‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 119 sur 138 · V. 327 et · texte numérisé non relu

V. 327 et

2. V. 340-348. Au quatrième livre de YÉnéide, Virgile fait voyager de même Mercure que l'on députe auprès d’Enée pour lui signifier la volonté des dieux et l’arracher aux séductions de la reine de Carthage; mais Virgile traduit tout simplement Homère, et n’imite pas; ce sont les mêmes traits , les mêmes expressions.

Milton s'est souvenu, à coup sûr, de l’auteur de l’Iliade, quand il fait descendre l’ange Raphaël sur la terre; mais dans son imitation que d’originalité et comme son génie se donne carrière ! « L’ange précipite son vol vers la terre, et dans la vaste étendue « des cieux, vogue au milieu des mondes. Tantôt avec une aile a étendue et immobile, il suit le cours des vents du nord; tantôt « avec son aile qu’il agite, il repousse l’air qui fuit comme devant « un éventail qui léchasse.... Enfin il s’abat sur le sommet oriental a du Paradis et paraît, tel qu'il est en effet, un séraphin orné de a six ailes qui ombragent sa divine substance. Les deux premières « de ses ailes, voilant ses larges épaules qu’elles enveloppent jusque

de voyage. Il y a là tout d’abord quelques lignes d’un effet, je ne dirai pas seulement pittoresque, mais tout à fait romanesque. On aime les détails suivants jetés dans le récit avec un si parfait naturel :

« Lorsqu’ils (Priam et Idéus) eurent passé le grand « tombeau d’Ulus, ils arrêtent les mules et les che- « vaux pour les faire boire dans le fleuve. C’était le « moment où les ténèbres s’étendaient sur la terre. « Idéus jetant les regards autour de lui, aperçoit « Mercure ; aussitôt s’adressant à Priam, il lui dit :

« Attention! fils de Dardanus, il nous faut agir « avec prudence; j’aperçois un guerrier, je crois « qu’il nous immolera bientôt ; fuyons avec nos « chevaux , ou bien touchons ses genoux pour qu’il « ait pitié de nous.

« A ces mots l’esprit du vieux Priam se trouble ; « il est en proie à la terreur ; son poil se hérisse sur « ses membres qui s’affaissent ; il reste saisi d’ef- . « froi *. »

Le reste de cette scène est de la plus heureuse in-

a sur la poitrine, paraissent un royal manteau; les deux du milieu a couvrent les reins comme une zone étoilée, et en faisant le tour « ressemblent à une ceinture ornée de franges d’or et peintes de « couleurs d’une teinture céleste; les deux dernières ombragent « ses pieds, et en sortant de ses talons, font comme une cotte de « maille formée de plumes azurées.

o II se tint debouU tel qu’on dépeint Mercure, fils de Maïa, et a secoua tout son plumage dont la délicieuse odeur se répandit a au loin. » (Paradis perdu , chant V.)

L’auteur des Martyrs décrit lui aussi, et avec un rare bonheur d’imagination, le vol de l’Ange du sommeil, descendant du ciel surla terre, pour endormir Démodocus, près de Cymodocée; nous renvoyons le lecteur .à ce charmant passage où souvent la grâce des détails le dispute à l’élévation de la pensée. (Les Martyrs, Livre XXIII.)

vcntion, et le récit est d’un charme indéfinissable. La muse d’Homère déride quelque peu son front; il y a là des traits d’une grâce touchante et parfois riante. Mercure s’approche, prend la main de Priam et l’appelle son père ; il lui demande, — comme s’il ne le savait pas! — où il conduit ses mules et ses coursiers, au milieu de la nuit , pendant que tout dort? Priam ne craint donc pas de s’avancer ainsi jusque dans le camp de ses ennemis? Il n’est plus jeune, et s’il était attaqué, comment sedéfendrait-il, n’ayant pour compagnon qu’un vieillard comme lui? Où porte-t-il d’ailleurs ces trésors déposés sur ce char? Qu’il ne lui déguise pas sa pensée. Aurait-il résolu d’abandonner Ilion parce qu’Hector a péri, Hector le plus brave des Troyens et qui ne le cédait à aucun des Grecs?

Cette marque d’intérêt accordé par cet étranger à Hector, cause une vive joie à Priam qui , charmé de cet éloge donné à la mémoire du plus cher des fils, s’enhardit peu à peu, et à son tour demande à l’inconnu qui il est.

Mercure recourt à un ingénieux mensonge ; il se donne pour un des compagnons d’Achille, un Thessalien, fils d’Amyctor, possesseur de grands biens et père de sept enfants; il a quitté son père et, ses frères pour suivre Achille. Priam préoccupé d’une seule, d’une unique pensée : « Puisque tu es un des « compagnons d’Achille , dis-moi toute la vérité ; « mon fils est-il encore près des navires, ou bien, « Achille a-t-il abandonné ses membres aux chiens 1 ?" Que cela est bien observé ! C’est le ‘Hector ubi. est de

l’Andromaque de Virgile, apercevant Énée 1 . Mercure rassure Priam. Le corps d'Hector est, grâce à la bonté des dieux, dans toute sa fraîcheur. Alors Priam dans un naïf mouvement de reconnaissance, offre à celui qui lui fait, entendre de si consolantes paroles une coupe superbe et lui demande de le conduire près d’Achille. Le faux Thessalien repousse avec une indignation simulée l’offre de Priam, comme tentant de corrompre un ami d’Achille; mais, néanmoins, il guidera Priam. Et le lecteur sourit quand Mercure ajoute qu’il ne pense pas qu’avec un tel guide Priam ait rien à redouter de la part de qui que ce soit.

Mercure monte sur le char de Priam, conduit luimême les chevaux, arrive sur le bord du fossé de retranchement, endort les sentinelles, franchit le fossé, ouvre les barrières, pénètre dans la cour qui précède la tente d’Achille; puis, s’élançant à terre, il se fait connaître à Priam étonné, l’engage à pénétrer dans la tente d’Achille, à le supplier par tout ce qu’il a de plus sacré; et ces instructions données, le dieu retourne dans l’Olympe.

Mme Dacier a rapproché de cet épisode un récit à peu près analogue de la Bible , et qui ne laisse pas que d’offrir un parallèle piquant. Je ne puis résister au plaisir de citer les paroles de Mme Dacier ; la comparaison est d’une grande justesse; en même temps, elle est fort curieuse. « Homère, dit la savante « Mme Dacier, à qui nous laissons, bien entendu, la « responsabilité de certaines assertions, Homère, in- « strtlit parla tradition, avait connu que Dieu envoyé « ses anges au secours des affligés et de ceux qui ont

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