Rhet. , lib. I. c. n
Laudatnr temporis acti Se puero, censor casligatorquc minorum!
£pist. ad Pis., v. 173 et 174.
la force; à l’un, le respect absolu en sa qualité de roi et de chef de la Grèce; à l’autre, la déférence due à ses services. Il les gourmande et les flatte à la fois, et les met ainsi tous les deux dans l’impossibilité de s’irriter contre lui. Heureux effet de cette heureuse éloquence! Agamemnon reconnaît « que les « discours de Nestor sont remplis d’équité, » et, de son côté, Achille déclare qu’il ne s’opposera pas à l’enlèvement de Briséis. L’assemblée se disperse, et Achille se retire dans sa tente avec ses compagnons et Patrocle son ami.
Cette résolution prise par Achille est comme le nœud de Y Iliade, comme le pivot de toute la machine poétique. On voit que le repos auquel Achille va se condamner sera plus fécond en désastres que sa haine contre Agamemnon, et que l’action sans laquelle il n’y a pas d’épopée, naîtra de cette inactivité même.
Agamemnon, cependant, conformément aux oracles de Calchas et aussi pour obéir aux sages paroles de Nestor, renvoie Chryséis à son père. Un navire monté par vingt rameurs est équipé; lui-même y a conduit Chryséis, lui-même y a placé aussi l’hécatombe sacrée destinée à Phébus. C’est Ulysse qui est chargé de ramener la jeune fille à Chryse. Mais, en même temps, Agamemnon ordonne à deux hérauts d’armes, Eurybate et Talthybius, de se rendre dans la tente d’Achille, et d’en faire sortir, pour la lui amener, de gré ou de force, la belle Briséis. Tout le récit qui suit est admirable de vérité et de naturel. Les agents du roi, comme s’ils avaient conscience de l’injustice de leur mission, ne partent qu’à regret, et quand ils se trouvent en face d’Achille, assis devant sa tente, ils sont saisis de respect et de crainte. Mais
Achille n’est pas homme à confondre des agents innocents avec celui qui leur a donné des ordres si injustes; il les salue le premier et les rassure. Il les prend ensuite à témoins de l’outrage qu’on lui fait; il se dégage à l’avance de toute responsabilité des malheurs que l’injustice d’Agamcmnon attirera infailliblement sur l’armée des Grecs. Puis il ordonne à Patrocle, son ami, de conduire Briséis hors de la tente, afin qu’on l’emmène. Briséis suit les hérauts à regret.
Achille s’est contenu, ce semble, en présence des ministres d’Atride; peut-être aurait-il eu honte de donner devant eux une marque de faiblesse; mais les sentiments violents ne se compriment pas longtemps. Il le savait bien le vieil Homère ; car aussitôt que les hérauts d’armes se sont éloignés, il nous montre Achille, assis loin de ses compagnons, près du rivage de la mer blanchissante, les regards fixés sur le noir Océan, et « versant des larmes. »
Ou’on ne se méprenne pas cependant sur la nature de ces pleurs; ce n’est point dans la sensibilité du héros, mais dans son orgueil qu’ils ont leur source. Les personnages d’Homère, en leur qualité de contemporains d’une époque grossièi’e encore, inculte et barbare, en un mot, ne connaissent pas l’amour, mais seulement l’ardeur des sens ; et Achille n’aime pas sa captive d’un amour différent de celui des autres chefs pour les femmes servant, sous la tente, à leurs plaisirs; et le soir même il se consolera de l’enlèvement de Briséis, en partageant sa couche avec une autre 1 ; le cœur n’est donc pour rien dans tout