‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 122 sur 138 · Dict. philosophique au mot Scoliaste · texte numérisé non relu

Dict. philosophique au mot Scoliaste

4. Louis Racine, Lemercier, Cabanis, Doigny. M. Bignan a lutté heureusement contre l’original dans sa traduction de ce passage de l’Iliade, et l’allemand Voss , dans la même passage, a rendu Homère avec sa perfection de traducteur accoutumée.

« il se réjouit dans son âme et chaque jour il espère « voir son fils revenir d’Ilion. Quant à moi malheu- « reux, il m’était né des fils vaillants dans l’immense * « Troie, et je crois qu’il ne m’én reste plus aucun. Ils

« étaient cinquante quand arrivèrent les fils des « Grecs.... Le cruel Mars a fléchi les membres du « plus grand nombre. Un seul me restait; il défen- « dait la ville et nous-mêmes ; mais tu viens de le « tuer, tandis qu’il combattait pour sa patrie : c’était « Hector. C’est pour lui que j’arrive jusqu’à la flotte « des Grecs; c’est pour le racheter que je t’apporte de « riches présents. Respecte les dieux , Achille ; aie « pitié de moi en te souvenant de ton père. Je suis « plus digne encore de compassion que lui : j’ai pu « ce que n’a fait aucun autre mortel, j’ai approché « de ma bouche la main de l'homme qui a tué mon « fils *. »

M. de Chateaubriand , qui sentait en poète les beautés d’Homère , a fait de cet éloquent passage un éloquent commentaire. Il insiste sur tout ce qu’il y a de dramatique dans la situation : d’un côté, la nuit, la tente d’Achille, pleurant encore Patrocle; de l’autre, au milieu des ténèbres, les chars de Priam, chargés des présents du monarque. Sur le rivage, le corps d’Hector, sans honneur et sans sépulture ; puis Priam, apparaissant au milieu des ombres et se jetant aux pieds d’Achille. L’auteur du Génie du christianisme analyse ensuite avec une délicate émotion la prière du vieux roi et fait remarquer avec raison que le premier mot prononcé par le malheureux Priam est celui de père, et que dans le même vers, la se-

conde pensée est un éloge pour l’orgueilleux Achille que l’on compare aux dieux. Combien doit souffrir Priam en parlant de la sorte au meurtrier de son fils! Que ce rapport entre Pélée et Priam est heu* reux ! tous deux sont accablés par l’âge et par le malheur, et Priam est encore plus malheureux que Pélée! « Enfin, dit M. de Chateaubriand , après une « analyse détaillée et ingénieuse que nous voudrions « pouvoir citer tout entière, enfin Priam, après avoir « parlé des hommes au fils de Thétis, lui rappelle « les justes dieux, et il le ramène une dernière fois « au souvenir de Pélée. Le trait qui termine la prière « du monarque d’Ilion est du plus haut sublime dans « le genre pathétique '. » '

Achille, l’implacable Achille est attendri au souvenir de son père. Puis, prenant la main du vieillard, il le repousse doucement. Pendant quelques instants règne entre eux un silence solennel. Priam pleure sur Hector, Achille sur Pélée et quelquefois aussi sur Patrocle, et la tente est remplie de leurs gémissements. Ensuite, après avoir longtemps pleuré, Achille s’élance de son siège, relève Priam, car il se sent saisi de pitié, à la vue de sa tête et de sa barbe blanches. Triomphe de l’éloquence ou plutôt, — ce qui honore plus l’humaine nature, — triomphe de l’infortune sur la douleur et le ressentiment ! On aime à voir dans le fils de Pélée ce respect pour le malheur et pour les cheveux blancs. Achille alors va jusqu’à consoler l’inconsolable Priam et l’invite à s’asseoir sur son propre siège. Puis il se laisse entraîner à la plus tendre compassion : que de peines Priam a dû

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