d’Hector. Priam n’a rien à craindre; Jupiter lui enverra un guide sûr, et Achille respectera en Priam un suppliant. Priam se lève, ordonne à ses fils de préparer le char. Il se rend ensuite dans une chambre parfumée où il mande Hécube pour la consulter. Priam et Hécube, accablés tous les deux par le poids de l’âge, sont deux types touchants de tendresse et d’affection conjugales. Hector et Andromaque qui ont réalisé les mêmes sentiments, ont eu, en eux, de nobles et vénérables exemples domestiques. Priam ne veut rien entreprendre sans avoir pris l’avis d’Hécube. Il fait part à Hécube de la venue d’iris et des conseils qu’elle lui a donnés : son cœur paternel le presse de se rendre près d’Achille pour obtenir de lui les restes de leur malheureux fils. Qu’en pense Hécube ? Quel est son sentiment? On devine la réponse d’Hécube. Ses malheurs comme son sexe la rendent craintive ; Priam y songe-t-il? Qu’estdevenue sa prudence?.Quoi ! il ira affronter les regards de cet homme qui lui a tué tant de fils ! Achille n’aura point pitié de lui et le tuera à son tour. Qu’il reste plutôt pour pleurer avec Hécube, à l’écart, dans le palais.

Le mouvement et le sentiment de cette allocution n’ont pas échappé à Virgile, et j’oserais presque affirmer que ce passage était présent à la fidèle et délicate mémoire de l’auteur de YÈnéide lorsque, au moment où Priam veut armer son bras débile contre Pyrrhus, maître du palais du roi, Virgile nous montre la tendre Hécube, réfugiée avec ses filles aux pieds d’un aulel domestique et s’efforçant d’arrêter l’inutile courage du vieillard : « Dès qu’elle l’aperçoit : ô malheureux époux, quelle funeste pensée vous a mis ces armes à

la main. Où courez- vous? Ce n’est point un pareil secours ni des défenseurs tels que vous, que réclament les circonstances.... Venez prendre place à côté de nous; cet autel nous protégera tous.... 1 . »

Ce dernier trait rappelle la prière d’Hécube, dans Homère, disant à Priam de rester et de pleurer avec elle, dans un coin du palais.

Priam insiste cependant ; et comme le fait remarquer Heyne 2 3 , il agit comme bien des gens qui consultent les autres sur certains projets, alors qu’ils ont résolu à l’avance de ne s’en tenir qu’à leur propre sentiment. Mais Priam, du moins, voudrait, avant de partir, obtenir l’assentiment d’Hécube ; et il lui fait observer que Jupiter en personne lui intime l’ordre de partir, par l’organe d’iris; lui-même a vu, entendu la divinité. Si sa destinée est de périr près des vaisseaux d’Achille, eh bien! il y consent 8 , pourvu qu’avant il puisse serrer dans ses bras le cadavre d’Hector « et se rassasier de douleurs 4 * * * . »

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