Boileau, Art poétique
« paré de ton âme ; parle, ne me cache rien, afin que « nous y songions ensemble 1 2 . »
La nature, toujours la nature. On oublie qu’on est en présence de héros et de dieux; on ne voit, on n’entend, d’un côté, qu’un fils outragé qui, avec une soudaineté toute enfantine , s’est adressé , dans sa douleur, à sa mère; et, de l’autre, une mère tendre et dévouée, qui cherche à lire dans l’âme de ce fils bien-aimé, s’associe aussitôt à sa douleur, embrasse d’avance sa cause quelle qu’elle soit. Achille s’épanche et longuement dans le sein de cette bonne mère; il lui raconte tout ce qui s’est passé, et finit par lui demander d’intervenir en sa faveur auprès de Jupiter. Jupiter doit de la reconnaissance à Thétis qui l’a soutenu dans la guerre contre les géants ; qu’à son tour il serve les intérêts de Thétis. Et qu’est-ce donc que Thétis doit demander à Jupiter? Achille, égaré par la colère, exige que, sur les instances de Thétis, Jupiter vienne en aide aux Troyens et leur donne la victoire sur les Grecs, les Grecs qu’il enveloppe maintenant dans la même haine qu’Agamemnon ; « qu’ils expirent tous sur le rivage; que tous recon- « naissent quel fut le crime de leur roi, et qu’Aga- « memnon sache quelle faute il a commise en mé- « prisant le. plus brave des Grecs*. » O aveuglement de la colère! O égoïsme de la passion! Voilà Achille sacrifiant ses compatriotes et ses frères d’armes , innocents d’ailleurs, à son amour-propre et à son orgueil offensé, à peu près comme la Camille de Corneille sacrifie à son amour blessé tous les Romains,