‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 118 sur 138 · II., Q, Observ. in vers · texte numérisé non relu

II., Q, Observ. in vers

3. Ce mouvement et cette tournure rappellent les paroles d’Esther dans la Bible (Eslhcr, ch. iv, v. 16), et si bien traduites par Racine :

Contente de [périr s’il faut que je périsse,

J’irai pour mon pays m’offrir en sacrifice.

( Tragéd . d'Esther, acte I, scène 3.)

4. Ce terme revient souvent dans Homère, et il exprime une idée

profondément vraie. On éprouve un certain plaisir à épancher sa

douleur. M. de Chateaubriand appelle cela, quelque part, la joie

des larmes.

Priam découvre ensuite un coffre précieux d’où il sort les objets qu’il destine à Achille pour la rançon d’Hector. Homère énumère ces objets; rappelons-les à notre tour; ce sont autant de détails de mœurs curieux : c’étaient douze voiles, autant de couvertures, autant de tapis, autant de robes superbes, et autant de tuniqües ; dix talents d’or, deux trépieds magnifiques, quatre vases et une coupe d’un grand prix.' Priam met tout cela de côté ; puis, sortant de la pièce où il vient d’entrer, il rencontra une foule de Troyens qu’avait attirés depuis plusieurs jours dans le palais la nouvelle de la mort d’Hector. Aigri par le chagrin, le vieillard avec son sceptre, chasse loin de lui cette troupe importune. Arrivé ensuite en présence de ses fils Hélénus, Pâris, Déiphobe, Agathon et de beaucoup d’autres, il les accable de reproches ; que ne sont-ils tous morts à la place du vaillant et sage Hector 1 les lâches seuls ont survécu! Ils ne savent, eux, que figurer dans des chœurs de danse et dépouiller les peuples soumis au pouvoir de Priam. Qu’ils se hâtent donc de préparer le char et d’y déposer les présents qui doivent racheter Hector. On le voit, l’excès de sa douleur hélas ! trop légitime, rend injuste le bon et doux Priam. C’est Pâris surtout, l’auteur de tous les maux des Troyens, que Priam paraît avoir en vue ici ; et, aigri comme il Test, il confond les innocents avec le coupable.

Les princes se hâtent d’obéir, effrayés de là colère de leur père. Ils témoignent ainsi de leur respect pour l’autorité comme pour la douleur paternelles. Ils préparent aussitôt le char où ils attachent une corbeille dans laquelle ils déposent la rançon d’Hector; ils amènent les mules, les placent sous le joug. En même

temps on. fait avancer des chevaux que Priam, aidé d'Idéus, attèle lui-même à un autre char destiné à Priam seul. Sur ces entrefaites, arrive la triste et tendre Hécube, tenant à la main une coupe d’or remplie d’un vin généreux. Elle engage Priam qui part malgré elle, à. ne point s’éloigner avant d’avoir demandé aux dieux Un présage favorable.

Nous avons sous les yeux une scène tout à fait antique, d’un très-bel effet, et digne du religieux Homère.

Priam trouve la proposition d’Hécube conforme aux circonstances. Sur les ordres du roi, une intendante s’approche, portant une aiguière remplie d’eau et un riche bassin. L’esclave verse une eau limpide sur les mains du roi qui se purifie ainsi avant de s’adresser aux dieux. Puis, debout au rôilieu de la cour, avec la coupe de vin que lui a donnée Hécube, il répand des libations, et les yeux levés au ciel, il prie à haute voix Jupiter qui trône sur les sommets de l’Ida, de favoriser son triste Voyage et de le rassurer par un heureux augure.

Nous sommes dans le monde des merveilles. Jupiter a entendu la prière du père d’Hector. Il envoie du haut de l’Ida l’aigle brun. L’oiseau superbe plane au-dessus de la tête du roi; il déploie son envergure vaste comme les portes d’un palais ; puis il prend à gauche et fait renaître ainsi dans tous les cœurs l’espérance et la joie. Aussitôt Idéus monte sur le char attelé de mules et chargé des dons destinés à Achille; Priam monte sur le char à quatre roues, traîné par des chevaux. Tous deux sortent des portiques retentissants, traversent les rues d’Ilion. On accompagne le vieux monarque jusqu’aux portes de la ville. « Tous ses

« amis le suivent en pleurant comme s’il marchait à « la mort'. »

Cependant Jupiter donne l’ordre à Mercure de guider Priam vers les vaisseaux des Grecs. Mercure se dispose à obéir à son divin père. Voici quelques détails dont se sont souvenus plusieurs poètes venus longtemps après Homère, et dont chacun s’est servi à sa manière, en imitant, en embellissant, selon le besoin des sujets. Homère dit : « Il (Mercure) attache à « ses pieds une divine chaussure d’or qui le porte « sur les ondes et sur la vaste terre aussi rapide que « le souffle des vents; il prend la baguette à l’aide de « laquelle il assoupit ou réveille à son gré les mor- « tels. La tenant dans ses mains, il vole dans les airs. « Il ne tarde pas à arriver sur les rives de l’Hel- « lespont, *et là, il prend la figure d’un jeune « prince à la fleur de l’âge et dans tout l’éclat de la * beauté 1 . »

Revenons maintenant à Priam et à son compagnon

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